‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 627 sur 672 · SUR LES FABLES DE LA MOTTE · texte numérisé non relu

SUR LES FABLES DE LA MOTTE

Quand le graveur G ilôt et le poète Houdart ,

1 Rousseau confond ici Scipion l'africain, tragédie dePradon, représentée en 1697, avec le grand Scipion, autre tragédie d'un certain de Prade, auteur de deux autres pièces, Annibal, eXSilanus, tout aussi inconnues que son grand Scipion.

2 Celle épigranime avait été communiquée à Rousseau par

Pour illustrer la Fable auront mis tout leur art,

C'est une vérité très-sûre Que le poète Houdart et le graveur Gilot ,

En fait de vers et de gravure , Nous feront regretter la Fontaine et Calot J.

SUR LE MÊME SUJET2

Dans les fables de la Fontaine Tout est naïf, simple , et sans fard ; On n'y sent ni travail ni peine , Et le facile en fait tout l'art : En un mot , dans ce froid ouvrage , Dépourvu d'esprit et de sel , Chaque animal tient un langage Trop conforme à son naturel.

Dans la Motte-Houdart , au contraire, Quadrupède, insecte, poisson, Tout prend un noble caractère , Et s'exprime du même ton.

Enfin , par son sublime organe Les animaux parlent si bien , Que dans Houdart souvent un âne Est un académicien.

Deux gens de bien, tels que Vire en produit, S'entre-plaidaient sur la fausse cédule Faite par l'un, dans son art tant instruit, Que de Thémis il bravait la férule.

Or, de cet art se targuant sans scrupule , Se trouvant seuls sur l'huis du rapporteur : Signes-tu mieux ? vois, disait le porteur : T'inscrire en faux serait vaine défense. M'inscrire en faux? reprit le débiteur; Tant ne suis sot : tiens, voila ta quittance.

Quand vous vous efforcez à plaire ,

Brossetle, qui la soupçonnait du même atelier (ce sont ses termes) que la suivante, c'est-à-dire de la façon de Chaulieu. Rousseau n'y fit aucun changement.

' Le trait est d'autant meilleur, que Claude Gillot (et non pas Gilot) a beaucoup mieux réussi dans les compositions burlesques et originales que dans les études sérieuses; il eut cependant un mérite, celui de former Vatteau. Il était né à Langres en 1673, et mourut à Paris, en 1722. — Comme la Fontaine, Jacques Calot était l'homme de la nature; et il y avait aussi loin de lui à Gillot, que de la Fonlaine à la Motte.

2 Cette épigramme n'est point de Rousseau, qui Pallribuait lui-même a Chaulieu. Voyez sa lettre à Brossette, 25 janvier 17 18. Il se contenta d'y faire quelques légers changements, afin de la rendre, disait-il , plus légt n

ÉPIGRAMMES, LIVRE III

On croit voir l'âne contrefaire

Le petit chien vif et coquet ;

Et si vous vous contentiez d'être

Un sot, tel que Dieu vous a fait ,

On craindrait moins de vous connaître.

Ci-gît l'auteur d'un gros livre Plus embrouillé que savant.

Après sa mort il crut vivre, Et mourut dès son vivant.

Ci-dessous gît monsieur l'abbé Courtois, Qui mainte dame en son temps coqueta , Et par la ville envoya maintes fois De billets doux plus d'un duplicata.

Jean, son valet, qui très-bien l'assista, Souvent par jour en porta plus de dix ; Mais de réponse onc il n'en rapporta.

Or prions Dieu qu'il leur doint paradis.

Sous ce tombeau gît un pauvre écuyer, Qui tout en eau sortant d'un jeu de paume , En attendant qu'on le vînt essuyer, De Bellegarde ' ouvrit un premier tome. Las ! en un rien tout son sang fut glacé. Dieu fasse paix au pauvre trépassé!

A M. LE COMTE D'OETTINGUER.

De tes lectures assidues , Ami, crois-moi, pour quelques jours Tâche d'interrompre le cours; Car, pour peu que tu continues, Je crains , à te parler sans fard , Que la mort sévère et chagrine, Jugeant peut-être à tout hasard De ton âge par ta doctrine , Ne te prenne pour un vieillard.

Ami T...., sais-tu pourquoi

1 Auteur fécond, Infatigable traducteur d'une foule d'ouvrages de piété, de morale, el de littérature, également i aujourd'hui. L'abbé de Bellegarde était né dans le dio< Nantes en itiiH, et mourut a Paris en i

On te fuit comme la chouette?

Non. Que peut-on reprendre en moi '■' Rien, sinon d'être un peu trop poète.

Car quelle rage , <-n bonne foi !

Toujours réciter, toujours lire!

Point de paix dedans ni dehors; Tu me talonnes quand je sors , Tu m'attends quand je me retire, Tu me poursuis jusques au bain.

Je lis , tu m'étourdis l'oreille ; J'écris, tu m'arrêtes la main ; Je dors , ton fausset me réveille ; A l'église je veux prier, Ton démon me fait renier.

Bref, sur moi partout il s'acharne, Et si je t'enferme au grenier, Tu récites par la lucarne '.

Trop déplorable infirmité! En veux-tu voir l'énormité?

Bon homme, ingénu, serviable, Tu te fais haïr comme un diable Avecque toute ta bonté.

Toi qui places impudemment Le froid Pic1 au haut du ParoasG Puisses-tu pour ton châtiment .

Admirer les airs de Colasse!

ChrysologUe3 toujours opine; C'est le vrai Grec de Juvénal :

Tout ouvrage, toute doctrine Ressortit à son tribunal.

Faut-il disputer de physique;

i Horace, Poét v. n et suiv, ; el Boileau , aima lui , Art i„.,t. <h. w . \ taient déjà moqués de celte foxeur di

réciter, partage ordinaire des poètes les plus médiocre* Il s'agit , dans les vers de Boileau, de Charles «lu Perrier, le fils probablement de celai auquel Malherbe a\ait adr • ces fariH

Ta douleur, du Perrier, etc.

* Très-froid auteur, en effet, d'un opéra intitulé /•*

,^. dont < olasse avait fait la musique, et <jui fut représenté i ! item* nt a l.ulli.

mais ne li r Campistron, Fontenelle, la Motte,

lui fournirent la plupart desouvragi - qu'il mit en mu>io;ue. — Né à Reims en i< ko , mort à Paris en roi», dans l'indigence, et dans un état voisin de l'aliénation.

3 L'abbé Bignon , un d ; protecteurs que les let-

tres aient Jamais eus en France. Nommé bibliothécaire du roi

-, il a sensiblement contribué a la splendeur dont depuis la bihtiothèqui roj I Big n était membre de

l'Académie francalse'el li celle des Inscripti 'OflS.

mort «i

ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Chrysologue est physicien.

Voulez-vous parler de musique; Chrysologue est musicien.

Que n'est-il point? Docte critique, Grand poëte, bon scolastique , Astronome, grammairien.

Est-ce tout : Il est politique , Jurisconsulte, historien, Platoniste , cartésien , Sophiste , rhéteur, empirique.

Chrysologue est tout, et n'est rien.

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