LIVRE II, STANCES
ïreuve son repos désiré , Mes fidèles amis et mes vrais secrétaires ' Ne m'abandonnez point en ces lieux solitaires, C'est pour l'amour de vous que j'y suis retiré.
Partout ailleurs je suis en crainte ;
Ma langue demeure contrainte :
Si je parle, c'est à regret ; Je pèse mes discours, je me trouble et m'étonne, Tant j'ai peu d'assurance en la foi de personne : Mais à vous je suis libre, et n'ai rien de secret.
Vous lisez bien en mon visage '
Ce que je souffre en ce voyage
Dont le ciel m'a voulu punir; Et savez bien aussi que je ne vous demande, Étant loin de ma dame , une grâce plus grande Que d'aimer sa mémoire et m'en entretenir.
Dites-moi donc sans artifice,
Quand je lui vouai mon service,
Faillis-je en mon élection?
N'est-ce pas un objet digne d'avoir un temple, Et dont les qualités n'ont jamais eu d'exemple; Comme il n'en fut jamais de mon affection?
Au retour des saisons nouvelles, Choisissez les fleurs les plus belles De qui la campagne se peint ;
En trouverez-vous une où le soin de nature Ait avecque tant d'art employé sa peinture, Qu'elle soit comparable aux roses de son teint?
Peut-on assez vanter l'ivoire De son front , où sont en leur gloire T,a douceur et la majesté; [blés;
Ses yeux, moins à des yeux qu'à des soleils semblait de ses beaux cheveux les nœuds inviolables, D'où n'échappe jamais rien qu'elle ait arrêté?
Ajoutez à tous ces miracles Sa bouche de qui les oracles < > r 1 1 toujours de nouveaux trésors; Prenez garde à ses mœurs, considérez-la toute : Ne m'avouerez-vous pas que vous êtes en doute Ce qu'elle a plus parfait , ou l'esprit ou le corps ?
1 Le mot secrétaire, pour désigner une personne qui a la confidence et le secret d'une autre, a été fréquemment employé en ce sens par nos poètes anciens et modernes l d.int J'apprends de M. de Racan que, lorsque Malherbe publia ces Stances , on Muni cil endroit s'il > a quelque chose à redire ici, ce n'esl pas au mol de secrétaires, c'esl h celui de vrait Mi n.)
' Il parle a ses pensera comme .1 des personnes. Il n'y a rim de piu> commun dans la poésie que de personnifier ainsi les choses Inanimées Mi n
Mon roi , par son rare mérite,
A fait que la terre est petite
Pour un nom si grand que le sien; Mais si mes longs travaux faisaient eette conquête, Quelques fameux lauriers qui lui couvrent la tête, Il n'en aurait pas un qui fût égal au mien.
Aussi quoique l'on me propose
Que l'espérance m'en est close ,
Et qu'un n'en peut rien obtenir, Puisqu'a si beau dessein mon désir me convie, Son extrême rigueur me coûtera la vie, Ou mon extrême foi m'y fera parvenir.
Si les tigres les plus sauvages
Enfin apprivoisent leurs ra§
Flattés par un doux traitement; Par la même raison pourquoi n'est-il croyable Qu'à la fin mes ennuis la rendront pitoyable. Pourvu que je la serve à son contentement?
Toute ma peur est que l'absence
Ne lui donne quelque licence
De tourner ailleurs ses appas; Et qu'étant , comme elle est ■ , d'un sexe variable . Ma foi , qu'en me voyant elle avait agréable, Tse lui soit contemptible » en ne me voyant pas.
Amour a cela de Neptune Que toujours à quelque infortune Il se faut tenir préparé.
Ses infidèles flots ne sont point sans orages ; Aux jours les plus sereins on y fait des naufrages , Et même dans le port on est mal assuré.
Peut-être qu'à cette même heure
Que je languis, soupire et pleur ,
De tristesse me consumant , Klle, qui n'a souci de moi ni de mes larmes, Étale ses beautés, fait montre de ses charmes, TA met en ses filets quelque nouvel amant.
Tout beau . pensers mélancoliques,
auteurs d'aventures tragiques,
De quoi m'osez-vous discourir?
Impudents boute-feux de noise et de querelle. \e s :i\. /-\ous pas bien que je brûle pour elle. Et que mêla blâmer e'esl me faire mourir?
Dites-moi qu'elle esl sans reproche,
i e mk elle etlesl superflu, ai quand il n> pas, il c'a pas b mne -r ce en w r~ Mi v
> Vaugelas pense que Malherbe a pn réré ici i ontemptiblet méprisable, pour éviter de rimer, à la oésure, avec «jrsaota qui termine le \< rs précédent.
ŒUVRES DE MALHERBE
Que sa constance est une roche ,
Que rien n'est égal à sa foi.
Prêchez-moi ses vertus, contez-m'en des merveilles; C'est le seul entretien qui plaît à mes oreilles : Mais pour en dire mal n'approchez point de moi.