‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 393 sur 672 · Livre IX, épit. xxii · texte numérisé non relu

Livre IX, épit. xxii

et les stoïciens mêmes, que les hommes sont convenus que la même chose étant exprimée par de certains mots, elle ne blesserait pas la pudeur, et qu'étant exprimée par d'autres, elle la blesserait. Car les stoïciens mêmes demeuraient d'accord de cette sorte de convention; mais la croyant déraisonnable, ils soutenaient qu'on n'était point obligé de la suivre. Ce qui leur faisait dire : NihU esse obscœnum nec in verbo nec in re, et que le sage appelait chaque chose par son nom.

Mais comme cette opinion des stoïciens est insoutenable, et qu'elle est contraire à saint Paul, qui met entre les vices turpiloquium , les mots sales, il faut nécessairement reconnaître que la même chose peut être exprimée par de certains termes qui seraient fort déshonnêtes; mais qu'elle peut aussi être exprimée par de certains termes qui ne le sont point du tout, au jugement de toutes les personnes raisonnables. Que si on veut en savoir la raison, que Cicéron n'a point donnée, on peut voir ce qui en a été écrit dans Y Art de penser, première partie, chapitre 13.

Mais sans nous arrêter à cette raison , il est certain que, dans toutes les langues policées, car je ne sais pas s'il en est de même des langues sauvages, il y a de certains termes que l'usage a voulu qui fussent regardés comme déshonnêtes, et dont on ne pourrait se servir sans blesser la pudeur, et qu'il y en a d'autres qui , signifiant la même chose ou les mêmes actions, mais d'une manière moins grossière, et, pour ainsi dire, plus voilée, n'étaient point censés déshonnêtes. Et il fallait bien que cela fût ainsi : car si certaines choses qui font roupir, quand on les exprime trop grossièrement, ne pouvaient être signifiées par d'autres termes dont la pudeur n'est point offensée, il y a de certains vices dont on n'aurait point pu parler, quelque nécessité qu'on en eût, pour en donner de l'horreur, et pour les faire éviter.

Cela étant donc certain, comment n'avez-vous point vu que les termes que vous avez repris ne passeront jamais pour déshonnêtes? Les premiers sont les voix lit. curieuses et ta morale lubrique de l'opéra. Ce que l'on peut dire de ces mots, luxurieuse et lubrique, est qu'ils sont un peu vieux : ce qui n'empêche pas qu'ils ne puissent trouver place dans u\iv satire; mais il est inouï qu'ils aient jamais été pris pour des mots déshonnêtes et qui blessent la pudeur. Si cela était, aurait-on laisse le mot de luxurieux dans les commandements 'if Dieu que l'on apprend aux enfants? Les rendezvous chez fa Cornu sont assurément île vilaines - pour les personnes qui les donnent C'est

aussi dans cette vue que l'auteur de la satire en a parlé, pour les faire détester. Mais quelle raison aurait-on de vouloir que cette expression soit malhonnête? Est-ce qu'il aurait mieux valu nommer le métier de la Cornu par son propre nom? C'est au contraire ce qu'on n'aurait pu faire sans blesser un peu la pudeur. Il en est de même des plaisirs de l'enfer goûtés en paradis; et je ne vois pas que ce que vous en dites soit bien fondé. C'est, ditesvous, une expression fort obscure. Un peu d'obscurité ne sied pas mal dans ces matières ; mais il n'y en a point ici que les gens d'esprit ne développent sans peine. Il ne faut que lire ce qui précède dans la satire, qui est la fin de la fausse dévote :

Voilà le digne fruit des soins de son docteur. Encore est-ce beaucoup , si ce guide imposteur, Par les chemins fleuris d'un charmant quiétisme Tout à coup l'amenant au vrai molinosisme , Il ne lui fait bientôt , aidé de Lucifer, Goûter en paradis les plaisirs de l'enfer.

N'est-il pas louable d'avoir cherché les plus noires couleurs qu'il a pu pour donner de l'horreur d'un si détestable abus , dont on a vu depuis peu de si terribles exemples? On voit assez que ce qu'il a entendu par ce que nous venons de rapporter est le crime d'un directeur hypocrite qui, aidé du démon, fait goûter des plaisirs criminels , dignes de l'enfer, à une malheureuse qu'il aurait feint de conduire en paradis. « Mais, dites-vous, on ne peut creuser " cette pensée que l'imagination ne se salisse effroya- « blement. » Si creuser une pensée de cette nature , c'est s'en former dans l'imagination une image sale, quoi qu'on n'en eût donné aucun sujet, tant pis pour ceux qui, comme vous dites, creuseraient celle-ci. Car ces sortes de pensées revêtues de termes honnêtes , comme elles le sont dans la satire , ne présentent rien proprement à l'imagination, mais seulement à l'esprit, afin d'inspirer de l'aversion pour la chose dont on parle ; ce qui, bien loin de porter au vice, est un puissant moyen d'en détourner. Il n'est donc pas vrai qu'on ne puisse lire cet endroit de la satire sans que l'imagination en soit salie, à moins qu'on ne l'ait fort gâtée par une habitude vicieuse d'imaginer ce que l'on doit seulement connaître pour le fuir, selon cette belle parole de Tertullien, si ma mémoire ne me trompe : Spiritualia nequitise non arnica conscientiâ, sed inimicâ scientiâ novimus.

