L'HYMEN
Ce fut vers cette rive, où Junon adorée
Des peuples de Sidon reçoit les vœux offerts ,
Que la divine Cythérée Pour la première fois parut dans l'univers. Jamais beauté plus admirée Ne brilla sur les vastes mers.
Les Tritons , rassemblés de mille endroits divers , Autour d'elle flottaient sur l'onde tempérée ;
Et les filles du vieux Nérée Faisaient devant son char retentir ces concerts :
Qu'Éole en ses gouffres enchaîne Les vents, ennemis des beaux jours; Qu'il dompte leur bruyante haleine, Et ne permette qu'aux Amours De voler sur l'humide plaine.
Dieux du ciel , venez en ces lieux Admirer un objet si rare :
Avouez que , même à vos yeux , Les beautés dont la mer se pare Effacent les beautés des cieux.
Qu'Éole en ses gouffres enchaîne Les vents , ennemis des beaux jours; Qu'il dompte leur bruyante haleine, Et ne permette qu'aux Amours De voler sur l'humide plaine.
Jalouse de l'éclat de ces honneurs nouveaux , Amphitrite se cache au plus profond des eaux, Cependant Palémon conduisait l'immortelle Vers cette île enchantée où tendaient ses souhaits; Et c'est là que la terre , à sa gloire fidèle, Met le comble aux honneurs qu'ontreçus ses attraits.
L'amant de l'Aurore Des yeux qu'il adore Perd le souvenir :
La timide Flore Craint de perdre encore Son jeune Zéphyr :
De sa grâce extrême Minerve elle-même Reconnaît le prix; Et par sa surprise Junon autorise Le choix de Paris.
Frappés de l'éclat de ses yeux , Neptune , Jupiter, que dis-je? tous les dieux
En font l'objet de leurs conquêtes ; Us vont tous de l'Hymen implorer les faveurs. Les faveurs de l'Hymen ! aveugles que vous êtes , | L'Hymen est-il donc fait pour assortir les cœurs?
CANTATES
Jupiter était roi du monde ;
Neptune commandait sur l'onde ; Mars avait pour partage un courage indompté ; Mercure, la jeunesse; Apollon, la beauté.
Si de ces dieux l'Amour eût été le refuge , Kntre eux du moins son choix se serait déclaré :
Mais ils prirent l'Hymen pour juge,
Et Vulcain se vit préféré.
Hymen, quand le sort t'outrage, Ne t'en prends point à l'amour :
De son plus doux héritage Tu t'enrichis chaque jour; Souffre que de ton partage I! s'enrichisse à son tour.
Souvent , par un juste échange , Il t'enlève tes sujets :
Tu lui fais un crime étrange De quelques larcins secrets; Mais c'est ainsi qu'il se venge Des larcins que tu lui fais.
AMYMONE1.
Sur les rives d'Argos , près de ces bords arides Où la mer vient briser ses flots impérieux ,
La plus jeune des Danaïdes, Amymone , implorait l'assistance des dieux : Un Faune poursuivait cette belle craintive 2 ;
Et levant ses mains vers les cieux :
Neptune, disait-elle, entends ma voix plaintive , Sauve-moi des transports d'un amant furieux.
t A l'innocence poursuivie ,
Grand dieu , daigne offrir ton secours ; Protège ma gloire et ma vie Contre de coupables amours.
Hélas ! ma prière inutile Se perdra-t-elle dans les airs?
Ne me reste-t-il plus d'asile Que le vaste abîme des mers?
A l'innocence poursuivie ,
Grand dieu , daigne offrir ton secours ;
1 Aussi coupable que ses sœurs, et souillée, comme elles, du sang de son jeune époux , Amymone eut du moins le mérite de se repentir ; et les dieux, la jugeant assez punie par ses propres remords, l'exemptèrent seule du supplice auquel lis autres Danaïdes furent condamnées dans les enfers.
2 Un Fiiiine poursuivait, etc. Elle l'avait, dit-on, blessé d'une flèche, en voulant tirer sur un cerf; ce qui motive la poursuite et la vengeance du Faune.
Protège ma gloire et ma vie Contre de coupables amours.
La Danaïde en pleurs faisait ainsi sa plainte , Lorsque le dieu des eaux vint dissiper sa crainte ; II s'avance, entouré d'une superbe cour : Tel , jadis , il parut aux regards d'Amphitrite ,
Quand il lit marcher à sa suite
L'Hyménée et le dieu d'amour.
Le Faune , à son aspect , s'éloigne du rivage ;
Et Neptune, enchanté, surpris, L'amour peint dans les yeux , adresse ce langage
A l'objet dont il est épris :
Triomphez, belle princesse, Des amants audacieux :
Ne cédez qu'à la tendresse De qui sait aimer le mieux.
Heureux le cœur qui vous aime , S'il était aimé de vous !
Dans les bras de Vénus même, Mars en deviendrait jaloux.
Triompbez, belle princesse, Des amants audacieux :
Ne cédez qu'à la tendresse De qui sait aimer le mieux.
Qu'il est facile aux dieux de séduire une belle ■ ! Tout parlait en faveur de Neptune amoureux,
L'éclat d'une cour immortelle , Le mérite récent d'un secours généreux.
Dieux ! quel secours ! Amour, ce sont là de tes jeux. Quel Satyre eut été plus à craindre pour elle ? Thétis, en rougissant , détourna ses regards ; Doris se replongea dans ses grottes humides , Et , par cette leçon , apprit aux Néréides
A fuir de semblables hasards.
Tous les amants savent feindre ; Nymphes , craignez leurs appas :
Le péril le plus à craindre
Est celui qu'on ne craint pas.
L'audace d'un téméraire Est aisée à surmonter :
C'est l'amant qui sait nous plaire Que nous devons redouter.
1 Qu'il est facile aux dieux de séduire une belle! Neptune la séduisit en effet , et eut d'elle un fils , Nauplius , qui fut roi d'Eunée, et père du fameux Palamèdes, si injustement sacrifié, pendant le siège de Troie, au ressentiment du vindicatif Ulysse.
Tous les amants savent feindre Nymphes, craignez leurs appas :
Le péril le plus à craindre Est celui qu'on ne craint pas.