CV. Autres preuves de la même action
Il seroit facile d’insister , s’il le falloit , sur la comparaison d’une glande avec tout autre partie , et on pourroit prouver que comme les nerfs ont deux usages dans un muscle ^ le premier de faire la
i6o REGIIERCHES
vie proprement , et le second de faire le mouvement miisculaire^ de même ceux d’une glande ont aussi deux usages.
L’argument qu’on pourroit tirer en notre faveur de l’habitude que prennent les glandes qui acquièrent , comme tous les autres organes , certaines dispositions , ou qui les perdent suivant qu’on les néglige ou qu’on les fait agir , prouveroit aussi beaucoup ^ les mamelles , par exemple , viennent à perdre leur action si on ne l’entretient point. Il y a d’autres glandes qui acquièrent la facilité d’agir par l’habitude. Toutes ces vicissitudes neparoissent dépendre que des nerfs.
Les rapports de certaines sécrétions les unes avec les autres pourroient-ils s’expliquer autrement? Ne faut-il pas avoir recours à l’action des nerfs pour expliquer comment la matrice cesse d’agir, ou de recevoir des humeurs dans certaines circonstances ? Les mamelles entrent en action à leur tour, et séparent alors beaucoup plus de lait qu’elles n’en avoient séparé jusque-là. .
Y a-t-il quelque chose de satisfaisant là-dessus , dans ce qu’on dit ordinairement du transport des humeurs par les anastomoses des artères? transport, -après tout, qui ne pourroit se faire que par une action particulière des nerfs de la joartie oii les humeurs viennent en foule.
Les médecins suspendent tous les jours certaines sécrétions en agissant sur les nerfs des parties éloignées de celles dont ils veulent diminuer l’action. Ces dérivations et ces révulsions ne sont souvent que des secousses nerveuses dirigées de telle ou telle façon.
Enfin l’action nerveuse des glandes , ou leur effort pour la sécrétion , n’est-il pas évidemment prouvé par tout ce que nous avons dit de l’excrétion ? Et comme nous nous proposons de faire voir que l’excrétion et la sécrétion sont souvent la même chose , nous pouvons conclure que l’action particulière des nerfs de la glande , est aussi nécessaire pour la sécrétion que pour l’excrétion.
§. CVL Découvrir la façon dont les nerfs font la sécrétion dans
une glande.
Il s’agit de découvrir actuellement comment les nerfs agissent pour faire les sécrétions • nous avons prouvé fort au long qu’ils agissent en effet.
On doit se rappeler que nous avons avancé que les humeurs abordent en grande quantité à une glande qui travaille actuellement à la sécrétion (§. xciv). Avant d’aller plus loin , démontrons cette proposition.
Ne nous arrêtons qu’à ce qui se passe dans les parotides pendant un repas. Elles séparent, comme tout le monde le sait, une trèsgrande quantité de salive ^ on ne sauroit dire qu’elle étoit toute contenue dans la parotide , puisque nous avons prouvé ailleurs qu’elle est extrêmement gonflée lorsqu’elle contient un peu d’eau ( §. XII )j elle n’est jamais aussi tuméfiée avant un repas j elle ne contient donc pas alors autant de salive qu’il en faut pour mouiller deux ou trois serviettes , ce qu’on a fait avec la salive qui coule pendant un repas.
anatomiques. îÔ£
Le sang vient à la parotide à proportion que la salive se vide , cela est évident 5 il vient donc plus d’humeur à la glande dans le temps de la sécrétion que dans tout autre ^ ou , si l’on veut , la même quantité de liqueur y est portée plus souvent , ce qui revient au même ; cal’ enfin le repas étant fini , la parotide emploie presque tout le temps, qu’il y a jusqu’au repas suivant, à séparer seulement la salive qu’il faut pour humecter la bouche^ cette quantité n’estelle pas moindre que celle qui se sépare pendant un repas?
Il est facile d’appliquer à tout autre glande ce que nous venons de dire de la parotide. Ce phénomène est évident , et pour expliquer comme il faut les sécrétions, il est nécessaire de commencer par en donner des raisons convenables ^ il ne faut pas au moins le négliger comme on le fait ordinairement. [W ojez §. xciv. )
CVII. La cause de V abord des humeurs vers une glande qui fait actuellement la sécrétion.
Cette direction des humeurs vers une glande , ne sauroit dépendre de la simple action du cœur, ou des lois générales de la circulation qui se fait de la même façon dans le temps de la sécrétion de la salive que dans tout autre.
On ne peut pas dire que la glande soit relâchée pendant le temps de la sécrétion , puisque , par ce que nous avons démontré , il paroît au contraire qu’elle se durcit , et devient plus solide ) ce qui supposeroit un resserrement plutôt qu’un relâchement. D’ailleurs n’avons-nous pas souvent remarqué que les nerfs agissent plus dans le temps de la sécrétion que dans tout autre ?
Comment donc expliquer ce phénomène? On diroit que les glandes agissent comme des ventouses; elles attirent, pour ainsi dire, les humeurs; ce phénomène est certainement bien important même pour la théorie de bien des maladies , où l’on voit évidemment des transports d’humeurs très-indépendans des causes Ordinaires de la circulation.
On sent bien que , suivant ce qui a été dit jusqu’ici , nous pensons qu’il faut attribuer le phénomène dont il s’agit à Faction des nerfs ; et voici comment nous croyons qu’ils agissent.
Ils font’ venir le sang dans une glande en dirigeant et en augmentant la circulation dans cet organe , qui , si on peut le dire., fait lorsqu’il agit corps à part en quelque façon ; il emploie beaucoup plus de sang qu’il ne lui en falloit pendant son relâchement; mais comment les nerfs agissent-ils donc?
Il ne faut pas s’attendre à des démonstrations sur cette matière ; après tout , le fait n’est pas moins vrai , quoiqu’on n’en sache pas bien la raison. Voici ce qu’on peut avancer là-dessus.
L’anatomie apprend que les nerfs accompagnent toutes les artères , et même on voit certains gros vaisseaux , comme ceux du bas-ventre , engainés dans des membranes comme nerveuses ; les nerfs serpentent autour des artères en les accompagnant; ils paroissent se saisir d’un tronc et le poursuivre jusqu’à ses derl'ières ramifications.
En supposant que les artères qui vont à chaque glande reçoivent
1^2 RËCÎIERCHES
un surcroît de force par les nerfs qui s’attachent à leurs parois , on concevra que si ces nerfs viennent à agir un peu vivement , les humeurs seront portées d’autant plus vite du tronc du vaisseau vers ses ramifications , et le tronc venant à se relâcher et opposant moins de résistance à la colonne du sang de l’artère d’où il part, il recevra plus de sang à son tour, et ainsi de suite.
En un mot, la sistole des vaisseaux d’une glande qui est en action est peut-être beaucoup plus forte que lorsqu’elle est relâchée ^ la diastole est de même aussi forte à proportion , c’est pourquoi les humeurs viennent en quantité; et ceci dépend de l’action des nerfs, qui partant d’un ganglion comme d’un centre, agissent vivement sur les vaisseaux qu’ils accompagnent, en les faisant battre beaucoup plus fort; nous ne disons pas qu’ils battent plus souvent ; tout ceci pourra s’éclaircir dans la suite. {Voj '•ez §. cxxviii.)
ïl faut avouer que si les nerfs agissent en resserrant les petites veines d’une glande, ce resserrement pourra augmenter la matière de la sécrétion ; mais il s’en faut beaucoup que cette cause soit suffisante , d’autant mieux qu’il est aisé d’apercevoir que les veines d’un organe qui est en action reçoivent plus de sang que lorsqu’il est relâché , comme on le voit dans les muscles , et comme nous l’avons observé dans un homme qu’on saignoit de la jugulaire, qui, e-n remuant sa mâchoire, faisoit jaillir le sang de la veine et tomber la salive dans sa bouche.
On voit aussi que les veines jugulaires de plusieurs de ceux qui sont dans la salivation sont tout aussi pleines au moins que les veines de ceux qui ne salivent point ; ce dernier phénomène peut venir, il est vrai , de ce que le sang ne circule pas aussi aisément dans les veines , ce qui arrive dans ceux qui ont ce qu’on appelle des transports d’humeurs vers la tête; on ne sait point si les veines n’ont pas alors une au mouvement antipéristaltique:
ce mouvement, enfin, que nous ne pouvons pas examiner ici, ne viendroit que de l’action des nerfs.