Cela me fait souvenir de la scrupuleuse pudeur du P. Bouhours, qui s'est avisé de condamner tous les traducteurs du Nouveau Testament , pour avoir traduit Abraham genuit Isaac, Abraham engendra Isaac ; parce, dit-il, que ce mot engendra salit l'imagination. Comme si le mot latin genuit

donnait une autre idée que le mot engendrer en français. Les personnes sages et modestes ne font point de ces sortes de réflexions , qui banniraient de notre langue une infinité de mots, comme celui de concevoir, d'user du mariage, de consommer le mariage, et plusieurs autres. Et ce serait aussi en vain que les Hébreux loueraient la chasteté de la langue sainte dans ces façons de parler : Adam connut sa femme, et elle enfanta Cain. Carnepeuton pas dire qu'on ne peut creuser ce mot connaître sa femme, que l'imagination n'en soit salie? Saint Paul a-t-il eu cette crainte, quand il a parlé en ces termes , dans la première épître aux Corinthiens, chap. vi : « Ne savez-vous pas, dit-il, que vos « corps sont les membres de Jésus-Christ? Arra- « cherai-je donc à Jésus-Christ ses propres membres « pour en faire les membres d'une prostituée? A Dieu « ne plaise ! Ne savez-vous pas que celui qui se joint « aune prostituée devient un même corps avec elle? « Car ceux qui étaient deux ne seront plus qu'une « même chair, dit l'Écriture; mais celui qui demeure « attaché au Seigneur est un même esprit avec lui. « Fuyez la fornication. » Qui peut douter que ces paroles ne présentent à l'esprit des choses qui feraient rougir, si elles étaient exprimées en certains termes que l'honnêteté ne souffre point? Mais outre que les termes dont l'apôtre se sert sont d'une nature à ne point blesser la pudeur, l'idée qu'on en peut prendre est accompagnée d'une idée d'exécration qui non-seulement empêche que la pudeur n'en soit offensée, mais qui fait de plus que les chrétiens conçoivent une grande horreur du vice dont cet apôtre a voulu détourner les fidèles. Mais veuton savoir ce qui peut être un sujet de scandale aux faibles? C'est quand un faux délicat leur fait appréhender une saleté d'imagination , où personne avant lui n'en avait trouvé; car il est cause par là qu'ils pensent à quoi ils n'auraient point pensé , si on les avait laissés dans leur simplicité. Vous voyez donc , monsieur, que vous n'avez pas eu sujet de reprocher à votre adversaire qu'il avait eu tort de se vanter « qu'il ne lui était pas échappé un seul mot qui pût « blesser le moins du monde la pudeur. »

La seconde chose qui m'a fait beaucoup de peine, monsieur, c'est que vous blâmiez dans votre préface les endroits de la satire qui m'avaient paru les plus beaux, les plus édifiants, et les plus capables de contribuer aux bonnes mœurs et à l'honnêteté publique. J'en rapporterai deux ou trois exemples. J'ai été charmé, je vous l'avoue, de ces vers de la page sixième :

L'épouse que tu prends , sans tache en sa conduite , Aux vertus , m'a-t-on dit , dans Port-Royal instruite,

Aux lois de son devoir règle tous ses désirs ;

Mais (|ui peut l'assurer qu'invincible aux plaisirs,

Chez loi . dans une \ir ouverte à la licence,

Elle consen era sa première innocence?

par toi-même bientôt conduite a l'Opéra,

De quel air penses-lu que la sainte verra

D'un spectacle enchanteur la pompe harmonieuse,

Ces danses, ces héros a voix luxurieuse;

Entendra ces discours sur l'amour seul roulants ;

Ces doucereux Renauds,ces insensés Rolands,

Saura dYuxqu'àl'amour, comme au seul Dieu suprême,

On doit immoler tout, jusqu'à la vertu même;

Qu'on nesaurail Irop tôt se laisser enflammer;

Qu'on n'a reçu du ciel un cœur que pour aimer;

Et tous ces lieux communs de morale lubrique,

Que Lully réchauffa dessous de sa musique?

Mais de quels mouvements dans son cœur excités

Sentira-t-elle alors tous ses sens agités!

