RACINE A BOILEAU
Fontainebleau, 'is septembre 1694.
Je suppose que vous êtes de retour dévot re \ i »\ âge, afin que vous puissiez bientôt m'envoyer vos avis sur un nouveau cantique que j'ai fait depuis que je suis ici, et que je ne crois pas qui soit suivi d'aucun
1 Ceci est relatif au passage suivant d'une lettre d'Arnauld, Insérée dans les V moires sur lu vie de Jean R u ine : I In «dit [première réflexion critique sur Longin . .-or la foi a d'un célèbre architecte, que ta façade du Louvre n'ed pas « de lui ( !laude Perrault . mais du sieur le Vau : et que ni « l'Arc de triomphe ni l'Observatoire ne sont pas l'ouvrage
d'un médecin de la faculté. Cela ne me p. naît avoir aucune » \ raisemblance, bien loin d'être vrai.... Je M crois pas, de « plus, qu'il soil i>< ri 1 1 1 - d'ôter .t no homme de mérite . ••m « un nui-dire, l'honneur d'avoir Caiteesoui ra^i ». 1 1 uvret ■ tik i mû Racine, t. V, p. 160.)
autre. Ceux que Moreau ■ a mis en musique ont exi rêmement plu : il est ici , et le roi doit les lui entendre chanter au premier jour. Prenez la peine de lire le cinquième chapitre de la Sagesse , d'où ces derniers vers ont été tirés :je ne les donnerai point qu'ils n'aient passé par vos mains; mais vous me t'erez'plaisir de me les renvoyer le plus tôt que vous pourrez. Je voudrais bien qu'on ne m'eût point engagé dans un embarras de cette nature ; mais j'espère m'en tirer, en substituant à ma place ce M. Bardou , que vous avez vu à Paris a.
Vous savez bien, sans doute, que les Allemands ont repassé le Rhin , et même avec quelque espèce de honte. On dit qu'on leur a tué ou pris sept à huit cents hommes, et qu'ils ont abandonné trois pièces de canon.
Il est venu une lettre à Ma.da.me , par laquelle on lui mande que le Rhin s'était débordé tout à coup , et queprès de quatre mille Allemands ont été noyés; mais, au moment que je vous écris, le roi n'a point encore reçu de confirmation de cette nouvelle 3.
On dit que milord Barclay est devant Calais pour le bombarder. M. le maréchal de Villeroi s'est jeté dedans. Voilà toutes les nouvelles de la guerre. Si vous voulez, je vous en dirai d'autres de moindre conséquence.
M. de Tourreil est venu ici présenter le Dictionnaire de l'Académie au roi et à la reine d'Angleterre, à Monseigneur et aux ministres. Il a partout accompagné son présent d'un compliment, et on m'a assuré qu'il avait très-bien réussi partout. Pendant qu'on présentait ainsi le Dictionnaire de l'Académie, j'ai appris que Léers, libraire d'Amsterdam, avait aussi présenté au roi et aux ministres une nouvelle édition du Dictionnaire de Furetière , qui a été très-bien reçue. C'est M. de Croissy et M. de Pomponne qui ont présenté Léers au roi. Cela a paru un assez bizarre contre-temps pour le Dictionnaire de l'Académie, qui me paraît n'avoir pas tant de partisans que l'autre. J'avais dit plusieurs fois à M. Thierry <* qu'il aurait dû faire quelques pas pour ce dernier dictionnaire; et il ne lui aurait pas été difficile d'en avoir le privilège : peutêtre même il ne le serait pas encore. Ne parlez qu'à lui seul de ce que je vous mande là-dessus.
On commence à dire que le voyage de Fontainebleau pourra être abrégé de huit ou dix jours, à cause que le roi y est fort incommodé de la goutte.
« L'autour de la musi<jue des chœurs ù'Eslher cl tfAthalie. Racine le cite avec éloge dans la préface d'Ksther.
» Poëte fort médiocre, qui a inséré des poésies dans les recueils du temps.
3 Elle était fausse.
4 Libraire de la Fontaine., de Racine, et de Despréaux.
Il en est au lit depuis trois ou quatre jours ; il ne souffre pas pourtant beaucoup, Dieu merci, et il n'est arrêté au lit que par la faiblesse qu'il a encore aux jambes.
11 me paraît, par les lettres de ma femme, que mon fils a grande envie de vous aller voir à Auteuil. J'en serai fort aise , pourvu qu'il ne vous embarrasse point du tout. Je prendrai en même temps la liberté de vous prier de tout mon cœur de l'exhorter à travailler sérieusement, et à se mettre en état de vivre en honnête homme. Je voudrais bien qu'il n'eût pas l'esprit autant dissipé qu'il l'a , par l'envie démesurée qu'il témoigne de voir des opéras et des comédies. Je prendrai là-dessus vos avis, quand j'aurai l'honneur de vous voir; et cependant je vous supplie de ne pas lui témoigner le moins du monde que je vous aie fait aucune mention de lui. Je vous demande pardon de toutes les peines que je voua donne, et suis entièrement à vous.