VI. Un médecin dogmatique ne peut prendre que deux partis
au sujet de la petite-vérole ; le premier de tenir toujours ses
malades dans les remèdes : inconvéniens de ce premier parti.
Le second parti à prendre est de protéger V inoculation.
Revenons à ce qui regarde la petite-vérole : puisqu’elle menace sans cesse ceux qui ne l’ont point eue , un médecin dogmatique mécanicien ou autre ne peut prendre que deux partis au sujet de ceux qui ont confiance en lui, et qui craignent cette maladie ^ il se rendroit coupable d’un abus de confiance , s’il laissoit en pareil cas dormir ses préceptes , et s’il ne réveilloit , au contraire , son activité. Il doit , dis-je , prendre un des partis suivans.
Il tiendra quelqu’un qui n’a point eu la petite-vérole , dans une suite de remèdes journaliers, qui puissent empêcher les amas d’humeurs, leur épaississement leur âcreté, et enfin tout engorgement des parties intérieures qui servirait de cause à la fièvre et au développement de la petite-vérole. C’est le premier parti à prendre pour un médecin dogmatique : or , ce parti seroit impossible à suivre , quoiqu’il découle nécessairement des principes de la médecine dogmatique. Il est peu d’hommes qui voulussent s’y assujettir continuellement ^ pareille soumission nedevroits’atten-
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dre que de la part de quelques mélancoliques toujours épouvantés des maladies qu’ils n’ont point , et qui’ ils évitent cependant rarement, malgré leurs précautions , qui vont jusqu’à la foiblesse et la puérilité.
Ce seroit un spectacle bien singulier qu’une ville dont les babitans seroient tous sujets à de pareilles lois de médecine 3 elle forineroit une manière d’iiôpital , flatteur, si l’on veut^ ou plutôt rempli de devoirs et de soins superflus pour ceux qui le dirigeroient, mais très -ridicule en soi, et en tout' une pauvre assem-
blée d’humains.
Elle feroit la preuve de ce qu’on a proposé comme un paradoxe , savoir , qu’une ville , une nation , une famille entièrement assujetties aux règles sévères de la médecine, ne feroient que languir et seroient entièrement inhabiles aux fonctions qui sont du devoir ordinaire des hommes , la guerre , le commerce , les différens arts. On craindroit sans cesse de se faire mal , on deviendroit d’autant plus douillet et d’autant plus poltron , qu’on seroit plus instruit de ce que les variations de l’air , le chaud et le froid , le vin et les liqueurs , et tout le reste , peuvent occasionner , en procurant des engorgemens intérieurs , en brûlant et dessé-
chant le sang.
J’ose le dire : il faudroit , pour corriger les médecins (s’il y en ûvoit qui donnassent tête baissée et sans quelque restriction dans les règles austères et rigoureuses de la médecine dogmatique) , les condamner à faire la médecine dans une ville ou dans une famille comme celle dont il vient d’être question. Ils verroient alors à quoi peuvent conduire les abus de leur système^ ils seroient les premières victimes de ces raisonnemens éternels sur re23aississement des liqueurs , sur l’engorgement des vaisseaux , et mille autres assertions fondées sur la physique , bonne ou mauvaise , du corps humain.
Mais la supposition sur laquelle roule ce qu’on vient de lire au sujet de l’empire d’une médecine excessive sur l’esprit trop pusillanime de quelques malades , est entièrement impossible et démentie par les expériences journalières 3 les médecins attentifs sur ce point se rebutent bientôt d’endoctriner ceux qui se portent bien , et qui sont assez ignorans ou assez mal avisés pour ne pas savoir ce qu’il leur conAuent de faire pour conserver leur santé.
Les hommes raisonnables ne s’assujettissent aux règles de la médecine que lorsqu’ils sont malades ^ s’ils se portent bien , ils parlent pour s’amuser , et tout au plus pour briller ou pour juger la besogne des médecins ; et c’est bien assez assurément : c’est bién assez que des gens faits pour toute autre chose que la médecine , s’assujettissent à se remplir la tête de quelques mots vagues d’inflammation , de gangrène , d’épaississement , et qu’ils s’abaissent jusqu’à juger et prétendre analyser la besogne des médecins. Ils devroient au moins faire grâce de leur doctrine à ceux qui ne savent pas les règles fondées sur ces théories mécaniques.