On trouvera quelque chose de semblable dans un livre imprimé il y a dix ans : car on y fait voir, par l'autorité des païens mêmes , combien c'est une chose pernicieuse de faire un dieu de l'amour, et d'inspirer aux jeunes personnes qu'il n'y a rien de plus doux quecP aimer. Permettez-moi , monsieur, de rapporter ici ce qui est dit dans ce livre qui est assez rare : « Peut-on avoir un peu de zèle pour le salut « des âmes, qu'on ne, déplore le mal que font, dans « l'esprit d'une inlinité de personnes, les romans, « les comédies et les opéras? Ce n'est pas qu'on « n'ait soin présentement de n'y rien mettre qui « soit grossièrement déshonnête; mais c'est qu'on « s'y étudie à faire paraître l'amour comme la chose « du monde la plus charmante et la plus douce. II « n'en faut pas davantage pour donner une grande « pente à cette malheureuse passion. Ce qui fait « souvent de si grandes plaies, qu'il faut une grâce « bien extraordinaire pour en guérir. Les païens ■< mêmes ont reconnu combien cela pouvait causer « de désordre dans les mœurs. Car Gicéron ayant « rapporté les vers d'une comédie où il est dit que « l'amour est le plus grand des dieux (ce qui ne se « dit que trop dans celles de ce temps-ci), il s'écrie « avec raison : « t) la belle réformatrice des mœurs « que la poésie, qui nous fait une divinité de l'ace mour, qui est une source de tant de folies el de « dérèglements honteux! Mais il n'est pas étonnant « de lire telles choses dans une comédie, puisque « nous n'en aurions aucune si nous n'approuvions >• ces désordres .- de comœdia loquor, qux\ si hxc « jlagitia non approbaremus, nulla essetomnino' . »

Mais ce qu'il y a de particulier dans l'auteur de la satire , et en quoi il est le plus louable , c'est d'avoir représenté avec tant d'esprit et de force le ravage que peuvent faire dans les bonnes mœurs les i ers de l'Opéra , qui roulent tous sur l'amour, eban-

1 Tiisculani-s , liv. iv, S xxxii.

tés sur des airs qu'il a eu grande raison d'appeler luxurieux, puisqu'on ne saurait s'en imaginer de plus propres a enflammer les passions, et a faire entrer dans les cœurs la morale lubrique des vers; et, ce qu'il y a de pis, c'est que le poison de ces chansons lascives ne se termine pas au lieu où se jouent ces pièces, mais se répand par toute la France , où une infinité de gens s'appliquent a les apprendre par cœur, et se font un plaisir de les chanter partout où ils se trouvent.

Cependant, monsieur, bien loin de reconnaître le service que l'auteur de la satire a rendu par là au public, vous voudriez faire croire que c'est pour donner un coup de dent à M. Quinault, auteur de ces vers d'opéra, qu'il en a parlé si mal, et c'est dans cet endroit-ia même que vous avez cru avoir trouvé des mots déshonnêtes dont la pudeur est offensée.

Ce qui m'a aussi beaucoup plu dans la satire, c'est ce qu'il dit contre les mauvais effets de la lecture des romans. Trouvez bon, monsieur, que je le rapporte encore ici :

Supposons toutefois qu'encor fidèle et pure Sa vertu decechoc revienne sans blessure : Bientôt dans ce grand momie , ou lu vas l'entrainer, Au milieu des écueils qui vont l'environner, Crois-tu que, toujours ferme aux bords du précipice, Elle pourra marcher sans que le pied lui glisj e -, Que, toujours insensible aux discours enchanteurs D'un idolâtre amas dejeum - séducteurs, Sa sagesse jamais ne deviendra folie?

D'abord lu la verras, ainsi que dansClélie, Kree\ anl ses amanl» sous le doux nom d'amis , S'en tenir avec eux aux petits soins permis; Puis bientôt . en grande eau sur le fleuve de Tendre , Naviguer a souhait , toui dire et tout entendre. Et ne présume pas que Vénus on Satan Souffre qu'elle en demeure aux termes du roman : Dans le crime il suffit qu'une fois on débute, One chute toujours attire une autre chute : L'honneur est comme une île escarpée el sans bords ; On n'y peut plus rentrer des qu'on en est dehors.

