‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 324 sur 672 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

( Prends garde qu'une ardeur trop funeste a ta vie. ) Je trouve quelque chose de noble et de beau dans le tour de ces quatre vers; il me semble pourtant que lorsque le Soleil dit, « au-dessus de la Li- « bye, le sillon, n'étant point arrosé d'eau, n'a « jamais rafraîchi mon char, -il parle plutôt comme un homme qui pousse son char à travers champs , que comme un dieu qui éclaire la terre. M. Despréaux a suivi ici tous les autres interprètes qui ont expliqué ce passage de la même manière; mais je crois qu'ils se sont fort éloignés de la pensée d'Euripide , qui dit : « Marche, et ne te laisse point émit porter dans l'air de Libye, qui, n'ayant aucun « mélange d'humidité, laissera tomber Ion char. » C'était l'opinion des anciens , qu'un mélange humide fait la force et la solidité de l'air : unis ce n'est pas ici le lieu de parler de leurs principes de physique.

( Le palais en fureur mugit à son aspect . Le mot mugir ne me parait pas assez fort pour exprimer seul le ÈvTO'jGtàv et le Paxxeûsw d'Eschyle; car ils ne signifient pas seulement mugir, mais se remuer arec agitation, avec violence. Quoique ce soit une folie de vouloir faire un vers après M. Despréaux, je ne laisserai pas de dire que celui d'Eschyle serait peutêtre mieux de cette manière pour le Si OS :

Du palais en fureur les combles ébranlés Tremblent en mugissant

Et celui d'Kuripide,

La montagne s"é branle, et répond a leoiscrls.

( Les images dans la poésie sont pleines ordinairement d'accidents fabuleux.) C'est le sens que tous les interprètes ont donne a ce | taisje ne

crois pas que c'ait été la pensée de Longin : car il n'est pas vrai que dans la poésie les images soient ordinairement pleines d'accidents; elles n'ont m cela rin qui ne leur soit commun avec les im - delà rhétorique. Longin dit simplement que, dans

la poésie, les images sont poussées a un < xci - •. buleux. et qui passent toute sorte de créance. »

ŒUVRES DE BOILEÀU.

( Ce n'est point, dit-il , un orateur quia fait passer cette loi, c'est la bataille, c'est la défaite de Chéronée. ) Pour conserver l'image queLongin a voulu faire remarquer dans ce passage d'Hypéride, je crois qu'il aurait fallu traduire : « Ce n'est point , dit-il , « un orateur qui a écrit cette loi , c'est la bataille, « c'est la défaite de Cbéronée. » Car c'est en cela que consiste l'image : « La bataille a écrit cette loi. » Au lieu qu'en disant, « la bataille a fait passer cette « loi, » on ne conserve plus l'image, ou elle est au moins fort peu sensible : c'était même cbez les Grecs le terme propre , « écrire une loi , une ordonnance , « un édit, » etc. M. Despréaux a évité cette expression, « écrire une loi , » parce qu'elle n'est pas française dans ce sens-là; mais il aurait pu mettre, « ce « n'est pas un orateur qui a fait cette loi , » etc. Hypéride avait ordonné qu'on donnerait le droit de bourgeoisie à tous les habitants d'Athènes indifféremment , la liberté aux esclaves , et qu'on enverrait au Pyrée les femmes et les enfants. Plutarque parle de cette ordonnance dans la Vie d'Hypéride; et il cite même un passage qui n'est pourtant pas celui dont il est question. Il est vrai que le même passage, rapporté par Longin, est cité fort différemment par Démétrius Phaléréus : « Ce n'est pas » moi, dit-il, qui ai écrit cette loi , c'est la guerre « qui l'a écrite avec l'épée d'Alexandre. «Mais pour moi, je suis persuadé que ces derniers mots, « qui « l'a écrite avec la javeline d'Alexandre, » ÀXcS-âv- £gou £opari -ysâçojv, ne sont point d'Hypéride ; ils sont apparemment de quelqu'un qui aura cru ajouter quelque chose à la pensée de cet orateur, et l'embellir même en expliquant par une espèce de pointe le mot -w.su.:; Ê'YpcKjiEv, « la guerre qui a écrit; » et je m'assure que tout cela paraîtra à tous ceux qui ne se laissent point éblouir par de faux brillants.

Page 1