LE JOUR DE SA NAISSANCE
Ce n'est pas d'aujourd'hui que messieurs les poètes
Sont en possession de penser de travers.
La rime quelquefois couvre bien des sornettes.
Mais de prétendre dans leurs vers Que de Vénus l'Amour ait tiré sa naissance , L'Amour, à qui les dieux doivent tous leur essence , Qui du chaos lui-même a tiré l'univers ,
C'est pousser trop loin la licence.
Un jour ce dieu , piqué de leurs propos légers , Dit : Je veux les guérir de cette extravagance ;
Et je prétends à cet effet Former une beauté que tout le monde adore , Qui soit à leur Vénus semblable trait pour trait ,
Et même plus aimable encore.
Aussitôt dit, aussitôt fait , Et dans le même instant naquit Éléonore.
Dès que l'on vit briller ses yeux, Tous les dieux , de Paphos délogeant sans trompette ,
S'en vinrent habiter ces lieux ; Et même les Amours plièrent la toilette Avec ce que leur mère eut de plus précieux.
Sa rivale en a fait emplette.
Les cœurs, à ce qu'on dit, ne s'en trouvent pas mieux; Et la pauvre Vénus n'a plus d'autre parure Que quelques vieux manteaux pendus à son crochet,
Ou quelque mauvaise guipure
Qu'elle ramasse à l'aventure
Dans les opéras de Danchet.
1 M. Desforgos-Maillard avait d'abord publié ses poésies sous le nom de mademoiselle Malcrais de la Vigne ; ce qui trompa presque tous les gens de lettres, et Voltaire lui-même. Heureuse méprise, qui nous a valu la Métromanie •'
POÉSIES DIVERSES
VERS