‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 194 sur 672 · CHANT III · texte numérisé non relu

CHANT III

Il n'est point de serpent, ni de monstre odieux. Qui , par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux : D'un pinceau délicat l'artifice agréable Du plus affreux objet fait un objet aimable! Ainsi . pour nous charmer, la tragédie en pleurs D'OEdîpe tout sanglant fit parler les douleurs ■ . D'Oreste parricide exprima les alarmes, Et, pour nous divertir, nous arracha des larmes.

\ n us donc qui , d'un beau f suj h iut le théâtre épris, Venez en vers pompeux y disputer le prix , Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages . Où tout Paris en foule apporte ses suffrages .

1 Fameux graveur. (Bon..) 3 Sophocle. Bon

Et qui, toujours plus beaux, plus ils sont regardés , Soient au bout de vingt ans encor redemandés? Que dans tous vos discours la passion émue Aille chercher le cœur, l'échauffé et le remue. Si d'un beau mouvement l'agréable fureur Souvent ne nous remplit d'une douce terreur, Ou n'excite en notre âme une pitié charmante, En vain vous étalez une scène savante : Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir Un spectateur, toujours paresseux d'applaudir, Et qui , des vains efforts de votre rhétorique Justement fatigué, s'endort ou vous critique. Le secret est d'abord de plaire et de toucher : Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.

Que dès les premiers vers l'action préparée Sans peine du sujet aplanisse l'entrée.

Je me ris d'un acteur qui , lent à s'exprimer, De ce qu'il veut , d'abord ne sait pas m'informer ; Et qui , débrouillant mal une pénible intrigue , D'un divertissement me fait une fatigue. J'aimerais mieux encor qu'il déclinât son nom ', Et dit : Je suis Oreste , ou bien Agamemnon , Que d'aller, par un tas de confuses merveilles, Sans rien dire à l'esprit , étourdir les oreilles : Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué.

Que le lieu de la scène y soit (ixe et marqué. Un rimeur, sans péril , delà les Pyrénées 2 , Sur la scène en un jour renferme des années : Là souvent le héros d'un spectacle grossier, Enfant au premier acte , est barbon au dernier. Mais nous, que la raison à ses règles engage, Psous voulons qu'avec art l'action se ménage; Qu'en un heu , qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la lin le théâtre rempli.

Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable : Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. Une merveille absurde est pour moi sans appas : L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas. Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose. Les yeux en le voyant saisiraient mieux la chose ; Mais il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à l'oreille , et reculer des yeux.

Que le trouble toujours croissant de scène en scène, A son comble arrivé se débrouille sans peine. L'esprit ne se sent point plus vivement frappé, Que lorsqu'en un sujet d'intrigue enveloppé , D'un secret tout à coup la vérité connue Change tout , donne à tout une face imprévue.

La tragédie , informe et grossière en naissant, N'était qu'un simple chœur, où chacun, en dansant,

1 II y a de pareils exemples dans Euripide. (Bon..)

2 Voyez Lopez de Véga et Caldéron.

Et du dieu des raisins entonnant les louanges , S'efforçait d'attirer de fertiles vendanges. Là , le vin et la joie éveillant les esprits , Du plus habile chantre un bouc était le prix.

Thespis fut le premier qui , barbouillé de lie , Promena par les bourgs ' cette heureuse folie ; Et , d'acteurs mal ornés chargeant un tombereau , Amusa les passants d'un spectacle nouveau.

Eschyle dans le chœur jeta les personnages, D'un masque plus honnête habilla les visages, Sur les ais d'un théâtre en public exhaussé, Fit paraître l'acteur d'un brodequin chaussé *.

Sophocle enfin, donnant l'essor à son génie, Accrut encor la pompe, augmenta l'harmonie, Intéressa le chœur dans toute l'action , Des vers trop raboteux polit l'expression , Lui donna chez les Grecs cette hauteur divine 3 Où jamais n'atteignit la faiblesse latine.

