‹ Œuvres complètes de Bordeu (volume 2)Chapitre 6 sur 25 · LES OBSERVATEURS OU LES EXPECTATEURS · texte numérisé non relu

LES OBSERVATEURS OU LES EXPECTATEURS

L Les mcclccins noturistcs ou iniitatGurs de Ici nature ne remontent point jusqu aux premières causes : ce qu ils croient de la nature ; leur doctrine des jours et des crises; ils ren-i>ej'sent les axiomes des dogmatiques.

Peu curieux de remonter à la connoissance des premières causes qui font la vie , la santé et les maladies, les médecins qui ont pris la nature pour guide se contentent d’une histoire exacte de chaque maladie : ils en suivent et observent la marche , sans prétendre la déranger lorsqu’elle parcourt ses périodes et ses degrés avec précision ; ils se contentent d’essayer de la ramener à sk marche naturelle lorsqu’elle paroît s’en écarter.

C’est ainsi que , pour toute physiologie , ils s’en tiennent à l’histoire de la vie et de ses phénomènes , à celle des tempéramens et des révolutions propres aux divers âges et aux deux sexes , sans remonter jusqu’aux principes élémentaires des corps , sans essayer de pénétrer leur structure intime , sans comparer les lois que le corps humain suit dans ses fonctions , aux lois générales du mouvement , ou à celles des machines particulières connues des nhysiciens. ^

Cette médecine a pour principe fondamental une vérité de faitbien consolante pour la plupart des malades , et qui est aussi fort utile aux médecins; c’est qu’il est incontestable que , sur dix maladies , il y en a les deux tiers au moins qui guéris.se£ît d’ellesmêmes , et rentrent , par leurs progrès naturels, dans la classe des simples incommodités , qui s’usent et se dissipent par les mouvemens de la vie.

Il suit de cette vérité de fait , que le corps humain , qui se conserve par lui-même, ou qui tourne à son profit les alirnens et la boisson , l’air et les autres causes générales , a par lui-même un degré particulier de forces au moyen desquelles il parvient à se défaire des maladies; ces forces forment ce qu’on appelle la nature, dont on a donné bien des définitions.

Elles aboutissent toutes à la faire regarder çomme un principe particulier qui veille sans cesse à la conservation du corps j et qui ^

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supposé que sa vigilance ait été trompée par les causes des maladies , se ranime lorsque ces causes sont à un certain degrés et les combat avec plus ou moins de succès.

C’est de la médecine , considérée sous ce point de vue , qu’on peut à bon droit faire le parallèle avec l’astronomie. Quelles que soient en effet les causes qui font mouvoir les astres , soit qu’il faille en croire les physiciens , qui font tout dépendre de l’impulsion et des détermihations d’un premier mobile corporel^ soit qu’il faille s’en rapporter à ceux qui supposent une loi particulière différente des effets de l’impulsion de la matière , un astronome observe , calcule et suit exactement la marche des mouvemens des astres , prédit et fixe le temps des éclipses et tant d’autres grands phénomènes.

De même un médecin observateur ne s’attache uniquement qu’à suivre et à prévoir les diverses phases d’une maladie : il se borne à en fixer la terminaison heureuse ou malheureuse ^ fort peu touché de tout ce que la physique rafinée du corps humain apprend, ou prétend apprendre, de la disjiosition des humeurs, de celle des petits vaisseaux , des diverses modifications du chyle , du sang et des parties qui les contiennent.

Telle fut autrefois une des parties les plus importantes de la médecine d’Hippocrate, et celle des anciens observateurs dont il suivit les traces : principalement bornés à la peinture des phénomènes de la santé , des maladies et de leurs divers degrés , ces observateurs fidèles firent autant de tableaux d’après nature , en décri- ; vant les divers états de santé et les phénomènes des maladies j d’oii | naquirent ensuite la fameuse doctrhie des jours heureux ou malheureux , critiques ou non critiques; de même que les dogmes des évacuations finales ou des crises et des coctions.

Cette manière de peindre et de suivre les maladies donna encore naissance à des vérités immuables pour lesquelles les diflérens âges ont eu plus ou moins de respect , et que n’ont pu détruire de fameux détracteurs de cette doctrine , qui l’ont attaquée à plu- !■ sieurs reprises d’après le fameux Asclépiade , d’après Paracelse et I Van-Helmont , et d’après quelques modernes , principalement ceux p qui ont été attachés sans réserve à la médecine mécanique.

Il n’étoit pas possible de cultiver cette médecine naturelle, [ contemplative , ou , s’il est permis de s’exprimer ainsi , ascétique , , sans laisser marcher les maladies d’eîles-mêmes , sans craindre de ; les déranger par des remèdes; aussi les médecins de cette secte | n’eurent-iis de tout temps rien tant à cœur que de ne pas déran- ■

fer la nature dans ses opérations ; elle donne ou dirige les mala- • ies ; elle excite divers accidens pour se défaire de la cause priii- i cipale , pour opérer la coction , pour déterminer les crises ou les : évacuations : voilà les principaux axiomes des expectateurs.

C’étoient, comme on voit, des gens sages, mais sévères, peu i entreprenans , trop peu frappés peut-être de la douleur des maladies : ils étoient peut-être trop difficiles à se laisser toucher assez pour essayer des remèdes autres que ceux que la nature demande ■ c-lie-même par l’instincl des malades; or j cet instinct , qui n’est.:

SUR LinSTOIRE DE LA MEDECINE.

pour ainsi dire que l’expression de la nature , doit , dans la secte dont il est question , être souvent respecté et consulté le plus qu’il est possible.

Asclépiade appeloit cette médecine d’expectation , méditation sur la mort, ce qui a été souvent répété et l’est tous les jours, sans que les médecins expectateurs s’en fâchent^ ils ne croient pas devoir renoncer à leurs principes pour un bon mot , qui ne remue que les têtes légères et frivoles : ils pourroient assurément rendre la pareille aux médecins qui ne pensent pas comme eux , et qui prétendroient semer des doutes sur leur doctrine immuable , comme les lois sur lesquelles elle est établie.

Ils diroient qu’il vaut mieux méditer sur la mort des malades attaqués d’une maladie mortelle , que rendre mortelle une maladie cjui se seroit guérie d’elle-même si on n’avoit eu la fureur de la harceler par des manœuvres inconsidérées , et par l’apjdication hasardée de cent remèdes essayés sur des indications imaginaires j et adoptés sur de vains et puériles témoignages.

Mais il demeure toujours certain que cette méthode d’expectation a quelque chose de froid ou d’austère dont la vivacité des malades et des assistans doit peu s’accommoder. Aussi les expectateurs ont-ils toujours fait le petit nombre jaarmi les médecins, surtout chez les peuples naturellement vifs , impatiens et craintifs: ils en conviennent et s’en glorifient même^ ils aiment à être les médecins des gens qui pensent , ceux de cette partie de l’humanité distinguée par sa fermeté sa patience , son sens droit , bien loin de chercher à tyranniser le monde par une prétendue doctrine cachée , obscure , sublime.