Les muscles qui sont dans le voisinage des glandes favorisent aussi le transport des liqueurs vers les organes sécrétoires ; il y a apparence c|ue les muscles reçoivent moins de sang pendant leur contraction; iis en reçoivent plus si on veut; ces deux hypothèses ne nous regardent pas pour le présent ; c’est assez qu’il paroisse que les mouvemens des muscles occasionnent celui des humeurs; nous avons déjà parlé ailleurs de cette action des muscles à l’égard des glandes. {JT ojez §. lxxv.)
CVIII. Comment se fait le choix des humeurs , ou la sécrétion
proprement dite.
Voici la principale question ; elle se réduit comme on l’a remarqué ( §. xcv), à savoir yjourquoi les parties les plus déliées des liqueurs ne passent point dans un vaisseau où les plus grossières passent , et pourquoi cela arrive constamment , de manière que la même glande sépare ordinairement la même humeur, etc.
Les nerfî agissent dans une glande ; ils préparent l’organe et
ANATOMIQUES. i63
dirigent les Eumenrs clans ses vaisseaux; ils font venir du sang qui contient toute sorte de licjueurs ; quelle est la force c{ui clioisit et qui sépare les différentes parties Tune de l’autre ?
Les nerfs eux-mêmes ne sont-ils pas la principale cause de cette séparation? Voici comment on peut concevoir qu elle se fait : les liumeurs portées dans les vaisseaux, ou si l’on veut dans les foliécules des glandes , n’ont que deux routes à prendre , celle du vaisseau sécrétoire ou celle de la veine , ou peut-être celle des lymphatiques veineux ; les humeurs encore mêlées vont heurter aux orifices des petites veines et du vaisseau sécrétoire; mais ces orifices sont munis chacun de leur espèce de petit sphincter et de quelques fibrilles nerveuses ; ils pourront donc se serrer ou se dilater selon le besoin , et cela arrivera suivant l’irritation faite aux nerfs ; une secousse trop fortfe fera fermer l’orifice du sécrétoire ; une trop foible ne l’agacera pas assez pour qu’il s’ouvre; il faut un certain rapport entre la partie qui fait effort pour ouvrir les sphincters et les nerfs qui dirigent ses orifices.
La sécrétion se réduit donc à une espèce de sensation (i) , si on peut s’exprimer ainsi; les parties propres à exciter telle sensation passeront , et les autres seront rejetées ; chaque glande , chaque orifice aura , pour ainsi dire , son goût particulier ; tout ee qu’il y aura d’étranger sera rejeté pour l’ordinaire.
La tension que les chatouillemens et les petites irritations proportionnées au ton du nerf procureront fera la sécrétion; le sphincter dirigé par des nerfs , pour ainsi parler , attentifs et insensibles à tout ce qui ne les regarde point , ne laissera passer
(i) C’est encore ici une de ces métaphores qu’on doit nous permettre ; ceux qui examinent ces questions de près savent combien il est difficile de s’expliquer lorsqu’il s’agit de parler de la force qui dirige avec tant de justesse mille mouvemens singuliers du corps de l’homme et de ses parties; on ne sait pas même de quels termes on doit se servir pour exprimer , par exemple , certains raouvemens des végétaux et même certaines propriétés des minéraux ; il y a eu des physiciens qui , frappés de ces mouveraens , ont eu recours à des causes particulières ; nous parlerons ailleurs de l’hypothèse de Stahl , qui prétendoit que l’âme dirigeoit tout dans le corps animal. Quoi qu'il en soit , on peut dire que toutes les parties qui vivent sont dirigées par une force couservati’ice qui veille sans cesse ; seroit-elle , à certains égards, de l’essence d’une portion de la matière, ou un attribut nécessaire de ses combinaisons ? Encore un coup , nous ne prétendons donner ici qu’une manière de concevoir les choses, des expressions métaphoriques , des comparaisons ; c’est en suivant ce plan que nous avions divisé les fonctions de l’homme comme il suit, en 17/12, Thés, de sensu in genere , consid» Monspel.
SECTIO I. De functionibus îndividui generalibus.
Ca-Put I. De sensu in genere.
Caput II. De motu in genere.
SECTIO II. De functionibus individu! cum evidenti motu et occnlto sensu. Cap. I. De circulatione.
Cap. II. De respiratione.
SECTIO III. De functionibus individu! cum evidenti sensu et occulto motu, Chap. I. De sensibns vulgo externis.
Chap. II. De sensibus vulgo internis.
SECTIO IV. De functionibus individu! peeuliaribus.
Cap. I. De generatione.
Cap. II. De fœtus functionibus.
i64 RECHERCHES
que ce qui aura donné de bonnes preuves; tout sera arrêté; Is bon sera pris , et le mauvais sera renvoyé ailleurs.
Les nerfs de chaque glande ont leur ton particulier comme ceux de tous les autres organes. On a dit qu’on verroit par le pied si l’organe et ses nerfs étoient disposés comme il faut; on peut dire de même que la séparation de la bile se feroit par la bouche , si les nerfs de la parotide avoient une autre sensibilité j ou , si nous osons l’avancer , un autre goût.
CIX. Remarques qui ser^’ent de preu^>es à ce que nous avançons.
Pourquoi ne pas comparer ce qui se passe dans les glandes à ce qui se passe dans le gosier , au sujet de l’air , des alimens et de Ja boisson? La glotte qui est extrêmement sensible , et trop vivement irritée par tout ce qui n’est pas de Pair assez pur , ne laisse passer en effet que cet air ; elle rejette le reste , et on peut dire qu’elle doit continuellement se tenir sur ses gardes; on ne la surprend guères ; n’a-t-il pas fallu qu’elle ait reçu du Créateur, outre l’épiglotte qui la couvre , une disposition particulière ? Ses nerfs ne sont-ils pas les dépositaires de cette vertu? Pourquoi n’en diroit-on pas autant de la moindre glande ?
L’œsophage lui-même et l’estomac ont leur sentiment propre ; ils retiennent certaines choses , et ils rejettent ce qui ne leur convient pas. Nous dirons plus bas quelque chose de la comparaison des glandes avec l’estomac.
N’a-t-on pas admis dans les orifices des veines lactées de petits sphincters capables de dilatation et de resserrement pour s’opposer au passage des matières âcres ? Le passage du chile dans les vaisseaux lactés ne fait-il pas une véritable sécrétion ? ne l’avoue-t-on pas ordinairement ? Pourquoi ne pas raisonner sur une glande , sur ses nerfs et sur ses vaisseaux , comme sur les intestins et sur ce qui les regarde ?
N’a-t-on pas dit, suivant un système qui a encore bien des partisans, que dans certaines circonstances, les trompes de Faîîope d érigent , se replient, et empoignent l’œuf préparé au passage ? Pourquoi chaque petit vaisseau des glandes n’auroit-il pas un mouvement et une action à peu près pareils? Le transport de l’œuf dans la matrice a bien des rapports avec les sécrétions : il faut choisir l’œuf, le saisir , le retenir , ne pas le laisser échapper , et le transporter à l’endroit de sa destination : si des nerfs , si de petits muscles font une fonction aussi importante , pourquoi ne pas leur confier ce qui concerne les sécrétions ?
Enfin chaque partie n’a-t-elle pas son tact ou sa disposition particulière ? L’œil ne sauroit souffrir l’huile que l’estomac retient à merveille , et celui-ci rejette l’émétique qui ne fait presque point d’impression sur l’œil. Pourquoi les glandes n’auroient-elles pas leur tact, ou leur goût particulier? Elles ont des nerfs en abondance ; elles ont des ouvrages essentiels à faire ; il faut qu’elles s’acquittent de leur devoir à la minute : pourquoi ne seroientçlles pas dirigées par l’action nerveuse qui suppose, pour agir,
ANATOMIQUES. JOJ
tine espèce cle sensation , ou d’action singulière de la part du corps qui excite les nerfs ?
