‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 500 sur 672 · IMAGE DU BONHEUR TEMPOREL DES MÉCHANTS · texte numérisé non relu

IMAGE DU BONHEUR TEMPOREL DES MÉCHANTS

Réni soit le Dieu des armées Qui donne la force à mon bras , Et par qui mes mains sont formées Dans l'art pénible des combats 2 !

De sa clémence inépuisable J,e secours prompt et favorable A fini mes oppressions :

En lui j'ai trouvé mon asile ; Et par lui d'un peuple indocile J'ai dissipé les factions.

Qui suis-je, vile créature!

Qui suis-je , Seigneur ! et pourquoi

Le souverain de la nature

S'abaisse-t-il jusques à moi ?

L'homme, en sa course passagère 3 ,

N'est rien qu'une vapeur légère

Que le soleil fait dissiper :

Sa clarté n'est qu'une nuit sombre;

Et ses jours passent comme une ombre ,

Que l'œil suit et voit échapper.

Mais quoi ! les périls qui m'obsèdent

Ne sont point encore passés !

De nouveaux ennemis succèdent

A mes ennemis terrassés !

Grand Dieu! c'est toi que je réclame :

Lève ton bras, lance ta flamme,

Abaisse la hauteur des cieux 4 ;

1 Cum his qui oderunt pacem eram pacifiais.

2 Qui docet ma nus meas ad prœlium , et digitos meos ad bellwm.Vi. cxliii.

s Homo vanitati similis foetus est! dies ejus sicut umbra prœtereunt. Ps. cxlih.

4 Celte image sublimedes cieux qais'abaissent est empruntât de ce même psaume : Inclina cœbos tirns , et descende. Racine s'en était emparé le premier :

Et vous , sous sa majesté sainte .

Cieux, abaissez-vous!

ODES, LIVRE I

Et viens sur leur voûte enflammée, D'une main de foudres armée ', Frapper ces monts audacieux.

Objet de mes humbles cantiques , Seigneur, je t'adresse ma voix :

Toi dont les promesses antiques Furent toujours l'espoir des rois; Toi , de qui les secours propices A travers tant de précipices M'ont toujours garanti d'effroi ; Conserve aujourd'hui ton ouvrage , Et daigne détourner l'orage Qui s'apprête à fondre sur moi .

Arrête cet affreux déluge

Dont les flots vont me submerger :

Sois mon vengeur, sois mon refuge

Contre les fils de l'étranger :

Venge-toi d'un peuple infidèle

De qui la bouche criminelle

Ne s'ouvre qu'à l'impiété ,

Et dont la main , vouée au crime ' ,

Ne connaît rien de légitime

Que le meurtre et l'iniquité.

Ces hommes, qui n'ont point encore Éprouvé la main du Seigneur, Se flattent que Dieu les ignore, Et s'enivrent de leur bonheur.

Leur postérité florissante 3 , Ainsi qu'une tige naissante , Croît et s'élève sous leurs veux :

Leurs filles couronnent leurs têtes l

1 D'une main de foudres armée, clc. Qu'il y a loin de cette paraphrase h l'énergique concision , a l'image frappante du texte! Fange montes, et fumigabunt. a Touchez seulement les montagnes et elles B'embraseront. »

2 Dexteraeorum, dextera iniquitatis.

3 Rien de plus riant , de pins gracieux , que les images employés dans l'original pour rendre ces mêmes Idées. « (>»<<rumjitii, s/ml novelUe plantationes in juventute sua :filùe etirinn compostUe; circumornaùe ut similitude templi. • cYsi le stj le oriental dans toute la naïveté de sa richesse.

4 Leurs filles couronnent leurs têtes, i te. Les mêmes idées, Misées aux mêmes sources, mais encore plus heureusement exprimées, se retrouvent dans ce bel endroit de l'un des choeurs A Esihcr. Il s'agit du bonheur passager de l'impie.

Tous ses jours paraissent ili.inii.niis ,

L'or relate eu Ses > eleun uls .

s rguell est sans borne . ainsi que sa richesse

Jamais l'air n'est troublé de sis gémissements . il s'endort , il s'éveille au bruit îles instruments

snn cœur nage dans ta mollesse.

Pour comble de prospériti .

il espère revivre en sa postéi Ité i.t d'enfants à sa table une riante troupe Semble boire avei lui la joie à pleine coupe.

De tout ce qu'en nos jours de fêtes Nous portons de plus précieux.

De leurs grains les granges sont pleines. Leurs celliers regorgenl de fruits :

Leurs troupeaux , tout chargés de laines. Sont incessamment reproduits :

Pour eux la fertile rosée, Tombant sur la terre embrasée, Rafraîchit son sein altéré; Et pour eux le flambeau du monde Nourrit d'une chaleur féconde Le germe en ses flancs resserré.

Le calme règne dans leurs villes ; Nul bruit n'interrompt leur sommeil :

On ne voit point leurs toits fragiles Ouverts aux rayons du soleil.

C'est ainsi qu'ils passent leur âge.

Heureux , disent-ils , le rivage Où l'on jouit d'un tel bonheur!

Qu'ils restent dans leur rêverie :

Heureuse la seule patrie Où l'on adore le Seigneur1 !

ODE IX

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