‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 67 sur 672 · SUR LA GUÉRISON DE CHRYSANTE · texte numérisé non relu

SUR LA GUÉRISON DE CHRYSANTE

Les destins sont vaincus , et le flux de mes larmes De leur main insolente a fait tomber les armes ; Amour en ce combat a reconnu ma foi : Lauriers, couronnez-moi.

Quel penser agréable a soulagé mes plaintes , Quelle heure de repos a diverti mes craintes , Tant que du cher objet en mon âme adoré Le péril a duré?

J'ai toujours vu ma dame avoir toutes les marques De n'être point sujette à l'outrage des Parques : Mais quel espoir de bien, en l'excès de ma peur, N'estimais-je trompeur?

Aujourd'hui c'en est fait , elle est toute guérie * ; Et le soleil d'avril , peignant une prairie, En leurs tapis de fleurs n'ont jamais égalé Son teint renouvelé.

Je ne la vis jamais si fraîche ni si belle; Jamais de si bon cœur je ne brûlai pour elle , Et ne pense jamais avoir2 tant de raison De bénir ma prison.

Dieux , dont la providence et k-s mains souveraines , Terminant sa langueur , ont mis fin à mes peines , Vous saurais-je payer avec assez d'encens L'aise que je ressens ?

Après une faveur si visible et si grande , Je n'ai plus à vous faire aucune autre demande : Vous m'avez tout donné , redonnant à mes yeux Ce chef-d'œuvre des cieux.

Certes, vous êtes bons; et combien que nos crimes Vous donnent quelquefois des courroux légitimes, Quand des cœurs bien touchés vous demandent se- Ils l'obtiennent toujours. [cours ,

Continuez , grands dieux ; et ne faites pas dire

1 Ce vers manque de noblesse. (Mén.)

2 11 fallait avoir eu. (MÉN.)

Ou que rien ici-bas ne connaît votre empire, Ou qu'aux occasions les plus dignes de soins Vous en avez le moins.

Donnez-nous tous les ans des moissons redoublées ; Soient toujours de nectar nos rivières comblées : Si Chrysante ne vit et ne se porte bien , Nous ne vous devons rien.

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