‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 196 sur 672 · CHANT IV · texte numérisé non relu

CHANT IV

Dans Florence jadis vivait un médecin3, Savant hâbleur, dit-on, et célèbre assassin. Lui seul y fit longtemps la publique misère : Là le fils orphelin lui redemande un père;

1 Comédie de Molière. (Boil.)

2 Voyez Simon, dans V Andrienne ; et Démée, dans les Adelphes. (BoiL.)

' Il y a un médecin à Paris, nommé M. Perrault,

très-grand ennemi de la santé et du bon sens ; mais en récompense fort grand ami de M. Quinault. Un mouvement de pitié pour son pays, ou plutôt le peu de gain qu'il faisait dans son métier, lui en fait à la lin embrasser un autre. Il a lu Vitrnve, il a fréquenté M le Vau et M. Ratabon, et s'est enlin jeté dans l'architecture, ou l'on prétend qu'en peu d'années il a autant élevé de mauvais bâtiments, qu'étant médecin il avait ruiné de bonnes sanlés. Ce nouvel architecle m'a pris en haine sur le peu d'estime que je faisais des ouvrages de son cher Quinault. Sur cela il s'est déchaîné contre moi dans le inonde : je l'ai souffert quelque temps avec assez de modération;.mais enfin la bile satirique n'a pu se contenir, si bien que, dans le quatrième chant de ma poétique, à quelque temps de là, j'ai inséré la métamorphose d'un médecin en architecte. (Bon.. Lettre au maréchal de fii-onnc 1676.)

Ici le frère pleure un frère empoisonné : L'un meurt vide de sang , l'autre plein de séné : Le rhume à son aspect se change en pleurésie, Et par lui la migraine est bientôt frénésie. Il quitte enfin la ville , en tous lieux détesté. De tous ses amis morts un seul ami resté Le mène en sa maison de superbe structure. C'était un riche abbé , fou de l'architecture. Le médecin d'abord semble né dans cet art, Déjà de bâtiments parle comme Mansard « : D'un salon qu'on élève il condamne la face ; Au vestibule obscur il marque une autre place ; Approuve l'escalier tourné d'autre façon. Son ami le conçoit, et mande son maçon : Le maçon vient , écoute, approuve, et se corrige. Enfin, pour abréger un si plaisant prodige, Notre assassin renonce à son art inhumain; Et désormais , la règle et l'équerre à la main , Laissant de Galien la science suspecte , De méchant médecin devient bon architecte.

Son exemple est pour nous un précepte excellent : Soyez plutôt maçon, si c'est votre talent, Ouvrier estimé dans un art nécessaire , Qu'écrivain du commun, et poète vulgaire. Il est dans tout autre art des degrés différents : On peut avec honneur remplir les seconds rangs ; Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire , Il n'est point de degrés du médiocre au pire; Qui dit froid écrivain, dit détestable auteur. Boyer 2 est à Pinchêne 3 égal pour le lecteur ; On ne lit guère plus Rampale et Ménardière <, [re 8 . Que Maignon5, du Souhait6, Corbin7, et la Morliè- Un fou du moins fait rire , et peut nous égayer : Mais un froid écrivain ne sait rien qu'ennuyer. J'aime mieux Bergerac 9 et sa burlesque audace, Que ces vers où Motin ,0 se morfond et nous glace.

Ne vous enivrez point des éloges flatteurs Qu'un amas quelquefois de vains admirateurs Vous donne en ces réduits , prompts à crier : Mer- Tel écrit « » récité se soutint à l'oreille , [veille !

1 Célèbre architecte. Il mourut en 1666, âgé de soixanteneuf ans.

2 Auteur médiocre. (Boil.)

3 Pinchêne a déjà été nommé dans l'épitre vin.

4 Rampale et la Ménardière vivaient au milieu du dix septième siècle.

5 .Maignon a composé un poème fort long, intitulé V Encyclopédie. (Boil.)