§. ex. Autres remarques qui ser^^ent aussi de preiwes^
Faisons un peu d’attention à ce qui se passe communément danç les sens. L’œil se prépare à recevoir la lumière 3 il se serre ou se dilate selon que les rayons lumineux sont plus ou moins forts : vous diriez que la pupille et son sphincter ne laissent passer que les rayons qu’ils choisissent , en quelque façon • enfin l’œil sait se raccourcir, s’allonger, se porter deçà et delà, pour chercher et recevoir la lumière : ces actions ne sont dues qu’à ses nerfs.
L’oreille se tend , s’ouvre , se dispose enfin à recevoir les rayons sonores. Le sentiment du son ne sera jamais parfait qu’autant que l’organe se sera disposé comme il faut , etc.
jNous pourrions ajouter bien des choses sur les autres sens, on n’a qu’à consulter le §. xcvin et quelques autres : nous en avons dit autant qu’il en faut pour pouvoir avancer qu’on doit raisonner sur les glandes , à peu près comme sur les organes du sentiment. La comparaison nous paroîtra juste à bien des égards, jusqu’à ce qu’on ait bien fait voir la diiTérence ou la disparité.
On pourroit encore en appeler à ce qui se passe dans les plantes , dont certaines parties , souvent aussi grêles que peuvent l’être les nerfs d’une glande, se plient, se contournent, et se disposent de mille manières pour travailler au développement du fruit , et à tout ce qui regarde la génération et les différentes distributions de la sève.
Ces mouvemens ne sont pas moins étonnans , et doivent être aussi prompts ^ aussi délicats et aussi bien dirigés que tous ceux que nous avons avancé que pouvoient faire les nerfs dans les glandes. Si tous les physiciens admettent aujourd’hui les premiers , il paroît qu’on doit de même admettre ceux qui regardent les corps glanduleux.
Arrêtons-nous aussi à examiner quelque chose de ce qui se passe dans certains animaux , surtout dans quelques polypes dont on a découvert, il n’y a pas long-temps, des propriétés si admirables. Ces végétaux animalisés , s’il est permis de s’exprimer ainsi, sont munis, entre autres' parties , d’une certaine quantité de petits prolongemens qui leur servent à chercher leur nourriture un peu loin , comme les racines servent aux arbres. Ces prolongemens sont étendus dans l’eau ^ ils sont lâches dans certains temps ’y mais ils s’étendent ou ils se redressent lorsqu’il faut arrêter quelque insecte , ou quelque autre corps qui leur convient: ils font enfin ce qu’on pourroit dire que font les racines des vaisseaux sécrétoires qui ilottent , pour ainsi dire , dans les follécules^ des glandes , comme nous le dirons plus bas.
Les phénomènes qui se passent dans de petits animaux , res*-* semblent sans doute à ceux qui se passent dans les plus grands mais la petitesse et la structure particulière des organes des infectes et des autres petits animaux ont quelque chose déplus suit-*»
i66 RECHERCHES
prenant, parce qu’on est moins habitué à les apercevoir, et à les examiner.
D’ailleurs on croit aujourd’hui avec quelque fondement , que ces petits animaux , surtout les polypes , sont pour ainsi dire des etres intermédiaires entre les végétaux et les animaux. Ils tiennent des deux règnes, et ils font mieux sentir les différentes nuances qui les distinguent l’un de l’autre , et ce qui leur reste de commun.
Ne doit-on pas avouer qu’il y a dans les animaux même les plus parfaits, des parties qui approchent plus du règne végétai que bien d’autres ? N’en trouveroit-on pas encore qui seroient intermédiaires entre les deux règnes ? Ainsi un animal est composé de différentes parties qui appartiennent chacune à différens règnes de la nature.
Tout ceci éclaircit ce que nous avons supposé sur la vertu que nous avons attribuée aux glandes , vertu qui suppose , en suivant toujours notre façon de parler métaphorique , quelques nuances de sentiment, qu’il ne faut pas sans doute confondre avec le sentiment proprement dit.
Du reste l’opinion que nous avons exposée sur l’action des glandes , ou sur le mécanisme des sécrétions , a été soutenue avec éclat , aux écoles de Montpellier en 1746, par M. Parade , docteur en médecine de la Faculté. (Voyez aussi Thés, de sensu in genere , Monspel. 1742.)
§. CXI. U explication de certains phénomènes des sécrétions.
Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit sur la cause des sécrétions : nous dirons plus bas quelque chose sur leurs retours périodiques. Il s’agit actuellement d’expliquer certains phénomènes dont on se propose de rendre raison , quelque système qu’on embrasse.
On demande d’abord pourquoi le sang passe quelquefois par certains excrétoires , comme dans ceux des reins , etc. On dit communément que cela vient de ce que les vaisseaux sont forcés , et qu’ils laissent par là échapper la partie rouge ^ mais , outre que ces cas sont fort rares pour ce qui concerne d’autres excrétoires c[ue les reins , et qu’il n’est pas toujours aisé de décider si le sang contenu dans les urines vient de la vessie , de l’urètre , ou du rein , il semble qu’on puisse supposer que dans tous les cas , il n’y a pas précisément une dilatation de vaisseaux, mais de petites déchirures , de manière que le sang ne sort pas précisément par les sécrétoires.
Pourquoi l’urine ne pouvant pas se séparer dans les reins , passe-t-elle dans les autres organes , comme les glandes de l’estomac ? Il semble que cette liqueur doit être regardée comme étant assez fine pour passer partout ; elle n’est que de l’eau chargée de quelques autres parties ; nous avons dit que la portion aqueuse du sang pouvoit passer par tous les couloirs. D’ailleurs il îi’y a qu’à dire de l’urine à peu près ce que nous allons dire de la bile. Cette liqueur s’épanche partout j elle jaunit tous les sucs et toutes les parties, lorsque le foie ne la sépare point comme il
faut ^ il y a même apparence qu^elle reflue dans la masse des liumeurs.
On pourroit dire que la bile est quelquefois si déliée et si affinée , qu’elle pénètre les moindres pores , et que, quoiqu’elle soit en très-petite quantité , elle suffit toujours pour teindre les liqueurs. Elle teint dans les ictériques non-seulement l’urine, mais la lymplie , et même l’humeur aqueuse de l’œil qui se sépare peutêtre par des pores. Il faut donc que la bile ait pénétré toutes ces liqueurs. On s’aperçoit aisément qu’elle traverse les pores de la vésicule du fiel , où elle séjourne 5 en effet elle teint le colon et les autres parties du voisinage : ces parties si affinées ne pourroient-elles pas passer par les plus petits vaisseaux , et teindre toutes les liqueurs blanches ?
^ Rappelons ici ce qu’on voit dans les malades qui ont long-temps souffert la suppression de quelque excrétion : ils rendent sur la fin de leur maladie , par l’organe qui étoit affecté , beaucoup d’humeurs qu’on prendroit pour ce qui a été arrêté pendant toute la maladie.
Un malade dont l’action du foie a été suspendue rend beaucoup de bile j celui dont l’écoulement de l’urine a été suspendu rend beaucoup d’urine 5 celui dont la transpiration a été supprimée vient à suer copieusement , et ainsi de suite : ces cas ne sont pas rares. Si l’urine , si la bile et la transpiration retenues alloient inonder les autres excrétoires et se séparoient par leur moyen , comme il semble qu’on veuille le dire communément , il seroit étonnant qu’il arrivât ensuite des évacuations copieuses : car enfin d’où viendroient-elles ? Quelle seroit la liqueur qui les formeroit , si ce n’est celle qui a été retenue par la maladie de l’organe ?
Ne pourroit-on pas croire que dans toute liqueur séparée par dés glandes , il faut d’abord distinguer la partie aqueuse ? Celle-ci , comme nous l’avons déjà dit , peut passer partout. Il y a aussi une partie extrêmement, déliée , qui a les caractères de la liqueur qu’elle abandonne , et qui passe de même aisément par toutes sortes de couloirs. Enfin il y a dans toute sorte de liqueurs une portion qui forme, à proprement parler, l’humeur à séparer^ celle-là séjournera peut-être dans la masse du sang ou dans l’organe ^ mais elle ne se séparera point.
