LIVRE II, STANCES
Et , d'un voile tissu de vapeur et d'orage Couvrant ses cheveux d'or, découvre eu son visage Tout ce qu'une âme sent de cruelles douleurs.
Le soleil , qui dédaigne une telle carrière , Puisqu'il faut qu'il déloge, éloigne sa barrière; Mais, comme un criminel qui chemine au trépas, Montrant que dans le cœur ce voyage le fâche , Il marche lentement, et désire qu'on sache Que , si ce n'était force , il ne le ferait pas.
Ses yeux par un dépit en ce monde regardent; Ses chevaux tantôt vont et tantôt se retardent, Eux-mêmes ignorants de la course qu'ils font : Sa lumière pâlit , sa couronne se cache ; Aussi n'en veut-il pas cependant qu'on attache A celui qui l'a fait des épines au front.
Au point accoutumé, les oiseaux qui sommeillent apprêtés a chanter dans les bois se réveillent; Mais , voyant ce matin des autres différent, Remplis «l'étonnement ils ne daignent paraître, Et font à qui les voit ouvertement connaître De leur peine secrète un regret apparent.
Lejour est déjà grand, et la honte plus claire De l'apôtre ennuyé l'avertit de se taire; Sa parole se lasse, et le quitte au besoin : Il voit de tous côtés qu'il n'est vu de personne; Toutefois le remords que son âme lui donne Témoigne assez le mal qui n'a point de témoin.
Aussi l'homme qui porte une âme belle et haute, Quand seul en une part il a fait une faute, S'il n'a de jugement son esprit dépourvu, Il reugil de lui-même, et, combien qu'il ne sente Rien que le ciel présent et la terre présente, Pense qu'en se voyant tout le monde l'a vu.
POI K M. Dl. «OH l l'i NSIER',