A DESTOUCHES
SECRÉTAIRE I)F. Ma* L'AMBASSADEUR RE FRANCE EN SUSSE1, A SOLEURE.
Paris, 20 décembre itot.
Si j'étais en parfaite santé, vous n'auriez pas de moi, monsieur, une courte réplique. Je tâcherais,
1 M. te marquis de Puisieulx.
en répondant fort au long à vos magnifiques compliments, de vous faire voir que je sais rendre hyperboles pour hyperboles, et qu'on ne m'écrit pas impunément des lettres aussi spirituelles et aussi polies que la votre: mais l'âge et mes infirmités ne permettent plus ces excès à ma plume. Trouvez bon, monsieur, que, sans faire assaut d'esprit avec vous, je me contentede vous assurer que j'ai senti, comme je dois, vos honnêtetés, et que j'ai lu avec un fort grand plaisir l'ouvrage que vous m'avez fait l'honneur de m 'envoyer. J'y ai trouvé en effet beaucoup de j.'énie et de feu, et surtout des sentiments de religion, que je crois d'autant plus estimables^ qu'ils sont sincères , et qu'il me parait que vous écrivez ce que vous pensez. Cependant, monsieur, puisque vous souhaitez que je vous écrive avec cette liberté satirique que je me suis acquise, soit à droit, soit a tort, sur le Parnasse, depuis très-longtemps, je ne vous cacherai point que j'ai remarqué dans votre ouvrage de petites négligences, dont il y a apparence que vous vous êtes aperçu aussi bien que moi, mais que vous n'avez pas jugé à propos de réformer, et que pourtant je ne saurais vous passer. Car comment vous passer deux hiatus aussi insupportables quesont ceux qui paraissent dans les mots d' essuient et d" envoie , de la manière dont vous les employez? Comment souffrir qu'un aussi galant homme que vous fasse rimvr terre à colère.' Comment?... Mais je m'aperçois qu'au lieu des remerciments que je vous dois, je vais ici vous inonder de critiques trèsmauvaises peut-être. Le mieux donc est de m'arrêter, et de unir en vous exhortant de continuer dans le bon dessein que vous avez de vous élever sur la montagne au double sommet, et d'y cueillir les infaillibles lauriers qui vous y attendent. Je suis avec beaucoup de reconnaissance....
150; - A BROSSETTE
Pari», 27 avril r
Je voudrais bien, monsieur, n'avoir que de mauvaises raisons à vous dire du long temps que j'ai été sans vous donner de mes nouvelles. Je n'aurais qu'à les habiller de termes obligeants, et je suis assuré que votre bonté pour moi vous les ferait trouver bonnes; mais la vérité est que j'ai été depuis trois mois attaqué d'une infinité de maux, qui ont enlin abouti a une espèce d'hj dropisie, dont je ne me suis tire que par le secours du médi cin hollandais '. Enfin, me voilà, si je l'en crois, hors d'affaire; et le premier usage que j'ai cru devoir faire de ma santé,
1 Adrien HelvéUttB. Le trop célèbre auteur de l'Esprit était son peDt-fib.
c'est de vous avertir, comme je fais , que je suis vivant, et que le ciel vous conserve encore en moi, dans Paris, l'homme du monde qui vous aime et vous honore le plus. Je suis avec toute sorte de reconnaissance....