Peut-on mieux représenter le mal que sont capables de faire les romans les plus estimés, et par quels degrés insensibles ils peuvent mener les jeunes gens qui s'en laissent empoisonner, bien loin au delà des termes du roman , et jusqu'aux derniers désordri - Mais parce qu'on y a nomme la Cli LIJE . il n'y a presque rien dont vous fissiez un plus grand crime à l'autt or de la satire, a Combien, dites-vous, a-t-on été indigné de voir continuer son acharnement sutla Clélie! L'estime qu'on a toujours faite (le cet « ouvrage, et l'extrême vénération qu'on a toujours i ne pour l'illustre personne' ijui l'a composé, ont « fait soulever tout le monde contre une attaque si

1 Madeleine de Scudéri.

« souvent et si inutilement répétée. Il paraît bien « que le vrai mérite est bien plutôt une raison pour '< avoir place dans ses satires, qu'une raison d'en « être exempt. »

Il ne s'agit point, monsieur, du mérite de la personne qui a composé la Clélie, ni de l'estime qu'on a faite de cet ouvrage. Il en a pu mériter pour l'esprit, pour la politesse, pour l'agrément des inventions, pour les caractères bien suivis, et pour les autres choses qui rendent agréable à tant de personnes la lecture des romans. Que ce soit, si vous voulez, le plus beau de tous les romans; mais enfin c'est un roman : c'est tout dire. Le caractère de ces pièces est de rouler sur l'amour, et d'en donner des leçons d'une manière ingénieuse , et qui soit d'autant mieux reçue, qu'on en écarte plus en apparence tout ce qui pourrait paraître de trop grossièrement contraire à la pureté. C'est par là qu'on va insensiblement jusqu'au bord du précipice, s'imaginant qu'on n'y tombera pas, quoiqu'on y soit déjà à demi tombé par le plaisir qu'on a pris à se remplir l'esprit et le cœur de la doucereuse morale qui s'enseigne au pays de Tendre. Vous pouvez dire , tant qu'il vous plaira, que cet ouvrage est en vénération à tout le monde ; mais voici deux faits dont je suis très-bien informé. Le premier est que feu madame la princesse de Conti et madame de Longueville, ayant su que M. Despréaux avait fait une pièce en prose* contre les romans, où la Clélie n'était pas épargnée, comme ces princesses connaissaient mieux que personne combien ces lectures sont dangereuses, elles lui firent dire qu'elles seraient bien aises de la voir. Il la leur récita; et elles en furent tellement satisfaites, qu'elles témoignèrent souhaiter beaucoup qu'elle fut imprimée; mais il s'en excusa, pour ne pas s'attirer sur les bras de nouveaux ennemis.

L'autre fait est qu'un abbé de grand mérite, et qui n'avait pas moins de piété que de lumières, se résolut de lire la Clélie, pour en juger avec connaissance de cause; et le jugement qu'il en porta fut le même que celui de ces deux princesses. Plus on estime l'illustre personne à qui on attribue cet ouvrage, plus on est porté à croire qu'elle n'est pas à cette heure d'un autre sentiment que ces princesses , et qu'elle a un vrai repentir de ce qu'elle a fait autrefois, lorsqu'elle était moins éclairée. Tous les amis de M. de Gomberville, qui avait aussi beaucoup de mérite, et qui a été un des premiers académiciens , savent que c'a été sa disposition à l'égard de son Polexandre; et qu'il eût voulu, si cela eût

1 Les Héros de roman .

été possible, l'avoir effacé de ses larmes. Supposé que Dieu ait fait la même grâce à la personne que l'on dit auteur de la Clélie , c'est lui faire peu d'honneur que de la représenter comme tellement attachée à ce qu'elle a écrit autrefois , qu'elle ne puisse souffrir qu'on y reprenne ce que les règles de la piété chrétienne y font trouver de répréhensible.

Enfin , monsieur, j'ai fort estimé , je vous l'avoue , ce qui est dit dans la satire contre un misérable directeur qui ferait passer sa dévote du quiétisme au vrai molinosisme; et nous avons déjà vu que c'est un des endroits où vous avez trouvé le plus à redire. Je vous supplie , monsieur, de faire sur cela de sérieuses réflexions.

Vous dites à l'entrée de votre préface que, dans cette dispute entre vous et M. Despréaux, « il s'agit « non-seulement de la défense de la vérité, mais « encore des bonnes mœurs et de l'honnêteté pu- « blique. » Permettez-moi , monsieur, de vous demander si vous n'avez pas sujet de craindre que ceux qui compareront ces trois endroits de la satire avec ceux que vous y opposez, ne -soient portés à juger que c'est plutôt de son côté que du vôtre qu'est la défense des bonnes mœurs et de l'honnêteté publique. Car ils voient du côté de la satire, 1° une très-juste et très-chrétienne condamnation des vers de l'Opéra, soutenus par les airs efféminés de Lully ; 2° les pernicieux effets des romans, représentés avec une force capable de porter les pères et les mères qui ont quelque crainte de Dieu à ne les pas laisser entre les mains de leurs enfants; 3° le paradis, le démon et l'enfer, mis en œuvre pour faire avoir plus d'horreur d'une abominable profanation des choses saintes. Voilà, diront-ils, comme la satire de M. Despréaux est contraire aux bonnes mœurs et à l'honnêteté publique.

