LIVRE II, STANCES
De ces jeunes guerriers la flotte vagabonde Allait courre1 fortune aux orages du monde, Et déjà pour voguer abandonnait le bord, Quand l'aguet d'un pirate arrêta leur voyage; Mais leur sort fut si bon que d'un même naufrage Ils se virent sous l'onde et se virent au port.
Ce furent de beaux lis qui , mieux que la nature, Mêlant à leur blancheur l'incarnate peinture Que tira de leur sein le couteau criminel , Devant que d'un hiver la tempête et l'orage A leur teint délicat pussent faire dommage , S'en allèrent fleurir au printemps éternel.
Ces enfants bienheureux , créatures parfaites, Sans l'imperfection de leurs bouches muettes, Ayant Dieu dans le cœur, ne le purent louer: Mais leur sang leur en fut un témoin véritable : Et moi, pouvant parler, j'ai parlé, misérable, Pour lui faire vergogne et le désavouer.
Le peu qu'ils ont vécu leur fut grand avantage, Et le trop que je vis ne me fait que dommage, Cruelle occasion du souci qui me nuit!
Quand j'avais de ma foi l'innocence première, Si la nuit de la mort m'eût privé de lumière, Je n'aurais pas la peur d'une immortelle nuit.
Ce fut en ce troupeau que , venant à la guerre Pour combattre l'enfer et défendre la terre, Le Sauveur inconnu sa grandeur abaissa; Par eux il commença la première mêlée; Et furent eux aussi que la rage aveuglée Du contraire parti les premiers offensa.
Qui voudra se vanter, avec eux se compare, D'avoir reçu la mort par un glaive1 barbare Et n'être allé soi-même au martyre s'offrir ; L'honneur leur appartient d'avoir ouvert la porte A quiconque osera d'une âme belle et forte Pour vivre dans le ciel en la terre mourir.
o désirable lin de leurs peines pass Leurs pieds, qui n'ont jamais les ordures pri In superof plancher des étoiles se font; Leur salaire payé les ser\ ices précède ; Premier que d'avoir mal ils trouvenl le remède, Kt devant le combat ont les palmes au front.
Que d'applaudissements, de rumeur et de presse,
' Solvant Vaugetas, courre/orfuneétait alors plus en usage que courir fortune.
' Damants a raison de soatentr, dans la préface de son
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Que de feux, que dejeu.x , que de traits de caresse, Quand là-haut en ce point on les vit arriver! Et quel plaisir encore a leur courage tendre, Voyant Dieu devant eux en - attendre,
Et pour leur faire honneur les anges se lever!
Et vous, femme> . trois fois, quatre fois bienbeureu- De ces jeunes Amours' les mères amoureu Que faites-vous pour eux, si vous les regrettez? Vous fâchez leur repos, et vous rendez coupables, Ou de n'estimer pas leurs trépas honorables, Ou de porter envie a leurs félicit s.
Le soir fut avancé de leurs belles journées ;
Mais qu'eussent-ils gagné par un siècle d'années ?
Ou que leur avint-il en ce vite départ ,
Que laisser promptement une basse demeure.
Qui n'a rien que du mal , pour avoir de bonne heure
Aux plaisirs éternels une éternelle part ?
Si vos yeux, pénétrant jusqu'aux choses futures, Vous pouvaient enseigner leurs belles aventures , Vous auriez tant de bien en si peu de malheurs . Que vous ne voudriez • pas pour l'empire du monde N'avoir eu dans le sein la racine féconde D'où naquit entre nous ce miracle de fleurs.
Mais moi, puisque les lois me défendent l'outrage Qu'entre tant de langueurs me commande la rage . Et qu'il ne faut soi-même éteindre son flamh Que m'est-il demeuré pour conseil et pour ai Que d'écouler ma vie en un fleuve de larmes , Et la chassant de moi l'envoyer au tombeau?
Je sais bien que ma langue ayant commis l'offense , Mon cœur incontinente a fait pénitence.
Mais quoi! si peu de cas ne me rend satisfait. Mon regret est si grand, et ma faute si grande, Qu'une mer éternelle à mes yeux je den Pour pleurer à jamais le péché que j'ai fait.
Pendant que lechetif en ce points.' lamente. S'arrache les cheveux, se bat, et se tourmente,
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Malherbe devait .lire :
De ces anges nouveaux les mères .nnour
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Malherbe, la langue n'élail pas encore fixée sur ce point , «t on ne • : ■ - 1 ; 1 1 ! m» lesquels si pr.--
cédé d'une consonne mu< lie el d'une liquide .1 an c cens où il n'est précédé que <1 luo - une. « 'est < on* lue qui
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Jamais un meurtrier en fit-il <on rrfucc
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OEUVRES DE MALHERBE
En tant d'extrémités cruellement réduit, Il chemine toujours; mais, rêvant à sa peine , Sans donner à ses pas une règle certaine, Il erre vagabond où le pied le conduit
A la fln, égaré (car la nuit qui le trouble Par les eaux de ses pleurs son ombrage redouble), Soit un cas d'aventure , ou que Dieu l'ait permis , Il arrive au jardin où la bouche du traître, Profanant d'un baiser la bouche de son maître , Pour en priver les bons aux méchants l'a remis.