Chez nos dévots aïeux le théâtre abhorré Fut longtemps dans la France un plaisir ignoré. De pèlerins , dit-on , une troupe grossière * En public à Paris y monta la première ; Et, sottement zélée en sa simplicité, Joua les Saints , la Vierge, et Dieu , par piété. Le savoir, à la fin , dissipant l'ignorance, Fit voir de ce projet la dévote imprudence. On chassa ces docteurs prêchant sans mission; On vit renaître Hector, Andromaque , Ilion 5 : Seulement les acteurs laissant le masque antique 6, Le violon tint lieu de chœur i et de musique.

Bientôt l'amour, fertile en tendres sentiments, S'empara du théâtre, ainsi que des romans. De cette passion la sensible peinture Est , pour aller au cœur, la route la plus sûre. Peignez donc, j'y consens, les héros amoureux : Mais ne m'en formez pas des bergers doucereux. Qu'Achille aime autrement que Tyrcis et Philène; N 'allez pas d'un Cyrus nous faire un Artamène; Et que l'amour, souvent de remords combattu , Paraisse une faiblesse et non une vertu.

Des héros de roman fuyez les petitesses : [ ses. Toutefois aux grands cœurs donnez quelques faibles-

1 Les bourgs de l'Attique. (Boil.) — Thespis vivait cinq cents ans environ avant Jésus-Christ.

2 Eschyle, qui vivait un siècle après Thespis, eut, dans sa vieillesse, Sophocle pour rival. On a souvent comparé Corneille et Racine à ces deux poêles.

3 Voyez QuintiUien, liv. X, chap. I". (Boil.) * Leurs pièces sont imprimées. (Boil.)

5 Ce ne fut que sous Louis XIII que la tragédie commença à prendre une bonne forme en France. (Boil.)

6 Ce masque antique s'appliquait sur le visage de l'acteur, et représentait le personnage que l'on introduisait sur la scène. (Boil.)

' Esther et Alhalie ont montré combien on a perdu en supprimant les chœurs et la musique. (Boil.)

Achille déplairait, moinsbouillantetmoins prompt: J'aime à lui voir verser des pleurs pour un affront. A ces petits défauts marqués dans sa peinture, L'esprit avec plaisir reconnaît la nature. Qu'il soit sur ce modèle en vos écrits tracé : Qu'Agamemnon soit fier, superbe, intéressé; Que pour ses dieux Énée ait un respect austère. Conservez à chacun son propre caractère. Des siècles, des pays , étudiez les mœurs : Les climats font souvent les diverses humeurs.

Gardez donc de donner, ainsi que dans Clélie, L'air ni l'esprit français à l'antique Italie, Et, sous des noms romains faisant notre portrait , Peindre Caton galant et Brutus dameret.

Dans un roman frivole aisément tout s'excuse; C'est assez qu'en courant la fiction amuse ; Trop de rigueur alors serait hors de saison : Mais la scène demande une exacte raison ; L'étroite bienséance y veut être gardée.

D'un nouveau personnage inventez-vous l'idée? Qu'en tout avec soi-même il se montre d'accord, Et qu'il soit jusqu'au bout tel qu'on l'a vu d'abord. Souvent , sans y penser, un écrivain qui s'aime Forme tous ses héros semblables à soi-même : Tout a l'humeur gasconne en un auteur gascon ; Calprenède et Juba1 parlent du même ton.

La nature est en nous plus diverse et plus sage; Chaque passion parle un différent langage : La colère est superbe , et veut des mots altiers ; L'abattement s'explique en des termes moins fiers.

Que devant Troie en flamme Hécube désolée Ne vienne pas pousser une plainte ampoulée , Ni sans raison décrire en quels affreux pays2 Par sept bouches l'Euxin reçoit le 'fanais. Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles Sont d'un déclamateur amoureux des paroles. Il faut dans la douleur que vous vous abaissiez : Pour me tirer des pleurs , il faut que vous pleuriez. Ces grands motsdont alors l'acteuremplit sa bouche Ne partent point d'un cœur que sa misère touche.