L’explication du dévoiement des humeurs dans un autre organe que celui pour lequel elles sont naturellement destinées , embarrasse , il faut l’avouer , quelque système que l’on ])renne. On voit, par ce que nous venons de dire , à quoi il doit se réduire. On diroit presque que nous sommes portés à ne pas croire ce qu’on a avancé sur ce déyoieinent y mais qu’en a-t-on dit ? Quel est l’auteur qui en a parlé comme il faut ? Les théoriciens qui ne voient pas de malades sont-ils en état de parler de ces matières ? Quoi qu’il en soit , voici ce qu’il semble qu’on peut avancer en suivant le système que nous avons exposé.
1®. Si le choix de l’humeur qui doit passer dans une glande se fait au moyen des nerfs , ce qui suppose une espèce de sensation particulière dans le corps glanduleux ^ il semble que les sensafioiis
i68 RECHERCHES
des glandes ne sont pas si différentes qu’elles ne puissent suppléer î’une à l’autre dans certains cas. Quelle est après tout la différence de la bile et de la salive par rapport à l’impression qu’elles doivent faire sur l’organe ? elle se réduit au plus et au moins. Pourquoi le foie ne pourroit-il pas séparer , dans certaines circonstances , ce que la parotide sépare ordinairement , et réciproquement ? Il ne s’agit que d’un peu plus ou d’un peu moins d’aisance dans les vaisseaux de la glande , et de mutabilité dans les irritations nerveuses, c’est-à-dire que les nerfs peuvent être tous propres à des sensations qui ne diffèrent pas essentiellement. Les nerfs de la langue sentent le doux et l’amer ; ils sont sujets à plus d’une modification : pourquoi ceux des glandes ne le seroient-ils pas ? 11 faut avouer que de pareilles propriétés dans les nerfs pourroient aisément déranger l’ordre des sécrétions ^ mais il y a de la différence de l’état sain à l’état malade dans lequel les humeurs sont fort mal mêlées , au lieu que dans l’état de santé elles se préparent pour ainsi dire de loin aux sécrétions (i).
Nous avons dit dans la préface que nous ne parlerions point de la manière dont les humeurs concourent aux sécrétions : c’est ici qu’il faut faire usage de cette remarque.
2°. Ne pourroit-on pas dire qu’une humeur retenue dans le sang le gâte , et dérange par là tous les oi’ganes ? La bile jaunit tout dans certains ictériques j elle leur fait porter de faux jugemens sur les couleurs des objets qui leur paroissent tout jaunes , et on a observé ce phénomène dans des malades dont l’humeur aqueuse ne paroissoit pas changée , de façon qu’il y a apparence que la rétine étoit enduite de matière bilieuse. De même la bile change la sensation du goût j tout paroît quelquefois amer à un ictérique ; pourquoi les nerfs des glandes ne seroient-ils pas aussi gâtés , et pour^insi dire corrompus , au point de se laisser tromper ^ si on peut s’exprimer ainsi, et d’agir à faux?
3”. Nous pourrions aussi donner l’explication de ce phénomène telle qu’on la donne communément , en faisant attention que le sang a plus ou moins de force dans certains cas , d’où il résulte bien des changemens y mais la question seroit-elle éclaircie par là ?
Quoi qu’il en soit, on ne peut s’empêcher d’avouer que , quelque indifférentes que paroissent ces matières au premier abord , elles peuvent pourtant devenir très-intéressantes.
Peut-être , pour le dire en passant , bien des praticiens n’ontïls jamais fait attention que leur pratique est fondée , dans la plupart dçs maladies , sur la décision de çe problème : savoir , si
(i) Les physiologistes ont commencé d’examiner ce qui arrive au- sang de la veine-porte , et les changemens qui le préparent à la sécrétion de la bile ; pourquoi n’a-t-on pas appliqué les mêmes réflexions ou à peu près semblables aux autres organes ? N’est-il pas étonnant de voir des auteurs qui font , dans leurs pathologies, tant d’attention aux mauvaises dispositions qu’acquièrent les humeurs, passer si légèrement sur celles qui font leur état parfait Les élaborations du sang et de ses différentes parties doivent sans doute entrer pour beaucoup dans ce qui regarde les sécrétions ; il seroit bon de conuoitre les mélanges , les puions, les rapports et les combinaisons de ces parties; mais comment s y prendre ?
ANATOMIQUES. iSg
les excrétions d’une certaine espèce peuvent suppléer à celles d’une autre ; si lorsque la transpiration est retenue , les intestins peuvent séparer toute la matière de la transpiration ^ s’il faut les exciter à cela , et ainsi de suite ?
On voit aisément combien le parti qu’on prend dans cette question peut influer sur la pratique 5 combien , par conséquent , il seroit essentiel de la mieux examiner , si l’on veut pratiquer la médecine avec quelque méthode. Car enfin si les excrétions violentes des intestins ne peuvent pas suppléer à celles de la peau , par exemple , en vain les excitera-t-on * les irritations , les secousses et les changemens de direction dans les humeurs seront en pure perte J, et pourront devenir préjudiciables. Au contraire , si elles sont de nature à j suppléer en effet , pourquoi ne pas les exciter pour vider la matière de la transpiration comme provisionnelle-ment , en attendant que ses organes soient rétablis dans leur jeu ? Cette question mérite donc bien de l’attention, il faut en convenir.
§. CXII. Première objection contre ce que nous avons dit des petits sphincters dans les glandes.
On nous a dit que la supposition que nous faisions étoit bien étrange , et on a opposé ce que des observations non suspectes ont démontré , par rapport à la structure interne des glandes. On a trouvé qu’elles étoient remplies d’une substance filamenteuse , lanugineuse et comnae du coton. Il ne paroît pas que les petits sphincters c[ue nous avons supposés puissent se rencontrer dans une substance aussi pulpeuse.
Les observations ont en effet démontré cette substance qu’on appelle cotonneuse. Les partisans de l’humeur analogue l’ont saisie avec plaisir , et l’ont trouvée très-propre à loger leur ferment. Mais il est certain que quand même on confirmeroit tous les jours ce qu’on a observé , il n’en résulteroit rien ni contre notre opinion , ni en faveur de l’humeur analogue.
Qu’a-t-on vu en effet ? une substance filamenteuse. Mais estelle cellulaire , spongieuse ou vasculeiise ? jN’est-elie pas formée par les extrémités des petits vaisseaux ? Ne forme-t-elle pas des espèces de houpes nerveuses , ou des faisceaux de vaisseaux capillaires ? voilà ce qui n’est pas bien éclairci.
N’emploie-t-on pas enfin une expression qui peut en imposer ? Dire que la substance dont il s’agit est cotonneuse comme du duvet , c’est insinuer qu’elle n’est qu’un tissu de filamens lanugineux , placés de manière qu’ils peuvent attirer l’humeur à sécerner , comme un morceau d’étoffe , à la faveur de l’humeur analogue dont ils sont imbibés. Si on appelle ces filamens houpes nerveuses , ou faisceaux vasculaires , la même idée ne se présentera pas aussi aisément.
Pourquoi ne pourroit-on pas croire que ces filamens sont de petits vaisseaux , des artérioles avec des nerfs et des vaisseaux sécrétoires? Peut-êfre ces houpes sont-elles en effet l’organe principal de la sécrétion. Qu’on conçoive qu’elles nagent ou qu’elles trempent dans les follécules pleins d’humeurs , si elles sont relâ-
l’jo RECHERCHES
chées , les vaisseaux sont entortilles , leurs cavités sont affaissées ^
mais lorsqu’elles viendront à s’étendre, comme font les lioupes
nerveuses du tact , alors les vaisseaux artériels regorgeront plus
de liqueurs , les sécrétoires s’ouvriront, leur extrémité pendante
exercera ce que nous avons appelé sa sensibilité , et la sécrétion
ou le choix de l’humeur se fera comme il faut.
§. CXIÎI. Seconde objection tirée de ce que nous n avons pas parlé de quelques autres opinions sur les sécrétions.
Ox pourroit trouver mauvais que nous ayons négligé de parler de l’opinion de ceux qui regardoient les glandes comme des cribles dont les trous étoient de difïérentes figures , ni de celle des chimistes qui ont placé un ferment particulier dans chaque glande, Î1 y a aussi des physiologistes qui ont prétendu expliquer les sécrétions par l’électricité , et d’autres par l’attraction des couloirs : pourquoi ne pas parler de ces opinions pour les comparer à celle que nous avons proposée ?