Ils verront d'autre part dans votre préface , 1° ers mêmes vers de l'Opéra jugés si bons, ou au moins si innocents, qu'il y a selon vous, monsieur, sujet de croire qu'ils n'ont été blâmés par M. Despréaux que pour donner un coup de dent à M. Quinault . qui en est l'auteur; 2° un si grand zèle pour la défense de la Clélie, qu'il n'y a guère de chose que vous blâmiez plus fortement dans fauteur de la satire, que de n'avoir pas eu pour cet ouvrage assez de respect et de vénération; 3° un injuste reproche que vous lui faites d'avoir offensé la pudeur, pour avoir eu soin de bien faire sentir l'enormité du crime d'un faux directeur. En vérité, monsieur, je ne sais si vous avez lieu de croire que ce qu'on jugerait sur cela put vous être favorable.

Ce que vous dites de plus fort contre M. Despréaux parait appuyé sur un fondement bien faible:

Vous prétendez que sa satire est contraire aux bonnes mœurs ; et vous n'en donnez pour preuve que ces deux endroits. Le premier est ce qu'il dit en badinant avec son ami :

Quelle joie.

De voir autour de soi croître dans sa maison De petits citoyens dont on croit être père !

L'autre est dans la page suivante, où il ne fait encore que rire :

On peut trouver encor quelques femmes fidèles , Sans doute ; et dans Paris , si je sais bien compter, Il en est jusqu'à trois que je pourrais citer.

Vous dites sur le premier, « qu'il fait entendre « par là qu'un homme n'est guère fin ni guère ins- « truit des choses du inonde, quand il croit que « ses enfants sont ses enfants ; » et vous dites sur le second, « qu'il fait aussi entendre que, selon son cal- « cul et le raisonnement qui en résulte, nous som- <v mes presque tous des enfants illégitimes. »

Plus une accusation est atroce , plus on doit éviter de s'y engager, à moins qu'on n'ait de bonnes preuves. Or, c'en est une assurément fort atroce , d'imputer à l'auteur de la satire d'avoir fait entendre « qu'un homme n'est guère fin quand il croit que « les enfants de sa femme sont ses enfants, et qu'il « n'y a que trois femmes de bien dans une ville où « il y en a plus de deux cent mille. » Cependant, monsieur, vous ne donnez pour preuve de ces étranges accusations que les deux endroits que j'ai rapportes. Mais il vous était aisé de remarquer que l'auteur de la satire a clairement fait entendre qu'il n'a parlé qu'en riant dans ces endroits, et surtout dans le dernier; car il n'entre dans le sérieux qu'a l'endroit où il fait parler Alcippe en faveur du mariage, qui commence par ces vers :

Jeune, autrefois par vous dans le monde conduit, J'ai trop bien profité, pour n'être pas instruit A quels discours malins le mariage expose ;

et finit par ceux-ci , qui contiennent une vérité que les païens n'ont point connue, et que saint Paul nous a enseignée, gui se non continët , nubat, meliits est nubere, quant uri :

L'hyménée esl un joug; et c'est eequi m'en plaît L'homme en ses passions . toujours errant sans guide ,

A besoin qu'on lui tteet le mors et la bride;

Son p niMiir malheureux ne Rerl qu'a le gêner; Et pour le rendre libre, il le faut enchaîner.

Que répond le poëte à cela? Le contredit-il? le rélule-t-il? Il l'approuve au contraire en ces termes :

Ha, bon ! voila parler en docte janséniste,

Alcippe; et sur ce point , si savamment touché, Desmâres,dansSaint-Roch , n'aurait pas mieux prêché.

Et c'est ensuite qu'il témoigne qu'il va parler sérieusement et sans raillerie :

Mais, c'est trop l'insulter; quittons la raillerie; Parlons sans hyperbole et sans plaisanterie.

Peut-on plus expressément marquer que ce qu'il avait dit auparavant de ces trois femmes fidèles dans Paris n'était que pour rire? Des hyperboles si outrées ne se disent qu'en badinant. Et vous-même, monsieur, voudriez-vous qu'on vous crût, quand vous dites « que pour deux ou trois femmes dont le « crime est avéré, on ne doit pas les condamner « toutes? »

De bonne foi , croyez-vous qu'il n'y en ait guère davantage dans Paris qui soient diffamées par leur mauvaise vie? Mais une preuve évidente que l'auteur de la satire n'a pas cru qu'il y eût si peu de femmes fidèles , c'est que dans une vingtaine de portraits qu'il en fait, il n'y a que les deux premiers qui aient pour leur caractère l'infidélité; si ce n'est que, dans celui de la fausse dévote, il dit seulement que son directeur pourrait l'y précipiter.

