‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 78 sur 672 · POUR HENRI LE GRAND · texte numérisé non relu

POUR HENRI LE GRAND

SLR LA DERNIÈRE AESENCE DK LA PHI.NCESSE DE CONDE.

Que n'êtes-vous lassées ,

Mes tristes pensées , De troubler ma raison, Et faire avecque blâme

Rebeller mon âme Contre sa guérison !

Que ne cessent mes larmes ,

Inutiles armes!

Et que n'ùte des cieux La fatale ordonnance

A ma souvenance Ce qu'elle ôte à mes yeux !

O beauté nonpareille ,

Ma cbère merveille, Que le rigoureux sort Dont vous m'êtes ravie

Aimerait ma vie S'il me donnait la mort !

Quelles pointes de rage

Ne sent mon courage De voir que le danger, En vos ans les plus tendres ,

Menace vos cendres D'un cercueil étranger !

Je m'impose silence

En la violence Que me fait le malheur :

Mais j'accrois mon martj re .

El n'oser rien dire M'est douleur sur douleur.

Aussi suis-je un squelette :

OEUVRES DE MALHERBE

Et la violette Qu'un froid hors de saison , Ou le soc, a touchée,

De ma peau séchée Est la comparaison.

Dieux, qui les destinées

Les plus obstinées Tournez de mal en bien , Après tant de tempêtes

Mes justes requêtes N'obtiendront-elles rien ?

Avez-vous eu les titres

D'absolus arbitres De l'état des mortels Pour être inexorables

Quand les misérables Implorent vos autels ?

Mon soin n'est point de faire

En l'autre hémisphère Voir mes actes guerriers, Et jusqu'aux hords de Tonde

Où finit le monde Acquérir des lauriers.

Deux beaux yeux sont l'empire

Pour qui je soupire; Sans eux rien ne m'est doux ; Donnez-moi cette joie

Que je les revoie, Je suis dieu comme vous.

Sus, debout, la merveille des belles !

Allons voir sur les herbes nouvelles Luire un émail dont la vive peinture Défend à l'art d'imiter la nature.

L'air est plein d'une haleine de roses,

Tous les vents tiennent leurs bouches closes ;

Et le soleil semble sortir de l'onde

Pour quelque amour plus que pour luire au monde.

On dirait , à lui voir sur la tête

Ses rayons comme un chapeau de fête ,

Qu'il s'en va suivre en si belle journée

Encore un coup la fille de Pénce ».

1 Daphné.

Toute chose aux délices conspire , Mettez-vous en votre humeur de rire ; Les soins profonds d'où les rides nous viennent A d'autres ans qu'aux vôtres appartiennent.

Il fait chaud , mais un feuillage sombre Loin du bruit nous fournira quelque ombr.'1 , Où nous ferons parmi les violettes , Mépris de l'ambre et de ses cassolettes.

Près de nous, sur les branches voisines Des genêts , des houx et des épines , Le rossignol, déployant ses merveilles, Jusqu'aux rochers donnera des oreilles.

Et peut-être à travers des fougères Verrons-nous , de bergers à bergères , Sein contre sein , et bouche contre bouche , Naître et finir quelque douce escarmouche.

C'est chez eux qu'Amour est à son aise ;

Il y saute , il y danse , il y baise , Et foule aux pieds les contraintes serviles De tant de lois qui le gênent aux villes.

O qu'un jour mon âme aurait de gloire

D'obtenir cette heureuse victoire, Si la pitié de mes peines passées, Vous disposait à semblables pensées !

Votre honneur, le plus vain des idoles, Vous remplit de mensonges frivoles :

Mais quel esprit que la raison conseille, S'il est aimé , ne rend point la pareille ?

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