‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 396 sur 672 · RACINE AU MÊME · texte numérisé non relu

RACINE AU MÊME

Fontainebleau, 3 octobre lG9i.

Je vous suis bien obligé de la promptitude avec laquelle vous m'avez fait réponse. Comme je suppose que vous n'avez pas perdu les vers que je vous ai envoyés », je vais vous dire mon sentiment sur vos difficultés, et en même temps vous communiquer plusieurs changements que j'avais déjà faits de moi-même : car vous savez qu'un homme qui compose fait souvent son thème en plusieurs façons.

Quand , par une fin soudaine , Détrompés d'une ombre vaine , Qui passe et ne revient plus....

J'ai choisi ce tour, parce qu'il est conforme au texte, qui parle de la fin imprévue des réprouvés; et je voudrais bien que cela fût bon, et que vous pussiez passer et approuver

Par une lin soudaine,

qui dit précisément la même chose. Voici comme j'avais mis d'abord :

Quand , déchus d'un bien frivole , Qui comme l'ombre s'envole, Et ne revient jamais plus....

Mais ce jamais me paraît un peu mis pour remplir le vers ; au lieu que

Qui passe et ne revient plus, me semblait assez plein et assez vif. D'ailleurs , j'ai mis à la troisième stance » :

' Le cantique n , sur le bonheur des justes et sur le mollirai- {1rs réprouvés.

1 Actuellement la quatrième.

LETTRES DE ROI LE AU

Pour trouver un bleu fragile ; et c'est la même chose que

Un bien frivole.

Ainsi, tachez de vous accoutumer à la première manière, ou trouvez quelque autre chose qui vous satisfasse. Dans la seconde stance * :

Misérables que nous sommes , OÙ s'égaraient nos esprits?

Infortunés m'était venu le premier; mais le mot de misérables, que j'ai employédans Phèdre2, à qui je l'ai mis dans la bouche, et que l'on a trouve assez Lien , m'a paru avoir de la force en le mettant aussi dans la bouche des réprouvés, qui s'humilient et 6e condamnent eux-mêmes3. Pour le second vers, j'avais mis :

Diront-ils avec des cris...

Mais j'ai cru qu'on pouvait leur faire tenir tout ce discours sans mettre diront-Us; et qu'il suffisait de mettre à la fin :

Ainsi , d'une voix plaintive ;

et le reste, par où on fait entendre que tout ce qui précède est le discours des réprouvés. Je crois qu'il y en a des exemples dans les odes d'Horace. Et voila que triomphants....

Je me suis laissé entraîner au texte : Ecce quomodà computati sunt interfilios Dei! et j'ai cru que

ce tour marquait mieux la passion; car j'aurais pu mettre :

Et maintenant triomphants....

Dans la troisième stance :

Qui nous montrait la carrière De la bienheureuse paix.

On d il Ih carrière de la gloire, la carrière de l'honneur; c'est-à-dire par où on court à la gloire à l'honneur. \ oyez si l'on ne pourrait pas dire de même la carrière de la bienheureuse paix; on dit même la carrière de la vertu. Du reste", je ne devine pas comment je le pourrais mieux dire. Il reste la quatrième stance. J'avais d'abord mis le mot de repentance; mais, outre qu'on ne dirait pas bien les remords de la repentance, au lieu <|u'on dit les remords de la pénitence, ce mot de pénitence , en le joignant avec tardive, est assez consacre dans la langue de l'Écriture, seràpœnitt ntiam agentes. On

1 Cette strophe esi la troisième.

1 icte l\, se. VI.

3 Tons ces changements n'ont pasétédéflniUvemenl adoptés par Bacinc. La disposiUon du texte a également subi quelques moditica lions.

dit la pénitence d'Antiochus, pour dire une pénitence tardive et inutile; on dit aussi dans ce sens la pénitence des damnés. Pour la fin de cette stance, je l'avais changée deux heures après que ma lettre fut partie. Voici la stance entière :

Ainsi .d'une voix plaintive,

Exprimera ses remords

La pénitence tardive

Des inconsolables morts.

Ce qui faisait leurs délices,

Seigneur, fera leurs supplices;

Et par une égale loi,

Les saints trouveront des charmes

Dans le souvenir des larmes

Qu'ils versent ici pour toi.

Je vous conjure de m'envoyer votre sentiment sur tout ceci. J'ai dit franchement que j'attendais votre critique, avant que de donner mes vers au musicien: et je l'ai dit à madame de Maintenon, qui a pris de la occasion de me parler de vous avec beaucoup d'amitié.

Le roi a entendu chanter les deux autres cantiques, et a été fort content de M. Moreau, a qui nous espérons que cela pourra faire du bien1.

Il n'y a rien ici de nouveau. Le roi a toujours la goutte , et en est au lit. Une partie des princes sont revenus de l'armée; les autres arriveront demain ou après demain.

Je vous félicite du beau temps que nous avons ici : car je crois que vous l'avez aussi à Auteuil, et que vous en jouissez plus tranquillement que nous ne faisons ici. Je suis entièrement à vous.

La harangue de M. l'abbé Boiieau' a été trouvi i très-mauvaise en ce pays-ci. M. de Niert3 prétend que Uielu source en est mort de douleur. Je ne sais pas si la douleur est bien vraie, mais la mort est très-véritable.

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