Comme un homme dolent que le glaive contraire A privé de son fils et du titre de père, Plaignant deçà delà son malheur avenu , S'il arrive en la place où s'est fait le dommage, L'ennui renouvelé plus rudement l'outrage En voyant le sujet à ses yeux revenu :
Le vieillard , qui n'attend une telle rencontre , Sitôt qu'au dépourvu sa fortune lui montre Le lieu qui fut témoin d'un si lâche méfait , De nouvelles fureurs se déchire et s'entame , Et de tous les pensers qui travaillent son âme L'extrême cruauté plus cruelle se fait.
Toutefois il n'a rien qu'une tristesse peinte, Ses ennuis sont des jeux , son angoisse une feinte , Son malheur un bonheur, et ses larmes un ris , Au prix de ce qu'il sent quand sa vue abaissée Remarque les endroits où la terre pressée A des pieds du Sauveur les vestiges écrits.
C'est alors que ses cris en tonnerres s'éclatent , Ses soupirs se font vents que les chênes combattent; Et ses pleurs , qui tantôt descendaient mollement , Ressemblent un torrent qui , des hautes montagnes , Ravageant et noyant les voisines campagnes , Veut que tout l'univers ne soit qu'un élément.
Il y fiche ses yeux , il les baigne , il les baise , Il se couche dessus , et serait à son aise S'il pouvait avec eux à jamais s'attacher. Il demeure muet du respect qu'il leur porte : Mais enfin la douleur se rendant la plus forte, Lui fait encore un coup une plainte arracher.
Pas adorés de moi , quanti par accoutumance Je n'aurais comme j'ai de vous la connaissance, Tant de perfections vous découvrent assez ; Vous avez une odeur de parfums d'Assyrie ; Les autres ne l'ont pas ; et la terre flétrie Est belle seulement où vous êtes passés.
Beaux pas de ces beaux pieds que les astres connaissent ; Comme ores à mes yeux vos marques apparaissent ! Telle autrefois de vous la merveille me prit , Quand , déjà demi-clos sous la vague profonde , Vous ayant appelés, vous affermîtes l'onde, Et , m'assurant les pieds , m'étonnàtes l'esprit.
Mais , ô de tant de biens indigne récompense ! O dessus les sablons inutile semence!
Une peur, ô Seigneur ! m'a séparé de toi ; Et d'une âme semblable à la mienne parjure , Tous ceux qui furent tiens , s'ils ne t'ont fait injure, Ont laissé ta présence et t'ont manqué de foi.
De douze , deux fois cinq , étonnés de courage , Par une lâche fuite évitèrent l'orage , Et tournèrent le dos quand tu fus assailli ; L'autre qui fut gagné d'une sale avarice , Fit un prix de ta vie à l'injuste supplice; Et l'autre, en te niant , plus que tous a failli.
C'est chose à mon esprit impossible à comprendre , Et nul autre que toi ne me la peut apprendre , Comme a pu ta bonté nos outrages souffrir . Et qu'attend plus de nous ta longue patience, Sinon qu'à l'homme ingrat la seule conscience Doive être le couteau qui le fasse mourir ?
Toutefois tu sais tout , tu connais qui nous sommes , Tu vois quelle inconstance accompagne les hommes, Faciles à fléchir quand il faut endurer. Si j'ai fait comme un homme en faisant une offense, Tu feras comme Dieu d'en laisser la vengeance, Et m'ôter un sujet de me désespérer.
Au moins , si les regrets de ma faute avenue M'ont de ton amitié quelque part retenue, Pendant que je me trouve au milieu de tes pas , Désireux de l'honneur d'une si belle tombe , Afin qu'en autre part ma dépouille ne tombe , Puisque ma fin est près , ne la recule pas.
En ces propos mourants ses complaintes se meurent : Mais vivantes sans fin ses angoisses demeurent, Pour le faire en langueur à jamais consumer. Tandis, la nuit s'en va , ses lumières s'éteignent , Et déjà devant lui les campagnes se peignent Du safran que le jour apporte de la mer.
L'Aurore d'une main, en sortant de ses portes, Tient un vase de fleurs languissantes et mortes : Elle verse de l'autre une cruche ' de pleurs ;
1 Quoique l'Aurore soit une grande pleureuse , .je ne crois pas qu'on puisse lui faire verser des larmes dans une cruche, pour les répandre ensuite sur la terre, si ce n'est en vers bur-