‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 68 sur 672 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

Enfin ma patience et les soins que j'ai pris

Ont, selon mes souhaits, adouci les esprits

Dont l'injuste rigueur si longtemps m'a fait plaindre.

Cessons de soupirer :

Grâces à mon destin , je n'ai plus rien à craindre ,

Et puis tout espérer.

Soit qu'étant le soleil dont je suis enflammé Le plus aimable objet qui fût jamais aimé, On ne m'ait pu nier qu'il ne fût adorable ;

Soit que d'un oppressé Le droit bien reconnu soit toujours favorable ,

Les dieux m'ont exaucé.

Naguère que j'oyais la tempête souffler, Queje voyais la vague en montagne s'enfler, Et Neptune à mes cris faire la sourde oreille ,

A peu près englouti , Eussé-je osé prétendre à l'heureuse merveille

D'en être garanti ?

Contre mon jugement les orages cessés Ont des calmes si doux en leur place laissés , Qu'aujourd'hui ma fortune a l'empire de l'onde ;

Et je vois sur le bord Un ange, dont la grâce est la gloire du monde,

Qui m'assure du port.

Certes , c'est lâchement qu'un tas de médisants , Imputant à l'Amour qu'il abuse nos ans , De frivoles soupçons nos courages étonnent;

Tous ceux à qui déplaît L'agréable tourment que ses flammes nous donnent

Ne savent ce qu'il est.

S'il a de l'amertume à son commencement ,

1 Malherbe fit ces stances pour Charles Chabot , fils du marquis de Mirebeau, et comte de Charny , qui était amoureux de Charlotte de Castille, fille de Pierre de Castille, contrôleur général des finances , et petite-fille du célèbre Pierre Jeannin , surintendant des finances. Le comte de Charny mourut en 1621 , sans laisser d'enfants . et sa veuve épousa en secondes noces Henri Taillerun ou Taillerand , comte de Chalais , qui fut décapité à Nantes , on 1626. Mrv

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