Aussi ne font-ils pas façon d’avouer qu’ils ne sont pas les médecins des maladies mortelles , qu’ils ne traitent point ces sortes de maladies qui ne sont pas du ressort de l’art ^ il est vrai qu’un médecin , de quelque secte qu’il soit , et quelque système qu’il suive , est souvent obligé d’en venir à faire de pareils aveux : il n’y a de différence entre un observateur et un autre , par exemple un empirique ou mécanicien , qu’en ce que ceux-ci ne prononcent jamais qu’ils sont inutiles auprès d’un malade qu’après avoir essayé de beaucoup de remèdes ; ces efforts prouvent sans doute beaucoup de bonne volonté et un vif désir de guérir ces malades, mais ils mettent souvent les lumières des médecins en défaut et les malades à la torture.

Un médecin disoit u qu’il avoit coutume de guérir toutes les maîa- M dies, hors la dernière » . Ses partisans se pay oient de cette sorte de formule , qui disoit beaucoup assurément. Ce médecin pouvoit être mis dans la classe des naturistes que le public traite de paresseux et de gens de peu de ressource , comme s’il y avoit de la paresse et du manque de ressources à convenir qu’il n’y a rien à faire dans une maladie mortelle , et comme s’il valoit mieux tomber dans les écarts inconsidérés de ceux qui trompent les spectateurs par un étalage inutile d’ordonnances , et qui ne cessent d’imporluner les malades par l’emploi de mille drogues plus amères souvent que les symptômes de la maladie..

REGHEPtCHES

Les axiomes les plus sacre's parmi d’autres médecins , surtout parmi les mécaniciens ^ croulent entièrement devant les médecins expectateurs. C’est une suite nécessaire du système de ces derniers. Ils ne croient point que les remèdes seuls guérissent les maladies, et les mécaniciens ne croient rien tant qu’à cette vertu et cette action victorieuse des remèdes.

Ceux-ci, toujours pressés d’agir et d’aller au-devant de tous les nccidens , ne cessent de s’efforcer de gagner les devans à une maladie , et de l’arrêter dès ses premiers accès et dans son commencement ; les observateurs au contraire attendent patiemment que les accès s’usent les uns par les autres, et qu’il en arrive enfin un décisif et victorieux qui décide la guérison.

Les mécaniciens ne se rebutent jamais et ne se tiennent jamais pour vaincus par le mal. S’ils ne peuvent pas le combattre par des remèdes connus et éprouvés , ils invoquent les secours des remèdes douteux , qu’ils aiment mieux employer , quoique douteux , que de n’en employer aucun. Les expectateurs aiment mieux ne faire aucun remède que d’en faire de douteux.

Ils comptent plus sur les ressources de la nature que sur celles de l’art, surtout livré aux égaremens de l’imagination • et ils ne l’aident ou ne la redressent jamais qu’à de très-bonnes enseignes, c’est-à-dire , lorsqu’il leur est évidemment prouvé que le remède est dans le cas de produire un effet qui ne soit pas contraire aux intentions de la nature , ou du moins lorsqu’il y a beaucoup plus de probabilité à attendre un bon effet d’un remède, que des efforts de la nature livrée à elle-même.

§■ II. Les naturistes ou ohseivateurs emploient peu de rem 'edes. Ils croient cpie les remèdes peuvent nuire. StaJil, naturiste décidé ; ces médecins excellent dans la peinture des maladies ^ ils donnent le plus de liberté qu il est possible aux malades. Kxemple de la sécurité de Chirac.

L’usage , l’application , le nombre et les espèces de remèdes , durent nécessairement être renfermés dans d’étroites bornes chez les médecins de cette secte. Aussi l’abondance des drogues classées dans les dispensaires, et qui remplit quelques têtes comme des cabinets d’iiistoire naturelle , fut-elle regardée par les natuinstes comme une ressource uniquement propre à séduire, à nourrir la £.uperstitieuse croyance des peuples.

Aussi ne furent-ils jamais jaloux de ces éloges pompeux et magnifiques , si chers sinpout à ceux de la secte empirique : Ce médecin manie bien la drogue ; il formule à merveille * il porte avec lui un dictionnaire complet de recettes ordinaires et extraordinaires.

Stalil fut si convaincu de l’inutilité des drogues et de la puissance de la nature pour vaincre les maladies , qu’il parvint dans sa vieillesse au point de n’ordonner, pour toutes sortes d’incommodités et de maladies, que quelques grains de sel marin. Stahl fut cependant un grand et beau génie , et sa tête étoit meublée u’iin nombre infini de connoissances ^ mais il s’étoit entièrement

SUPt L’HÎSTOIPÆ DE LA MEDECINE. S99.

voué à faire main basse sur toutes les inutilités et sur les erreurs populaires dont on avoit infecté Part dans des temps d ignorance.

Il trouvoit que Van-Helmont avoit encore laissé bien des pompons à la médecine.

Vous trouveriez, en suivant les médecins, et en écoutant suitout les plus vieux d’entre eux , beaucoup de partisans de Stahl ou de la métliode qu’il avoit adoptée. Pline rapporte que les Romains , entraînés par l’empire que quelques médecins avoient pris sur les malades , virent avec surprise des vieillards , sages et sensés d’ailleurs , suivre le torrent de la mode , et aller greloler dans des bains froids qui venoient de prendre faveui . On connoit la réflexion de cet empereur romain qui, pour prouver a quel point de misère la maladie i’avoit réduit , faisoit l’énumération des drogues et autres secours de la médecine de son siècle , dont on î’avoit accablé.

Il y avoit sans doute à Rome des médecins qui pensoient à cet égard comme Pline et comme l’empereur. 11 y en aura toujours qui gémiront de voir les hommes livrés à une sorte dbdolâtrie au sujet du nombre et delà variété des remèdes.

« Pressez-vous de faire usage d’un remède qui fait des miracles M depuis peu : il ne sera bientôt bon à rien ». Ainsi parloit Dumoulin après line longue pratique. Ce trait meritoit sans doute d’avoir place dans l’eloge qu’on a fait de ce médecin , et il a ete répété en d’autres termes par des médecins observateurs que je place ici au nombre des vieux, je dis vieux et expérimentés. Il est en effet bien plus ordinaire de trouver des amateurs des remèdes parmi les jeunes médecins qui n’ont d autre science que celle des écoles , où l’on a souvent dit qu un guerissoit toute sorte de maladies.

Je conviens pourtant qu’il y a des médecins qui sont en cela, jeunes , même après un demi-siècle d’expérience. Il y a de nienie des jeunes gens amateurs de la nature ennemis des drogues , pénétrés de douleur en voyant l’abus que le public fait quelquefois de certains remèdes.

Les observateurs jeunes et vieux sont surtout sensiblement toiicbés de ce qu’il paroît que les petits sdins , les secours superflus , îa quantité de iiiedicamens , de boissons, de médecines, et tant d’anires clioses dont on abuse , ne tendent pas a moins qu à affoiblir l’espèce humaine. On n’auroit pas ce malheur à craindre des principes des médecins expectateurs et pins partisans de la nature que des drogues.

Si ces médecins ont été sobres au sujet des remèdes , jusqu’à ne pas craindre d’afficher une disette presque totale a cet égard ^ s’ils ont paru être persuades que c’est a la justice à décider s il est permis de faire des essais de remèdes qu’ils n’ont osé prendre sur eux , ils ont excellé dans la science des signes et de la liaison des accidens des maladies.

