‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 403 sur 672 · RACINE A BOILEAU · texte numérisé non relu

RACINE A BOILEAU

Fontainebleau , 8 octobre 1697.

Je vous demande pardon si j'ai été si longtemps sans vous faire réponse; mais j'ai voulu avant toutes choses prendre un temps favorable pour recommander M. Manchon • à M. de Barbezieux». Je l'ai fait; et il m'a fort assuré qu'il ferait son possible pour me témoigner la considération qu'il avait pour vous et pour moi. II m'a paru que le nom de M. Manchon lui était assez inconnu , et je me suis rappelé alors qu'il avait un autre nom dont je ne me ressouvenais pointdu tout. J'ai eu recours à M. de la Chapelle3, qui m'a fait un mémoire que je présenterai a M. de Barbezieux, dès que je le verrai. Je lui ai dit que M. l'abbé de Louvois 4 voudrait bien joindre ses prières aux nôtres, et je crois qu'il n'y aura point de mal qu'il lui en écrive un mot.

Je suis bien aise que vous ayez donné votre épître 5 à M. de Meaux {Bossuet ) , et que M. de Paris 6 soit disposé àvousdonner une approbation authentique. Vous serez surpris quand je vous dirai que je n'ai point encore rencontré M. de Meaux, quoiqu'il soit ici ; mais je ne vais guère aux heures où il va chez le roi, c'est-à-dire au lever et au coucher : d'ailleurs la pluie presque continuelle empêche qu'on ne se promène dans les cours et dans les jardins , qui sont les endroits où l'on a coutume de se rencontrer. Je sais seulement qu'il a présenté au roi l'ordonnance de M. l'archevêque de Reims i contre les jésuites : elle m'a paru très-forte, et il y explique très-nettement la doctrine deMolina avant de la condamner. Voilà, ce me semble, un rude coup pour les jésuites. Il y a bien des gens qui commencent à croire que leur crédit est fort baissé, puisqu'on les attaque si ouvertement. Au lieu que c'était à eux qu'on donnait autrefois les privilèges pour écrire tout ce qu'ils voulaient, ils sont maintenant réduits à ne se défendre

1 Beau-frère de Boileau ; il était commissaire des guerres.

2 A l'âge de vingt-trois ans, le marquis de Barbezii uv avait succédé à son père, le marquis de Louvois, ministre de la guerre.

3 Fils d'une nièce de Boileau : il était alors premier commis de la maison du roi.

4 Camille le Tellier, né en IG75, frère du ministre Barbezieux , était bibliothécaire du roi. Lorsque le rt-gent le nomma au siège de Clermont, ses infirmités ne lui permirent pas de l'accepter : Massillon , son ancien ami , lui succéda comme évéque et comme membre de l'Académie française.

5 Sur l'amour de Dieu.

6 Louis- Antoine de Noailles, archevêque de Paris.

' Charles-Maurirc le Tellier, frère de Louvois, rendit son ordonnance le i r> juillet 1G07.

LETTRES DE UOILEAU

que par de petits libelles anonymes , pendant que les censures des évêques pleuventde tous cotés sur eux. Votre épître ne contribuera pas à les consoler, et il mesemble que vous n'avez rien perdu pour attendre, et qu'elle paraîtra fort à propos.

On a eu nouvelle aujourd'hui que M. le prince de Conti • était arrivé en Pologne ; mais on n'en sait pas davantage, n'y ayant point encore de courrier qui soit venu de sa part. M. l'abbé Renaudot vous en dira plus que je ne saurais vous en écrire.

Je n'ai pas fort avancé le mémoire 2 dont vous me parlez. Je crains même d'être entré dans des détails qui l'allongeront beaucoup plus que je ne croyais. D'ailleurs, vous savez la dissipation de ce pays-ci.

Pour m'achever, j'ai ma seconde fille à Melun, qui prendra l'habit dans huit jours. J'ai fait deux voyages pour essayer de la détourner de cette résolution, ou du moins pour obtenir d'elle qu'elle différât encore six mois; mais je l'ai trouvée inébranlable. Je souhaite qu'elle se trouve aussi heureuse dans ce nouvel état qu'elle a eu d'empressement pour y entrer. Monsieur l'archevêque de Sens 3 s'est offert de venir faire la cérémonie, et je n'ai pas osé refuser un tel honneur. J'ai écrit à M. l'abbé Boileau 4 pour le prier d'y prêcher, et il a l'honnêteté de vouloir bien partir exprès de Versailles en poste, pour me donner cette satisfaction. Vous jugez que tout cela cause assez d'embarras à un homme qui s'embarrasse aussi aisément que moi. Plaignez-moi un peu dans votre profond loisir d'Auteuil, et excusez si je n'ai pas été plus exact à vous mander des nouvelles. La paix en a fourni d'assez considérables, et qui nous donneront assez de matière pour nous entretenir, quand j'aurai l'honneur de vous revoir. Ce sera au plus tard dans quinze jours; car je partirai deux ou trois jours avant le départ du roi. Je suis entièrement à vous.

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