6 Du Souhait avait traduit Y Iliade en prose. (Boil.)

7 Corbin avait traduit la Bible mot à mot. (BoiL.)

8 La Morlière méchant poêle. (BoiL.)

f| Cyrano de Bergerac, auteur du F'oyage dans la Lune. (Boil.*)

io pierre Motin, contemporain et ami de Régnier, a laissé quelques poésies, imprimées dans les recueils du temps.

" Chapelain. (Boil.)

L ART POÉTIQUE

Qui, dans l'impression au grand jour se montrant , Ne soutient pas des yeux le regard pénétrant. On sait de cent auteurs l'aventure tragique; Et Gombauld tant loué garde encor la boutique.

Écoutez tout le monde , assidu consultant : Un fat quelquefois ouvre un avis important. Quelques vers toutefois qu'Apollon vous inspire, ¥,n tous lieux aussitôt ne courez pas les lire , (lardez-vous d'imiter ce rimeur furieux » , Qui , de ses vains écrits lecteur harmonieux , Aborde en récitant quiconque le salue, Et poursuit de ses vers les passants dans la rue. H n'est temple si saint des anges respecté ■ , Qui soit contre sa muse un lieu de sûreté. Je vous l'ai déjà dit : aimez qu'on vous censure , Et, souple à la raison , corrigez sans murmure. Mais ne vous rendez pas dès qu'un sot vous reprend.

Souvent dans son orgueil un subtil ignorant Par d'injustes dégoûts combat toute une pièce, Blâme des plus beaux vers la noble hardiesse. On a beau réfuter ses vains raisonnements ; Son esprit se complaît dans ses faux jugements; Et sa faible raison , de clarté dépourvue , Pense que rien n'échappe à sa débile vue. Ses conseils sont à craindre; et si vous les croyez, Pensant fuir un écueil, souvent vous vous noyez.

1 aitea choix d'un censeur solide et salutaire, Que la raison conduise et le savoir éclaire, Et dont le crayon sûr d'abord aille chercher L'endroit que l'on sent faible, etqu'on se veut cacher. Lui seul éclaircira vos doutes ridicules , De votre esprit tremblant lèvera les scrupules, (l'est lui qui vous dira par quel transport heureux Quelquefois dans sa course un esprit vigoureux , Trop resserré par l'art, sort des règles prescrites, Et de l'art même apprend à franchir leurs limites. Mais ce parlait censeur se trouve rarement. Tel excelle à rimer qui juge sottement : Tel s'est l'ail par ses vers distinguer dans la ville, Qui jamais de Lucain n'a distingué Virgile3.

Auteurs, prêtez l'oreille à mes instructions. Voulez-vous faire aimer vos riches fictions? Qu'en savantes leçons votre muse fertile Partout joigne au plaisant le solide et l'utile. Un lecteur sage tint un vain amusement, Et veut mettre à profit son divertissement, [vrages,

Que votre àineet vosnmurs, peintesdans VOS OU -

' i>n Perrler. (Bon..) — Il était né en Provence, ••! neveu de François du Perrierque Malherbeaimmortausé dans les stances qui! lui adressa pour le consoler de la mort de sa Bile.

1 il rédUdesea rats à l'auteur malgré lui, dans une église.

(BolL.)

J On croit que Boileau a voulu désigner ici le grand Corneille.

N'offrent jamais de vous que de nobles images.

Je ne puis estimer ces dangereux auteurs

Qui de l'honneur, en vers, infâmes déserteurs,

Trahissant la vertu sur un papier coupable,

Aux yeux de leurs lecteurs rendent le vice aimable.

Je ne suis pas pourtant de ces tristes esprits Qui , bannissant l'amour de tous chastes écrits , D'un si riche ornement veulent priver la scène, Traitent d'empoisonneurs et Rodrigue et Chimène ■ . L'amour le moins honnête exprimé chastement N'excite point en nous de honteux mouvement. Didon a beau gémir et m'étaler ses charmes ; Je condamne sa faute en partageant ses larmes. Un auteur vertueux, dans ses vers innocents, Ne corrompt point le cœur en chatouillant les sens; Son feu n'allume point de criminelle flamme. Aimez donc la vertu , nourrissez -en votre àme : En vain l'esprit est plein d'une noble vigueur ; Le vers se sent toujours des bassesses du cœur.

