FAUSSEMENT \TTK11UI.E A BOILEAU
Grands et fameux auteurs , dont la docte critique
Se donne sur mes vers un pouvoir despotique,
Vous tremblez que, lassé de suivre Juvénal,
Je ne devienne enfin le singe de Pascal ?
Non , sur un tel sujet j ne craignez rien , mes pères ;
Mes veilles désormais me sont un peu trop cher
Pour les perdre à montrer aux peuples abusés
Sous des peaux de brebis vos tigres déguisés :
Assez de votre estime on revient de soi-même.
Jadis à votre égard notre erreur fut extrême ;
Mais on n'ignore plus les discours effrontés
Qu'à Sancbez Belzébut en personne a dictés;
Que Cbatel , Ravaillac , irens dévoués aux crimes ,
Avaient puisé chez vous ces damnables maximes :
« Qu'à qui veut simplement perdre ses ennemis .
« Tout, bormis la vengeance, est louable et permis. »
Mais pourquoi recourir aux histoires antiques?
Nos jours n'offrent-ils pas mille faits tyranniques?
Dans l'bonneur, dans lesbiensdesdocteurs outrag< s;
Les Cbinois dans l'erreur par vous seuls replong< 3
De Brest par vos fureurs réélise profanée ;
De prêtres une troupe éperdue , étonnée.
D'une plainte frivole attendant le succès,
Et déebue à la fin d'un trop juste procès ;
Dans leurs pieux desseins des vierges traversées .
De leurs propres foyers comme infâmes ebassées:
Arnauld, toujours en butte a votre ardent courroux;
Tout cela, sans mes vers , parle trop contre vous.
Sur un si beau sujet pour écrire avec grâce .
Ma muse n'a besoin de Pascal ni d'Horace;
Et, pour vous décrier chez la postérité.
Un auteur n'a besoin que de sincérité.
De la mienne déjà l'on commence a se plaindre;
Mais VOUS la connaisse/ , et VOUS de\ tez la craindre .
Sans me forcer a rompre un silence obstine
Où par discrétion je m'étais condamné.
Que île lâches ailleurs craignent vos injustices :
A couvert de ma foi . je ris de vos câpriers ;
El Mai- ce boulevard . où j'ai su me placer.
quelque cuistre de l'université, ri que, si je l'avais I Vos traits empoisonnés ne sauraient me percer
Profitez, s'il se peut, d'un exemple fidèle; Vous devez avoir su l'aventure d'Entelle '. Plus sages désormais , songez à m' épargner : Ou sinon rira bien qui rira le dernier.
A BROSSETTE
Paris, 21 août 1700.
Deux jours après que j'eus reçu votre lettre du 24 juin, monsieur, je tombai malade d'une fluxion sur la poitrine et d'une fièvre continue assez violente , qui m'a tenu au lit tout le mois de juillet, et dont je ne suis relevé que depuis trois jours. Voilà ce qui m'a empêché de répondre à vos obligeantes lettres, et non point le peu de cas que j'aie fait de vos vers, qui m'ont paru très-beaux, et où je n'ai trouvé à redire que l'excès des louanges que vous m'y donnez. Dès que je serai un peu rétabli , je ne manquerai pas de vous faire une ample réponse et un très-exact remercîment; mais en attendant, je vous prie de vous contenter de ce mot de lettre , que je vous écris malgré l'expresse défense de mon médecin. . . . Je suis, avec une extrême reconnaissance....
Paris, 6 octobre 1709.
Il faut, monsieur, que vous n'ayez pas reçu une lettre que je me suis donné l'honneur de vous écrire , il y a environ deux mois, où je vous mandais que je sortais d*une très-longue et très-fâcheuse maladie, qui m'avait tenu au lit plus de trois semaines, et dont il m'était resté des incommodités qui me mettaient hors d'état de répondre à vos précédentes lettres. Depuis ce temps-là , j'en ai encore reçu deux de votre part qui ne marquent pas même que vous ayez su que je fusse indisposé. Ainsi je vois bien qu'il y a du malentendu dans notre commerce....
Ce qui me fâche le plus de cette méprise , c'est que dans ma lettre je vous parlais , comme je dois , des vers que vous avez faits en mon honneur, et sur lesquels vous devez être content , puisque je les ai trouvés fort obligeants et très-spirituels. La lettre dont je vous parle était fort courte, et vous trouverez bon que celle-ci le soit aussi , parce que je ne suis pas si hien guéri , qu'il ne me reste encore des pesanteurs et des tournoiements de tête , qui ne me permettent pas de faire des efforts d'esprit. O la triste chose que soixante-douze ans! A la première renaissance de santé qui me viendra, je ne manquerai pas pourtant de répondre àtoutes vos curieuses questions, etc Je suis autant que jamais.
1 Enéide, V , v. 392 el suiv.