1°. Quant à ce qu’on a dit de la différente figure des couloirs, cette opinion , toute ingénieuse qu’elle est , ne sauroit subsister , parce que , quand meme les orifices des vaisseaux seroient de différentes figures, les sécrétions ne se feroient pas bien, puisque les particules rondes passent par toute sorte d’orifices , et que celles qui ont une autre figure peuvent s’accommoder pour passer dans bien des espèces de trous.
En un mot on ne sauroit , à moins d’entasser supposition sur supposition , soutenir cette opinion : c’est la raison que nous avons eue pour la négliger. Nous ne nous servons point de celle qu’on lui oppose communément comme invincible , et qui est fondée sur ce qu’on a démontré géométriquement que tous les orifices des vaisseaux dévoient être ronds. Cette démonstration a été admise par tout le monde , et on l’a prise pour un principe duquel on est parti. Mais elle ne paroît frappante que dans l’opinion de ceux qui croient que tout est vasculeux ^ car s’il y a des parties spongieuses , oii en sera-t-on avec la prétendue démonstration ? Si les humeurs circulent dans certains endroits , par exemple , dans les parties glanduleuses, comme dans une éponge, ne peut-il pas y avoir des trous de toutes les figures possibles ? .Si ces organes sont celluleux , n’y a-t-il pas des cellules qui peuvent en comprimer d’autres , et sont-elles toutes rondes ? ne peut-il s’en trouver qui soient aplaties de plusieurs côtés , comme on le voit dans les cellules des ruches des abeilles ? Ne peut-on pas même dire à peu près la même chose dés vaisseaux ?
2®. L’opinion des fermens paroît semblable à celle de l’humeur analogue, à laquelle la première a donné naissance; il n’y a de la différence que dans le nom , et un peu dans la façon d’agir de ce corps particulier placé dans la glande. Il est vrai qu’il y a eu des fermentans qui ont dit que le ferment a. été placé , non point pour séparer l’humeur , mais pour la former : nous parlerons de ceci plus bas.
3^. Il est vrai que certains physiologistes ont cru , même depuis
peu, expliquer les sécre'tions en disant, les uns, qu’elles se font par l’électricité , et les autres par Fattraction. Mais ne sait-on pas quel fonds on doit faire sur les idées de ces théoriciens , sur les connoissances des physiciens et des géomètres modernes ? Ils établissent leurs systèmes , qui sont au moins précoces , sur des généralités et des connoissances vagues , que les grands maîtres n’ont pas encore bien déterminées. C’est à ces grands maîtres, c’est-àdire aux vrais physiciens et aux vrais géomètres , à donner des fondemens solides à tant de connoissances , que les plus sensés regardent aujourd’hui comme des vérités éparses , et dont on ne connoît pas encore l’enchaînement.
5» CXIV. Si les glandes nont pas la vertu de donner certaine
nature aux humeurs.
Nous avons supposé jusqu’ici que les humeurs étoient contènues formellement dans le sang : cette opinion semble plus vraisemblable que celle des auteurs qui assurent le contraire. Il ne faut pourtant pas déguiser qu’il n’y ait bien des objections à faire ^ et comme il paroît que cette question , toute indifférente qu’elle semble d’abord , peut pourtant influer meme sur la pratique médicinale , il ne faut pas la négliger.
Voyons d’abord si elle peut réellement influer sur la pratique médicinale. Un praticien qui croira que les différentes liqueurs sont contenues formellement dans les humeurs , ne sauroit se dispenser , dès qu’il trouvera quelque couloir en défaut , d’accuser une sorte de mauvais mélange des liqueurs , ou de cacochimie , à la suite de la surabondance de l’humeur retenue , et il dirigera ses vues en conséquence. Celui , au contraire, qui prétendra que les couloirs sont faits pour former l’humeur qu’ils vident en certains temps , ne craindra , dans toute sécrétion retenue , que la pléthore qui peut résulter delà suspension d’une excrétion* celuici pourra ne point avoir les mêmes vues que le précédent , et leur dispute roulera sur la question dont nous parlons , et qui n’est point à négliger comme on voit.
Bien des raisons se présentent en faveur de ceux qui ne croient point que les humeurs soient formellement dans le sang : ils diront que , si cela étoit , les humeurs mêlées ensemble devraient faire du sang • qu’on découvriroit dans cette liqueur le gorit de quelque une des humeurs qu’on prétend qu’elle contient , etc.
D’ailleurs la vésicule du fiel , les vésicules séminales , les testicules eux-mêmes et tant d’autres réservoirs dont on pourroit parler , ne font-ils pas des changemens évidens dans les humeurs qu’ils contiennent? La bile qui n’étoit presque pas amère le devient, et elle acquiert ses propriétés principales ; la semence devient plus propre à la nourriture et peut-être à la propagation , etc. Tous ces argumens bien pesés ne laisseht pas que de prouver beaucouj) plus qu’on ne le croit ordinairement.
Les partisans de l’opinion que nous avons regardée comme la plus probable , ont pour eux l’expérience de M. Chirac , qui ayant lié l’artère rénale dans un chien vivant , s’aperçut que le chien
voniissbit des matières qui avoient une odeur urinense. Il n’v a aussi qu’à jeter les jeux sur ce qui se passe dans les ictèriques • dès que le foie ne fait pas sa fonction , la bile inonde toutes les humeurs , tout paroît se changer en bile , tout est teint de cette liqueur • comme tout le corps de l’animal sent l’urine dans l’expérience de M. Chirac.
Ces expériences prouvent beaucoup au premier abord , mais 1 humeur qui jaunit les parties dans un ictérique est-elle bien de la bile? D’ailleurs si lorsque Faction du foie est suspendue , toutes les humeurs deviennent bilieuses ou se changent en bile , n’en peut-on pas conclure qu’elles étoient propres à prendre toute sorte de modifications. Le foie n’agissant point , il doit rester dans le sang cette quantité de bile qui se seroit séparée , mais pourquoi s’en formeroit-il de nouvelle , supposé , comme il arrive , que les digestions fussent suspendues ?
Quant à Faction du rein , outre que l’expérience n’est pas aussi aisee à réitérer qu’on pourroit bien le croire , il paroît qu’on ne sait pas bien ce qui est arrivé aux veines du rein , lorsqu’on a lié leurs artères , et on ignore si leurs vaisseaux lymphatiques n’ont pas reporté quelque portion d’urine dans le sang, M. Fizes s’est servi de oes doutes ou d’à peu près semblables , contre l’expérience de M. Chirac ^ mais sont-ils sufïisans pour l’infirmer ?
On ne sait pas encore s’il n’y a point deux espèces d’urine, comme des auteurs respectables le prétendent ; une stomacale et une rénale , pour ainsi dire. On ne connoît pas bien encore les rapports de l’estomac et du rein , ceux de la vessie et de l’estomac ) et cette ignorance suffiroit seule à bien des gens pour avancer que le rein n’ayant point d’action , l’estomac fait la fonction de cette glande et fabrique l’urine.
Sur le tout la formation des humeurs paroît ne pouvoir se faire ( eu egard aux parties solides) que par certains battemens des vaisseaux. On ne sait pas si le foie et les reins étant obstrués , les vaisxSeaux généraux ne peuvent pas suppléer à ces organes jusqu’à un certain point.
Les chimistes qui admettoient un ferment particulier fabricateur de l’humeur à séparer pouvoient être mal fondés , mais ils avoient quelque raison pour eux. Après tout il seroit bien utile qu’on décidât ces questions une fois pour toutes , et qu’on les approfondît un peu. On décideroit en même temps si les médicamens peuvent altérer , sur le snjet vivant , la masse des humeurs , et changer ou suspendre les mouvemens qu’on appelle spontanés \ s’il y a à comjDter, et jusqu’à quel point ^ sur cette sorte de remède ; s’il y en a qui soient bilieux , ou qui fassent de la bile , et ainsi des autres humeurs.
