BACCHUS
C'est toi , divin Bacchus, dont je chante la gloire » : Nymphes, faites silence , écoutez mes concerts.
Qu'un autre apprenne à l'univers Du fier vainqueur d'Hector la glorieuse histoire ;
Qu'il ressuscite, dans ses vers, Des enfants de Pélops l'odieuse mémoire : Puissant dieu des raisins , digne objet de nos vœux ,
C'est à toi seul que je me livre ;
• C'est toi, divin Bacchus, etc. Voilà bien le dithyrambe ancien, dans toute safouguepindarique, et respirant d'un bout à l'autre l'ivresse désordonnée du dieu qui l'inspire. Les modernes ne connaissaient guère que de nom un genre de poésie naturellement très-répandu chez des peuples ou Bacchus a\ art un culte public : il était réservé au prince de nos lyriques d en donner aux Français l'idée et le modèle à la fois, dans cette ode magnifique.
CANTATES
De pampres , de festons , couronnant mes cheveux , En tons lieux je prétends te suivre; C'est pour toi seul que je veux vivre Parmi les festins et les jeux.
Des dons les plus rares Tu combles les cieux ; C'est toi qui prépares Le nectar des dieux.
La céleste troupe , Dans ce jus vanté , Boit à pleine coupe L'immortalité.
Tu prêtes des armes Au dieu des combats ; Vénus sans tes charmes Perdrait ses appas.
Du lier Polyphème Tu domptes les sens; Et Phébus lui-même Te doit ses accents.
Mais quels transports involontaires Saisissent tout à coup mon esprit agité? Sur quel vallon sacré , dans quels bois solitaires
Suis-je en ce moment transporté?
Bacchus à mes regards dévoile ses mystères. Un mouvement confus de joie et de terreur
M'échauffe d'une sainte audace;
Et les Ménades en fureur N'ont rien vu de pareil dans les antres de Thrace.
Descendez , mère d'Amour ; Venez embellir la fête Du dieu qui fit la conquête Des climats où naît le jour. Descendez , mère d'Amour ; Mars trop longtemps vous arrête.
Déjà le jeune Sylvain, Ivre d'amour et de vin , Poursuit Doris dans la plaine; Et les Nymphes des forêts , D'un jus pétillant et frais Arrosent le vieux Silène.
Descendez , mère d'Amour ; Venez embellir la fête Du dieu qui lit la conquête Des climats où naît le jour, Descendez mère d'Amour; Mars trop longtemps vous arrête.
Profanes , fuyez de ces lieux ! [pire.
Je cède aux mouvements que ce grand jour m'ins- Fidèles sectateurs du plus charmant des dieux, Ordonnez le festin , apportez-moi ma lyre : Célébrons entre nous un jour si glorieux. Mais, parmi les transports d'un aimable délire, Éloignons loin d'ici ces bruits séditieux
Qu'une aveugle vapeur attire :
Laissons aux Scythes inhumains ■ Mêler dans leurs banquets le meurtre et le carnage :
Les dards du Centaure sauvage Ne doivent point souiller nos innocentes mains.
Bannissons l'affreuse Bellone De l'innocence des repas :
Les Satyres , Bacchus , et Faune , Détestent l'horreur des combats.
Malheur aux mortels sanguinaires, Qui , par de tragiques forfaits , Ensanglantent les doux mystères D'un dieu qui préside à la paix !
Bannissons l'affreuse Bellone De l'innocence des repas :
Les Satyres , Bacchus et Faune , Détestent l'horreur des combats.
Veut-on que je fasse la guerre ?
Suivez-moi, mes amis; accourez, combattez. Remplissons cette coupe , entourons-nous de lierre. Bacchantes , prêtez-moi vos thyrses redoutés. Que d'athlètes soumis! que de rivaux par terre! O fils de Jupiter , nous ressentons enfin
Ton assistance souveraine :
Je ne vois que buveurs étendus sur l'arène ,
Qui nagent dans des flots de vin.
Triomphe ! victoire !
Honneur à Bacchus!
Publions sa gloire.
Triomphe! victoire!
Buvons aux vaincus.
Bruyante trompette, Secondez nos voix , Sonnez leur défaite :
1 Laissons aux Scythes inhumains, etc. Imitation d'Horace, liv. I. ode xxvn :
Natis in usum laetitia- scythls Pugnare Thracum est. Tollite barba mm Slorem, verecnndnmque Baccham Sanguineis probiDete nus.
Les stances qui suivent ne sont que le développement poétique de cette pensée d'Horace.
Bruyante trompette, Chantez nos exploits.
Triomphe! victoire!
Honneur à Bacchus!
Puhlions sa gloire.
Triomphe! victoire!
Buvons aux vaincus.