Eu un mot , un médecin ne prendra jamais sur lui de suivre jour par jour J heure par heure , quelqu’un qui n’a point eu la
Sgo RECHERCHES
petite-vérole , pour îe mettre dans le cas de n’avoir point à la ciaindie. Passons an deuxieme parti cjnii doit nécessairement prendre , comme je l’ai dit ci-dessus.
J1 doit se toui ner du cote de 1 inoculation ^ et en voici les preuves. Il conserve par là le degré d’autorité convenable sur son malade* il le met à l’abri de toute surprise de la part de la petite-vérole ^ qui , lorsqu elle tombera sur un corps bien disposé , ne peut lui iiuiie J il a soin de clioisir le temps ^ le jour ^ la saison la plus convenable, si tant est que ses soins entrent pour quelque chose dans son plan. ^
Il prépaie le coips comme il lui plaît ^ il met le sang dans le degié de consistance qu il lui desire^ il met les vaisseaux dans un degre de plénitude convenable^ il se rend, maître des premières voies , qu’il a le temps de bien disposer par les remèdes généraux. Quels avantages un médecin mécanicien ne trouve-t-il pas dans l’inoculation !
Ils sont d’autant plus évident, ces avantages, qu’ils retombent sur le mcdecin : en assurant aussi le bien des malades , le médecin est entièrement à son aise , et suit sans s’arrêter la roule que lui prescrit son système ^ il agit, il décidé , il dirige, il ordonne ce qui entre dans le plan de sa médecine active et officieuse * il veille et pourvoit à ce qu’il n’arrive point d’accidens.
Il est ce qu’il doit être , suivant ses vœux , acteur principal , conducteur et maître ^ car les malades doivent se laisser conduire sans murmurer, suivant les vœux de quelques dogmatiques, qu’on nommeroit presque des tyrans : tel étoit , par exemple , Galien, C[ui n’entendoit pas raillerie sur la confiance qu’il exigeoit • il prétendoit être le maître de ses malades , qu’il traitoit comme ses esclaves.
Celui qui se livre à un médecin aussi déterminé, ne peut luimême qu’être fort aise d’avoir recours à l’inoculation , lorsque son docteur la lui ordonne ; cette ordonnance n’étant en effet fondée Cjue sur 1 évidence paljDable de la théorie, elle doit enchanter un malade qui l’exécute. 11 se voit bien purgé , bien lavé , bien rafraîchi, bien saigne* il voit son sang fluide, doux et purifié de tout ce qu’il pouvoit y avoir de grossier ; quelle confiance réciproque ne doit-il pas en résulter!
Au lieu qu’un malade surpris par la petite-vérole , sans y être préparé, nepeut qu’être fort affligé, d’autantplusque son médecin laisse en pareils cas échapper des regrets sur ce qu’il n’a pas été appelé assez tôt, et sur ce qu’il y a eu un ou deux jours de perdus.
En un mot, les médecins mécaniciens, ainsi que les malades qui ont mis leur confiance en leurs lumières , doivent courir après 1 inoculation , la prôner , l’éprouver et la protéger contre tout ce qu’on pourroit lui opposer; ou bien il faut que ces médecins renoncent à leurs principes et les malades à leur croyance , et alors il faudroit que les uns et les autres demeurassent muets au sujet de ceux qui peuvent ne pas penser comme eux. Je ne voulois pas tant prouver, et je modérerai cette conclusion.
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VII. Objections fondées sur la sécurité des dogmatiques assurés de leurs principes : propos hasardés par Silra au sujet de la petite-vérole : danger des principes qui dictent de pareils propos : les médecins craignent la petite-vérole : quelle doit être la façon de penser des dogmatiques aussi sages et aussi expérimentés que
O.N pourroit dire que les principes des mécaniciens , et ceux di^ autres dogmatiques, apportent une si grande clarté dans la médecine, et donnent tant de sécurité aux médecins qui les ont adoptés , qu’ils doivent eu conséquence se mettre peu en peine de Finoculation • ils ne peuvent ni ne doivent rien craindre de la petite-vérole naturelle, en suivant leurs opinions ; ils sont assurés de vaincre cette maladie en évacuant , en adoucissant , et en relâchant ou échauffant à propos. Semblables à des militaires placés dans une embuscade si bien armés , si bien postés , et tellement au-dessus de leurs ennemis, qu’ils les attendent de pied ferme, bien assurés de les arrêter dès qu’ils voudront faire un pas , et ne daignant pas même aller à eux pour les prévenir.
