CHAPITRE XXXIII
De la mesure des périodes.
Au contraire, il n'y a rien qui rabaisse davantage le sublime que ces nombres rompus, et qui se prononcent vite , tels que sont les pyrrhiques , les trochées et les dichorées, qui ne sont bons que pour la danse. En effet , toutes ces sortes de pieds et de mesures n'ont qu'une certaine mignardise et un petit agrément, qui a toujours le même tour, et qui n'émeut point l'àme. Ce que j'y trouve de pire , c'est que comme nous voyons que naturellement ceux à qui l'on chante un air ne s'arrêtent point au sens des paroles, et sont entraînés parle chant, de même ces paroles mesurées n'inspirent point à l'esprit les passions qui doivent naître du discours, et impriment simplement dans l'oreille le mouvement de la cadence. Si bien que, comme l'auditeur prévoit d'ordinaire cette chute qui doit arriver, il va au devant de celui qui parle, et le prévient, marquant, comme en une danse, la chute avant qu'elle arrive.
C'est encore un vice qui affaiblit beaucoup le discours, quand les périodes sont arrangées avec trop de soin, ou quand les membres en sont trop courts, el ont trop de syllabes brèves, étant d'ailleurs comme joints et attachés ensemble avec des clous aux endroits où ils se désunissent. Il n'en faut pas
i i; ■ ule furieux, \. 1215. Bon .
1 Dircé, "ii .intii'i e, tragédie perdue Voyez h > Fragmenta de M. Bar nés, p. 519. Bon
ŒUVRES DE BOJLEAU.
moins dire des périodes qui sont trop coupées. Car il n'y a rien qui estropie davantage le sublime que de le vouloir comprendre dans un trop petit espace. Quand je défends néanmoins de trop couper les périodes , je n'entends pas parler de celles qui ont leur juste étendue , mais de celles qui sont trop petites, et comme mutilées. En effet , de trop couper son style , cela arrête l'esprit ; au lieu que de le diviser en périodes , cela conduit le lecteur. Mais le contraire en même temps apparaît des périodes trop longues. Et toutes ces paroles recherchées pour allonger mal à propos un discours sont mortes et languissantes.