CHAPITRE XII
( Kn effet , nous ne croirons pas avoir un médiocre prix à disputer. ) Le mot grec dtyàvi<j{MS ne signifie point ici , à mon a\is, prix, mais spectacle. Longin dit : « En effet, de nous figurer que nous allons « rendre compte de tous nos écrits devant un si « célèbre tribunal , et sur un théâtre où nous avons « de tels héros pour juges ou pour témoins, ce sera « un spectacle bien propre à nous animer.» Thucydide s'est servi plus d'une fois de ce mot dans le même sens. Je ne rapporterai que ce passage du livre VII : Ô -yàp ry>.HT7;o; KaXôv TÔ i'YCûVKTu.a ï-iiy.i'Cii oï eivxt, in'', tsï; à>.Ac;T; xaî T-.j; âvrurrpanrfou;
itopiffat Â.xxE^at(*ovîcu( : « Gylippe estimait que ce se-
« rait un spectacle bien glorieux pour lui, de mener « comme en triomphe les deux généraux des enne- « mis qu'il avait pris dans le combat. » Il parle de jNiciaset de Démosthène, chefs des Athéniens.
( Car si un homme , dans la défiance de ce jugement, a peur, pour ainsi dire, d'avoir dit quelque chose qui vive plus que lui, etc. ) A mon avis , aucun interprète n'est entré ici dans le sens de Longin, qui n'a jamais eu cette pensée qu'un homme, dans la défiance de ce jugement, pourra avoir peur d'avoir dit quelque chose qui vive plus que lui, ni même qu'il ne se donnera pas la peine d'achever ses DUvrages; au contraire, il veut l'aire entendre que cette Crainte ou ce découragement le mettra en état de ne pouvoir rien faire de beau, ni qui lui survive, quand il travaillerait sans cesse, et qu'il ferait les Nus grands efforts : «car si un homme, dit-il, après ■■ avoir envi âgé ce jugement, tombe d'abord dans « la crainte de ne pouvoir rien produire qui lui sur- « vive, il est impossible que les conceptions île son
« esprit ne soient pas aveugles il imparfaites, el
■ qu'elles n'avortent . pour ainsi dire, sans pouvoir > jamais parvenir à la dernière postérité. 1 a homme qui eciii doit avoir une noble hardiesse, □
tenter pas d'écrire pour son siècle, mais en toute la postérité. Cette idée lui élèvera l'âme, et animera ses conceptions; au lieu que si . des le mo-
ment que cette postérité se présentera a son esprit , il tombe dans la crainte de ne pouvoir rien faire qui soit digne d'elle, ce découragemenl el ce désespoir lui feront perdre toute sa force, et, quelque peine qu'il se donne, ses écrits ne seront jamais que des avortons. C'est manifestement la doctrine de Longin , qui n'a garde pourtant d'autoriser par la une confiance aveugle et téméraire, comme il serait facile de le prouver.