Je connois le courage qu’inspire dans le traitement des maladies la médecine active , dogmatique et mécanique ) je sais que c’est dans l’ordre des médecins qui la professent, que sont nés ces sortes d’apojohthègraes, si consolans pour les malades « nous maî- » trisons la nature, nous la remettons dans la voie ». J’ai quelque connoissance des lois que ces médecins ont imposées aux remèdes qui doivent remplir leur objet lorsqu’on les applique d’après des indications bien fondées.
Je n’ignore point que , suivant eux, les saignées doivent nécessairement dériver le sang d’une partie à l’autre, ou l’attirer d’un lieu en un autre ; d’où il suit invinciblement qu’une maladie bien connue et traitée suivant les bonnes règles, doit toujours guérir.
Il en est à peu près comme d’une ville qui , suivant les lois de îa guerre , doit être prise dès qu’elle est assiégée; je n’ignore pas que cette comparaison des militaires qui assiègent une place , et qui doivent toujours la prendre aujourd’hui , lorsque l’artillerie est bien servie , et que le reste va bien à proportion , a été déjà faite plusieurs fois.
Il passe j)onr certain que nos remèdes , notre émétique , notre quinquina , nos saignées , nos vésicatoires , nous donnent sur les anciens médecins le même avantage que les armes à feu donnent aux militaires pour les sièges des places : nous avons changé la médecine comme on a changé la guerre.
Je sais enfin qu’on répète journellement à Paris, avec une sorte d’enthousiasme, qu’un médecin du commencement de ce siècle « s’étoit vanté plusieurs fois qu’il assujeltiroit la petite-vérole à « ses lois, ou bien qu’il l’accoutumeroit à la saignée ».
Cet homme plein d’ardeur , ou qui avoit toujours la meilleure contenance possible , Silva , n’a pas été le seul à mettre en avant des senlimens décidés , qu’il savoit faire piisser à la faveur de
quelque bon mot, moyennant lequel le public se seroit même livré à des expériences • d’autres non moins assurés de leurs principes que lui , ont osé se flatter de porter la petite-vérole aux entrailles par le moyen des purgatifs , sans que leur imagination préoccupée leur laissât apercevoir aucun danger pour les malades. 11 y a des médecins qui se vantent de ne pas perdre une jietite-vérole lorsqu’ils la traitent bien à leur aise.
C’est ainsi qu’en suivant leurs principes, ils ont souvent essayé d’éteindre la fièvre à force de saignées 3 il y en a même qui n’ont pas eu la patience d’attendre trois ou quatre jours pour laisser user la rougeole ; ils ont prétendu la' vaincre , l’étouffer, la faire cisparoître par de fréquentes saignées ; il y on a eu enfin qui ont porté leurs projets jusqu’à vouloir détruire et supprimer le venin de la petite-vérole , ou le rendre impuissant sur le sujet qui le porte , à force de saignées , de lavages , de purgatifs et de fondans.
Je conviens de tous ces faits , qui mettent dans le plus grand jour les principes des médecins dogmatiques, leurs prétentions, leurs projets , et ce qui en est la suite ^ ce dont ils sont capables , ce qu’ils entreprendroient s’ils n’étoient pas barrés par les idées d’autres médecins moins surs de leurs faits ou moins entrepreiians. Mais je sais que le public a toujours peur de la petite-vérole , que le peuple même en seroit effrayé s’il avoit le temps de calculer et de se livrer à un système suivi de réflexions sur tous ces objets.
Cette frayeur du public semble être un aveu sourd des doutes qu’il a sur les principes des médecins. Il est frappé , d’un côté , de la lucidité de la théorie , mais il voit mourir de la petite-vérole ; il voit que cette maladie laisse après elle des suites funestes : lors même qu’elle tourne le mieux , elle est suivie de mille désagréiiiens , de craintes et de dangers ; elle vient la plupart du temps très-mal à propos , et souvent sans qu’on sache qu’on a affaire à elle.