Pour ce qui est de ces termes :

Dont on croit être père,

il n'est pas vrai qu'ils fassent entendre « qu'un mari « n'est guère fin ni guère instruit des choses du « monde , quand il croit que ses enfants sont ses en- « fants : » car outre que l'auteur parle là en badinant, ils ne disent au fond que ce qui est marqué par cette règle de droit : pater est, que m nup/ix demonstrant ; c'est-à-dire que le mari doit être regardé comme le père des enfants nés dans son mariage, quoique cela ne soit pas toujours vrai. Mais cela fait-il qu'un mari doive croire, à moins que de passer pour peu fin , et pour peu instruit des choses du monde, qu'il n'est pas le père des enfants de sa femme? C'est tout le contraire; car, à moins qu'il n'en eût des preuves certaines, il ne pourrait croire qu'il ne l'est pas , sans faire un jugement téméraire très-criminel contre son épouse.

Cependant, monsieur, comme c'est de ces deux endroits que vous avez pris sujet de faire passer la satire de M. Despreaux pour une déclamation contre le mariage, et qui blessait l'honnêteté et les bonnes mœurs, jugez si vous l'avez pu faire sans bit vous-même la justice et la charité.

Je trouve dans votre préface deux endroits trèspropres à justifier la satire, quoique ce soit en la blâmant. L'un est ce que vous dites en la page.",, a que tout bomme qui compose une satire doit avoir

pour but d'inspirer une bonne morale, et qu'on « ne peut, sans faire tort à M. Despréaux, présumer

« qu'il n'a pas eu ce dessein. » L'autre est la réponse que vous faites à ce qu'il avait dit à la fin de la préface de sa satire , « que les femmes ne seront pas plus « choquées des prédications qu'il leur fait dans cette « satire contre leurs défauts, que des satires que les « prédicateurs font tous les jours en chaire contre « ces mêmes défauts. »

Vous avouez qu'on peut comparer les satires avec les prédications, et qu'il est de la nature de toutes les deux de combattre les vices; mais que ce ne doit être qu'en général , sans nommer les personnes. Or, M. Despréaux n'a point nommé les personnes en qui les vices qu'il décrit se rencontraient; et on ne peut nier que les vices qu'il a combattus ne soient de véritables vices. On le peut donc louer avec raison d'avoir travaillé à inspirer une bonne morale , puisque c'en est une partie de donner de l'horreur des vices, et d'en faire voir le ridicule; ce qui souvent est plus capable que les discours sérieux d'en détourner plusieurs personnes , selon cette parole d'un ancien :

Ridiculum acri

Fortius et melius magnas plerumque secat res '.

Et ce serait en vain qu'on objecterait qu'il ne s'est point contenté, dans son quatrième portrait, de combattre l'avarice en général, l'ayant appliquée à deux personnes connues : car ne les ayant point nommées, il n'a rien appris au public qu'il ne sut déjà. Or, comme ce serait porter trop loin cette prétendue règle de ne point nommer les personnes , que de vouloir qu'il fût interdit aux prédicateurs de se servir quelquefois d'histoires connues de tout le monde , pour porter plus efficacement leurs auditeurs à fuir de certains vices; ce serait aussi en abuser, que d'étendre cette interdiction jusqu'aux auteurs des satires.

Ce n'est point aussi comme vous le prenez. Vous prétendez que M. Despréaux a encore nommé les personnes dans cette dernière satire, et d'une manière qui a déplu aux plus enclins à la médisance; et toute la preuve que vous en donnez est qu'il a fait revenir sur les rangs Chapelain, Cotin, Pradon, Coras, et plusieurs autres : « ce qui est, dites-vous, « la chose du monde la plus ennuyeuse et la plus « dégoûtante. » Pardonnez-moi, si je vous dis que vous ne prouvez point du tout par là ce que vous aviez à prouver. Car il s'agissait de savoir si M. Despréaux n'avait pas contribué à inspirer une bonne morale, en blâmant dans sa satire les mêmes défauts que les prédicateurs blâment dans leurs sermons. Vous aviez répondu que, pour inspirer une

1 Hor. liv. I , sat. x , v. I %.

bonne morale, soit par les satires, soit par les sermons , on doit combattre les vices en général , sans nommer les personnes. Il fallait donc montrer que l'auteur de la satire avait nommé les femmes dont il combattait les défauts. Or, Chapelain, Cotin, Pradon, Coras ne sont pas des noms de femmes , mais de poètes. Ils ne sont donc pas propres à montrer que M. Despréaux, combattant différents vices de femmes , ce que vous avouez lui avoir été permis , se serait rendu coupable de médisance, en nommant des femmes particulières à qui il les aurait attribués.

Voila donc M. Despréaux justifié, selon vousmême, sur le sujet des femmes, qui est le capital de sa satire. Je veux bien cependant examiner avec vous s'il est coupable de médisance à l'égard des poètes.

C'est ce que je vous avoue ne pouvoir comprendre. Car tout le monde a cru jusqu'ici qu'un auteur pouvait écrire contre un auteur, remarquant les défauts qu'il croyait avoir trouvés dans ses ouvrages, sans passer pour médisant, pourvu qu'il agisse de bonne foi, sans lui imposer et sans le chicaner, lors surtout qu'il ne reprend que de véritables défauts.