Fuyez surtout , fuyez ces basses jalousies , Des vulgaires esprits malignes frénésies. Un sublime écrivain n'en peut être infecté; C'est un vice qui suit la médiocrité.

Du mérite éclatant cette sombre rivale Contre lui chez les grands incessamment cabale , Et, sur les pieds en vain tâchant de se hausser, Pour s'égaler à lui cherche à le rabaisser. Ne descendons jamais dans ces lâches intrigues : N'allons pointàl'honneurpar de honteuses brigues.

Que les vers ne soient pas votre éternel emploi. Cultivez vos amis, soyez hommes de foi : C'est peu d'être agréable et charmant dans un livre ; 11 faut savoir encore et converser et vivra

Travaillez pour la gloire, et qu'un sordide gain Ne soit jamais l'objet d'un illustre écrivain. Je sais qu'un noble esprit peut , sans honte et sans Tirer de son travail un tribut légitime ; [crime , Mais je ne puis souffrir ces auteurs renommés, Qui, dégoûtés de gloire, et d'argent affamés, Mettent leur \pollon aux ga^es d'un libraire, Et font d'un art divin un métier mercenaire.

\vant que la raison, s'expliquant par la voix, Eût instruit les humains , eût enseigné des lois , Tous les hommes suivaient la grossière nature. Dispersés dans les bois couraient à la pâture : T^a force tenait lieu de droit et d'équité; Le meurtre s'exerçait avec impunité.

Mais du discours enùn l'harmonieuse adressa De ces sauvages moeurs adoucit la rudesse, Rassembla les humains dans les forêts épars . Enferma les cites de murs et de remparts, De l'aspect du supplice effraya l'insolence, 1 Voyei le IVaiU de l>> Comédie par Nicole.

Et sous l'appui des lois mit la faible innocence. Cet ordre fut, dit-on, le fruit des premiers vers. De là sont nés ces bruits reçus dans l'univers, Qu'aux accents dont Orphée emplit les monts de Qu'aux accents dont Orphée emplit les monls de Thrace , Qu'aux accords d'Amphion les pierres se mouvaient, Et sur les murs thébains en ordre s'élevaient. L'harmonie en naissant produisit ces miracles. Depuis , le ciel en vers fit parler les oracles ; Du sein d'un prêtre ému d'une divine horreur, Apollon par des vers exhala sa fureur.

Bientôt, ressuscitant les héros des vieux âges, Homère aux grands exploits anima les courages. Hésiode • à son tour, par d'utiles leçons , Des champs trop paresseux vint hâter les moissons. En mille écrits fameux la sagesse tracée Fut , à l'aide des vers , aux mortels annoncée , Et partout des esprits ses préceptes vainqueurs, Introduits par l'oreille, entrèrent dans les cœurs. Pour tant d'heureux bienfaits les Muses révérées Furent d'un juste encens dans la Grèce honorées; Et leur art, attirant le culte des mortels, A sa gloire en cent lieux vit dresser des autels. Mais enfin, l'indigence amenant la bassesse, Le Parnasse oublia sa première noblesse. Un vil amour du gain , infectant les esprits , De mensonges grossiers souilla tous les écrits; Et partout , enfantant mille ouvrages frivoles , Trafiqua du discours et vendit les paroles.

Ne vous flétrissez point par un vice si bas. Si l'or seul a pour vous d'invincibles appas , Fuyez ces lieux charmants qu'arrose le Permesse : Ce n'est point sur ses bords qu'habite la richesse. Aux plus savants auteurs, comme aux plus grands guerriers, Apollon ne promet qu'un nom et des lauriers.

Mais quoi ! dans la disette une muse affamée Ne peut pas, dira-t-on, subsister de fumée; Un auteur qui , pressé d'un besoin importun , Le soir entend crier ses entrailles à jeun, Goûte peu d'Hélicon les douces promenades : Horace a bu son soûl quand il voit les Ménades; Et , libre du souci qui trouble Colletet , N'attend pas pour dîner le succès d'un sonnet.