C’est dans leurs ouvrages seulement qu’il faut cliercber l’iiistoire exacte et suivie des phénomènes on des changemeiis que produisent les maladies sur la langue les yeux, la position du corps, les

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cliangemens du pouls, et les diverses évacuations. Ils ont patîerameut observé et soigneusement ramassé tous ces signes que les médecins théoriciens ont ensuite adoptés ou niés , suivant qu’ils pouvoient ou ne pouvoient pas les expliquer , à la manière des physiciens, surtout des partisans de Descartes.

Ce grand homme avoit changé la médecine , comme il changea la physique. 11 occasionna dans la médecine une révolution semblable à celle qu’avoient produite Aristote , Pylhagore et les autres philosophes parmi les Grecs. Ainsi , dès qu’un médecin s’évertue parmi nous , à expliquer tous les phénomènes et à les ramener aux lois générales des mouvemens du sang, de la circulation ou autrement, il y a à présumer qu’il est de la classe de ceux qui ont suivi Descartes.

Or, disoit Sydenham, partisan en plusieurs points de l’expectation , qui aiiroit voulu d’un homme comme Descartes pour son médecin? Eh! qui voudroit pour médecin, diront à jamais les lîaturistes, d’un homme qui ne cesseroit de tout expliquer? qui , à l’exemple de plusieurs professeurs dont la doctrine est oubliée , commenceroit ses traités de médecine par de longs discours sur les éiémens et sur l’énumération des parties du corps humain ^ qui disserteroit longuement pour savoir si les cheveux et les ongles sont des parties , si Adam eut la médecine infuse , si le sang est composé de globules faits chacun de trente-six autres globules ?

Un autre caractère distinctif des médecins observateurs des lois de la nature , se prend de la douceur avec laquelle ces médecins se ])rêtent le plus qu’il est possible à l’appétit, au goût, au tempérament , aux habitudes des malades : cette médecine paroît de ce coté bien attrayante. En effet , indépendamment du petit nombre des remèdes qu’il faut faire en suivant ses lois, on est assuré d’éluder les règles excessives de la diète qui a tant fait de martyrs.

Dès qu’un malade demande à manger dans le cours d’une maladie, un médecin naturiste ne lui en refuse point, lorsqu’il peut découvrir que c’est l’instinct qui parle et non point la gourmandise ou quelque faux système. Ainsi Hippocrate s’appîiquoit à épaissir de temps en temps sa crème d’orge dont il nourrissoit ses malades. Ainsi les nations entières ne refusent point aux malades, même dans le fort des maladies, des œufs, du potage, de la viande , du vin • au lieu que la secte des médecins dogmatiques a produit des espèces de tyrans sur la diète.

Il n’est pas nécessaire, pour donner la preuve de ce fait, de rappeler ces médecins de l’antiquité qui lenoient leurs malades pendant quatre jours à la privation entière de tout aliment et de toute boisson , et qui , suivant Hippocrate , les desséchoient comme des harengs : notre médecine nous fournit des faits frappans en ce genre.

Chirac voyoit un malade avec trois de ses confrères , dont il se regardoit comme le souverain (car Chirac, de même que Thessalus médecin romain , aimoit le titre de vainqueur des médecins). Ce jiialade J depuis viogtdiuit jours et davantage , étoit à l’eau de

SUR L’HISTOIRE ,DE LA MÉDECINE. 6oi

poulet et aux apozèmes pour toute nourriture ^ il eut faim , ü î hésita long-temps avant cVoser le dire ÿ enfin pressé par le besoin , il en fit part à celui de ses médecins qui étoit le plus éloigné de la manière austère et terrible de Chirac.

Celui-ci, informé de la demande du malade , et voyant que ses : confrères se relâchoient jusqu’à permettre l’un un peu de crème I de ris , l’autre deux cuillerées de potage , le troisième un jaune I d’œuf, prononça;, après mure délibération , que le malade pren>

I droit un bouillon dans lequel on auroit fait infuser deux pincées I de cerfeuil. Ce fait n’est point douteux 3 il prouve l’existence des : martyrs de la diète.

Mais ce trait appuie aussi , de même que tant d’autres de la : meme espèce, l’idée d’un commerce de menteries dès long-temps : établi , si l’on en croit je ne sais quels fades critiques , entre les : malades et les médecins. Ceux-ci , dit-on , toujours en doute sur la confiance de leurs malades , alfectent de n’ordonner qu’une : bouchée de viande ou de potage lorsqu’ils veulent que le malade : double ou triple la dose , et les malades ne cessent de tromper ■ leurs médecins au point de faire des scènes scandaleuses pour ' l’art , auquel on attribue les excès des artistes. De pareils excès ,

I de pareilles scènes, de pareilles cachoteries, qui sont la source de mille indécences, n’arrivent point avec les médecins attachés à suivre la nature.

: Ils sont moins rigides et plus accommodans que d’autres, parce

î qu’ils n’imaginent point que le rôle d’un médecin vis-à-vis de son malade , soit celui d’un despote triste et dur vis-à-vis d’un esclave timide. Le médecin conseille , remontre , essaie d’indiquer le meilleur parti possible : c’est au malade à choisir j il est libre et doit pouvoir user de sa liberté , à laquelle la religion ni les lois ne donnent point d’atteinte concernant le choix des drogues et du régime, et que la médecine ne peut par conséquent penser à ébranler. ,

Aussi les petites astuces qui furent trop d’usage, ces plates ressources qu’on se ménageoit pour tromper les malades , soit en leur dérobant la connoissance des drogues qu’on leur faisoit prendre , soit autrement, ne sont-elles plus de mode dans un siècle éclairé. Elles aviliroient les médecins et la médecine en laissant d’ailleurs prendre pied à l’esprit de cachoterie et de mensonge , auquel les hommes foibles^, et par conséquent les malades., n’ont que trop de I penchant,

I III. Comment les médecins expectateurs eurent recours aux remedes ÿ passage de Platon; passage des mémoires du maréchal de V ielleoille ; la saignée y ses excès ; fortune d’Jzbs à Paris ; les régies de la saignée suivant le sj' s terne des expectateurs.

Les médecins observateurs eurent besoin de remèdes pour combattre les accidensMes maladies, ou, pour mieux dire, leur guide principal; la nature dont ils suivoient la marche, leur apprit bientôt qu’il y avoit des remèdes ou des médicainens et autres se-

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cours propres a rendre les maladies plus supportables ^ moins douloureuses , plus simples, plus ou moins approchantes d’une simple incommodité, peut-être plus courtes.

Ou a loué Hippocrate d’avoir su faire entendre à ceux qui avoient la fièvre , qu’ils devoient se coucher et se tenir tranquilles. Avec celte précaution, les mouvemens de la maladie, moins barrés par les mouvemens volontaires, se passoient beaucoup plus doucement j les crises étoient plus complètes, les guérisons plus assurées. Voilà un secours bien simple assurément , mais il est bien utile. Î1 porte l’empreinte de ces vérités générales que les hommes avoient méconnues et dont on leur renouvelle l’usage et l’importance.

Mais quels hommes , dira-t-on , étoient ces Grecs auxquels il faîloit apprendre à se reposer lorsqu’ils étoient malades ? Ils avoient oublié le conseil de la nature pour essayer de vaincre la maladie , peut-être par esprit de système , ou par une suite de cette vigueur male qui nous fait regarder leurs actions comme des espèces de fantômes, ou comme ces phénomènes qui se perdent dans les nues, et que les uns trouvent de la plus grande beaute , elles autres de la plus grande horreur.