Quand, par exemple, le P. Goulu, général des Feuillants, publia, il y a plus de soixante ans, deux volumes contre les lettres de M. de Balzac, qui faisaient grand bruit dans le monde, le public s'en divertit. Les uns prenaient parti pour Balzac, les autres pour le Feuillant; mais personne ne s'avisa de l'accuser de médisance; et on ne fit point non plus de reproche à Javersac, qui avait écrit contre l'un et contre l'autre. Les guerres entre les auteurs passent pour innocentes, quand elles ne s'attachent qu'à la critique de ce qui regarde la littérature, la grammaire, la poésie , l'éloquence, et que l'on n'y mêle point de calomnies et d'injures personnelles. Or, que fait autre chose M. Despréaux , à l'égard de tous les poètes qu'il a nommés dans ses satires, Chapelain, Cotin, Pradon, Coras, et autres, sinon d'en dire son jugement, et d'avertir le public que ce ne sont pas des modèles a imiter? ce qui peut être de quelque utilité pour faire éviter leurs défauts , et peut contribuer même à la gloire de la nation, à qui les ouvrages d'esprit font honneur, quand ils sont bien faits; comme, au contraire, c'a été un déshonneur à la France d'avoir fait tant d'estime des pitoyables poésies de Ronsard.

Celui dont M. Despréaux a le plus parlé, c'est M. Chapelain; mais qu'en a-t-il dit? Il en rend luimême compte au public dans sa neuvième satire :

u lia tort, dira l'un; pourquoi faut-il qu'il nomme?

« Attaquer Chapelain ! ah ! c'est un si hou homme !

« Balzac en fait l'éloge en cejit endroits divers.

« Il est vrai , .s'il m'eût cru , qu'il n'eut point fait de vers.

■ H se tue à rimer : que n'écrit-il en prose? »

Voilà ce que Pondit; et quedis-je aulrerliose?

F.n blâmant ses écrits, ai-je d'un style affreux

Distillé sur sa vie un venin dangereux?

Ma muse , en l'attaquant , charitable et discrète ,

Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète.

Qu'on vante en lui la foi , l'honneur, la probité ;

Qu'on prise sa candeur et sa civilité ;

Qu'il soit doux , complaisant , officieux, sincère ;

On le veut, j'y souscris, et suis prêt de me taire.

Mais que pour un modèle on montre ses écrits;

Qu'il soit le mieux rente de tous les beaux esprits;

Comme roi des auteurs qu'on l'élève a l'empire,

Ma bile alors s'échauffe , et je brûle d'écrire.

Cependant, monsieur, vous ne pouvez pas douter que ce ne soit être médisant, que de taxer de médisance celui qui n'en serait pas coupable. Or, si on prétendait que M. Despréaux s'en fût rendu coupable, en disant que M. Chapelain, quoique d'ailleurs honnête, civil et officieux , n'était pas un fort bon poëte, il lui serait bien aisé de confondre ceux qui lui feraient ce reproche; il n'aurait qu'à leur faire lire ces vers de ce grand poëte sur la belle Agnès :

On voit hors des deux bouts de ses deux courtes manches Sortir a découvert deux mains longues et blanches, Dont les doigts inégaux, mais tout ronds et menus , Imitent l'embonpoint des bras ronds et charnus.

Enfin, monsieur, je ne comprends pas comment vous n'avez point appréhendé qu'on ne vous appliquât ce que vous dites de M. Despréaux dans vos vers ' : « qu'il croit avoir droit de maltraiter dans « ses satires ce qu'il lui plaît , et que la raison a beau « lui crier sans cesse que l'équité naturelle nous dé- « fend de faire à autrui ce que nous ne voudrions « pas qui nous soit fait à nous-mêmes : cette voix ne « l'émeut point. » Car si vous le trouvez blâmable d'avoir fait passer la Pucelle et le Jonas pour de méchants poèmes, pourquoi ne le seriez-vous pas d'a% voir parlé avec tant de meprisdesonodepindarique , qui parait avoir été si estimée, que trois des meilleurs poètes J latins de ce tempsont bien voulu prendre la peine d\>n faire chacun une ode latine? Je ne Ivous en dis pas davantage. Vous ne voudriez pas sans doute , contre la défense que Dieu en fait , avoir deux poids et deux mesures.

Je vous supplie, monsieur, de ne pas trouver mauvais qu'un homme de mon âge vous donne ce dernier avis en vrai ami.

On doit avoir du respect pour le jugement du pu- *W\ et quand il s'est déclaré hautement pour un

' Amauld a voulu dire : .< dans votre préface. » Rolhii, Lenglet et Saint-Remy.