Il est vrai : mais enfin cette affreuse disgrâce Rarement parmi nous afflige le Parnasse. [arts

Et que craindre en ce siècle, où toujours les beaux

1 Poète grec , né àCumesenÉolide, et contemporain d'Homère. Il est l'auteur d'un poème sur l'agriculture, que Virgile a imité et surpassé dans ses Géorgiques.

D'un astre favorable éprouvent les regards , Où d'un prince éclairé la sage prévoyance Fait partout au mérite ignorer l'indigence? .

Muses, dictez sa gloire à tous vos nourrissons : Son nom vaut mieux pour eux que toutes vos leçons. Que Corneille, pour lui , rallumant son audace, Soit encor le Corneille et du Cid et d'Horace : Que Racine, enfantant des miracles nouveaux, De ses héros sur lui forme tous les tableaux : Que de son nom , chanté par la bouche des belles , Benserade en tous lieux amuse les ruelles : Que Segrais dans l'églogue en charme les forêts; Que pour lui l'épigramme aiguise tous ses traits. Mais quel heureux auteur, dans une autre Enéide, Aux bords du Pihin tremblant conduira cet Alcide? Quelle savante lyre au bruit de ses exploits Fera marcher encor les rochers et les bois; Chantera le Batave , éperdu dans l'orage , Soi-même se noyant pour sortir du naufrage, Dira les bataillons sous Mastricht enterrés , Dans ces affreux assauts du soleil éclairés?

Mais, tandis que je parle, une gloire nouvelle Vers ce vainqueur rapide aux Alpes vous appelle. Déjà Dole et Salins J sous le joug ont ployé ; Besançon fume encor sur son roc foudroyé. Où sont ces grands guerriers dont les fatales ligues Devaient à ce torrent opposer tant de digues ? Est-ce encor en fuyant qu'ils pensent l'arrêter, Fiers du honteux honneur d'avoir su l'éviter? Que de remparts détruits ! que de villes forcées ! Que de moissons de gloire en courant amassées!

Auteurs, pour les chanter redoublez vos trans- Le sujet ne veut pas de vulgaires efforts, [ports :

Pour moi , qui Jusqu'ici nourri dans la satire , N'ose encor manier la trompette et la lyre, Vous me verrez pourtant, dans ce champ glorieux , Vous animer du moins de la voix et des yeux ; Vous offrir ces leçons que ma muse au Parnasse Rapporta , jeune encor, du commerce d'Horace ; Seconder votre ardeur, échauffer vos esprits , Et vous montrer de loin la couronne et le prix. Mais aussi pardonnez , si , plein de ce beau zèle , De tous vos pas fameux observateur fidèle, Quelquefois du bon or je sépare le faux, Et des auteurs grossiers j'attaque les défauts : Censeur un peu fâcheux, mais souvent nécessaire, Plus enclin à blâmer, que savant à bien faire.

1 Places de la Franche-Comté prises en plein hiver. (Boil.)

FIB DE L ART POETIQUE

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LE LUTRIN

POËME HEROÏ-COMIQUE.

AU LECTEUR

Je ne ferai point ici comme Arioste ' , qui , quelquefois sur le point de débiter la fable du monde la plus absurde, la garantit vraie d'une vérité reconnue, et l'appuie môme de l'autorité de l'archevêque Turpin 2. Pour moi , je déclare franchement que tout le poëme du Lutrin n'est qu'une pure fiction, et que tout y est inventé, jusqu'au nom même du lieu où l'action se passe. Je l'ai appelé Pourges 3 , du nom d'une petite chapelle qui était autrefois «.roche Montlhéry. C'est pourquoi le lecteur ne doit pas s'étonner que, pour y arriver de Bourgogne, la Nuit prenne le chemin de Paris et de Montlhéry.