Ils trouveroient assurément peu de partisans et peu d imitateurs de nos jours. La timidité nous a tellement gagnés au sujet des maladies , que nous sommes tombés dans un excès opposé à celui des Grecs qii’Hippocrate exhortoit au repos. Aussi nos chambres hermétiquement closes , nos lits mollets , nos sièges , nos tapis , sont-ils devenus un poison plus terrible qu’on ne sauroit, le croire pour nos corps , et nous ne savons , par une suite singulière de la pusillanimité attachée à la foiblesse de nos organes , qu avaîer des drogues sans fin , au lieu de nous guérir par 1 exercice , les jeux de force , le changement d’air , la tranquillité et le repos dans un lieu sain.

La plupart de nos maladies sont factices et artificielles , ou du moins nos mœurs et des remèdes souvent arraches aux médecins aggravent singulièrement les symptômes, et en font éclore une pépinière des plus bizarres. ISos parens , nos amis , la ville entière ne cessent de nous tyranniser; et nous devenons les victimes des usages et d’un empressement trop souvent simule.

(c Si un maçon ou un charpentier tombe malade , il exige d a- » bord du médecin qu’il le guérisse ou en le faisant vomir , ou eu » le purgeant, ou en lui faisant quelque operation de la main. Que » si on lui ordonne d’observer un long régime de \ivre, il vous » dira d’abord qu’il n’a pas le loisir d’etre malade si long-temps... » Mais , dira-t-on , il n’en est pas de même d’un homme riche » ou d’un homme qui vit de ses rentes — vous ne prenez pas » garde que chacun travadle à l’emploi auquel il est appelé ,

ce qui ne peut être pondant qu’on est toujours a s ecouter , et » qu’à force d’être attentif à sa santé, on se croit presque inces- » samraent malade ».

Platon, que Le Clerc fait parler ainsi, est trop éloigne de nous. Lcoutons un de nos braves militaires du seizième siècle. M. et

SUR L’HISTOÎRE DE Lk MEDECINE.

Madame la princesse de la Roclie-sur-Yon s’empressent de montrer leur fils au maréchal de Yielleville j celui-ci les avertit « de prendre » garde de plus près à la nourriture de l’enfant, et qu’il lui sem- )> bloit qu’ils ne le garderoient guère pour deux raisons : la pre— » niière , que la nourrice éloit âgée , maigre et mélancolique ^ » l’autre, que la chambre n’étoit pas assez aérée, étant toujours » les fenêtres closes, qu’ii falloit au contraire tenir ordinauciiient. » ouvertes } plus, lui donner une jeune nourrice des champs, et la » traiter de grosses viandes à sa mode rustique ; surtout de dé- « fendre sa chambre à ceux qui alloient sans cesse faire des or— - >» donnances tant pour l’enfant que pour la nourrice.... car en « telles choses le naturel passe tout artifice , et l’artifice corrompt » le naturel.

» M. et madame la princesse ne rejetèrent pas ce conseil , s a- » percevant bien que leur enfant devoit avoir quelque maladie » secrète, d’autant qu’il crioit incessamment.... lis trouvèrent un » honnête moyen de se défaire de la nourrice et firent ester de )) dessus le berceau de l’enfant les ciels , poisles et daix qui y « étoient avec les rideaux et tour de ht , suivant cette grandeur, » dedans laquelle il estoit comme etoufïe , et par 1 advis de M. de » Yielleville lui rendirent le jour et le soleil à souhait et à toutes » heures, avec une nourrice de l’âge de vingt-deux ans et fort » saine , si bien que l’on cogneust en moins de huit jours i amen—

» dementde l’enfant et furent suivies de pomet en poinct toutes

» les ordonnances qu’il avoit faites là-dessus ».

Que de reformes cé seigneur n’auroit-il pas trouvé à faire dans notre siècle ! Fernel, qui vivoit de son temps, et qui étoit comme lui attaché à Henri II, n’auroit pas mieux parle sans doute.

Je prouverai bientôt comment tout ce que je viens de dire au sujet des médecins naturistes doit faire incliner leurs partisans ou ceux qui pensent comme eux , plutôt pour la pratique de l’inoculation que contre cette pratique ; mais j’ai besoin de prendre un exemple dans la liste des remèdes adoptes par les médecins dont il est question. ^

La saignée. Les médecins hydrauliques et mécaniciens en puisèrent la nécessité, l’usage et l’application dans leur propre théorie. Ils durent nécessairement prétendre fixer , modérer et diriger la quantité et le mouvement du sang dans ses vaisseaux , d oii résultèrent les règles dont il a été question dans le chapitre des médecins dogmatiques , de même que bien d’autres théorèmes de cette espèce , sur lesquels furent appuyées des decisions qui avolent pour base les lois du mouvement des liqueurs dans leurs vaisseaux.

Les médecins imitateurs de la nature durent etre frappes de la nécessité et de l’utilité de la saignée d’après leurs observations : ils durent louer le courage de ceux qui l’avoient mise en oeuvre. Ils virent que les malades livrés à eux-mêmes avoient des saignemens de nez et d’autres hémorrhagies : il fut aisé de conclure de là que l’évacuation artificielle du sang est quelquefois nécessaire pour suppléer à une évacuation naturelle qui peut avoir eîe sus-

6o.] RECHERCHES

pendue , et dont les symptômes précurseurs s’annonçoient comme claus le cas où l’hémorrhagie naturelle étoit survenue.

L’observation alla plus loin. Premièrement l’histoire des hémorrhagies naturelles aux femmes , leurs périodes invariables , indiquent que toutes les autres pertes de sang avoient aussi leur marche déterminée pour les temps et les jours marqués dans le cours d’une maladie. En second lieu , la quantité de sang que la nature a coutume de perdre dans une maladie et qui est d’un secours suffisant , apprit que les saignées dévoient etre faites avec modération pour être de quelque profit, d’autant plus qu’on eut quelquefois lieu de remarquer que lorsque , par des accidens extraordinaires, line hémorrhagie naturelle devient très-considérable , elle est ordinairement pernicieuse • d’où il suit nécessairement que la grande quantité de sang répandue par les saignées ne peut être qu’au détriment des malades.

Iroisièmement , enfin, les médecins observateurs s’aperçurent bientôt C[ue la nature excite des hémorrhagies des diverses parties, suivant le lieu affecté dans une maladie : ce qui dut bientôt apprendre qu’il y a du choix à faire pour les vaisseaux dans Fnsage de la saignée. Telle fut la voie des médecins observateurs ^ et tel fut l’enchaînement de leurs principes.

<1 Je disois un jour à un de mes amis avec lequel je m’instruisois , » ([lie le premier cjui osa faire une saignée étoit un homme bien » courageux , pour ne rien dire davantage ». Mon ami fut étonné , et je lui demandai ensuite ce qu’il pensoit de celui qui s’étant aventuré pour la première fois à saigner un malade le vit mourir, et cependant se détermina à saigner de même un autre malade y après avoir vu mourir le premier.

îi faut toujours quelque effort considérable pour frayer les premières rouies et pour ouvrir la carrière des vérités les plus utiles p il est peut-être nécessaire de donner dans des excès pour attraper le point juste du vrai.