Le théâtre fertile en censeurs pointilleux , Chez nous pour se produire est un champ périlleux. Un auteur n'y fait pas de faciles conquêtes; Il trouve à le siffler des bouches toujours prêtes : Chacun le peut traiter de fat et d'ignorant, C'est un droit qu'à la porte on achète en entrant. Il faut qu'en cent façons , pour plaire , il se replie ; Que tantôt il s'élève et tantôt s'humilie; Qu'en nobles sentiments il soit partout fécond ;

1 Bernée k Cléopdire. (Bon..) — Roman de la Calprenède, qui \i\ait au milieu du dix-septième siècle. Sénèqoe le Tragique. {Troade, se. i.) (Bon..)

L'ART POETIQUE. 247

Qu'il soit aisé, solide, agréable, profond;

Que de traits surprenants sans cesse il nous réveille,

Qu'il coure dans ses vers de merveille en merveille,

Et que tout ce qu'il dit , facile à retenir,

De son ouvrage en nous laisse un long souvenir.

Ainsi la tragédie agit, marche et s'explique.

D'un air plus grand encor la poésie épique , Dans le vaste récit d'une longue action , Se soutient par la fable , et vit de fiction. Là pour nous enchanter tout est mis en usage; Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage. Chaque vertu devient une divinité :

Minerve est la prudence , et Venus la beauté ; Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre, C'est Jupiter armé pour effrayer la terre ; Un orage terrible aux yeux des matelots , C'est Neptune en courroux qui gourmande les flots. Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse, C'est une nymphe en pleurs qui se plaint de Nar- Ainsi , dans cet amas de nobles fictions , [ risse. Le poète s'égaye en mille inventions , Orne, élève, embellit, agrandit toutes choses, Et trouve sous sa main des fleurs toujours écloses. Qu'Énée et ses vaisseaux , par le vent écartés « , Soient aux bords africains d'un orage emportés , Ce n'est qu'une aventure ordinaire et commune , Qu'un coup peu surprenant des traits de la fortune : Mais que Junon , constante en son aversion , Poursuive sur les flots les restes d'Iiion ; Qu'Éole , en sa faveur, les chassant d'Italie , Ouvre aux vents mutinés les prisons d'Éolie; Que Neptune en courroux , s'élevant sur la mer, D'un mot calme les flots, mette la paix dans l'air, Délivre les vaisseaux , des syrtes les arrache : C'est là ce qui surprend, frappe, saisit, attache. Sans tous ces ornements, le vers tombe en langueur: La poésie est morte 2 ou rampe sans vigueur ; Le poète n'est plus qu'un orateur timide, Qu'un froid historien d'une fable insipide.

C'est donc bien vainement que nos auteurs déçus, Bannissant de leurs vers ces ornements reçus, Pensent faire agir Dieu, ses saints et ses prophètes. Comme ces dieux éclos du cerveau des poètes ; Mettent à chaque pas le lecteur en enfer : N'offrent rien qu'Astaroth , Belzébuth , Lucifer. De la foi d'un chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont point susceptibles3 :

1 \ i'\tv Y h if ide, li\ . I . V. 56-151. •

• L'auteur avait en \ ne Saint Sortis dea Mareta . qui a écrit contre la Fable. Bon..)

j Ce précepte, l'un des plus importants que Bofleauail tracés, a trouvé, de notre temps, de nombreux contradicteur»; mais tous leurs efforts n'ont fait que le confirmer.

L'Évangile à l'esprit n'offre de tous côtés Que pénitence à faire et tourments mérités; Et de vos fictions le mélange coupable Même à ses vérités donne l'air de la Fable. Et quel objet enfin à présenter aux yeux , Que le diable • toujours burlant contre les cieux , Qui de votre héros veut rabaisser la gloire, Et souvent avec Dieu balance la victoire ! Le Tasse, dira-t-on, l'a fait avec succès. Je ne veux point ici lui faire son procès : Mais , quoi que notre siècle à sa gloire publie , II n'eut point de son livre illustré l'Italie, Si son sage héros , toujours en oraison , N'eût fait que mettre enfin Satan à la raison; Et si Renaud, Argant, Tancrède et sa maîtresse, N'eussent de son sujet égayé la tristesse.

