A BROSSETTE
Paris, 9 mai 1699.
Vous vous figurez bien , monsieur, que , dans l'affliction et dans l'accablement d'affaires où je suis , je n'ai guère le temps d'écrire de longues lettres. J'espère donc que vous me pardonnerez si je ne vous écris qu'un mot, et seulement pour vous instruire de ce que vous me demandez. Je ne suis point encore à Auteuil , parce que mes affaires et ma santé , qui est fort altérée , ne me permettent pas d'y aller respirer l'air, qui est encore très-froid, malgré la saison avancée , et dont ma poitrine ne s'accommode pas. J'ai pourtant été à Versailles, où j'ai vu madame de Maintenon , et le roi ensuite, qui m'a comblé de bonnes paroles : ainsi me voilà plus historiographe que jamais. Sa Majesté m'a parlé de M. Racine d'une manière à donner envie aux courtisans de mourir, s'ils croyaient qu'elle parlât d'eux de la sorte après leur mort. Cependant cela m'a très-peu consolé de la perte de cet illustre ami , qui n'en est pas moins mort , quoique regretté du plus grand roi de l'univers 4.
1 Racine mourut le 21 avril 1699.
2 II lui succéda en effet , et fut reçu le 27 juin , à la grande satisfaction de Boileau, qui l'estimait infiniment
3 M. de Pontchartrain le fils, secrétaire d'État en survivance, avait les académies dans son département.
4 « Après la mort de M. Racine, M. Despréaux vint à la cour « proposer au roi M. de Valincour pour être son associé à l'his- « toire. Du plus loin que le roi aperçut le satirique, il lui cria :
LETTRES D£ BOILEAU
Pour mon affaire de la noblesse, je l'aï gagnée avec éloge, du vivant même de M. Racine, et j'en ai l'arrêt en bonne forme, qui me déclare noble de quatre cents ans '. RI. de Pommereu, président de l'assemblée , fit en ma présence , l'assemblée tenante , une réprimande à l'avocat des traitants, et lui dit ces propres mots : « Le roi veut bien que vous pour- « suiviez les faux nobles de son royaume ; mais il ne « vous a pas pour cela donné permission d'inquiéter « des gens d'une noblesse aussi avérée que sont ceux « dont nous venons d'examiner ies titres. Que cela « ne vous arrive plus. » Je ne sais si M. Perracbon » a de meilleures preuves de sa noblesse que cela; et je ne vois pas qu'il les ait rapportées dans son livre 3. Adieu, monsieur; croyez que je suis affectueusement....