Ce même public paroît frappé et dans une sorte d’admiration au sujet des avantages de l’inoculation ; on la prévoit, on s’y attend, on s’y détermine à son aise, et lorsque cela convient, lorsque les affaires courantes le permettent - on prépare , on choisit les sujets , la saison , le lieu • enfin , les principes de la médecine dogmatique parlent très-avantageusement en faveur de celte méthode ^ il ne s’agit que de bien purger , de bien laver , de saigner à propos , de faire une diète convenable , de réformer pendant quel- |qiies jours la manière ordinaire de vivre pour avoir la petite-yérole sans aucun risque. I
Je sais aussi que la plupart des médecins craignent la petite- ► vérole : ils la regardent comme une maladie difïicile à assujettir ; aux règles , et sur laquelle il y a toujours à craindre , lorsqu’elle \: est considérable ou confluente , surtout dans les personnes d’un I certain âge , et qui ont mené la vie qu’on mène dans les villes.
Il est vrai que les praticiens des provinces et des campagnes t sont en général moins alarmés de la petite-vérole , qui paroît plus [ traiî.ahle pour le peuple et pour les habilans de la campagne: 1
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mais consultez sur cet objet les médecins des grandes villes , ceux j qui voient les grands ou leurs imitateurs , ceux qui pourroient compter plusieurs familles éteintes dans Paris , où Ton craint tant la petite-vérole , où tout le monde tremble au seul nom de cette maladie , et où il faut nécessairement trouver un moyen propre à remettre les esprits effrayés.
1 Quant aux grands avantages de la médecine moderne sur Fan- 1 cienne , au moyen de l’émétique et d’autres remèdes chimiques 1 qui paroissent avoir quelque chose d’admirable , il semble qu’il : n’est pas bien décidé encore si cette brillante manière de la mé- ! decine moderne n’est autre chose que du bruit et de pompeuses I paroles dont le public qui ignore l’histoire de la médecine veut i bien se payer.
Les anciens médecins savoient , tout comme nous , secouer rudement leurs malades ^ nos grandes évacuations par l’émétique et par les saignées , courageusement réitérées , n’ont pas encore achevé d’assujettir les esprits 5 ils sont , si l’on veut , dans l’admiration lorsqu’il ne s’agit que de raisonner et de théoriser sur les maladies, leurs causes et leurs phénomènes; mais ils se livrent à I des réflexions moins consolantes en ramassant l’histoire des morts i et des guérisons.
I Je sais que , tandis que ce moderne docteur de Paris y van- ! toit ses cures , et faisoit toucher au doigt et à l’œil les prétendues I réglés de son art , en donnant des lois à la saignee , de même qu’aux ! maladies , et surtout à la j^etite-vérole ; je sais , dis-je , qu’il s’étoit ; égaré au-delà des bornes : il avançoit beaucoup plus qu’il ne poui voit prouver.
I Ses lois sur la saignee et sur le bon effet que celle du pied devoit : faire dans la petite-vérole, en dégageant la tête, sont si peu fon- : dées , que si elles étoient vraies , il s’ensuivroit que les Espagnols ,
I qui ont accoutumé de faire saigner du pied leurs femmes, imî médiatement après l’accouchement ^ devroient les tuer : ils attireroient à coup sur un engorgement dans la matrice.
Je pourrois encore appeler à mon secours les praticiens des provinces entières dans le royaume, qui font saigner du pied les femmes I lorsqu’elles sont dans l’âge de perdre leur règles ^ mais toutes ces I prétendues lois d’hydraulique , auxquelles on a voulu assujettir la I marche du sang, ont trouvé de trop grands adversaires pour qu’elles osent plus se montrer en public. Le temps qui vit naître l’ouvrage de Silva sur la saignée, vit naître aussi de sages et de savantes reflexions contre cet ouvrage. '
Le projet de faire avorter la petite-vérole a été formé : on a dû faire quelques épreuves à ce sujet , en suivant les principes des dogmatiques ÿ mais ces essais ne seront qu’imaginaires et dénués de tout fondement , si l’empirisme ne vient pas au secours ^ du raisonnement : ce sont là, pour ainsi dire, les pointes et la i cime de la médecine rationnelle et théorique ; peu de 'gens ont osé i prétendre de monter si haut.
