‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 611 sur 672 · NOUVELLEMENT MARIÉE · texte numérisé non relu

NOUVELLEMENT MARIÉE

Seigneur Hymen, comment l'entendez- vous?

Disait l'aîné des enfants de Cythère.

De cet objet, qui semble fait pour nous,

Pensez-vous seul être dépositaire?

TSon , dit l'Hymen , encor qu'à ne rien taire

Pour mon profit vous soyez peu zélé.

Hé ! mon ami , reprit l'enfant ailé ,

Conserve-nous , ainsi que ta prunelle :

Quand une fois l'Amour s'est envolé,

Le pauvre Hymen ne bat plus que d'une aile.

Jean s'est lié par conjugal serment A son Alix , si longtemps recherchée.

ÉPIGRAMMES, LIVRE II

Mais, quatre mois après le sacrement , D'un fruit de neuf elle s'est dépêchée. Jean se lamente ; Alix est bien fâchée : Mais le public varie à leur égard.

L'un dit qu'Alix est trop tôt accouchée, L'autre que Jean s'est marié trop tard.

J'ai depuis peu vu ta femme nouvelle , Qui m'a paru si modeste en son air, Si bien en point , si discrète , si belle , L'esprit si doux, le ton de voix si clair, Bref, si parfaite et d'esprit et de chair. Que , si le ciel m'en donnait trois de même, J'en rendrais deux au grand diable d'enfer, Pour l'engager à prendre la troisième.

Certain marquis , fameux par le grand bruit Qu'il s'est donné d'homme à bonne fortune , Se plaint partout que des voleurs de nuit En son logis sont entrés sur la brune. Ils m'ont tout pris , bagues , joyaux , pécune ; Mais ce que plus je regrette, entre nous , C'est une recueil d'amoureux billets doux De cent beautés, dont mon cœur fit capture. Seigneur marquis, j'en suis fâché pour vous ; Car ces coquins connaîtront l'écriture.

Le vieux Ronsard , ayant pris ses besicles , Pour faire fête au Parnasse assemblé , Lisait tout haut ces odes par articles ' Dont le public vient d'être régalé.

Ouais ! qu'est-ce ci ? dit tout à l'heure Horace , En s'adressant au maître du Parnasse :

Ces odes-là frisent bien le Perrault !

Lors Apollon , bâillant à bouche close : Messieurs, dit-il, je n'y vois qu'un défaut, C'est que l'auteur les devait faire en prose 2.

Le traducteur qui rima l'Iliade 3 ,

1 Rousseau les appelle ailleurs, et avec la même justesse, de froids dizains rédigés par chapitres.

2 Le trait est d'autant meilleur ici , qu'il Grappe plus juste , et que l'on connaît le système de la Moite en fa\ eur des odes , et même des tragédies en prose.

3 Allusion a la traduction abrégée de VIliade, en vers français, par la Motte-Houdart.

De douze chants prétendit l'abréger :

Mais par son style, aussi triste que fade, De douze en sus il a su l'allonger.

Or le lecteur, qui se sent affliger, Le donne au diable, et dit, perdant haleine : Hé ! finissez , rimeur à la douzaine ! Vos abrégés sont longs au dernier point. Ami lecteur, vous voilà bien en peine; Rendons-les courts en ne les lisant point.

Houdart n'en veut qu'à la raison sublime Qui dans Homère enchante les lecteurs ; Mais Arouet veut encor de la rime « Désabuser le peuple des auteurs.

Ces deux rivaux , érigés en docteurs , De poésie ont fait un nouveau code; Et, bannissant toute règle incommode, Vont produisant ouvrages à foison , Où nous voyons que, pour être à la mode, Il faut n'avoir ni rime ni raison.

Léger de queue , et de ruses chargé , Maître Renard se proposait pour règle : Léger d'étude, et d'orgueil engorgé, Maître Houdart se croit un petit aigle. Oyez-le bien : vous toucherez au doigt Que l'Iliade est un conte plus froid Que Cendrillon, Peau-d'Ane, ou Barbe-Bleue. Maître Houdart, peut-être on vous croirait ; Mais par malheur vous n'avez point de queue !

Depuis trente ans un vieux berger normand 2

Aux beaux esprits s'est donné pour modèle;

Il leur enseigne à traiter galamment

Les grands sujets en style de ruelle.

Ce n'est le tout : chez l'espèce femelle

Il brille encor, malgré son poil grison ;

Et n'est caillette en honnête maison

Qui ne se pâme à sa douce faconde.

En vérité, caillettes ont raison ;

C'est le pédant le plus joli du monde.

1 Voltaire, en effet, avait sur la rime des principes tres-nlâches; Delille, au contraire , s'en proclamait le Jaim niste.

2 Bernard de Fontenelle, né à Rouen en 1658; mort à Paris le 29 janvier I7..7, âgé de près de cent ans. Il ne s'agit ici que de ses églogue*. tres-dignes en effet de cette épigramme. Mais il a, comme savant et comme littérateur, d'autres titres a L'estime de la postérité.

OEUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU XVI1

Par trop bien boire , un curé de Bourgogne

De son pauvre œil se trouvait déferré.

Un docteur vient : Voici de la besogne

Pour plus d'un jour. Je patienterai.

Çà, vous boirez.... Eh bien! soit, je boirai.

Quatre grands mois.... Plutôt douze, mon maître.

Cette tisanne. A moi? reprit le prêtre.

fade rétro. Guérir par le poison!

Non , par ma soif! Perdons une fenêtre,

Puisqu'il le faut ; mais sauvons la maison.

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