‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 503 sur 672 · TIRÉE DU PSAUME XLIX · texte numérisé non relu

TIRÉE DU PSAUME XLIX

SUR LES DISPOSITIONS QUE L'iIOMME DOIT APPORTER A LA PRIÈRE.

Le roi des cieux et de la terre

Descend au milieu des éclairs J :

Sa voix, comme un bruyant tonnerre ,

S'est fait entendre dans les airs.

Dieux mortels, c'est vous qu'il appelle!

Il tient la balance éternelle

Qui doit peser tous les humains :

Dans ses yeux la flamme étincelle ,

Et le glaive brille en ses mains.

Ministres de ses lois augustes , Esprits divins qui le servez, Assemblez la troupe des justes Que les œuvres ont éprouvés ; Et de ses serviteurs utiles Séparez les âmes serviles

1 Quia non infernus con/Uebiturttbi, negue monlavdabil te, Is. xxxviii.

tIgni» in conspectu ejus exardescel : et m circuitu ejiu empestas valida. Ps. \Li\.

Dont le zèle, oisif en sa foi « , Par des holocaustes stériles A cru satisfaire à la loi 2,

Allez, saintes Intelligences, Exécuter ses volontés :

Tandis qu'à servir ses vengeances Les cieux et la terre invités, Par des prodiges innombrables Apprendront à ces misérables Que le jour fatal est venu, Qui fera connaître aux coupables Le juge qu'ils ont méconnu.

Écoutez ce juge sévère , Hommes charnels, écoutez tous :

Quand jeviendrai dans ma colère Lancer mes jugements sur vous, Vous m'alléguerez les victimes Que sur mes autels légitimes Chaque jour vous sacrifiez ; Mais ne pensez pas que vos crimes Par là puissent être expiés.

Que m'importent vos sacrifices, Vos offrandes et vos troupeaux?

Dieu hoit-il le sang des génisses 3?

Mange-t-il la chair des taureaux ?

Ignorez-vous que son empire Embrasse tout ce qui respire Et sur la terre et dans les mers ; Et que son souffle seul inspire L'âme à tout ce vaste univers 4?

Offrez, à l'exemple des anges, A ce Dieu votre unique appui ,

1 Le zèle, oisif en safbi. cv.-t la pensée, b1 bien rendue par Racine, Al Italie, acte I, BC. I :

La fol qui n'agit point , est-ce une fol sincère •'

a Non accipiam de domo tua vitulo», neque de gregibut luis hircos. Ps. \i iv.

*Que m'importent vos sacrifices? Racine avait «lit arec l(icn plus de noblesse encore et eu traduisant ce même rers i du Psalmiste :

Quel fruit me rc\ ient-il de tmis roa sacr !

Ai-Je besoin du sang des boucs et des génbses F

Et par un effet de ce! arl qui n'a été donné qn*à lui et a Boii. .m . il a mi ennoblir l'un des mois les pins ignobles de la langue et lui prêter même une certaine dignité.

' Inspire» l'âme a\ une beoreose hardiesse d'expression i 'est celle même de \ irgile, qaand il nous peint AJecton inspirant a la reine Ain. île gOO âme infernale :

\ tpeream Inspirant .iimn.un v.n. vu , m

Et l'ame </< touiee vash uniw rt est i ncore a \ irgile :

Mens agitât molem, et inagno se corporc inlsccl. VI ,T»

Un sacriûce de louanges ,

Le seul qui soit digne de lui.

Chantez, d'une voix ferme et sûre,

De cet auteur de la nature

Les bienfaits toujours renaissants :

Mais sachez qu'une main impure

Peut souiller le plus pur encens.

Il a dit à l'homme profane :

Oses-tu , pécheur criminel,

D'un Dieu dont la loi te condamne

Chanter le pouvoir éternel ;

Toi qui , courant à ta ruine,

Fus toujours sourd à ma doctrine ,

Et, malgré mes secours puissants,

Rejetant toute discipline ,

N'as pris conseil que de tes sens?

Si tu voyais un adultère J , C'était lui que tu consultais :

Tu respirais le caractère Du voleur que tu fréquentais.

Ta bouche abondait en malice; Et ton cœur , pétri d'artifice, Contre ton frère encouragé , S'applaudissait du précipice Où ta fraude l'avait plongé.

Contre une impiété si noire

Mes foudres furent sans emploi ;

Et voila ce qui t'a fait croire

Que ton Dieu pensait comme toi * :

Mais apprends , homme détestable ,

Que ma justice formidable

Ne se laisse point prévenir,

Et n'en est pas moins redoutable ,

Pour être tardive à punir.

Pensez-y donc , âmes grossières ; Commencez par régler vos moeurs.

Moins de faste dans vos prières , Plus d'innocence dans vos cœurs.

Sans une âme légitimée Par la pratique confirmée De mes préceptes immortels, Votre encens n'est qu'une fumée Qui déshonore mes autels.

1 Si videbas furem , currebas cum en, cl cum adultéra portionem tuam ponebas. Ps. xlix.

2 ExistimasU, inique, quoi en lui similis : arguant /<-, ctstatuam contra faciem tuatn. » Ps.'xlix.

DE J. B. ROUSSEAU

ODE XII

Page 1