‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 512 sur 672 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Cependant les âmes qu'excite Le ciel à pratiquer sa loi , Verront triompher le mérite De leur constance et de leur foi :

Dans le sein d'un Dieu favorable, Un bonheur à jamais durable Sera le prix de leurs combats; Et de la mort inexorable Le fer ensanglanté ne les touchera pas.

Dieu , comme l'or dans la fournaise , Les éprouvera dans les ennuis ; Mais leur patience l'apaise; Les jours viennent après les nuits :

Il a supputé les années De ceux dont les mains acharnées Nous ont si longtemps affligés; Il règle enfin nos destinées, Et nos juges par lui sont eux-mêmes jugés.

Justes , qui fîtes ma conquête

ODES, LIVRE I

Par vos larmes et vos travaux , Il est temps, dit-il, que j'arrête L'insolence de vos rivaux ; Parmi les célestes milices Venez prendre part aux délices De mes combattants épurés; • Tandis qu'aux éternels supplices, Des soldats du démon les jours seront livrés.

Assez la superbe licence Arma leur lâche impiété ; Assez j'ai vu votre innocence En proie à leur férocité :

Vengeons notre propre querelle; Couvrons cette troupe rebelle D'horreur et de confusion ; Et que la gloire du fidèle Consomme le malheur de la rébellion.

Et vous à qui ma voix divine Dicte ses ordres absolus , Anges , c'est vous que je destine Au service de mes élus; Allez , et dissipant la nue Qui malgré leur foi reconnue, Me dérobe à leurs yeux amis , Faites-les jouir dans ma vue Des biens illimités que je leur ai promis.

Voici , voici le jour propice Où le Dieu pour qui j'ai souffert Va me tirer du précipice Que le démon m'avait ouvert.

De l'imposture et de l'envie , Contre ma vertu poursuivie , Les traits ne seront plus lancés :

Et les soins mortels de ma vie De l'immortalité seront récompensés.

Loin de cette terre funeste Transporté sur l'aile des vents, La main d'un ministre céleste M'ouvre la terre des vivants Près des saints j'y prendrai ma place : J'y ressentirai de la grâce L'intarissable écoulement ; Et , voyant mon Dieu face à face , L'éternité pour moi ne sera qu'un moment.

Qui m'affranchira de l'empire

Du monde où je suis enchaîné?

De la délivrance où j'aspire ,

Quand viendra le jour fortuné?

Quand pourrai-je, rompant les charmes

J. B. ROUSSEAU

Où ce triste vallon de larmes De ma vie endort les instants, Trouver la lin de mes alarmes, Et le commencement du bonheur que j'attends?

Quand pourrai-je dire à l'impie :

Tremble , lâche , frémis d'effroi :

De ton Dieu la haine assoupie Est prête à s'éveiller sur toi :

Dans ta criminelle carrière Tu ne mis jamais de barrière Entre sa crainte et tes fureurs ; Puisse mon heureuse prière D'un châtiment trop dû t'épargner les horreurs!

Puisse en moi la ferveur extrême D'une sainte compassion , Des offenseurs du Dieu quej'aime Opérer la conversion !

De ces vengeances redoutables Puissent mes ardeurs véritables Adoucir la sévère loi ; Et pour mes ennemis coupables Obtenir le pardon que j'en obtins pour moi!

Seigneur, ta puissance invincible N'a rien d'égal que ta bonté ; Le miracle le moins possible N'est qu'un jeu de ta volonté :

Tu peux de ta lumière auguste Éclairer les yeux de l'injuste , Rendre saint un cœur dépravé ; En cèdre transformer l'arbuste, Et faire un vase élu d'un vase réprouvé.

Grand Dieu , daigne sur ton esclave Jeter un regard paternel :

Confonds le crime qui te brave, Mais épargne le criminel ; Et s'il te faut un sacrifice , Si de ta suprême justice L'honneur doit être réparé, Venge-toi seulement du vice En le chassant des cœurs dont il s'est emparé.

C'est alors que de ma victoire J'obtiendrai les fruits les plus doux , En chantant avec eux la gloire Du Dieu qui nous a sauvés tous.

Agréable et sainte harmonie!

Pour moi quelle joie infinie, Quelle gloire, devoir un jour Leur troupe avec moi réunie Dans les mêmes concerts et dans le même amour!

ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Pendant qu'ils vivent sur la terre, Prépare du moins leur fierté , Par la crainte de ton tonnerre, A ce bien pour eux souhaité; Et les retirant des abîmes Où dans des nœuds illégitimes Languit leur courage abattu , Fais que l'image de leurs crimes Introduise en leurs cœurs celle de la vertu.

TROISIÈME PABTIE.

Tel , après le long orage Dont un fleuve débordé A désolé le rivage Par sa colère inondé , L'effort des vagues profondes Engloutissait dans les ondes Bergers , cabanes , troupeaux ; Et , submergeant les campagnes , Sur le sommet des montagnes Faisait flotter les vaisseaux.

Mais la planète brillante Qui perce tout de ses traits , Dans la nature tremblante A déjà remis la paix :

L'onde , en son lit écoulée , A la terre consolée Rend ses premières couleurs ; Et d'une fraîcheur utile Pénétrant son sein fertile , En augmente les chaleurs.

Tel fera dans leurs pensées Germer un amour constant , De leurs offenses passées Le souvenir pénitent.

Ils diront : Dieu des fidèles, Dans nos ténèbres mortelles Tu nous a fait voir le jour ; Éternise dans nos âmes Ces sacrés torrents de flammes , Source du divin amour.

Ton souffle , qui sut produire L'âme pour l'éternité, Peut faire en elle reluire Sa première pureté.

De rien tu créas le monde :

D'un mot de ta voix féconde •

1 D'un mot de ta voix féconde, etc. Cette strophe en rappelle une sublime de Racine, dans son quatrième cantique :

O Sagesse ! ta parole Fit éclore l'univers;

Naquit ce vaste univers; Tu parlas , il reçut l'être :

Parle ; un instant verra naître Cent autres mondes divers.

Tu donnes à la matière L'âme et la légèreté ; Tu fais naître la lumière Du sein de l'obscurité ; Sans toi , la puissance humaine N'est qu'ignorance hautaine, Trouble et frivole entretien :

En toi seul , cause des causes , Seigneur, je vois toutes choses ; Hors de toi , je ne vois rien.

A quoi vous sert tant d'étude , Qu'à nourrir le fol orgueil Où votre béatitude Trouva son premier écueil ?

Grands hommes , sages célèbres , Vos éclairs dans les ténèbres Ne font que vous égarer :

Dieu seul connaît ses ouvrages; L'homme , entouré de nuages , N'est fait que pour l'honorer.

Curiosité funeste, C'est ton attrait criminel Qui du royaume céleste Chassa le premier mortel.

Non content de son essence , Et d'avoir en sa puissance Tout ce qu'il pouvait avoir, L'ingrat voulut, dieu lui-même, Partager du Dieu suprême La science et le pouvoir.

A ces hautes espérances Du changement de son sort , Succédèrent les souffrances , L'aveuglement et la mort ; Et pour fermer tout asile A son espoir indocile, Bientôt l'ange dans les airs , Sentinelle vigilante, De l'épée étincelante Fit reluire les éclairs.

Posa sur un double pôle La terre au milieu des airs !

Tu dis ; et les cicux parurent , Et tous les astres coururent Dans leur ordre se placer, etc.

Rousseau lui-même n'a rien de plus beau dans ses plus belles odes.

ODES, LIVRE II

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