Ce n'est pas que j'approuve, en un sujet chrétien, Un auteur follement idolâtre et païen : Mais , dans une profane et riante peinture , De n'oser de la Fable employer la figure; De chasser les tritons de l'empire des eaux ; D'ôter à Pan sa flûte , aux Parques leurs ciseaux ; D'empêcher que Caron , dans la fatale barque , Ainsi que le bei'ger ne passe le monarque : C'est d'un scrupule vain s'alarmer sottement, Et vouloir aux lecteurs plaire sans agrément. Bientôt ils défendront de peindre la Prudence, De donner à Thémis ni bandeau ni balance; De figurer aux yeux la Guerre au front d'airain, Ou le Temps qui s'enfuit une horloge à la main; Et partout des discours, comme une idolâtrie, Dans leur faux zèle iront chasser l'allégorie. Laissons-les s'applaudir de leur pieuse erreur : Mais, pour nous, bannissons une vaine terreur; Et, fabuleux chrétiens, n'allons point dans nos son- Du Dieu de vérité faire un dieu de mensonges, [ges,

La Fable offre à l'esprit mille agréments divers : Là, tous les noms heureux semblent nés pour les Ulysse, Agamemnon, Oreste, Idoménée, [vers; Hélène , Ménélas , Paris , Hector, Énée.

)h! le plaisant projet d'un poète ignorant, Qui de tant de héros va choisir Chiklebrand 2 ! J'un seul nom quelquefois le son dur ou bizarre ■:\end un poëme entier ou burlesque ou barbare.

Voulez-vous longtemps plaire et jamais ne lasser? faites choix d'un héros propre à m'intéresser,

n valeur éclatant, en vertus magnifique;

'n'en lui, jusqu'aux défauts, tout se montre héroïque; Que ses faits* surprenants soient dignes d'être ouïs ;

1 Voyez le Tasse. (Bon..)

1 Chiklebrand ou les Sarrasins chassés de France , est un ,><)éme héroïque de Jacques Carel, sieur de Sainte-Garde, qui ii publia que les quatre premiers livres , en IGUU et I07U.

Qu'il soit tel que César , Alexandre ou Louis ; Non tel que Polynice « et son perfide frère. On s'ennuie aux exploits d'un conquérant vulgaire. N'offrez point un sujet d'incidents trop chargé. Le seul courroux d'Achille, avec art ménagé, Remplit abondamment une Iliade entière : Souvent trop d'abondance appauvrit la matière :

Soyez vif et pressé dans vos narrations : Soyez riche et pompeux dans vos descriptions. C'est là qu'il faut des vers étaler l'élégance : N'y présentez jamais de basse circonstance. N'imitez pas ce fou 2 , qui , décrivant les mers , Et peignant, au milieu de leurs flots entr'ouverts, L'Hébreu sauvé du joug de ses injustes maîtres, Met, pour le voir passer, les poissons aux fenêtres 3- Peint le petit enfant qui va , saute , revient, Et joyeux à sa mère offre un caillou qu'il tient. Sur de trop vains objets c'est arrêter la vue.

