LIVRE TROISIÈME
En proie au plaisir qui l'enchante, Il laisse endormir sa raison ; Et, de la coupe séduisante Que le fol amour lui présente, Il boit à longs traits le poison.
Ton accueil , qui le sollicite , Le nourrit dans ce doux état.
Oh ! qu'il est beau de voir écrite La mollesse d'un Sybarite Sur le front brûlé d'un soldat !
De ces langueurs efféminées
Il recevra bientôt le prix : - r
Et déjà ses mains basanées ,
Aux palmes de Mars destinées ,
Cueillent les myrtes de Cypris.
Mais qu'il connaît peu quel orage « Suivra ce calme suborneur!
Qu'il va regretter le rivage!
Que je plains le triste naufrage Que lui prépare son bonheur,
Quand les vents, maintenant paisibles, Enfleront la mer en courroux ; Quand pour lui les dieux inflexibles Changeront en des nuits horribles Des jours qu'il a trouvés si doux!
Insensé qui sur tes promesses Croit pouvoir fonder son appui , Sans songer que mêmes tendresses , Mêmes serments, mêmes caresses Trompèrent un autre avant lui.
L'Amour a marqué son supplice :
Je vois cet amant irrité , Des dieux accusant l'injustice, Détestant son lâche caprice, Déplorer sa fidélité ;
Tandis qu'au mépris de ses larmes, Oubliant qu'il sait se venger, Tu mets tes attraits sous les armes , Pour profiter des nouveaux charmes De quelque autre amant passager.
1 Mais qu'il connaît peu quel orage. HORACE, livre I, ode v :
Heu! quoties fidem , Mutatosque deos flebit , et aspera Nigris aequora ventis , etc.
ODE I