LIEUTENANT GENERAL DES ARMÉES DE L'EMPEREUB
Le soleil , dont la violence Nous a fait languir si longtemps, Arme de feux moins éclatants Les rayons que son char nous lancé; Et, plus paisible dans son cours, Laisse la céleste balance2 Arbitre des nuits et des jours.
L'Aurore, désormais stérile Pour la divinité des fleurs, De l'heureux tribut de ses pleurs Enrichit un dieu plus utile; Et sur tous les coteaux voisins On voit briller l'ambre fertile Dont elle dore nos raisins.
C'est dans cette saison si belle Que Bacchus prépare à nos yeux De son triomphe glorieux La pompe la plus solennelle :
Il vient de ses divines mains Sceller l'alliance éternelle Qu'il a faite avec les humains.
Autour de son char diaphane Les Ris, voltigeant dans les airs, Des soins qui troublent l'univers Écartent la troupe profane :
1 Apres avoir servi quelque temps avec distinction sous Catinat et fendante , quelques mécontentements engagèrent le comte de Bonneval a quitter la France, pool passer au sesvice de l'empereur. La guerre ayant été déclarée an Grand Seigneur, le transfuge français partagea les succès du prince Eugène contre les Turcs, et donna entre autres , a la batailla de Peterwaradin , des preuves signalées de râleur, qui relevèrent au grade de lieutenant (elil-mareclial. Mai.- le- talent- du comte de Bonneval étaient accompagnés de présomption, d'indiscrétion et d'une légèreté satirique, ou d'une franchise déplacée, qui lui tirent insensiblement perdre l'amitié du prince, et le précipitèrent ensuite dans des démarches si inconsidérées, qu'il fut obligé de -e sauvée d'abord a Venise, et de la en Turquie, ou il prit le turlian en 1720, sous le nom d'Acbmel Pacha, et se signala plus d'une fois dans la guerre contre le- Impériaux, terminée par la paix de Belgrade, îl Bougeait, dit-On, a s'enfuir a Rome, el a rentrer au service de France, lorsqu'il mourut le SS mars 1747, à Page
de soixante-douze ans.
1 Laitte la a leste balance, etc. Vint;. Gcorg. î , 208 :
libre die somnique pares ubi feccrit horas.
ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU
Tel , sur des bords inhabités ', Il vint de la triste Ariane Calmer les esprits agités.
Les Satyres tout hors d'haleine Conduisant les Nymphes des bois, Au son du fifre et du hautbois Dansent par troupes dans la plaine, Tandis que les Sylvains lassés Portent l'immobile Silène Sur leurs thyrses entrelacés.
Leur plus vive ardeur se déploie Autour de ce dieu belliqueux :
Cher comte , partage avec eux L'allégresse qu'il leur envoie; Et, plein d'une douce chaleur, Montre-toi rival de leur joie, Comme tu l'es de sa valeur.
Prends part à la juste louange De ce dieu si cher aux guerriers , Qui , couvert de mille lauriers Moissonnés jusqu'aux bords du Gange, A trouvé mille fois plus grand D'être le dieu de la vendange , Que de n'être qu'un conquérant.
De ses Ménades révoltées Craignons l'impétueux courroux ; Tu sais jusqu'où ce dieu jaloux Porte ses fureurs irritées, Et quelles tragiques horreurs Des Lycurgues et des Penthées 2 Payèrent les folles erreurs.
C'est lui qui , des fils de la terre Châtiant la rébellion, Sous la forme d'un fier lion Vengea le maître du tonnerre; Et par lui les os de Rhécus Furent brisés, comme le verre, Aux yeux de ses frères vaincus.
Ici , par l'aimable Paresse
Ce fameux vainqueur désarmé ,
Ne se montre plus enflammé
1 Sur des bords inhabités. L'ile de Naxos, où gémissait Ariane, abandonnée par Thésée.
2 Des Lycurguet et des Penthées, etc. Lycurgue, roi de Thrace , ayant repoussé le culte de Bacchus , et chassé le dieu lui-même de ses États , fut massacré par ses propres sujets , auxquels il avait interdit l'usage du vin pendant son régne. Penthée expia plus cruellement encore un tort semblable : il périt , mis en pièces par les Bacchantes , à la tète desquelles se trouvait Agave sa mère.
Que des feux d'une douce ivresse; Et , cherchant de plus doux combats .
Dans le temple de l'Allégresse Il s'offre à conduire nos pas.
Là sous une voûte sacrée, Peinte des plus riches couleurs, Ses prêtres, couronnant de fleurs La victime pour toi parée, Bientôt sur un autel divin Feront couler, à ton entrée, Des ruisseaux de lait et de vin.
Recois ce nectar adorable
Versé par la main des Plaisirs ;
Et laisse , au gré de leur désirs ,
Par cette liqueur favorable
Piemplir tes esprits et tes yeux
De cette joie inaltérable
Qui rend l'homme semblable aux dieux.
Par elle , en toutes ses disgrâces , Un cœur d'audace revêtu Sait asservir à sa vertu Les ennuis qui suivent ses traces; Et, tranquille jusqu'à la mort, Conjurer toutes les menaces Des dieux , et des rois , et du sort.
Par elle, bravant la puissance ' De son implacable démon , Le vaillant fils de Télamon , Banni des lieux de sa naissance, Au fort de ses calamités Rendit le calme et l'espérance A ses compagnons rebutés 2.
« Amis , la volage Fortune N'a, dit-il , nuls droits sur mon cœur; Je prétends , malgré sa rigueur, Fixer votre course importune :
Passons ce jour dans les festins 3 ; Demain les Zéphyrs et Neptune Ordonneront de nos destins. »
1 Teucer, tils de Télamon, roi de Salamine, et d'Hésione, fille deLaomédon, fut un des poursuivants d'Hélène, et alla en conséquence au siège de Troie, ou il se distingua par sa valeur. Son père ayant refusé , à son retour, de le recevoir dans ses États, il se retira dans l'ile de Chypre , ou il bâtit une Salamine nouvelle.
» Teucer Salamina , patremque
Quuiu fugerct, tamen uda Lyîeo Tempora populca fertur vinxisse corona , Sic tristes affatus aruicos.
Hob.. liv. I, ode vri.
3 Nunc vino.'pellite curas :
Cras ingens iterabimus œquor.
Hor. liv. I . ode vu.
ODES, LIVRE III
C'est sur cet illustre modèle Qu'à toi-même toujours égal , Tu sus , loin de ton heu natal , Triompher d'un astre infidèle; Et, sous un ciel moins rigoureux, D'une Salamine nouvelle « Jeter les fondements heureux.
Une douleur pusillanime Touche peu les dieux immortels; On aborde en vain leurs autels,, Sans un coeur ferme et magnanime :
Quand nous venons les implorer, C'est par une joie unanime Que nous devons les honorer.
Telle est l'allégresse rustique De ces vendangeurs altérés , Qu'on voit, à leurs yeifx égarés, Saisis d'une ivresse mystique; • , Et qui , saintement furieux , Retracent de l'orgie antique L'emportement mystérieux.
Tandis que toute la campagne Retentit de leur doux transport , Allons travailler à l'accord Du Tokaie » avec le Champagne ; Et , près de tes Lares assis , Des vins de rive et de montagne Juger le procès indécis.
Les juges , à ton arrivée , Se trouveront tous assemblés ; La soif qui les tient désolés Brille de se voir abreuvée; Et leur appétit importun , A deux heures de relevée , S'étonne d'être encore à jeun.
IMITÉE DE LA VIIe ÉPODE D'HORACE.