Donnez à votre ouvrage une juste étendue. Que le début soit simple et n'ait rien d'affecté. N'allez pas dès l'abord , sur Pégase monté, Crier à vos lecteurs d'une voix de tonnerre : « Jechantelevainqueurdesvainqueursdela terre •*. » Que produira l'auteur après tous ces grands cris? La montagne en travail enfante une souris. Oh! que j'aime bien mieux cet auteur plein d'adresse, Qui , sans faire d'abord de si haute promesse, Me dit d'un ton aisé , doux , simple , harmonieux : « Je chante les combats, et cet homme pieux 5 , « Qui, des bords phrygiens conduit dans l'Ausonie, « Le premier aborda les champs de Lavinie. » Sa muse en arrivant ne met pas tout en feu , Et, pour donner beaucoup, ne nous promet que peu, Bientôt vous la verrez , prodiguant les miracles, Du destin des Latins prononcer les oracles ; De Styx et d'Achéron peindre les noirs torrents, Et déjà les Césars dans l'Elysée errants.

De figures sans nombre égayez votre ouvrage; Que tout y fasse aux yeux une riante image : On peut être à la fois et pompeux et plaisant ; Et je hais un sublime ennuyeux et pesant. J'aime mieux Arioste et ses fables comiques, Que ces auteurs toujours froids et mélancoliques, Qui dans leur sombre humeur se croiraient faire af- Si les Grâces jamais leur déridaient le front, [front,

On dirait que pour plaire, instruit par la nature,

' Polynice et Étéocle, frères ennemis, auteurs de la guerre de Tlièbes. (Voyez la Thébaide de Stace.) (Boil.)

2 Saint- Amanil. (Boil.)

3 Les poissons ébahis les regardent passer.

Moïse sauve. — (Boil.)

4 Alarir, poëme de Scudéri , liv. I. (BOIL.) '■> Mneid. liv. 1.

L'A HT POÉTIQUE

Homère ait à Vénus ■ dérobé sa ceinture.

Son livre est d'agréments un fertile trésor :

Tout ce qu'il a touché se convertit en or;

ï mit reçoit dans ses mains une nouvelle grâce ;

Partout il divertit, et jamais il ne lasse.

Une heureuse chaleur anime ses discours :

Il ne s'égare point en de trop longs détours.

Sans garder dans ses vers un ordre méthodique, Son sujet de soi-même et s'arrange et s'explique ; Tout, sans faire d'apprêts, s'y prépare aisément ; Chaque vers, chaque mot court à l'événement. Aimez donc ses écrits, mais d'un amour sincère : C'est avoir profité que de savoir s'y plaire.

Un poëme excellent , où tout marche et se suit, N'est pas de ces travaux qu'un caprice produit : Il veut du temps, des soins; et ce pénible ouvrage Jamais d'un écolier ne fut l'apprentissage. Mais souvent parmi nous un poète sans art, Qu'un beau feu quelquefois échauffa par hasard , Enflant d'un vain orgueil son esprit chimérique , Fièrement prend en main la trompette héroïque : Sa muse déréglée , en ses vers vagabonds, N s'élève jamais que par sauts et par bonds : Et son feu , dépourvu de sens et de lecture , S'éteint a chaque pas, faute de nourriture. Mais en vain le public , prompt a le mépriser, De SOU mérite faux le veut désabuser; Lui-même, applaudissant à son maigre génie, Se donne par ses mains l'encens qu'on lui dénie : Virgile, au prix de lui, n'a point d'invention; Homère n'entend point la noble fiction.

Si contre cet arrêt le siècle se rebelle, \ la postérité d'abord il en appelle : Mais attendant qu'ici le bon sens de retour Ramène triomphants ses ou\ rages au jour, Leurs tas au magasin, cachés à la lumière, Combattenl tristemenl les vers et la poussière. Laissons-les donc entre eux s'escrimer en repos, El , sans nous ég irer, suivons notre propos. Des succès fortunés du spectacle tragique Dans Uhènes naquit la comédie antique.

Là le Crée, né moqueur, par mille jeux plaisants.

Distilla le venin de ses traits médisants.

\u\ acres insolents d'une bouffonne joie

La sagesse, l'esprit , l'honneur , furent en proie. On \it par le public un poète avoué

S'enrichir aux dépens du mérite joué;

it Socrate par lui dans un chœur-de nuées « ,

D'un \il amas de peuple attirer les huées.

i nfln de la licence on arrél i le cours :

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