‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 249 sur 672 · DISCOURS SUR LE STYLE DES INSCRIPTIONS · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LE STYLE DES INSCRIPTIONS

Les inscriptions doivent être simples, courtes et familières. La pompe ni la multitude des paroles n'y valent rien, et ne sont point propres au style grave, qui est le vrai style des inscriptions. Il est absurde de faire une déclamation autour d'une médaille ou au bas d'un tableau, surtout lorsqu'il s'agît d'actions comme celles du roi , qui , étant d'ellesmêmes toutes grandes et toutes merveilleuses, n'ont pas besoin d'être exagérées.

Il suffit d'énoncer simplement les choses , pour les faire admirer. « Le passage du Rhin » dit beaucoup plus que « le merveilleux passage du Rhin. » L'épithète de merveilleux en cet endroit , bien loin d'augmenter l'action, la diminue, et sent son déclamateur qui veut grossir de petites choses. C'est à l'inscription à dire, « Voilà le passage du Rhin, » et celui qui lit saura bien dire sans elle : « Le pas- « sage du Rhin est une des plus merveilleuses ac- « tions qui aient jamais été faites dans la guerre. » Ille dira même d'autant plus volontiers, que l'inscription ne l'aura pas dit avant lui , les hommes naturellement ne pouvant souffrir qu'on prévienne leur jugement, ni qu'on leur impose la nécessité d'admirer ce qu'ils admireront assez d'eux-mêmes.

D'ailleurs, comme les tableaux de la galerie de Versailles sont des espèces d'emblèmes héroïques des actions du roi, il ne faut dans les règles que mettre au bas du tableau le fait historique qui a donné occasion à l'emblème. Le tableau doit dire le reste , et s'expliquer tout seul. Ainsi, par exemple, lors-

< M, Charpentier, de l'Académie française, ayant composé des inscriptions pleines d'emphase, qui furent mises par ordre du roi au bas des tableaux des \ ictoires de ce prince , peints dans la grande galerie de Versailles par M. le Brun, M. de Louvois, (|iii succéda à M. Colberl dans la charge de surintendant des bâtiments, lii entendre à Sa Majesté que ces Inscriptions déplaisaient fort à teint le monde , et , pour mieux lui montrer que c'était avec raison . me pria de lai rc sur cela un moi d'écrit qu'il put montrer au roi ; ce que Je lis aussitôt. Sa Majesté lut cet écrit avec plaisir, cl l'approuva : de sorte que la saison l'appelant a Fontainebleau . il ordonna qu'en s. m absenc i >>i.it loutesces pompeuses déclamations de M. Charpentier, et qu'on > nui les inscriptions simples qui y sont, que iinii- composâmes presque sur-le-champ, M. Racine et moi, et qui furent approuvées de loul le monde. ( 'esl cet écrit, fait a \» prière de M. de Louvois, que je donne ici au public. (Bon )

qu'on aura mis au bas du premier tableau : « Le « roi prend lui-même la conduite de son royaume, « et se donne tout entier aux affaires. 1661 ; » il sera aisé de concevoir le dessein du tableau , ou l'on voit le roi fort jeune, qui s'éveille au milieu dune foule de Plaisirs dont il est environné . et qui tenant de la main un timon, s'apprêteàsuivrelaGloirequi l'appelle, etc.

Au reste, cette simplicité d'inscription est extrêmement du goût des anciens , comme on le peut voir dans les médailles, où ils se contentaient souvent de mettre pour toute explication la date de l'action qui y est figurée, ou le consulat sous lequel elle a été faite, ou tout au plus deux mots qui apprennent le sujet de la médaille.

Il est vrai que la langue latine dans cette simplicité a une noblesse et une énergie » qu'il est difficile d'attraper en notre langue : mais si l'on n'y peut atteindre, il faut s'efforcer d'en approcher, et tout du moins ne pas charger nos inscriptions d'un verbiage et d'une enflure de paroles, qui , étant fort mauvaise partout ailleurs, devient surtout insupportable en ces endroits.

Ajoutez à tout cela que ces tableaux étant dans l'appartement du roi, et ayant été faits par son ordre, c'est en quelque sorte le roi lui-même qui parle à ceux qui viennent voir sa galerie. C'est pour ces raisons qu'on a cherché une grande simplicité dans les nouvelles inscripitions , où l'on ne met proprement que le titre et la date, et où l'on a surtout évité le faste et l'ostentation.

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