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auteur ou pour un ouvrage, on ne peut guère le combattre de front et le contredire ouvertement , qu'on ne s'expose a en être maltraité. Les vains efforts du cardinal de Richelieu contre le Cid en sont un grand exemple; et on ne peut rien voir de plus heureusement exprimé que ce qu'en dit votre adversaire :

En vain contre le Cid un ministre se ligue, Tout Paris pour Chimëne a les yeux de Rodrigue; L'Académie en corps a beau le censurer, Le public révolté s'obstine à l'admirer.

Jugez par là, monsieur, de ce que vous devez espérer du mépris que vous tâchez d'inspirer pour les ouvrages de M . Despréaux , dans votre préface. Vous n'ignorez pas combien ce qu'il a mis au jour a été bien reçu dans le monde, à la cour, à Paris, dans les provinces , et même dans tous les pays étrangers où l'on entend le français. Il n'est pas moins certain que tous les bons connaisseurs trouvent le même esprit, le même art et les mêmes agréments dans ses autres pièces que dans ses satires. Je ne sais donc, monsieur, comment vous vous êtes pu promettre qu'on ne serait point choqué de vous en voir parler d'une manière si opposée au jugement du public. Avez-vous cru que, supposant sans raison que tout ce, que l'on dit librement des défauts de quelque poëte doit être pris pour médisance , on applaudirait à ce que vous dites : « que ce ne sont que ces mé- « disances qui ont fait rechercher ses ouvrages avec «tant d'empressement; qu'il va toujours terreà terre, « comme un corbeau qui va de charogne en charo- « gne; que tant qu'il ne fera que des satires comme « celles qu'il nous a données, Horace et Juvénal « viendront toujours revendiquer plus de la moitié « des bonnes choses qu'il y aura mises; que Cha- « pelain, Quinault, Cassagne, et les autres qu'il y « aura nommés, prétendront aussi qu'une partie « de l'agrément qu'on y trouve viendra de la celé- « brité de leurs noms, qu'on se plaît d'y voir tour- « nés en ridicule; que la malignité du cœur hu- « main, qui aime tant la médisance et la calomnie, « parce qu'elles élèvent secrètement celui qui lit au- « dessus de ceux qu'elles rabaissent, dira toujours « que c'est elle qui fait trouver tant de plaisir dans « les OEuvres de AI. Despréaux , etc.? »

Vous reconnaissez donc, monsieur, que tant de gens qui lisent les ouvrages de M. Despreaux les lisent avec grand plaisir. Comment n'avez-vous doncpas vu que de dire , comme vous faites . que ce qui fait trouver ce plaisir est la malignité du cœur humain, qui aime la médisance et la calomnie, c'est attribuer cette méchante disposition à tout ce qu'il y a de gens d'esprit à la cour et a Paris.'

Enfin, vous devez attendre qu'ils ne seront pas moins choqués du peu de cas que vous faites de leur jugement, lorsque vous prétendez que M. Despréaux a si peu réussi , quand il a voulu traiter des sujets d'un autre genre que ceux de la satire, qu'il pourrait y avoir de la malice à lui conseiller de travailler à d'autres ouvrages.

Il y a d'autres choses dans votre préface que je voudrais que vous n'eussiez point écrites; mais celleslà suffisent pour m'acquitter de la promesse que je vous ai faite, d'abord de vous parler avec la sincérité d'un ami chrétien, qui est sensiblement touché de voir cette division entre deux personnes qui font tous deux profession de l'aimer. Que ne donnerais-je pas pour être en état de travailler à leur réconciliation plus heureusement que les gensd'honneurque vous m'apprenez n'y avoir pas réussi! Mais mon éloignement ne m'en laisse guère le moyen. Tout ce que je puis faire , monsieur, est de demander à Dieu qu'il vous donne à l'un et à l'autre cet esprit de charité et de paix, qui est la marque la plus assurée des vrais chrétiens. Il est bien difficile que, dans ces contestations , on ne commette de part et d'autre des fautes, dont on est obligé de demander pardon à Dieu. Mais le moyen le plus efficace que nous avons de l'obtenir, c'est de pratiquer ce que l'apôtre nous recommande : « de nous supporter les « uns les autres , chacun remettant à son frère le « sujet de plainte qu'il pourrait avoir contre lui , et « nous entre-pardonnant, comme le Seigneur nous « a pardonnes. » On ne trouve point d'obstacle à entrer dans des sentiments d'union et de paix , lorsqu'on est dans cette disposition : car l'amour-propre ne règne point où règne la charité; et il n'y a que l'amour-propre qui nous rende pénible la connaissance de nos fautes , quand la raison nous les fait apercevoir. Que chacun de vous s'applique cela à soi-même, et vous serez bientôt bons amis. J'en prie Dieu de tout mon cœur, et suis très-sincèrement , monsieur, etc. '.

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