Nous n’avançons rien de nous-mêmes en proposant ces questions • nous rappelons seulement ce que nous avons ouï dire à de grands maîtres , qui ne déguisoient pas leur embarras auprès des malades ; ils savoient pourtant bien toutes les promesses et tous les systèmes qu’on trouve dans certains livres sur ces matières j ils â’eiî tenoient à dire qu’après des expériences réitérées, et une
ANATOxMIOIIES.
longue pratique , il ne pouvoient que souhaiter qu’on eût là-dessus des connoissances fixes.
Comment oublierions-nous de pareilles leçons ? elles nous ont été faites au lit des malades. Combien de fois n’est-on pas obligé , eu pareille position , de renoncer aux leçons qu’on a reçues dans l’école , et à tant de choses que les livres les plus recommandés apprennent sur les humeurs , et sur ce qu’on appelle leurs maladies !
Mais faut-il hésiter de se déterminer sur ces matières , lorsqu’un des plus grands praticiens que la médecine ait eu , lorsque le plus grand des chimistes, lorsque Stahl enfin , n’hésite pas à avancer qu’un médicament altérant est rara avis in terris ? Qui opposerat-on aux décisions de ce réformateur de la médecine? Trouverat-on quelque antagoniste digne de lui ?
§. CXV. IJ action des médicamens sur les glandes.
S’il est bien assuré qu’il y ait des médicamens qui n’agissent que sur tel ou tel organe , il faudra expliquer leur façon d’agir , en disant qu’il y a un rapport entre les parties de la glande et celles du médicament. On a déjà fait cette remarque , et il n’est pas possible d’aller plus loin.
Trouvera-t-on mauvais que nous semblions douter qu’il y ait des médicamens qui aient des vertus bien déterminées et bien marquées , sur tel ou tel organe glanduleux , et qui soient , comme on dit , spécifiques'? Il faut avouer que bien des choses semblent prouver qu’il existe en effet de pareils corps dans la nature , et il seroit à souhaiter qu’on les connût comme ü faut^ mais ne conviendra-t-on pas aussi que ceux qui soutiendroient l’opinion contraire , ne manqueroient pas de bonnes raisons.
On sait qu’il y a bien des médicamens qui , donnés à différentes doses , ont différons effets ; la pratique confirme tous les jours cetle vérité y on éprouve aussi , dans l’occasion , combien il y a peu à compter sur l’effet de certains remèdes prétendus appropriés pour agir sur tel ou tel organe ; les dispositions particulières des différens sujets changent tout quelquefois • un purgatif devient diurétique I ou sudorifique , etc. Enfin tout le monde avoue que le nombre des I spécifiques , proprement dits , est très-borné.
D’ailleurs sait-on bien encore comment il faut déterminer l’ac- I lion d’un médicament? Est-il bien aisé de déterminer , si et quand i il agit sur les liqueurs ou sur les solides , ou sur Tune et l’autre de : ces deux parties ?
Il y a peut-être des médicamens qui évacuent une humeur en ! la rendant plus abondante dans la masse du sang, en rendant les i humeurs plus ou moins mobiles , ou plus ou moins épaisses. D’autres ] font des évacuations en agissant sur l’organe glanduleux simple- : ment. En un mot , il y a là-dedans bien des choses à examiner^ ! elles sont essentielles , et doivent être les fondemens de la vraie [ matière médicale.
Il est nécessaire de remarquer , au sujet de l’action des médi- : camens sur les glandes , qu’il paroît que peu de médecins ont fait j attention jusqu’ici qu’il n’est peut-être pas toujours nécessaire qu’un
ïîiédkament aille rouler avec la masse des humeurs , et soitainsî porté à l’organe sur lequel il doit agir.
Les observations que les seuls praticiens sont en position de faire , et les lois de l’économie animale, bien considérées et bien entendues, font naître ces doutes. Qui croiroit , au premier coup d’œil , que de vives douleurs à la tête et aux différens membres , des crampes , des érysipèles et tant d’autres infirmités qui affligent les différentes parties du corps, dépendent quelquefois d’une disposition particulière de l’estomac , ou de certaines parties qui sont dans son voisinage ? Les praticiens doivent être les juges dans cette occasion comme dans tant d’autres. Combien ne doivent-ils pas êtiœ surpris de voir les théoriciens courir après des explications singulières , pour trouver comment le corps qu’on suppose nuire aux organes qui sont affectés , peut avoir passé dans la masse des humeurs , tandis que mille et mille observations leur indiquent que cette cause est vers l’estomac , et que les symptômes disparoissent dès qu’on remet ce viscère dans son état naturel I
ÎS^e peut-on pas enfin trouver quelques raisons pour avancer qu’il y a vers l’estomac un organe , pour ainsi dire , général , qui influe à certains égards sur tous les autres , et qui les modifie jusqu’à un certain point, suivant qu’il est diversement modifié lui-même?
Cela posé , on ne seroit pas en droit de dire qu’un médicament qui ne peut pas passer dans la masse des humeurs , et s’unir comme il faut avec elles , ne peut pas agir , par exemple , sur la tête , etc.
Il ne s’agit pas de savoir comment il pourroit se faire que les mouvemens se communiquassent ainsi du centre à la circonférence , il n’est question que d’examiner si les faits qu’on avance ^ sont bien constatés. C’en est assez pour le présent. an Helmont ^ de Arch. et de Diiunwirat. Hoffman de Diiodeno , et tant d’autres f. praticiens qui ont examiné les choses comme il faut , c’est-à-dire sur les malades, en apprendront plus que ce que nous pourrions en dire ; mais qui se donnera la peine de lire des auteurs qui s’écar- ! tent des systèmes communément reçus ? |
§. CXVI. Remarques sur la salivation causée par le mercure, j.
Nous pourrions , en suivant la route où cette matière nous a |i conduit , nous étendre sur bien des questions qui ont un rapport H immédiat avec l’action des glandes. Contentons-nous de faire quel- • ques remarques sur l’action du mercure, et pour ne pas entrer ‘1 dans un détail qui seroit très-mal placé , nous prendrons d’abord | la liberté de renvoyer le lecteur à ce qu’il trouvera sur la façon d’agir de ce minéral , dans le savant traité de M. Astruc. j
Le mercure fait saliver , a-t-on dit , parce que les couloirs de Iat| salive résistent moins que tous les autres , parce qu’ils sont garnis q de nerfs que ce minéral irrite^ on a même fait attention à la dis-4 position des artères carotides , dans lesquelles on a dit que le mer-cure devoit être porté en plus grande quantité que dans tout autre ; • i examinons seulement si ce qu’on a avancé du peu de résistance*: des organes salivaires est bien fondé.
Les glandes salivaires sont aussi solides que toutes les autres 55:
ANATOMIQUES. i^5
elles le sont même quelquefois plus que le pancréas ; elles sont plus dures que le foie et que le cerveau. Des expériences faciles à faire peuvent démontrer cette vérité.
D’ailleurs la lésistance que les couloirs de l’estomac, ceux du rein et ceux du poumon opposent au mercure , est-elle aussi forte que celle que lui opposent les glandes salivaires dans lesquelles les vaisseaux sont si entortillés?
Il semble qu’il n’y ait point de couloir , sans excepter même ceux Je la neau ^ qui n’oppose moins de résistance aux humeurs que ceux de la bouche qui sont si serrés et si rétrécis ^ ne déguisons pas enfin qu’une explication établie sur un pareil fondement , ne paroît pas devoir être admise sans aucun doute.
Voyons si tout ce que nous avons dit jusqu’ici ne peut pas servir pour expliquer l’action du mercure. Ce minéral porte sur les glandes salivaires dans la j)lupart des sujets, cela est vrai^ il y a pourtant quelques restrictions à donner à cette règle, i". Combien de gens ne voit-on pas qui ne salivent jamais par l’usage des frictions les plus fortes . combien en voit-on cpi’il est pour ainsi dire impossible de faire saliver î 2*^. Le mercure ménagé ne porte point à la bouche ^ les médecins de Montpellier seroient bien fâchés de ne pas pouvoir l’empêcher d’agir sur les glandes salivaires. 3°. On est ordinairement maître de faire , par certaines préparations , que le mercure porte sur le pancréas et sur les intestins , et comme nous devons insister sur cette troisième réflexion, il faut se rappeler qu’on fraye les voies du mercure par des purgatifs répétés, et en attirant , comme on dit , les humeurs vers le bas-ventre.