Il faut esperer qu’on ne sera jamais obligé d’invoquer la justice
I desniagistratspourjiigerceuxqiûs’avi:îeroientde faire de pareilles
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épreuves, bien différentes de celles de rinoculalion , ou l’on ne fait que suivre et imiter exactement la nature.
Mais Feiitliousiasme sur la théorie pourroit encore mener plus loin 5 il seroit dans l’ordre , suivant la secte dogmatique , de faire des efforts pour arrêter les progrès de l’âge, pour entretenir une femme dans un état de jeunesse perpétuelle : je n’oserois certainement point me hasarder à répondre à tous les corollaires ou à la liaison de tous les théorèmes des médecins mécaniciens.
Je ne saurois que dire à quelqu’un d’entre eux qui prétendroit que , posé la vérité de ces principes , on peut et on doit nécessairement parvenir au point de pouvoir étouffer la petite-vérole , et qu’on doit aussi faire toute sorte d’essais à cet égard. J’aimerois mieux nier de pareils principes , et beaucoup de personnes penseront sans doute comme moi.
Je me contente donc de dire , sur cet article , que c’est aux partisans de la médecine mécanique à lui prescrire des bornes raisonnables , et à faire voir s’il n’est pas vrai que des principes qui peuvent conduire à des essais téméraires et dangereux, ne sont i point par cela même très-sujets à caution , dans les cas où on les met en usage 5 ces cas , en effet , se trouvent dans la chaîne des conséquences à tirer de ces principes , tout comme le projet de faire avorter la petite-vérole , d’entretenir une femme dans un état de jeunesse perpétuelle , d’arrêter les progrès de l’âge , et ' autres idées qu’il faut encore une fois bien distinguer des essais sur l’inoculation , où l’on ne fait que faciliter la marche que la nature s’est prescrite au sujet de la petite-vérole.
Revenons aux sages et raisonnables partisans de la médecine mécanique : ils conviendront aisément que les préparations qui précèdent l’inoculation de la petite-vérole ne peuvent manquer ^ d’assurer le succès de cette opération. La petite-véï'ole inoculée : doit par conséquent être beaucoup moins à craindre qu’une pe- r tite-vérole naturelle, quelque bénigne qu’elle soit, quand même f on auroit eu le temps de faire , dans les premiers temps de celte f maladie , quelques remèdes généraux ou préparatoires.
Ces médecins ne peuvent donc défendre , interdire , condamner i l’inoculation , sans renoncer à leurs principes : ils doivent, au t contraire , par une conséquence invinciblement liée à ces memes ! principes , sinon conseiller et ordonner , au moins tolerer l’inocu- ■ lation : c’est à cette conclusion modérée que j’ai pensé que cou- r duisoient les principes des plus sages médecins mécaniciens et autres i
dogmatiques.
Il me semble qu’Asclépiade même et Paracelse , que je regarde comme les deux plus alieurtés théoriciens qui aient existé , aii- Toient, après avoir tout bien pesé , dû devenir les protecteurs de l’inoculation. Boerhaave , qui la connut à peine , ^l’^n étoit pas éloigné : je crois que Chirac auroit donné dans la meme tolérance, à moins que les espérances qu’il avoit fondées sur sa théorie , et qui furent certainement excessives , ne l’eussent fait hésiter.
Nous n’avons pas à craindre un excès pareil des partisans meme de Chirac qui exercent aujourd’hui la médecine avec honneur;
SUR L’HISTOÎPÆ DE LA MÉDECINE. 5gS
ils ont modéré de beaucoup les prétentions de la médecine me** canique.
J ai ouï dire que qui est , de tous nos praticiens, celui qui
a le plus vu de petites-véroles parmi les grands , s’est expliqué sur le goût qu’il auroit pour l’inoculation. J’aurois peut-être pu nommer ce médecin célèbre parmi les partisans décidés de cette opération ; mais je n’ai voulu parler que de ceux qui l’ont éprouvée par eux-mêmes. Je pourrois encore en indiquer plusieurs dont les opinions seroient très-respectables, quand même elles ne seroient pas d’un aussi grand poids que celles