îzès ht à Paris une fortune immense, il y a quelques années, par le grand nombre de saignées cju’il faisoit journellement ÿ et en ce même temps, où l’on saignoit à toute outrance , Jussieu ne faisoit presque jamais saigner. Aujourd’hui les plus déterminés amateurs de la saignée en ordonnent trois fois moins que du temps d’Izès ; et Jussieu a encore des partisans , comme il avoit eu autrefois des précurseurs.

Le plus grand nombre des praticiens semble suivre les règles des médecins observateurs. Également opposés à l’excès de Jussieu et à celui des coopérateurs d’Izès, ils saignent peu, mais ils tâchent de saigner à propos. Ils aiment mieux prendre ce parti modéré que de heurter en aucune manière les voies ordinaires de la nature , qui a souvent accoutumé de produire dans les maladies quelque hémorrhagie peu considérable. Cette évacuation est ordinairement suivie d’un bon effet sensible , et lorsqu’il arrive par hasard une hémorrhagie fort abondante , le malade s’en trouve mal.

Mais l’observation démontre à ceux qui la savcut bien consulter

SUR L’HÎSTOÎRE DE LA MÉDECINE. ficÆ

que les liémorrliagies naturelles ne sont utiles qu’en ce qu’elles procurent une liberté marquée à la maladie : elle étoit comme bridée et suspendue ayant l’hémorrliagie 3 elle reprend ensuite sa marche.

Les saignées naturelles ne sauroient donc , non plus que les artificielles , être regardées , pour l’ordinaire , que comme un remède préparatoire; elles ne sont qu’un secours propre à remettre la nature dans sa voie : elles doivent la mettre à portée de continuer la coction ou la maturation des maladies , lui donner la liberté de préparer et d’opérer les évacuations critiques , aux temps marqués pour ces opérations , lui laisser les forces nécessaires pour choisir les organes destinés à chaque espèce de matière , pour vaincre les obstacles et pour faire des efforts victorieux.

Quelle circonspection ne faut-il donc pas pour placer une ou plusieurs saignées dans des maladies compliquées! 11 en est oh il faut malheureusement hasarder quelque chose : les médecins observateurs, fidèles à leur inaction , sont en droit de se tenir toujours attachés à la nature 3 ce qui doit nécessairement leur faire craindre la saignée dans des cas oh d’autres la croient très-faisable.

Il faut, pour placer une saignée avec connoissance de cause, choisir le lieu de la saignée , prendre le moment et le jour de la maladie propre à la faire , déterminer la quantité de sang qu’il faut tirer : tout cela n’est pas difficile à calculer, d’après l’expérience dans les maladies ordinaires 3 mais comment faire dans les maladies extraordinaires? Les observateurs paroissent encore une fois fondés , suivant leurs principes , à se tenir dans l’inaction plutôt que de risquer des manœuvres douteuses.

§. IV. Plan des expectaieurs dans les maladies. Ils n’agissent qu’à proportion que la nature le demande y application de ce plan à la petite-vérole ; ces médecins doivent essajer de la simplifier ^ V inoculation remplit cet objet.

Telles furent toujours les vues des médecins observateurs , et telle fut leur pratique. Faciliter la maturation d’une maladie , et amener les évacuations qui doivent la terminer , la simplifier le plus qu’il est possible , sans prétendre en changer l’espèce , qui est immuable comme les divers poisons, et comme les plantes et leurs seaiiences.

Comment en effet changer , par exemple , la gale en maladie vénérienne , les écrouelles en goutte , la goutte en rougeole , la lièvre tierce en pleurésie , ainsi du reste des maladies qui sont bien caractérisées : ce sont , pour ainsi dire , des espèces d’êtres élémentaires indestructibles. Il j a eu des médecins qui les ont regardés comme des essaims d’insectes particuliers.

Il n’en est pas de même de ces accidens généraux qui ont coutume de se joindre à des maladies de diverses espèces , et de les barrer ou de les arrêter dans leurs progrès : tels sont la douleur , les sueurs, les hémorrhagies, les convulsions, les engorgemens ou les meurtrissures des viscères, la plénitude et les diverses tournures que les matières prennent dans les premières voies 3 l’art a

plus de prise sur ces accidens passagers et irréguliers que sur les aiialadies bien caractérisées.

Voilà le plan général et les vœux des médecins observateursc’est d’après un pareil calcul ou une pareille suite de principes ifu’ils adoptèrent la saignée dans les cas où la nature l’exige : ils . adoptèrent de meme les purgatifs et. les remèdes sudorifiques dans les cas où la naUire les demande , par les signes qu’apprend la pratique.

Ces signes sont le langage ou l’expression de la nature elle-même , qui montre le besoin de telle ou telle évacuation , qui la prépare, <[ui la commence seule , et qui demande , pour ainsi dire , du secours ^ mais il ne faut le lui offrir que lorsqu’elle en a besoin ; c’est à la sagacité du médecin à bien distinguer et connoître ce besoin : il faut surtout qu’il prenne garde de ne pas le confondre avec ce que lui dicte sa propre imagination.

Comment tout cela conduit-il à la petite-vérole , et surtout à la tolérance de rinoculation de la part d’un médecin observateur } Le voici. La petite-vérole est une des maladies des plus caractérisées par sa cause, ses symptômes et sa marche invariable ; il est évident qu’elle n’est originairement due qu’à une semence particulière.

Cette semence germe dans le corps vivant : elle y parvient enhn à une maturité parfaite : elle s’y reproduit et s’y multiplie. Ce germe est une cause physique qui a besoin de trouver dans le corps sur lequel il tombe une disposition particulière pour y croître et s’y multiplier : cette disposition du corps vivant , capable de faire germer , de nourrir et de faire mririr la semence , est , à proprement parler , la cause médicinale de la petite-vérole : en effet , celle-ci ne peut exister sans cette disposition; et cette meme disposition étant une fois perdue dans le corps, la semence de la petite-vérole tombe en pure perte sur ce corps, qui n’est plus susceptible de l’alimenter.

Or , les phénomènes excités dans le corps pendant la germination et la maturation de la semence qui cause la petite-vérole , font un ensemble , une suite de changemens qui se succèdent i’un à l’autre : cet ensemble forme, à proprement parler, la maladie qui a ses divers temps bien marqués ; chaque temps a sa manière d’être qui lui est propre , ses accidens et ses symptômes. Tout cela est si exactement suivi, si bien dessiné dans les petites-véroles bien complètes et qui suivent leurs progrès, comme il le faut, qu’il n’est pas possible d’en méconnoître l’histoire ou le tableau.

Ce tableau est souvent obscurci d’épais nuages : la marche de la petite-vérole est suspendue par des accidens qui ne sont point de son essence , mais auxquels elle se joint malheureusement : il en résulte des maladies compliquées , qu’un médecin observateur doit essayer de simplifier et de réduire à leur marche naturelle : il a recours aux remèdes qu’il choisit et qu’il applique à sa manière lorsqu’il ne croit pas la maladie au-delà des ressources ne l art.

Peut-il y avoir quelqu’un de ces médecins qui aime inieiix conduire la petite-vérole , ainsi compliquée et dénaturée , que de la diriger lorsqu’elle est dépouillée de tout ce qui n est pas Rcces-

SUR. LlitSTOIRE DE LA MÉDECINE. 607

sairenieiit de son essence ? Non sans doute. Il n’en est donc aucun cjui ne doive tolërer l’inoculation de la pefite-vérole.

