ET DES PRIÈRES DE L'ÉGLISE
PBEMIÈRE PARTIE.
Vains mortels, que du monde endort la folle ivresse , Écoutez, il est temps, la voix de la sagesse : Heureux , et seul heureux qui s'attache au Seigneur ! Pour trouver le repos, le bonheur et la joie, Il n'est qu'un seul chemin , c'est de suivre sa voie Dans la simplicité du cœur.
Le temps fuit , dites-vous ; c'est lui qui nous convie A saisir promptement les douceurs de la vie : L'avenir est douteux , le présent est certain ; Dans la rapidité d'une course bornée Sommes-nous assez sûrs de notre destinée, Pour la mettre au lendemain » ?
Notre esprit n'est qu'un souffle , une ombre passa- Et le corps qu'il anime , une cendre légère [gère ; Dont la mort chaque jour prouve l'infirmité; Étouffés tôt ou tard dans ses bras invincibles , Nous serons tous alors, cadavres insensibles, Comme n'ayant jamais été.
Songeons donc à jouir de nos belles années : Les roses d'aujourd'hui demain seront fanées 2 , Des biens de l'étranger cimentons nos plaisirs; Et du riche orphelin persécutant l'enfance ,
1 Dans la rapidité d'une course bornée, etc. Racine avait déjà imité ce passage dans un chœur iïAthalie :
Rions , chantons , dit cette troupe impie ; De fleurs en fleurs , de plaisirs en plaisirs
Promenons nos désirs.
Sur l'avenir, insensé qui se fie !
De nos ans passagers le nombre est incertain. Hàtons-nous aujourd'hui de jouir de la vie : Qui sait si nous serons demain ?
1 Salomon avait dit non moins poétiquement : Coronemus nos rosis, antequam marcescunt.
Contentons, aux dépens du vieillard sans défense, Nos insatiables désirs.
Guéris de tout remords contraire à nos maximes Nous ne connaîtrons plus ni d'excès ni de crimes ; De tout scrupule vain nous bannirons l'effroi ; Soutenus de puissance , assistés d'artifice , Notre seul intérêt fera notre justice, Et notre force, notre toi.
Assiégeons l'innocent; qu'il tremble à notre appro- Ses regards sont pour nous un éternel reproche ; [che. De sa faiblesse même il se fait un appui ; Il traite nos succès de fureur tyrannique : Dieu , dit-il , est son père et son refuge unique ; Il ne veut connaître que lui.
Voyons s'il est vraiment celui qu'il se dit être : S'il est fils de ce Dieu, comme il veut le paraître, Au secours de son fils ce Dieu doit accourir; Essayons-en l'effet, consommons notre ouvrage , Et sachons quelles mains au bord de son naufrage Pourront l'empêcher de périr.
Ce sont là les discours , ce sont là les pensées De ces âmes de chair, victimes insensées De l'ange séducteur qui leur donne la mort. [pie , Qu'ils combattent sous lui, qu'ils suivent sonexem- Et qu'à lui seul voués le zèle de son temple Soit l'espoir de leur dernier sort !