Quel est le changement qui arrive au pancréas et aux glandes intestinales lorsqu’on emploie des purgatifs réitérés? Les humeurs se portent vers ces parties , et pourquoi? parce quelles sont mises en jeu ; cette raison est évidente par tout ce que nous avons dit; cette action , ce jeu du pancréas , suppose-t-il un relâchement de cette glande ? Non sans doute 3 il suppose au contraire une tension, une érection, enfin une augmentation de résistance, à certains égards y les humeurs vont bien en plus grande quantité vers le bas-ventre , mais ce n’est point par le relâchement de ces parties.
Le mercure se porte donc , dans un sujet préparé par des purgatifs , vers une partie qui est en action : c’est en quelque façorr cette partie qui l’attire. N’est-il pas attiré de même par un ulcère interne , par les reins , lorsqu’ils ont une action bien forte , par la peau , dans les sujets dont cet organe a ce qui est nécessaire 2>our agir plus que de coutume? Toutes ces dispositions supj)osentelles un relâchement ?
Il y a sans doute des cas de déploiement des glandes , qui sont une suite de leur peu de force y mais sont-ils aussi communs qu’on pourroit le croire ? Et ne peut-on pas demander s’il est bien constaté que des sujets qui auroient de ces sortes d’incommodités , fussent moins sujets à la salivation mercurielle que tous les autres ?
AjDrès tout cela jieut-on assurer : 1®, qife les glandes salivaires résistent moins que les autres parties ; 2°. que l’action du mercure sur les glandes dépend de leur relâchement ?
On ne peut pas nier que les glandes salivaires n’aient une Jis-^ position particulière qui fait que le mercure s’y porte * mais quelle est cette disposition? ne doit-elle pas ressembler à celle qu’acquiert le pancréas par l’usage des purgatifs , c’est-à-dire qu’elle ne sera que V action des parotides ?
Or , nous croyons pouvoir avancer que ces glandes sont plus en action que toutes les autres , au moins pour l’ordinaire. Il n’y a qu’à se rappeler ce que nous avons déjà dit : combien les vaisseaux de la parotide sont en plus grand nombre que ceux du pancréas , combien sa sécrétion est abondante. On parle souvent, on mâche , on irrite les glandes salivaires ) l’air qu’on respire , et qui est toujours plus ou moins froid , les tient continuellement en haleine : elles ont donc les dispositions nécessaires pour attirer, pour ainsi dire, le mercure. Ce minéral prend le parti d’aller se rendre à l’organe qui fait des évacuations continuelles. Les parotides sont naturellement ce que les intestins deviennent par l’usage des purgatifs ^ il n’est donc pas surprenant que le mercure porte à la bouche clans la plupart des sujets.
Concluons c|u’il semble que ce minéral n’ait pas plus de pente par lui-même pour se rendre aux glandes salivaires , que pour aller à tout autre. Il se laisse , pour ainsi dire , mener et diriger par l’action des organes. Il est vrai que lorsqu’il est une fois parvenu à la bouche , il augmente cette action par les irritations nouvelles cju’il cause , et c’est ici que doit revenir la sensibilité des nerfs dont on. a parlé fort à propos : on sait qu’ils sont en trèsgrand nombre dans les glandes salivaires , etc.
Il se peut qu’il en soit de bien des remèdes, et de ce qu’on appelle les matières morbifiques , comme du mercure. Ils suivent la route c[iie la machine leur prescrit, au moins pendant un certain temps , iis sont passifs, ils se laissent conduire, et deviennent actifs ensuite.
Les eaux minérales, par exemple, que certaines gens croient contenir du mercure parce qu’elles font saliver, ne sont-elles pas de ce nombre ? N’a-t-on pas vu l’ipécacuanha et bien d’autres purgalifs , causer la salivation?
C’est ici que doit revenir le fameux quo natura oer^it : cette teii^ dance àe la nature onde la machine est une disposition aetwe de la part de certains organes, qui appellent à eux toutes les humeurs.
Il est vrai d’ailleurs que le moins de résistance qu’oppose une partie , doit entrer ponr beaucoup dans l’action de certains médicamens. Il semble qu’il y a encore bien des choses à dire sur ces matières.
§. CXVII. Il J a différentes sortes d’ excrétions.
Ajoutez aux deux §. précédons qu’il y a différentes sortes d’excrétiôns , ce qu’on peut aisément conclure de tout ce que nous avons dit ailleurs. Il y en a d’ac^/Ve? qui se font par la propre force de l’organe , et de passives qui se font par les compressions des parties du voisinage.
Il paroît aussi qu’il y en a de mixtes. L’excrétion de la vessie , le, vomissement et qiieiques autres ^ comme peut-être celle de la
vésicule du fiel , doivent être regardés sur ce pied-lâ : les réservoirs ont leur propre force , et les parties du voisinage les expriment eux-mêmes. Autre sera un médicament qui excitera une excrétion active y autre celui qui en excitera une passive. Le premier agit sur l’organe qui doit faire l’excrétion y il le réveille, il l’irrite et le fait entrer en jeu. Le second excitera des secousses et des convulsions dans les parties voisines : certainement cela est Lien différent.
Vous exciterez l’excrétion de Furine , ou en faisant contracter violemment les muscles de l’abdomen et le diaphragme , ou bien on réveillant Faction de la vessie elle-même : l’excrétion sera faite comme il faut lorsque les deux causes s’aideront mutuellement. Une de ces causes pourra-t-elle suppléer à l’autre ? supposé , par exemple , que l’excrétion de la vésicule du fiel puisse se faire par les compressions des parties du voisinage , et qu’elle ait été faite en effet ainsi , la vésicule sera-t-elle dispensée d’entrer en con- Iraction? Cette question s’éclaircira par ce que nous avons à dire dans la suite.
Les intestins., la peau , îe poumOn , et presque toutes les autres parties , la vessie , la matrice , etc. sont des organes pour deux sortes de sécrétions. Ils contiennent des glandes passives qui séparent un vernis glaireux que les secousses expriment ; mais outre cela , ils font une autre sécrétion , surtout les intestins , et cette sécrétion dépend de la couche des glandes salivaires qui tapissent tout le canal. Cette sorte de transpiration ou de fumée aqueuse qui se dissipe partout , doit aussi entrer ici pour quelque chose.
Un médicament pourroit-il exprimer toutes les glaires des intestins, et ne pas favoriser beaucoup l’excrétion active, proprement dite , et réciproquement un médicament excitera-t-ii le jeu des glandes actives sans faire presque aucune impression sur les passives?
Ceci peut revenir pour l’application de certains remèdes , et si on Fexaminoit comme il faut , on pourroit peut-être entrevoir jusqu’à quel point on doit compter sur des médicamens violens qui agissent et qui évacuent par des secousses, et d’autres qui ne font que solliciter doucement les organes, et enfin quels sont les cas où il faut les placer.
IN’oublions point qu’il y a des glandes qui sont quelquefois dans un état tel que les relâchans qui calmeront la trop forte actioil des nerfs remettront la sécrétion , et seront de vrais évacuans. Du reste , la division des excrétions en actives et en passives est admise dans l’école de StahL
§. CXVTIL La différence de V excrétion et de la sécrétion.
Nous avons confondu dans bien des endroits l’une de ces fonctions avec l’autre^ elles sont pourtant différentes quelquefois j mais il est des cas où l’on ne sauroit les distinguer Fune de l’autre ; la même action les f^it ÿ c’est toujours de Féfection de l’organe qu’elles viennent* par exemple, dans les glandes salivaires^ il est sur qu’il n’est pas possible de distinguer dans ces glandes la sécré-
tion (le l’excrétion ; la salive sort par les conriuits excrétoires à proportion ({ne les sécrétoires la séparent du sang.
Ces deux fonctions sont bien différentes dans les glandes passives c[ui ont des réservoirs , la sécrétion se fait peu à peu dans ces organes , et l’excrétion a ensuite son temps ^ au lieu que les glandes actives rejettent autant d’humeur qu’elles en reçoivent ; elles ne sauroient en conserver une certaine quantité; cette réflexion ne laisse pas que d’avoir ses usages , ne fiit-ce que pour distinguer les glandes les unes des autres.
