LES FILETS DE VULCAIN
Le Soleil adorait la reine de Paphos , Et disputait à- Mars le cœur de l'immortelle, Lorsqu'un coup du destin , fatal à son repos, Du bonheur d'un rival le fit témoin fidèle.
Confus, désespéré, jaloux, Il court pour se venger d'un si cruel outrage :
Mais au milieu de son courroux Une secrète voix lui tenait ce langage :
Où portes-tu tes pas?
Étouffe ta colère, Et ne t'aveugle pas Quand la raison t'éclaire.
Tous ces efforts jaloux * Qu'excite une infidèle, La vengent mieux de nous Qu'ils ne nous vengent d'elle.
1 Bien de plus connu que la fable qui fait le sujet de cette cantate; et, comme dit Ovide, qui l'a racontée deux fois (Métam. iv,v. 169 et smx.;Art d'aimer, II, 561),
Fabula narra tur toto notissima cœlo.
Homère, le premier, l'a placée dans l'Odyssée, VIII, 267; et c'est le chantre Démodocus qui en égayé le festin ou le roi des Phéaciensa invité Ulysse. Il n'y a dans le vieux poète ni moins de grâce ni moins d'esprit, que dans ses ingénieux imitateurs.
2 Tous ces efforts jaloux , etc. Tel est le texte de toutes les éditions que j'ai sous les yeux : mais ne serait-ce point encore là une faute de la nature de celles que nous avons eu déjà occasion de relever? et n'est-il pas plus probable que Rousseau (dont l'écriture d'ailleurs était très-diliicile à lire) avait mis transports, qui était ici l'expression rigoureusement commandée par la pensée ?
CANTATES
Ainsi, loin de punir L'ingrate qui t'offense , Tâche d'en obtenir Le prix de ton silence « .
Fais-lui payer ta foi , Presse, prie, intimide :
L'amour sera pour toi , Si la raison te guide.
Faible raison , hélas ! le dieu , plein de fureur , Chez l'époux de Vénus va souiller la terreur. Dans un réduit obscur, ignoré , solitaire , Ses yeux, ses yeux ont vu 2...cequ'ilnepeut plus taire. A ce discours , Vulcain , de rage possédé , N'aspire qu'à confondre une épouse perfide. Malheureux ! mais l'hymen fut toujours mal guidé,
Quand il prit le courroux pour guide.
Autour de ce réduit heureux , Théâtre où les Amours célèbrent leur victoire, Il dispose avec art d'imperceptibles nœuds 3 ; Piège où doit expirer leur honneur et sa gloire.
Craignez, amants trop heureux, Votre félicité même :
Plus un bonheur est extrême , Et plus il est dangereux.
Le dieu qui vous fait aimer Vous enivre de ses charmes :
Mais d'un amour sans alarmes On doit toujours s'alarmer.
Craignez , amants trop heureux , Votre félicité même :
Plus un bonheur est extrême , Et plus il est dangereux.
\ ictimes de leur négligence, Mars et Vénus surpris sont la fable des d'eux.
Déjà , tout fier de sa vengeance, Vulcain, à ce spectacle, appelle tous les dieux. Déjà sur cet objet leur troupe se partage;
Pctc munus ;ib hi.i , Et tilii . m taccas , quod dare possll . habet-.
OVID. .1rs
,im, ii h
2 Ses yeux, ses yeux ont vu... ce qu'il ne peut plus luire. II s'exprime plus clairement encore dans Ovide, M'hua.
liv. IV, v. 174.
Furta torl, furliquc locura mon Ira* il.
8 II dispose avec art d'imperceptibles nœuds Tout ce qui suit est fidèlement emprunté du poêle latin :
Extemplo graciles en arc calcnas .
Retlaque . et laqueos . tjuae lumlna fallcrc possinl
Elimat.
Quand tout à coup Momus court à ce dieu peu sage, Et d'un laurier burlesque orne son triste front.
Tout l'Olympe éclata de rire ; Et Vulcain , essuyant mille traits de satire , S'enfuit, et dans Lemnos fut cacher son affront.
Heureux qui se rend maître D'un stérile courroux !
C'est être heureux époux , Que de feindre de l'être ; Et plus on est jaloux, .Moins on doit le paraître.
Vénus sait se contraindre :
Elle fuit le grand jour.
De sa paisible cour L'Hymen doit peu se plaindre; Et ce n'est point l'Amour, (Test Momus qu'il doit craindre.