A MADAME LA PRINCESSE DE CO.NTI
Dure contrainte de partir, A quoi je ne puis consentir, Et dont je ne m'ose défendre, Que ta rigueur a de pouvoir !
Et que tu me fais bien apprendre Quel tyran c'est que le devoir!
J'aurai donc nommé ces beaux yeux Tant de fois mes rois et mes dieux , Pour aujourd'hui n'en tenir compte , El permettre qu'a l'avenir On leur impute cette honte De ne m'avoir su retenir!
1 Fille de Henri , duc de Guise . dit le Balafre. (Tétai! un* femme d'un grand mérite, fort spirituelle, et qui aimait les beau esprits. Elle affectionnait particulièrement Malherbe, qui lui écrivit, à l'occasion de la mort da chevalier deGui6e,
sou frère, une lettre de consoIaUoD, regardée ci in mie un chefd'œui re d'éloquence et île st> le *. Il lui a encore adr. saé on
ciels.
Suivant Racan, ces stances étaient destinées à madame d'Auchy.
OEUVRES DE MALHERBE
Ils auront donc ce déplaisir, Que je meure après un désir Où la vanité me convie ; Et qu'ayant juré si souvent D'être auprès d'eux toute ma vie , Mes serments s'en aillent au vent!
Vraiment, je puis bien avouer Que j'aurais tort de me louer Par-dessus le reste des hommes ; Je n'ai point d'autre qualité Que celle du siècle où nous sommes, La fraude et l'inGdélité.
Mais à quoi tendent ces discours , O beauté qui de mes amours Êtes le port et le naufrage ?
Ce que je dis contre ma foi , N'est-ce pas un vrai témoignage Que je suis déjà hors de moi?
Votre esprit , de qui la beauté Dans la plus sombre obscurité Se fait une insensible voie, Ne vous laisse pas ignorer Que c'est le comble de ma joie Que l'honneur de vous adorer.
Niais pourrais-je n'obéir pas Au Destin , de qui le compas Marque à chacun son aventure, Puisqu'en leur propre adversité Les dieux, tout-puissants de nature, Cèdent à la Nécessité ?
Pour le moins j'ai ce réconfort, Que les derniers traits de la mort Sont peints en mon visage blême , Et font voir assez clair à tous Que c'est m'arracher à moi-même Que de me séparer de vous.
Un lâche espoir de revenir
Tâche en vain de m'entretenir :
Ce qu'il me propose m'irrite;
Et mes vœux n'auront point de lieu ,
Si par le trépas je n'évite
La douleur de vous dire adieu.