EPITAPHE DE RACINE
Hicjacet vir nobilis Joannes Racine, Francix thesauris prx/rclus, régi a secrelis atquea cubiculo , nec non unus e quadraginta gallicanx académise viris : qui, poslquam profana tragœdUtrutn argumenta diu cum ingenti hominum admiration* tractasset, musas tandem suas uni Deo consecravit;omnemqueingeniivim ineo laud contulit, quîtolus laudedignus est Q t im > um vitae negotiorumque rationes mjdtis nobilibus aulx tenerent addictum, iamen in fréquente hominum consortio omnia pietalis a<- religionis officia cotait. A christiano rege l udovico magno selectus
' Voyez la lettrede Boileau a Brossette do iti mai 1T05. • Voyez les mémoires de Louis Racine sur la viedeaon père.
vna cum familiar i ipsius amico fuerat , qui res, eo régnante, prxclare ac mirabiliter gestasprsescribcret. Huic intentus operi, repente in gravem atque diuturnum morbi/m implicitus est; tandemque ab hac sede miseriarum in melius domicilium translatas anno xtatis sux LIX. Qui mortem longiori aclhuc intervallo remotam valde horruerat, ejusdem prxsentis adspectum placidafronte sustinuit;obiitquespe multo magis etpia in Deumfiducia erectus, quamfractus metu. Eajactura omnes illius amicos, ê quibi/s nonnulli inter regni primores eminebant, acerbissimo dolore perculit. Manacit etiam ad ipsum regem tanti viri desidcrium . Fecit modestia ejus singularis, et prxcipua in hanc Portus-Regii domum bpncvolentia, ut in isto cxmeterio pie magis quant magnifiée sepeliriveltet, adeoque teslamento cavît, ut corpus suum, juxtapiorum hominum, qui hic jacent corpora , humaretur.
Tu vero, quicumque es, quem in hanc domum
pietas adducit , tux ipse mortalitatis ad hune ad-
specturnrecordare , et clarissimam tanti viri me-
moriam precibus potins quamelogiisprosequere.
« Ici repose le corps de messire Jean Racine, « trésorier de France, secrétaire du roi, gentil- « homme ordinaire de sa chambre , et un des qua- « rante de l'Académie française : qui, après avoir « longtemps charmé la France par ses excellentes « poésies profanes, consacra ses muses à Dieu, et « les employa uniquement à louer le seul objet di- « gne de louange. Les raisons indispensables qui « l'attachaient à la cour, l'empêchèrent de quitter « le monde; mais elles ne l'empêchèrent pas de s'ac- j « quitter, au milieu du monde, de tous les devoirs i « de la piété et de la religion. Il fut choisi avec un « de ses amis « par le roi Louis le Grand pour ras- « sembler en un corps d'histoire les merveilles de « son règne, et il était occupé à ce grand ouvrage, « lorsque tout à coup il fut attaqué d'une longue « et cruelle maladie , qui à la fin fenleva de ce sé- « jour de misères , en sa cinquante-neuvième année. « Bien qu'il eût extrêmement redouté la mort lors- « qu'elle était encore loin de lui, il la vit de près sans « s'étonner, et mourut beaucoup plus rempli d'espé- « rance que de crainte , dans une entière résigna- « tion à la volonté de Dieu. Sa perte toucha sensi- « blement ses amis , entre lesquels il pouvait comp- « ter les premières personnes du royaume, et il fut « regretté du roi même». Son humilité, et l'affec-
' Boileau Despréaux.
1 Voyez la lettre de Boileau du D mai 1699.
tion particulière qu'il eut toujours pour cette maison de Port-Royal des Champs, lui firent souhaiter d'être enterré sans aucune pompe dans ce cimetière avec les humbles serviteurs de Dieu qui y reposent, et auprès desquels il a été mis, selon qu'il l'avait ordonné par son testament. « O toi , qui que tu sois, que la piété attire en ce saint lieu, plains dans un si excellent homme la triste destinée de tous les mortels; et, quelque grande idée que puisse te donner de lui sa réputation , souviens-toi que ce sont des prières et non pas des éloges qu'il te demande! »