‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 354 sur 672 · AU BARON DE WALEF · texte numérisé non relu

AU BARON DE WALEF

Monsieur,

Si l'histoire ne m'avait point tiré du métier de la poésie , je ne me sens point si épuisé que je ne trouvasse des rimes pour répondre à une aussi obligeante épître que celle que vous m'avez adressée : ce serait par des vers que j'aurais répondu à d'aussi excellents vers que les vôtres ; je vous aurais rendu figure prjur figure, exagération pour exagération; et en vous mettant peut-être au-dessus d'Apollon et des Muses, je vous aurais fait voir que l'on ne me met pas impunément au-dessus des Orphée et des Amphion. Mais, puisque la poésie m'est en quelque sorte interdite, trouvez bon, monsieur, que je vous assure, en prose très-simple, mais très-sincère, que vos vers m'ont paru merveilleux; que j'y trouve de la force et de l'élégance, et que je ne conçois pas comment un homme nourri dans le pays de Liège a pu deviner tous les mystères de notre langue.

Vous me faites entendre, monsieur, que c'est moi qui vous ai inspiré : si cela est, je suis dans mes inspirations beaucoup plus heureux pour vous que pour moi-même, puisque je vous ai donné ce que je n'ai jamais eu. Je ne sais si Horace et Juvénal ont eu des disciples pareils à vous; mais quelque mérite qu'ils aient d'ailleurs , voilà un endroit où je les surpasse.

J'aurai toute ma vie une obligation très-sensible à M. le marquis de Dangeau de m'avoir procuré l'honneur de votre connaissance; il ne tiendra qu'à vous que cette connaissance se convertisse en une étroite amitié, puisque personne n'est plus parfaitement que moi , monsieur, votre, etc.

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