‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 79 sur 672 · POUR M. LE DUC DE RELLEGARDE · texte numérisé non relu

POUR M. LE DUC DE RELLEGARDE

Mes yeux , vous m'êtes superflus :

Cette beauté « qui m'est ravie Fut seule ma vue et ma vie :

Je ne vois plus ni ne vis plus.

Qui me croit absent , il a tort ; Je ne le suis point , je suis mort.

( ) qu'en ce triste éloignement , Où la nécessité me traîne , Les dieux me témoignent de haine, El m'affligent indignement!

Qui me croit absent, il a tort; Je ne le suis point, je suis mort.

Quelles flèches a la douleur Dont mon àme ne soit percée?

Et quelle tragique pensée N'est peinte en ma pâle couleur?

Qui me croit absent, il a tort; J e ne le suis point , je suis mort .

Certes, où l'on peut m'écouter J'ai des respects qui me font taire; Mais en un réduit solitaire Quels regrets ne fais- je éclater!

Qui me cn.it absent , il a tort ; Je ne le suis poinl , je suis mort.

Quelle funeste liberté

1 il l'agll peut-être Ici de la Jeune reine Anne d'Autriche, femme de Louis xm. Le duc de Bellegarde, qui n'avait pas craint d'être le rival de Henri l\ auprès de la belle Gabrielle, était bien capable de former des vœui téméraires pour cette prirn i - •• -m M\i i

Ne prennent mes pleurs et mes piailles .

Quand je puis trouver à mes craintes

Un séjour assez écarté!

Qui me croit absent , il a tort ;

Je ne le suis point , je suis mort.

Si mes amis ont quelque soin De ma pitoyable aventure, Qu'ils pensent à ma sépulture; C'est tout ce de quoi j'ai besoin.

Qui me croit absent , il a tort ; Je ne le suis point , je suis mort.

POUR LE MÊME'

C'est assez, mes désirs, qu'un aveugle penser Trop peu discrètement vous ait fait adresser

Au plus haut objet de la terre; Quittez cette poursuite, et vous ressouvenez

Qu'on ne voit jamais le tonnerre Pardonner au dessein que vous entreprenez.

Quelque flatteur espoir qui vous tienne enchantés, Ne connaissez-vous pas qu'en ce que vous tentez

Toute raison vous désavoue, Et que vous allez faire un second Ixion »

Cloué là-bas sur une roue Pour avoir trop permis à son affection ?

Bornez-vous, croyez-moi , dans un juste compas, Et fuyez une mer qui ne s'irrite pas

Que le succès n'en soit funeste. Le calme jusqu'ici vous a trop assurés .

Si quelque sagesse vous reste, Connaissez le péril , et vous en retirez.

Mais, ô conseil infâme! 6 profanes discours Tenus indignement des plus dignes amours

Dont jamais âme fut blés Quel excès de frayeur m'a su faire goiiier

c, tte abominable pensée Que ce que je poursuis ne peut dsm'Z coûter?

D'où s'est coulée en moi cette lâche poison

; ( ette chanson >•! celle qui suit étaient destini ea à M d Bellegarde, alors amoureui d'une dame de u plus bauti diUon qui nu en France, el mém< eu lump, \ii \

Ixion . puni d. m- les enfers pour avoir attenté a lunon.

mps '!'■ Malhi rbe, et avant lui, poiaou s'employait

ordinairemi ni ."' 6 minin; ce qui était plus conforme a Pety-

gle, puisqu'il i u ni de , :>■ - L'usage .■ ég d( mi ..- i " -

OEUVRES DE MALHERBE

D'oser impudemment faire comparaison

De mes épines à mes roses ; Moi de qui la fortune est si proche des cieux ,

Que je vois sous moi toutes choses, Et tout ce que je vois n'est qu'un point à mes yeux?

Non , non , servons Chrysante ; et, sans penser à moi, Pensons à l'adorer d'une aussi ferme foi

Que son empire est légitime.

Exposons-nous pour elle aux injures du sort;

Et, s'il faut être sa victime , En un si beau danger moquons-nous de la mort.

Ceux que l'opinion fait plaire aux vanités Font dessus leurs tombeaux graver des qualités

Dont à peine un dieu serait digne ; Moi , pour un monument et plus grand et plus beau , Je ne veux rien que cette ligne :

L'exemple des amants est clos dans ce tombeau.

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