C'est une assez bizarre occasion qui a donné lieu à ce poème. U n'y a pas longtemps que, dans une assemblée où j'étais, la conversation tomba sur le poème héroïque. Chacun en parla suivant ses lumières. A l'égard de moi, comme on m'en eut demandé mon as N , je soutins ce que j'ai <i\ ancé dans ma poétique , qu'un poème héroïque , pour être excellent, devait être chargé de peu de matière, et que c'était à l'invention à la soutenir et a l'étendre. La Chose fut fort contestée. On s'échauffa beaucoup ; mais , après bien des raisons alléguées pour et contre, il arriva ce qui arrive ordinairement en toutes ces sortes de disputes : je veux dire qu'on ne se persuada point l'un l'autre, et que chacun demeura ferme dans son opinion. La chaleur de la dispute étant passée, on parla d'autre chose, et on se mit à rire de la manière dont on s'était échauffé sur une question aussi peu importante que celle-là. On

moralisa fort sur la folie des nom > qui passent presque

toute leur rie a faire sérieusement de très-grandes bagatelle, et 'i"i se font sourent une affaire considérable d'une chose indifférente, \ propos de cela, un provincial raoonta un démêlé fameux, qui était arrivé autrefois dans une petite église de sa province, entre le trésorier et le chantre, qui sont les deux premières dignités de cette église, pour savoir si un lutrin sérail placé à un endroit ou à un autre. La chose fui trouvée plaisante, mit cela un «les gavants de l'assemblée, qui ne pouvait pas oublier Bitol la dispute , me demanda si moi , qui voulais si peu de ma-

• On dirait aujourd'hui V Arioste.

' Turpin , Tulpin , ou Tilpin , moine de Saint Denis , puis archevêque de Reims, mourut sur la fin du huitième siècle. Le

r •'"> Qjul porte son nom parait D'avoir ete compose que sur

1 1 lin du onzième.

tière pour un poëme héroïque, j'entreprendrais d'en faire un sur un démêlé aussi peu chargé d'incidents que celai de cette église. J'eus plus tôt drt : Pourquoi non ? que je n'eus fait réflexion sur ce qu'il me demandait. Cela lit faire un éclat de rire à la compagnie, et je ne pus m'empèrh. r de rire comme les autres, ne pensant pas eu effet moimême que je dusse jamais me mettre en état de tenir parole. Néanmoins, le soir, me trouvant de loisir, je rêvai à la chose, et ayant imaginé en général la plaisanterie que le lecteur va voir, j'en lis \ ingt vers que je montrai à mes amis, Ce commencement les réjouit assez. Le plaisir que je vis qu'ils y prenaient m'en ht faire encore vingt autres : ainsi , de \ in^t \eis en vingt vers, j'ai poussé enfin l'ouvrage après de neuf cents '. Voilà toute l'histoire de la bagatelle qae je donne au public. J'aurais bien voulu la lui donner achevée; mais des raia na très-secrètes, dont le le leur trouvera bon que je ne l'instruise pas, m'en ont empêché. Je ne me serais pourtant pas pressé de le donner imparfait , comme il est, n'eût été les misérables fragments qui en ont couru 2. C'est un burlesque nouveau, dont je me su:s avisé en notre langue : car, au lieu que dans l'autre burlesque, Didon et Énée parlaient comme des hareng des crocheteurs, dans celui-ci , une horlogère et un horloger 3 parlent comme Didon et Énée. Je ne sais dm. si mon poème aura les qualités propres a satisfaire un lecteur; mais j'ose me flatter qu'il auraau moins l'agrément de la nouveauté, puisque je ne pense pas qu'il y ait d'où vrage de cette nature en notre langue ; In Défaite de? bouts-runes de Sarasin étant plutôt une pure allégorie qu'un poème comme celui-ci.

AU LECTEUR

Il serait inutile maintenant de nier que le poème sui- \ant a été composé à l'occasion d'un différend asseslegi . qui s'omit , dans une des plus t él bres églises de Pari •. entre le trésorier et le chantre. Mais i '• si tout ce qu'il > a

' Boilean n'avait encore fait que les quatre premiers chants Aujourd'hui son poème a plus .le .1 ioxe oenta vers.

