DIANE
A peine le soleil , au fond des antres sombres , Avait du haut des cieux précipité les ombres , Quand la chaste Diane , à travers les forêts ,
Aperçut un lieu solitaire Où le tils de Vénus et les dieux de Cythère
Dormaient sous un ombrage frais-:
Surprise, elle s'arrête; et sa prompte colère S'exhale en ce discours , qu'elle adresse tout bas A ces dieux endormis , qui ne l'entendent pas :
Vous par qui tant de misérables Gémissent sous d'indignes fers , Dormez, Amours inexorables, Laissez respirer l'univers.
Profitons de la nuit profonde Dont le sommeil couvre leurs yeux ; Assurons le repos au monde , En brisant leurs traits odieux.
Vous , par qui tant de misérables Gémissent sous d'indignes fers , Dormez , Amours inexorables , Laissez respirer l'univers.
A ces mots elle approche; et ses nymphes timides, Portant sans bruit leurs pas vers ces dieux homicides, D'une tremblante main saisissent leurs carquois; Et bientôt du débris de leurs flèches perfides Sèment les plaines et les bois.
1 a On dirait que Rousseau s'est plu à réserver, pour ses Cantates, toute la flexibilité de son beau talent. Il s'y montre tout à la fois pur, élégant , harmonieux , passionné ; et se venge. bien du reproche qu'on lui a fait quelquefois de manquer de sentiment dans ses odes ; ses seules cantates suffiraient pour le placer au plus haut rang, parce qu'il y développe toutes les qualités qui font le grand poêle : l'invention, le coloris, la grâce et les artifices du style, portés au plus haut période. » (Le Brun.) — La Harpe regarde ces mêmes cantates comme des morceaux achevés. « C'est là , dit-il , qu'il parait avoir eu le plus de souplesse et de flexibilité : il sait choisir ses sujets, les diversilier et les remplir. Ce sont des morceaux peu étendus, mais,/*?! m. »
Tous les dieux des forêts, des fleuves, des montagnes, Viennent féliciter leurs heureuses compagnes , Et de leurs ennemis bravant les vains efforts , Expriment ainsi leurs transports :
Quel bonheur ! quelle victoire !
Quel triomphe! quelle gloire!
Les Amours sont désarmés.
Jeunes cœurs, rompez vos chaînes :
Cessons de craindre les peines Dont nous étions alarmés.
Quel bonheur! quelle victoire!
Quel triomphe! quelle gloire !
Les Amours sont désarmés.
L'Amour s'éveille au bruit de ces chants d'allégresse;
Mais quels objets lui sont offerts!
Quel réveil! dieux! quelle tristesse, Quand de ses dards brisés il voit les champs couverts ! « Un trait me reste encor dans ce désordre extrême. « Perfides , votre exemple instruira l'univers. «
Il parle : le trait vole , et , traversant les airs ,
Va percer Diane elle-même :
Juste , mais trop cruel revers , Qui signale, grand dieu, ta vengeance suprême!
Piespectons l'Amour Tandis qu'il sommeille; Et craignons qu'un jour Ce dieu ne s'éveille.
En vain nous romprons Tous les traits qu'il darde, Si nous ignorons Le trait qu'il nous garde.
Respectons l'Amour Tandis qu'il sommeille; Et craignons qu'un jour Ce Dieu ne s'éveille.
CANTATES