‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 504 sur 672 · INQUIÉTUDES DE L'AME SUE LES VOIES DE LA PBOVIDEISCE · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDES DE L'AME SUE LES VOIES DE LA PBOVIDEISCE

Que la simplicité d'une vertu paisible Est sure d'être heureuse en suivant le Seigneur! Dessillez-vous , mes yeux; console-toi , mon cœur : Les voiles sont levés; sa conduite est visible Sur le juste et sur le pécheur.

Pardonne, Dieu puissant, pardonne à ma faiblesse ! A l'aspect des méchants , confus , épouvanté » , . Le trouble m'a saisi , mes pas ont hésité ; Mon zèle m'a trahi, Seigneur, je le confesse, En voyant leur prospérité 2.

Cette mer d'abondance , où leur âme se noie , Ne craint ni les écueils ni les vents rigoureux : Ils ne partagent point nos fléaux douloureux ; Ils marchent sur les fleurs , ils nagent dans la joie : Le sort n'ose changer pour eux.

Voilà donc d'où leur vient cette audace intrépide Qui n'a jamais connu craintes ni repentirs! Enveloppés d'orgueil , engraissés de plaisirs , Enivrés de bonheur, ils ne prennent pour guide Que leurs plus insensés désirs.

Leur bouche ne vomit qu'injures, que blasphèmes, Et leur cœur ne nourrit que pensers vicieux : Ils affrontent la terre , ils attaquent les cieux 3 , Et n'élèvent leurs voix que pour vanter eux-mêmes Leurs forfaits les plus audacieux.

De là , je l'avoûrai , naissait ma défiance. Si sur tous les mortels Dieu tient les veux ouverts . Comment, sans les punir, voit-il ces cœurs pervers? Et s'il ne les voit point, comment peut sa science Embrasser tout cet univers ?

Tandis qtf'un peuple entier les suit et les adore, Prêt à sacrifier ses jours mêmes aux leurs , Accablé de mépris , consumé de douleurs , Je n'ouvre plus mes yeux aux rayons de l'aurore Que pour faire place à mes pleurs.

' A l'aspect des méchants, confi/*, épouvanté, etc. C'«l le début fameux des invectives de Claudien contre Kulin :

Sspc milii ilubiam trasit scntcntia incutem , etc.

- Zelavi super iniquos, paci mpeccatorum vident. Ps. i wn Posuerunt in cœlutn os suutn; et liiigua eorum trausivil in tcrr.i. Ps. mi.

ODES, LIVRE I

Ali ! «'est donc vainement qu'à ces âmes parjures J'ai toujours refusé l'encens que je te (loi ! C'est donc en vain, Seigneur, que , m'attachant a toi, Je n'ai jamais lavé mes mains simples et pures Qu'avec ceux qui suivent ta loi » !

C'était en ces discours que s'exhalait ma plainte : Mais , ô coupable erreur ! 6 transports indiscrets ! Quand je parlais ainsi , j'ignorais tes secrets ; J'offensais tes élus; et je portais atteinte A l'équité de tes décrets.

Je croyais pénétrer tes jugements augustes ; Mais , grand Dieu , mes efforts ont toujours été vains, Jusqu'à ce qu'éclairé du flambeau de tes saints, J'ai reconnu la lin qu'à ces hommes injustes Préservent tes puissantes mains.

J'ai vu que leurs honneurs, leur gloire, leur richesse, Ne sont que des fdets tendus à leur orgueil 2 ; Que le port n'est pour eux qu'un véritable écueil ; Et que ces lits pompeux où s'endort leur mollesse Ne couvrent qu'un affreux cercueil.

Comment tant de grandeur s'est-elle évanouie? Qu'est devenu l'éclat de ce vaste appareil ? Quoi ! leur clarté s'éteint aux clartés du soleil ! Dans un sommeil profond ils ont passé leur vie ; Et la mort a fait leur réveil !

Insensé que j'étais , de ne pas voir leur chute Dans l'abus criminel de tes dons tout-puissants ! De ma faible raison j'écoutais les accents ; Et ma raison n'était que l'instinct d'une brute , Qui ne juge que par les sens.

Cependant, o mon Dieu! soutenu de ta grâce , Conduit par ta lumière, appuyé sur ton bras, J'ai conserve ma foi dans ces rudes combats : Mes pieds ont chancelé; mais enfin de ta trace Je n'ai point écarté mes pas.

Puis-je assez exalter l'adorable clémence Du Dieu qui m'a sauve d'un si mortel «fumer! Sa main contre moi-même a su me protéger ; El son divin amour m'offre un bonheur immense, Pour un mal faible et passager.

Que me reste-t-i) donc à chérir sur la terre ' ' Etqu'ai-je à désirer au céleste séjour?

1 Brgosiae causa justifteavi cor meum, •/ lavi mttr inim-

•' :il< s m, unis un us. p. s. i,\\i.

1 Ferumtamen propter dolot posuisU eii . dejecùti eot iliim allevarenlur. Il.nl.

*Quid ru, m ,,nl,i ,si m cœlo? elaU quidvolui supet

'• ii.iin ■ Pa i wii

La nuitqui me couvrait cède aux clartés du jour : Mon esprit ni mes sens ne me font plus la guerre; Tout est absorbé par l'amour.

Car enfin, je le vois, le bras de sa justice, Quoique lent à fappper, se tient toujours levé Sur ces hommes charnels dont l'esprit dépravé Ose à de faux objets offrir le sacrifice D'un cœur pour lui seul réservé.

Laissons-les s'abîmer sous leurs propres ruines '. Ne plaçons qu'en Dieu seul nos vœux et notre espoi r : Faisons-nous de l'aimer un éternel devoir; Et publions partout les merveilles divines De son infaillible pouvoir.

Page 1