On leur dit que lorsqu’elle est inoculée , elle n’est point accpinpagnée des accidens qui la rendent mortelle, opiniâtre „ dégoûtante , difficile, toujours mal placée, toujours plus ou moiris insupportable aux malades , laissant souvent dans le corps des impressions plus ou moins tristes. Ne fit-on que leur annoncer un pareil fait comme possible , ils devroient faire des vœux pour qu’on essayât d’en constater l’existence. Ils doivent le croire trèspossible , puisque le plus grand nombre des petites-véroles naturelles conservent leurs périodes sans risque.

Leur manière de raisonner en médecine les porte à regarder une maladie comme des efforts de la nature soigneuse et toujours bien intentionnée. La nature, lorsque le corps a été assailli par quelque semence ou quelque cause de maladie, n’a d’antre moyen, pour se délivrer, que de mûrir cette semence , que de l’engluer dans une manière de suppuration pour la mettre ensuite dehors. C’est ce qui arrive , à condition que la nature ne soit pas surchargée. Elle ne l’est point dans les cas de l’inoculation^ parce qu’elle n’a que la semence de la petite-vérole à mûrir.

Des nations entières vous crient que la petite-vérole inoculée I marche et prospère à souhait , en suivant ses temps , ses périodes , ses crises, comme vous désirez C]ue toutes les maladies marchent. Pourquoi regarder iin pareil avertissement des nations d’un œil I aussi farouche que l’austère Caton , lorsqu’il ne vouloit pas de la 1 médecine dogmatique à Rome parce qu’elle venoit des Grecs ?

Pourquoi imiteroit-on les excès de cet Anglois C[ui ne vouloit point employer le quinquina parce qu’il étoit apporté par des I mains ennemies ? Il n’est pas question ici des médecins qui veuillent I prôner un remède qui leur soit particulier. Médecins observateurs,

! il n’y a point ici d’arcanes, de secrets, de panacées; on veut ! même vous servir ; on ennoblit , on élève vos opinions ; les na- I tions se réunissent pour mette votre méthode dans le plus beau I jour.

Déjà nous savons, par le peu d’épreuves faites sous nos yeux, i que le public est dans la disposition de regarder la fièvre de moins ; mauvais œil ; on n’est plus dans le grand étonnement lorsqu’on I entend parler d’un malade qui , ayant la fièvre , a mangé , s’est I levé , a bu de l’eau froide , du vin , du lait : les inoculés ont appris I qu’on peut avoir la fièvre et même jusqu’au transport, sans qu’il ! faille pour’ cela sonner le tocsin , charger le malade de remèdes,

I s’opposer de toutes ses forces à ces accidens , et s’alarmer au point I de regarder comme des miracles la destruction de ces phéno- I mènes, qui se dissipent d’eiix-mêrnes un peu plus tôt ou un peu : plus tard.

Je ne vois rien de plus favorable à la médecine d’expectation I que toutes ces vérités qui sont dues aux premiers rayons de l’ino- I culation; le public doit savoir un gré infini à ceux qui viennent l’éclairer sur des faits aussi importans : qui nous dit que ces vérités utiles n’en ameueroient point d’autres de la mêine espèce?

6o8 RECHERCHES

Ainsi l’iiiocEilation fait toucher au doigt , et par des épreuves réitérées qu’on éloit bien loin de pouvoir imaginer même comme possibles, ces vérités favorites des observateurs : « la fièvre se » détruit d’elle-même; les soins trop minutieux sont superflus et » inutiles; la patience guérit plus de maux que les remèdes ».

L’inoculation n’eut-elle fait autre chose que de produire ces heureux changemens dans les esprits , je prétends que les médecins observateurs doivent admettre l’inoculation , ne fut-ce , pour ainsi dire, que par reconnoissance.

Pourquoi ne pourroit-il pas en être de l’inoculation de la petite-vérole comme de l’art qui a appris à enter et à écusson ner les arbres? Et pourquoi se trouveroit-il des gens ennemis de l’inoculation par une espèce de fanatisme trop approchant de celui des Africains grossiers qui ne veulent point qu’on ente les arbres?

Peut-être la semence de la petite-vérole germe-t-elle plus doucement , et tout aussi complètement , lorsqu’elle est immédiatement appliquée clans l’intérieur du corps par une incision ou autrement , que lorsqu’ ayant long-temps volé dans l’air , elle est portée seulement sur la surface du corps , ou dans des cavités couvertes , comme elle , d’un vernis et d’une peau particulière , c|ui garantit pour un temps le tissu intérieur des parties.

V. La semence de la pelite-vérole dans la contagion ordinaire : Diiret et Bâillon furent du nombre des expectateurs ou naturistes. Avantages de l’ inoculation : sept raisons favorables à cette opération dans le sjsteme des naturistes.

La semence de la petite-vérole , sans pénétrer l’intérieur des parties, tombe seulement sur la surface du coips dans la contagion ordinaire : alors cette semence a besoin d’un travail particulier, d’une préparation sourde , d’une manière de fermentation , qui la mettent au point d’exciter les premiers symptômes de la petitevérole : or J ce travail suppose sans doute un amas particulier d’humeur, une révolution dans tout l’interieur de la machine à laquelle bien des corps succombent.

C’est pourquoi le développement naturel du germe , et les accidens qu’il doit amener en mûrissant , sont très-orageux , et peuvent être funestes. Par l’inoculation , au contraire, la semence est immédiatement portée dans le sang et dans le tissu des parties ; elle frappe les nerfs , sans avoir excité dans les humeurs une fermentation aussi laborieuse que celle qui a été nécessaire pour parvenir, sans l’inoculation , au point de maturité ou d activité propres à exciter les symptômes de la petite-verole , ou bien à réveiller la nature.

Ce sont autant d’avantages de l’inoculation artificielle sur 1 inoculation naturelle , ou si l’on veut , sur le développement spontané du germe de la petite-vérole que quelques-uns croient que nous avons toujours dans le sang : dans la première supposition , le germe inoculé agit avec aisance , au lieu que le germe porté par la contagion n’agit qu’avec difficulté et avec une lenteur qui surprend la nature.

SUR L’HISTOÏRE DE LA BIÉDECINE. 6’oq

Il en est comme des poisons lents qui minent peu à peu le corps par ses fondemens, au lieu que des poisons décides irritent fortement la nature qui se réveille avec toutes ses forces , et qui demande du secours.

Dans le second cas , c’est-à-dire , en supposant que la petitevérole peut survenir naturellement et sans nulle contaqion , par le développement du germe que cliacun porte avec soi en naissant , il semble que ce développement doit être plus pénible lorsqu’il se fait de lui-même que lorsqu’il est aidé par l’addition d’une semence de petite-vérole introduite par l’inoculation : c’est ainsi qu’un peu de levain ajouté à la pâte , la rend susceptible d’une fermentation plus prompte, plus aisée, plus mesurée et qui exige moins de moyens pour arriver à son point de perfection.

Peut-être la plaie qu’on fait pat* l’inoculation devient-elle une manière de foyer ou de centre qui facilite le dernier période de la petite-vérole; je veux dire l’évacuation ou l’expulsion du pus. En effet,, après les préparatifs de la petitq-vérole , après la fièvre les convulsions , et tous les autres accîdens qui caractérisent le premier temps de cette maladie, la nature passe au second temps, qui est celui de la coction.

