BROSSETTE A BOILEAU
Lyon, c juin 1699.
Monsieur,
La dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire m'a enfin appris la confirmation de votre noblesse. La joie que m'a causée cette lettre obligeante ne pouvait être augmentée que par une nouvelle aussi agréable que celle que vous me donnez. Mais, monsieur, permettez-moi de vous dire que, parla vous me mettez en droit de vous demander une copie de votre arrêt, et une suite de votre généalogie , depuis Jean Boileau, en 1372, jusqu'à nous. \ mis avez eu la complaisance de me le promettre, et j'ose espérer que vous ne me le refuserez pas, parce que vous connaissez l'empressement que j'ai d'être instruit particulièrement de tout ce qui vous regarde. Quand ces titres ne serviraient pas à ma propre satisfaction, ils ne seraient pas .inutiles pour l'usage que j'en veux faire; car enlin, monsieur, il faut que je vous fasse confidence de toutes mes folies. J'ai résolu de repondre à toutes les critiques qu'on a faites de vos ouvrages , suivanl le plan, la manière, et, s'il se peut, le style dont M. Arnauld s'est servi pour défendre votre satire x, dans sa lettre à M. Perrault. Que direz- vous, monsieur, de mon entreprise? J'en connais toute la témérité, ou du moins l'inutilité. Je sais que vos ouvrages sont infiniment au-dessus des atteintes
« Despréaux , nous avons beaucoup perdu, voosel moi, b la
« mort de Racine. — Tout ce qui me c sole, Sire, repartit
« M. Despréaux, c'est i|u<' mon ami a fait une un très-chré- « tienne et très-courageuse, quoiqu'il craignit extrêmement « la iiKirt. — oui, oui, répliqua le roi, Je m'en souviens : c'é- « tait vous qui étiez le brave au siège de Gand. »{£ofaana
il'' MU.) 1 Cetarrèl tut rendu le io avril 1600. 1 Avocat à Lyon.
1 Intitulé : Le faux Satirique puni ; dirigé contre Gaoon.
Bolll \l .
que la jalouse ignorance a essayé de leur donner : ils se soutiennent assez par eux-mêmes , et vous vous ferez toujours assez admirer sans le secours d'un apologiste tel que moi. Mais cependant , monsieur, la matière est si belle, et votre défense esl si facile, queje sens bien que j'aurai toutes les peines du monde à résister à une tentation si glorieuse. C< st pour cela que je ramasse depuis longtemps, avec beaucoup de soin, tous les mémoires qui peuvent m'aider pour ce dessein; et les éclaircissements que vous avez eu la bonté de me donner sur v< s ouvrages me serviront de principal ornement.
Je viens à votre dernière lettre, puce qu'elle a donné lieu à une rencontre dont je suis bien aise de vous informer. Quand je reçus votre lettre', M. Perracbon se trouva chez moi , où il vient quelquefois me débiter ses visions pédantesques. Comme je sais qu'il se déclare contre vous dans toutes les compagnies où il le peut faire, quand il ne craint pas les releveurs, je fus bien aise de lui lire l'endroit où vous me parlez de sa prétendue nobl< sse . qu'il nous réduit à croire simplement sur sa bonne foi. Il fut un peu surpris de se trouver dans voir.' lettre; mais il n'osa pas , en ma présence, faire paraître sa burlesque vivacité. Il ^e contenta dédire, qu'apparemment vous vouliez faire entendre que votre noblesse était aussi bien établie que la sienne, mais que peut-être l'on vous avait fait quelque grâce.
Vous jugez bien qu'étant instruit comme je l'étais, je ne demeurai pas sans réplique : je lui dis tout ce que j'avais vu de votre généalogie bien suivie et bien prouvée; je lui fis voir les Mémoin Mlraulmont ' , que je tiens, comme vous savez, de M. l'abbé Dongois, dans les endroits où il est parlé de Jean Boileau, p. 38, etdeïlenri Boileau. p. 226. Je lui confirmai ce témoignage par un autre, que j'ai découvert depuis peu ,dans ['Histoire chronologique de l<i chancellerie, par TaiSsereau, imprimée chez Lepetit,en 1670. .le lui lis lire dans cette histoire, p. 21 , que « le roi Jean fit une ordonnance « pour la restriction de ses secrétaires et notaires, laquelle se trouve au mémorial I).. qui est en la chambre des comptes ; commençant en l'an 1359, et finissant en 1381, au fol. 25 v°, dont s'ensuit l'extrait : « Ci-dessous sont les noms des secrétaires « et notaires ordenés it retenus pour nous sejvir, « lesquels suivront continuellement de présent, etc.
Martin de .Mellon, etc. Jean Boileau. C'est le même dont parle Miraulmont ; et a la Qa ; El en « signe que cette présente ordonnance procède de « notre propre conscience, nous avons fait sceller ce
1 Sur l'origine du parlement, Paris, 1613.
« rôle de notre scel secret; » et dans la p. 16 de la même histoire, il paraît que « le nommé Jean Boi- « leau est des notaires du roi examinés et trouvés « suffisants par le parlement, pour écrire et faire « lettres en français et en latin , le 26 jour d'août « 1342. Extrait du registre du mémorial B. , com- « mençant en 1330, fol. 176,» où l'on voit encore que lesdites lettres furent envoyées par le roi en la chambre des comptes, le 21 septembre 1343.
M. Perrachon ne put démentir des témoignages si authentiques; mais il ne voulut pas céder l'ancienneté de la noblesse ; car il se retrancha dans le torre de' Perrachoni , qui , selon lui, sont plus anciennes que tout cela. Je lui répondis froidement que c'étaient là de grands titres à produire dans un procès ; et je lui citai en même temps un des couplets de la chanson dont je vous ai parlé autrefois, et qu'on avait faite ici dès que son livre parut :
Or, pour vous prouver ma noblesse, Il ne faut que voir en Piémont Deux tours, qui malgré leur vieillesse, Y portent encore mon nom , etc.
Je vais vous dire un mot du livre que vous trouverez dans ce paquet; il contient deux petits poèmes latins, l'un sur l'aimant {magnes), et l'autre sur lecaféf/aôaaraôi'caj'.Laversiflcationenestdouce et nombreuse, les descriptions en sont vives, et les peintures qu'il fait sont très-naturelles. Ce qui a donné lieu au poème de l'aimant est le cabinet de M. de Puget2, qui est un excellent philosophe, et le plus savant magnétisteque nous ayons. L'auteur de ces poèmes est le père Fellon , jésuite fort spirituel , et qui est bien de mes amis. Je suis , etc.