D'UN AUTRE DIALOGUE
APOLLON , HORACE, des muses, des poètes.
HORACE
Tout le monde est surpris, grand Apollon , des abus que vous laissez régner sur le Parnasse.
APOLLON
Et depuis quand, Horace, vous avisez-vous de parler français !
HORACE
Les Français se mêlent bien de parler latin. Ils estropient quelques-uns de mes vers : ils en font de même à mon ami Virgile; et quand ils ont accroché, je ne sais comment, disjecti membra poetse, ainsi que je parlais autrefois, ils veulent figurer avec nous.
APOLLON
Je ne comprends rien à vos plaintes : de qui donc me parlez-vous ?
HORACE
Leurs noms me sont inconnus : c'est aux muses de nous les apprendre.
1 M. Despréaux, dans la préface de son édition de IG64, après avoir parlé de ce qu'il y avait ajouté, dit : « Pavais « dessein d'y joindre aussi quelques dialogues en prose que « j'ai composés. » Il n'a donné dans la suite que le dialogue sur les romans. (C'est celui qu'on vient de lire.) II en avait composé un autre , pour montrer qu'on ne saurait Lien parler, ou du moins s'assurer qu'on parle bien une langue morte. Mais il ne l'a jamais voulu publier, de peur d'offenser plusieurs de nos poètes latins , qui étaient ses amis et ses traducteurs. Il ne l'a pas même conlié au papier. Cependant il m'en récita un jour ce que sa mémoire lui put fournir, et j'allai sur-lechamp écrire ce que j'en avais retenu. Quoique je n'aie conservé ni les grâces de sa dicUon, ni toute la suite de ses pensées , peut-être ne sera-t-on pas fâché de voir mon extrait , pour juger du tour qu'il avait imaginé. (Bross.V
APOLLON
Calliope, dites-moi, qui sont ces gens-là? C'est une chose étrange, que vous les inspiriez , et que je n'en sache rien.