; ( es fragments avaient été Imprimés en 1871, a la suite de m» nu Pain bénit du sieur de Marigny.

■ L'auteur leur substitue dans la mite un perruquier et un» perruquier?

de vrai. Le reste, depuis le commencement jusqu'à la tin , est une pure fiction ; et tous les personnages y sont non-seulement inventés , mais j'ai eu soin même de les faire d'un caractère directement opposé au caractère de ceux qui desservent cette église , dont la plupart , et principalement les chanoines , sont tous gens , non-seulement d'une fort grande probité , mais de beaucoup d'esprit , et entre lesquels il y en a tel à qui je demanderais aussi volontiers son sentiment sur mes ouvrages , qu'à beaucoup de messieurs de l'Académie. Il ne faut donc pas s'étonner si personne n'a été offensé de l'impression de ce poème , puisqu'il n'y a en effet personne qui y soit véritablement attaqué. Un prodigue ne s'avise guère de s'offenser de voir rire d'un avare, ni un dévot de voir tourner en ridicule un libertin Je ne dirai point comment je fus engagé à travailler à cette bagatelle sur une espèce de défi qui me fut fait en riant par feu M. le premier président de Lamoignon , qui est celui que j'y peins sous le nom d'Ariste. Ce détail, à mon avis, n'est pas fort nécessaire. Mais je croirais me faire un trop grand tort , si je laissais échapper cette occasion d'apprendre à ceux qui l'ignorent , que ce grand personnage , durant sa vie , m'a honoré de son amitié. Je commençai à le connaître dans le temps que mes satires faisaient le plus de bruit ; et l'accès obligeant qu'il me donna dans son illustre maison fit avantageusement mon apologie contre ceux qui voulaient m'accuser alors de libertinage et de mauvaises mœurs. C'était un homme d'un savoir étonnant et passionné admirateur de tous les bons livres de l'antiquité , et c'est ce qui lui fit plus aisément souffrir mes ouvrages , où il crut entrevoir quelque goût des anciens. Comme sa piété était sincère , elle était aussi fort gaie , et n'avait rien d'embarrassant. Il ne s'effraya point du nom de satire que portaient ces ouvrages , où il ne vit en effet que des vers et des auteurs attaqués. Il me loua môme plusieurs fois d'avoir purgé , pour ainsi dire , ce genre de poésie de la saleté qui lui avait été jusqu'alors comme affectée- J'eus donc le bonheur de ne lui être pas désagréable. Il m'appela à tous ses plaisirs et à tous ses divertissements , c'est-à-dire à ses lectures et à ses promenades. Il me favorisa même quelquefois de sa plus étroite confidence, et me fit voir à fond son àme entière. Et que n'y vis-je point ! Quel trésor surprenant de probité et de justice! Quel fonds inépuisable de piété et de zèle ! Bien que sa vertu jetât un fort grand éclat au dehors , c'était tout autre chose au dedans ; et on voyait bien qu'il avait soin d'en tempérer les rayons , pour ne pas blesser les yeux d'un siècle aussi corrompu que le nôtre. Je fus sincèrement épris de tant de qualités admirables ; et s'il eut beaucoup de bonne volonté pour moi , j'eus aussi pour lui une trèsforte attache. Les soins que je lui rendis ne furent mêlés d'aucune raison d'intérêt mercenaire; et je songeai bien plus à profiter de sa conversation que de son crédit. Il mourut dans le temps que cette amitié était en son plus haut point; et le souvenir de sa perte m'afflige encore tous les jours. Pourquoi faut-il que des hommes si dignes de vivre soient sitôt enlevés du monde , tandis que des misérables et des gens de rien arrivent à une extrême

vieillesse ! Je ne m'étendrai pas davantage sur un sujet si triste ; car je sens bien que si je continuais à en parler, je ne pourrais m'empêcher de mouiller peut-être de larmes la préface d'un ouvrage de pure plaisanterie.

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