‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 602 sur 672 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

EPIGRAMME I

Le dieu des vers sur les bords du Perraesse Aux deux Vénus m'a fait offrir des vœux : L'une à mes yeux fit briller la sagesse ; L'autre les ris, l'enjouement, et les jeux. Lors il me dit : Choisis l'une des deux; Leurs attributs Platon te fera lire.

Docte Apollon , dis-je au dieu de la lyre , Les séparer, c'est avilir leur prix :

Laissez-moi donc toutes deux les élire : L'une pour moi , l'autre pour mes écrits.

Ce traître Amour prit à Vénus sa mère Certain bijou pour donner à Psyché ; Puis dans les yeux de celle qui m'est chère , S'enfuit tout droit, se croyant bien caché. Lors je lui dis : Te voilà mal niché, Petit larron ! cherche une autre retraite ; Celle du cœur sera bien plus secrète.

Vraiment , dit-il , ami , c'est m'obliger ; Et, pour payer ton amitié discrète , C'est dans le tien que je me veux loger.

Prêt à descendre au manoir ténébreux , .là de Caron j'entrevoyais la barque, Quand de Thémire un baiser amoureux Me rendit l'âme, et vint frauder la Parque. Lors de son livre Eacus me démarque, Et le nocher tout seul l'onde passa.

Tout seul ? Je faux : mon âme traversa Le fleuve noir ; mais Thémire , Thémire En ce baiser dans mes veines glissa Part de la sienne , avec quoi je respire.

Le bon vieillard « qui brûla pour Bathylle, Par amour seul était ragaillardi :

Aussi n'est-il de chaleur plus subtile Pour réchauffer un vieillard engourdi.

Pour moi qui suis dans l'ardeur du midi , Merveille n'est que son flambeau me brûle; Mais quand du soir viendra le crépuscule , Temps où le cœur languit inanimé, Du moins , Amour, fais-moi bailler cédule D'aimer encor, même sans être aimé.

Quels sont ces traits qui font craindre Caliste Plus qu'on ne craint Diane au fond des bois ? Quel est ce feu qui brûle à l'improviste , Ravage tout, et met tout aux abois?

Serait-ce feu Saint-Elme, ou feu grégeois? INenni. Ce sont flèches , ou je m'abuse. Encore moins. C'est donc feu d'arquebuse? Non. Et quoi donc ? Ce sont regards coquets , Jeux de prunelle en qui flamme est incluse , Qui brûle mieux qu'arquebuse et mousquets.

Sur ses vieux jours la déesse Vénus S'est retirée en un saint monastère; Et de ses biens propres et revenus , Ainsi que vous m'a nommé légataire.

Or, de ce legs , signé devant notaire , L'exécuteur fut l'aîné de ses fils. Mais le matois n'en prit point son avis , Et se laissa corrompre par vos charmes. Il vous donna les plaisirs et les ris , Et m'a laissé les soucis et les larmes.

Soucis cuisants au partir de Caliste Jà commençaient à me supplicier, Quand Cupidon , qui me vit pâle et triste ,

1 Anacréon.

ÉPIGRAMMES, LIVRE I

Me dit : Ami , pourquoi te soucier?

Lors m'envoya , pour me solacier, Tout son cortège et celui de sa mère , Songes plaisants et joyeuse chimère, Qui , m'enseignant à rapprocher les temps , Me font jouir, malgré l'absence amère, Des biens passés , et de ceux que j'attends.

Je veux avoir, et je l'aimerai bien, Maîtresse libre et de façon gentille, Qui soit joyeuse et de plaisant maintien , De rien n'ait cure, et sans cesse frétille ; Qui, sans raison, toujours cause et babille, Et n'ait de livre autre que son miroir : Car ne trouver, pour s'ébattre le soir, Qu'une matrone honnête, prude , et sage , En vérité ce n'est maîtresse avoir; C'est prendre femme, et vivre en son ménage.

Certain huissier, étant à l'audience, Criait toujours : Paix-là! messieurs; paix-là! Tant qu'à la fin tombant en défaillance , Son teint pâlit , et sa gorge s'enfla.

On court à lui. Qu'est-ce ci? Qu'est-ce là? Maître Perrin! à l'aide ! il agonise!

Bessière ' vient : on le phlébotomise 2. Fors ouvrant l'œil clair comme un basilic : Voilà , messieurs , dit-il sortant de crise , Ce que l'on gagne à parler en public!

Sur leurs santés un bourgeois et sa femme Interrogeaient l'opérateur Barri ; Lequel leur dit : Pour vous guérir, madame, Baume plus sûr n'est que votre mari.

Puis se tournant vers l'époux amaigri : Pour vous, dit-il , femme vous est mortelle. Las! dit alors l'époux à sa femelle, Puisque autrement ne pouvons nous guérir, Que faire donc ? Je n'en sais rien , dit-elle ; Mais , par saint Jean , je ne veux point mourir.

Elle a , dit-on , cette bouche et ces yeux Par qui d'Amour Psyché devint maîtresse ;

1 Fameux chirurgien.

1 C'est le terme de l'art (du grec epXe^ , la veine , et Tt(i.vw je coupe) , pour dire on le saigne.

Elle a d'Hébé le souris gracieux ,

La taille libre, et l'air d'une déesse.

Que dirai plus? On vante sa sagesse ;

Elle est polie et de doux entretien,

Connaît le monde , écrit et parle bien ,

Et de la cour sait tout le formulaire.

Finalement il ne lui manque rien ,

Fors un seul point.— Et quoi ? — Le don de plaire.

Près de sa mort une vieille incrédule Bendait un moine interdit et perclus :

Ma chère fille, une simple formule D'acte de foi ! quatre mots , et rien plus. Je ne saurais. Mon Dieu , dit le reclus , Inspirez-moi ! Ça , voudriez-vous être Persuadée ? Oui : je voudrais connaître , Toucher au doigt, sentir la vérité.

Eh bien, courage ! allons , reprit le prêtre , Offrez à Dieu votre incrédulité.

Certain ivrogne, après maint long repas , Tomba malade. Un docteur galénique Fut appelé. Je trouve ici deux cas, Fièvre adurante, et soif plus que cynique. Or, Hippocras tient pour méthode unique, Qu'il faut guérir la soif premièrement.

Lors le fiévreux lui dit : Maître Clément , Ce premier point n'est le plus nécessaire : Guérissez-moi ma fièvre seulement ; Et , pour ma soif, ce sera mon affaire.

Ce monde-ci n'est qu'une œuvre comique

Où chacun fait ses rôles différents.

Là, sur la scène , en habit dramatique ,

Brillent prélats , ministres , conquérants.

Pour nous, vil peuple, assis aux derniers rangs,

Troupe futile et des grands rebutée ,

Par nous d'en bas la pièce est écoutée ,

Mais nous payons , utiles spectateurs ;

Et , quand la farce est mal représentée ,

Pour notre argent nous sifflons les acteurs.

ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

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