Alors la semence de la petite-vérole se multiplie dans le corps , et s’y mêle avec une partie des humeurs pour être changée en manière de pus ; parvenue à ce terme , la maladie seroit terminée s’il y avoit quelque couloir naturel propre à laisser passer le pus , comme dans bien d’autres maladies. ’

Mais la nature manque d’un couloir propre à ce passage , comme elle manque dans bien d’autres cas ; elle est forcée d’éparpiller le pus et la semence de la petite-vérole dans toute la surface du corps ou dans les extrémités du tissu mollasse et muqueux des parties : elle use de cette ressource dans d’autres maladies , comme dans les suppurations écrouelleiises, dans les éruptions dartreuses dans quelque espèce de pulmonies et de fièvres lentes dans les-^ quelles l’extérieur et l’intérieur du corps se couvrent de pustules même très-ressemblantes aux boutons de la petite-vérole dans la rougeole , le véritable scorbut, certains dépôts de lait, certaines maladies vénériennes, certaines ébullitions, la goutte etc.

L’ouverture faite par l’inoculation marque et assure pour le passage de cette matière un couloir d’autant jdus commode que le germe de la petite-vérole introduit par ce couloir a laissé eu pénétrant dans l’intérieur des parties , une traînée d’ouvertures qu’il a , pour ainsi dire , enduites de ses qualités; ce qui sert dans la suite à donner à toute la matière de suppuration un écoulement aisé et presque naturel par cette j^laie.

Peut-être enfin cette manière de faire une ouverture et de pratiquer une issue au pus de la petite-vérole , est-elle de quelq'ne utilité même dans les petites-véroles qui viennent sans inoculation et qu’elle seroit plus utile encore si on avoit soin d’enduire cett^

ouverture d’une certaine quantité de pus de petite-vérole déià formé. ^

Ùio RECHERCHES

Elle éclaircit la the'orie des cautères, et semble dcYoir foiirnir de nouvelles vues sur Tusage et l’application de ce secours , que le deTnier siècle avoit , pour ainsi dire , relégué dans les livres par une suite de la doctrine de la circulation , et qui a été renouvelé de nos jours.

Tous ces aperçus peuvent servir à porter quelque jour dans le plan des médecins observateurs^ ils sont de leur ressort, car il ne faut pas penser qu’ils aient renoncé à toute théorie; leurs observations les ont conduits à se former un plan particulier sur la nature , la constitution et la marche des maladies ; ils* ont été sans doute ^loins loin , et ils ont pris une autre roula que les médecins mécaniciens et autres dogmatiques; mais ils ont évité le reproche de Bacon , qui se plaignoit « de ce que les » médecins lui sembloient s’appesantir sur le traitement des ma- » ladies ».

Je croirois pouvoir placer dans cette classe les anciens métho» distes successeurs d’Asclépiade , les partisans de Stahl , et ceux qui, parmi nous, ont essayé de développer la sensibilité, Faction , les laouvemens du ^eitre nerveux , et de ses divers centres , les rapports des parties les unes avec les autres, Faction de l’intérieur du corps, sur l’extérieur, celle de l’estomac sur toutes les autres parties.

Ces observateurs ont surtout mis en évidence Faction singulière des entrailles dans toutes les maladies , et notamment dans la petite-vérole naturelle : il naîtra peut-être quelque jour de ces principes développés , comme ils peuvent l’être, un système complet sur la physique du corps humain et sur l’harmonie , les liaisons et les rapports de ses diverses fonctions. L’ébauche de ce système est déjà soumise aux lumières des médecins. Leurs réflexions en détermineront la valeur , l’usage et l’étendue.

L’époque du rétablissement de la méthode hippocratique ou d’observation dont il est question dans ce chapitre , est sensiblement marquée dans l’histoire de la médecine en France. Bâillon, Duret et Houllier , médecins du premier rang dans FÉcole de Paris , ont suivi cette méthode plus exactement que leurs coijtemporains de Montpellier et des autres Facultés. Ils sont à la tête des modernes attachés à la médecine grecque ; leurs ouvrage*^ répandus et connus de tout le monde , leur assurent une gloire immortelle.

Mais à quoi est enfin due cette gloire , et d’où vient le senii-ment de respect et d’admiration qu’excitent les noms seuls de ces médecins? Ils ne furent , à proprement parler, que les traducteurs et les copistes d’Hippocrate et de quelques morceaux de Galien , qu’ils ont trouvé les plus approciians de la médecine d’Flippocrate.

Il« succédèrent à des médecins entichés de tout le détail desi dogmes de l’école des Arabes ; ils eurent à combattre le dogme brillant de Fernel ; les chimistes les poursuivirent avec force; les partisans de la circulation du sang , et la plupart des dogmatiques modernes, ont abandonné toutes leurs idées ^ comment se peut-ü

SUR UHiSTOIRE DE LA MEDECIINE. 6îi

ffu’ils aient résisté à tant d’attaques , et que leur réputation dure encore ?

11 seinWe que tous les éloges qu’on fait d’eux ne peuvent être que la condamnation de toutes les autres espèces de médecins ^ et notamment des dogmatiques, tels, par exemple, que Chirac et Silva. S’il est vrai , en effet , comme Houîlier , Bâillon et Duret l’ont tant répété , que la nature seule guérit les maladies , qu’il fa lA être très-sobre dans l’application des remèdes , et notamment de la saignée ^ que cette application exige nécessairement un examen bien circonstancié du temps , du jour et du moment de la maladie ; s’il faut , dans les maladies , respecter les jours critiques , si l’histoire des crises est le fondement de la vraie médecine , n’est-il pas évident que tontes les idées des dogmatiques modernes croulent , de iiiéme que celles des chimistes?

Ne s’ensuit-il pas invinciblement que tous ceux qui ne pensent pas comme Houîlier , Bâillon et Duret , doivent les mettre au rang des mauvais médecins et des maîtr^es dangereux? tous les modernes sont dans ce cas , à moins qu’ils ne veuillent renoncer à leur théorie et à leur manière de traiter les maladies.

Duret fut , encore plus que ses deux contemporains que je viens de nommer , pénétré du système d’expectation répandu dans les prénotions de Cos : il fut convaincu par cet ouvrage , dont il s’étoiHnourri , que la nature guérit les malades , et que les remèdes sont impoissans lorsqu’elle ne se prête pas aux révolutions salutaires ; il donna une preuve évidente de son attachement à ces principes par une expérience qu’il ht sur lui-même; car, au- ^ tant qu’il m’en souvient l’histoire suivante le regarde; en tout cas elle ne peut appartenir qu’à un médecin de sa secte.

Étant dans une maladie visité par plusieurs de ses confrères qui vouloient lui faire des remèdes fondés sur leurs opinions particulières^ il résista courageusement à tous leurs efforts : il voulut attendre la crise , cette crise arriva et le guérit.

Il y a toute apparence que ses confrères le regardoient dans ce moment-là comme un fanatique , ou comme un systématique qui ne vouloit pas se livrer aux règles de la bonne pratique. Il seroit fâcheux que les propos qu’ils tinrent* ne se fussent pas conservés s’ils n’étoient fort aisés à deviner : mais Duret se guérit par l’expectation ; la nature, pour laquelle il avoit tant travaillé, ne fut pas ingrate pour lui : elle lui procura une bonne et heureuse crise.

Il demeura sans doute persuadé qu’il eût été sans ses connoissances la victime des opinions de ses confrères , ou pour le plus favorable , il jugea qu’ils étoient tous à plaindre de ne pas apercevoir les prodiges que la nature opère pour la guérison des maladies, prodiges qui heureusement ne sont souvent que masqués par les remèdes, ces remèdes étant la plupart trop foibleset trop indifférens • pour nuire jusqu’à un certain point à la marche suivie de la nature.

Il eût fallu pour l’honneur des confrères de Duret, ou pour > celui de leurs systèmes , qu’il se trompât; c’est ainsi que Vanheî- [ mont mournt d’une pleurésie dans laquelle il ne voulut pas se 1 faire saigner. On n’a pas manqué de remarquer qu’il fut la Vic-

time de son acliarnement contre la saignëe ; njais il ne faut pas faire trop de bruit de ce fait : il ne prouve rien , puisque Vanhelmont s’étoit déjà guéri une fois sans avoir recours à la saignée. Ainsi la valeur de la saignée reste douteuse , d’après l’histoire de Vanhelmont , et le triomphe de la nature est complet dans l’iiistoire de Duret.

Il faut convenir que ce médecin fut le jour de sa maladie aussi grand au moins ou aussi heureux que le jour où Henri Illvcflfilut bien honorer de sa présence la noce de la fille de ce médecin. Il brilla autant entouré de ses confrères, qui vouloient officieusement lui faire des remèdes , qu’allant à l’église à côté de sa fille et de son roi , qui avoit pour Duret une confiance décidée et propre à le dédommager de tout ce que machinoient contre lui Jacot son ennemi et ses adhérans.

Mais je suis toujours étonné de la réputation de Duret qui auroit du être absorbée par la grande quantité d’adversaires qui l’attaquèrent. Les opinions qu’il propose font: la critique de celles qu’on suivoit avant lui et que le commun des médecins n’a pas abandonnées depuis j à quel titre peut-il donc être regardé comme un grand médecin ?

Les galénistes ses contemporains durent le taxer d’audace et de présomption • les chimistes se moquèrent de la nature et de ses crises 5 les partisans de la circulation durent le plaindre : s’il rencontra juste, tous ces gens-là s’égarèrent ; si le système qu’il adopta prend le dessus , c’en est fait de la j)lupart des documens de l’école moderne.

Quoi qu’il en soit , les expectateurs ou les naturistes s’enorgueillissent d’avoir dans leur parti des hommes tels qu’Houllier , Duret et Baillou , puisque la doctrine de ces grands hommes conserve encore son éclat après les conquêtes ou les ravages des chimistes , et après les découvertes des partisans de la circulation • il y a toute apparence que cette doctrine , qui est celle des naturistes, détruira toutes les autres.

Ainsi les expectateurs qui sont aujourd’hui en bien petit nombre, peuvent se flatter de devenir un jour les dominans en médecine. 11 semble que les médecins /rançois commencent déjà à se touiner de ce côté, malgré les efforts du reste des partisans de Chirac et des autres mécaniciens. Les chimistes cherchent à retourner lours opinions , et semblent vouloir essayer de les adosser , pour la pratique de la médecine , à celles d’Hipj^ocrate et des observateurs.

Ce qui paroît bien. certain , c’est que l’inoculation doit être du goût des médecins naturistes ou observateurs, et cela pour plusieurs raisons que nous rapprochons ici et que nous réduisons à sept chefs principaux.

1°. L’inoculation doit plaire aux médecins observateurs, à cause qu’elle entretient et qu’elle flatte leur désir dominant, qui est de réduire les maladies à leur plus grande simplicité. Elle entretient leur modestie naturelle ou ia peine qu’ils ont à médicamenter ou à deviner l’effet des drogues , et à ne cesser de faire des essais

Si'T. LTIISTOIRE DE Lâ BIÉDECîNE. 6i3

Jdiis leur application. « Je suis îas de deviner », disoit un médecin qui qiiittoit la médecine après trente ans de pratique.

9°. Cette pratique donne un relief très-remarquable à leur manière de laisser marcher les maladies suivant leur cours naturel , an projet qu’ils ont d’attendre les crises, de laisser toujours le principal de l’ouvrage à la nature : elle éclaircit la marche qu’on doit tenir dans toutes les autres maladies. La nature guérit les maladies , disoit Hippocrate , et ont dit mille médecins après Jui.

L’inoculation accoutumera le public à voir la fièvre sans frémir , à ne pas s’épouvanter, à un point excessif, des maux de tête et du transport , des maux de reins , des lassitudes et autres phénomènes qu’il ne faut pas sans cesse confondre avec des accidens qui exigent des remèdes. L’inoculation apprend qu’il ne faut pas toujours , dans le cours de toutes les fièvres , faire une diète rigoureuse , boire , suer ou se r'afraîchir , prendre des lavemens ou se faire saigner ou se purger sans cesse.

4°. Elle peut être aussi utile aux médecins qu’au public , en les mettant à portée de parler vrai sur la nature , la durée et les accidens d’une maladie , et les mettant aussi à l’abri de tant de choses impossibles qu’on exige d’eux, mille petits soins, mille remèdes inutiles, et enfin en leur évitant mille reproches dont l’ignorance ou plutôt la déraison des hommes a coutume de les accabler.

5‘^. L’inoculation est une sorte de secours comparable en tout a plusieurs autres remèdes que les médecins observateurs ont conservé dans leurs fastes. Elle n’a rien de plus dur , de plus extraordinaire qu’une saignée , qu’une purgation. Comme ces remèdes , elle suit la marche de la nature , elle lui donne sa liberté ; elle

ait, SI on peut ainsi parler, sur le corps une espèce d’ente ou d’insertion , au moyen de laquelle le fruit de la petite-vérole est plus franc , mûrit plus aisément et tombe avec plus d’aisance. Le premier qui inocula ne fut pas plus courageux , et il raisonna peut-être plus brillamment que le premier qui saigna.

6°. L’inoculation paroit être une de ces grandes vérités utiles, pareilles à celles qu’Hippocrate proposoit aux Grecs , en les forçant, contre leurs préjugés , à se réduire au repos pendant le temps des maladies, pour laisser les crises se faire avec moins d’accidens. Quels que puissent être les préjugés contre l’inoculation , ils ne sauroient tenir dans les têtes des hommes lorsqu’ils verront qu’on gagne seulement autant par l’inoculation vis-à-vis de la petite-vérole , que Fon gagne dans les fièvres par le repos et un régime raisonnable.

7°. L’inoculation épargne évidemment à la naturel, la moitié et peut-être le plus difficile de la besogne ) elle facilite la coction comme le levain facilite la fermentation de la pâte* elle forme pour le pus une voie qui manque à la nature ; celle-ci pa« roit vouloir s’assujettir à employer , comme une issue naturelle , celle qu’on fraie en inoculant. Plût à Dieu qu’on pêit réduire toutes les maladies au même point où se trouve la petite-vérole inoculée par rapport à celle qui vient sans inoculation I

Seroit~il possible que tant de motifs ne fussent pas suffisans

pour dëferminer les médeciris observateurs à la tolérance de Tmocuiation ! c est ce C|ui ne paroit pas même raisonnable à penser^ il y a , au contraire , tout lieu d attendre rj^ubls parleront ouvertement en faveur de cette tolérance.

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