Arrêtons-nous encore un peu à considérer ce qu’on dit communément sur la façon d’agir de certains médicamens ; si on demande , par exemple , comment les purgatifs , les spiritueux , les stomachiques , les aslringens et les absorbans agissent , on répondra , pour ce qui concerne leur action sur les solides , qu’ils les irritent, qu’ils les tendent, qu’ils augmentent leur action ou leur ton, et cette augmentation de force ouvre les couloirs ou les ÿ'esserre.
Mais cette théorie est-elle bien certaine , et n’est-il pas possible d’éclaircir cette importante matière par tout ce que nous avons exposé? Peut-on décider, par exemple, pourquoi les purgatifs mêlés avec des astringens agissent quelquefois beaucoup mieux que lorsqu’ils sont seuls , et pour quelle raison les anciens avoient coutume de mêler très-souvent les absorbans et les toniques avec fes purgatifs? Il faut avouer <jue ces questions, et bien d’autres qu’on pourroit faire , sont très-intéressantes.
§. CXIX. Le département et V action périodique des glandes.
Nous appellerons le département d’une glande tout ce qui entre dans une sorte d’action lorsque la glande agit ; comme elle se dispose à sa fonction en se repliant, pour ainsi dire, sur ellemême, il est sûr qu’elle tiraille plus ou moins les j^arties du voisinage.
Il y a aussi des glandes qui lorsqu’elles agissent suspendent d’autres fonctions , de manière qu’on pourroit dire qu’à certains égards la suppression de ces fonctions est du département de la glande qui les suspend.
O A A^l ÏTl • 1
On trouve meme des corps glanduleux qui augmentent , lorsqu’ils sont en action d’une certaine façon , le mouvement du cœhr, et qui causent des secousses plus ou moins régulières à tout le système nerveux.
Il s’agiroit d’éclaircir toutes ces vérités , que nous n’apercevons qu’en gros ; il faudroit déterminer le département de chaque glande , savoir quelles sont celles qui peuvent agir en même temps , et qui sont y savoir , enfin, combien de temps elles
sont à agir ; il faudra voir si ce que nous avons à dire ne répandra pas quelque jour sur cette matière.
Les glandes agissent pour faire leur excrétion ; il est des temps oh elles n’agissent point; leur action est comme périodique ; ces vérités sont assez prouvées par ce que nous avons ‘rapporté jusqu’ici.
■' ^ anatomiques, î79
Ces périodes ne sont-ils pas marqués et fixés? Et quelles sont les yariations qu’il peut y avoir? Ce problème et bien d’autres qu’on pourroit proposer sur cette matière ne sont pas aisés à résoudre J nous n’avons pas encore les matériaux nécessaires; voyons cependant s’il n’est pas possible de dire quelque chose de plus déterminé sur les départemens des glandes et sur leurs actions périodiques.
§. CXX. Examen de ce qui se passe dans le foie,
Parloxs d’abord de la vésicule du fiel , et sans nous arrêter h. ce qu’il y auroit à dire pour bien déterminer sa véritable position dans tous les sujets , n’examinons que ce que les auteurs ont dit de la façon dont elle se vide.
On en trouve qui l’ont fait comprimer par l’estomac^ les plus modernes la rendent sujette à l’action du duodénum ; mais nous ne craindrons pas d’avancer que si elle n’avoit cpie ces prétendus moyens pour être évacuée , elle ne le seroit jamais.
ï°. L’estomac ne la touche dans presque aucun sujet* 2®. Icî duodénum ne la touche que dans quekpies-uns ^ 3°, chacun peut éprouver qu’en la comprimant sur le cadavre , et meme avec force , elle ne se vide point ; il faut qu’elle soit bien pleine pour que la compression en fasse sortir la bile ^ 4°’ U colon touche constamment la vésicule du fiel; dira-t-on que c’est pour la comprimer? Elle ne se videroit donc que lorsque le colon seroit plein , ce qui est absurde. Concluons de toutes ces preuves , sans entrer dans de longues discussions, qu’il faut que la vésicule du fiel se vide par tout autre force que celle de la compression des parties voisines.
Il ne faut pas penser que la compression n’y fasse quelque chose ; mais il est nécessaire que la vésicule agisse par elle-même, et qu’elle fasse un effort qui la rende comme si elle étoit absolument pleine ; il en est , enfin , comme de la vessie urinaire , comme du rectum, de l’estomac et des intestins; ces réservoirs se vident par leur propre force et par l’effort des parties du voisinage. {Èojez §. cviii.)
La vésicule du fiel est irritée sans doute par les matières qui sont dans le duodénum , et qui tiraillent à propos le conduit biliaire et les nerfs de toutes ces parties; peut-être même la vési« cule du fiel entre-t-elle en action sans être irritée. {Voj. §. cxxxi.)
Le foie doit sans doute être regardé comme une glande de celles que nous avons appelées actives, ou qui ont un mouvement particulier pour la sécrétion et pour l’excrétion.
Ce viscère glanduleux est continuellement agacé et secoué légèrement par le diaphragme; il est à monter et à descendre en tout temps, aussi y a-t-iL apparence qu’il s’y fait continuellement un peu de sécrétion ; mais cette sécrétion est-elle aussi continue que celle de la salive?
Il y a d es temps dans lesquels la sécréîion augmente beaucoup , et vraisemblablement c’est dans l’état naturel , lorsque la digestion se fait dans le duodénum.
L’iiabiliiue fait apparemment que nous ne sentons pas sur nonS'mômes les mouvemens du foie* l’inspection des animaux vivans n’apprend rien de positif • nous avons pourtant des preuves convaincantes de Faction du foie ; Fétat contre nature ou les états de maladie nous les fournissent.
En effet, il y a certaines gens qui une ou deux heures après avoir mangé deviennent extrêmement jaunes ; ils remarquent ([ue cela arrive constamment pendant le temps qu’ils appellent le temps de la digestion , ou lorsque les aiimens qui ont séjourné dans l’estomac passent dans le duodénum.
D’où vient cette bile qui se montre dans le sang? N’est-il pas évident qu’elle reflue du foie , et qu’elle est poussée par Faction de ce viscère ; cette action est trop forte , et les vibrations sont mal dirigées ; mais enfin , ces retours périodiques ne prouvent-ils pas deux choses ? l’une , que le foie a , tout comme les autres glandes actives , une action particulière pour se décharger des lîumeurs qu’il sépare ou pour les séparer ^ et l’autre , que cette action se renouvelle ou augmente , ou vient précisément dans le temps du repas.
Ceux qui sont sujets à certaines coliques qui ont un grand rapport avec le foie , et qui sont souvent la suite des calculs contenus dans la vésicule du fiel , n’ont-ils pas des redoublemens de ces coliques pendant le travail de la digestion? Ne sentent-ils pas des resserrernens ou des étranglemens , et des tiraillemens dans les hypocondres ?
Nous pourrions encore rapporter ce qui se passe dans des mélancoliques , dans lesquels il est aisé d’apercevoir que les étranglemens , les tremblemens et les douleurs sourdes dont ils se plaignent du côté droit ont leur séjour dans le foie ^ parlons seulement de ceux qui sont sujets à des hémorrhoïdes fluentes * lorsque Fécoulement est à même de paroître , les malades sentent des étranglemens douloureux et des secousses très-vives qui commencent vers Fhypocondre droit , et qui s’étendent en descendant du côté gauche. Est-il possible de douter que le foie et ses appartenances ne soient en jeu dans ces cas-là?
Enfin , ceux qui ont des squirres et des suppurations sourdes dans le foie , ont des douleurs comme périodiques dans Fhvpocondre ; ces douleurs sont plus ou moins fixes , et elles se font sentir plus dans certains temps que dans d’autres, et ordinairement elles redoublent pendant le temps de la digestion.
Les malades dont il est question sont aussi sujets à des tiraillemens dans tout le côté droit vers le col et la face , et à des engourdissemens du bras et de la jambe de ce même côté ; ces tiraillemens ayant duré pendant quelque temps , les enflures surviennent dans tout le côté droit , à la face , à la jambe , au bras , à Fhypocondre , etc.
îl est vrai qu’il y a de ces symptômes (|ui arrivent à la suite de certaines maladies de poitinne et de quelques-unes des reins ; ce n’est pas ici le lieu de parier des différences qu’un praticien doit aperceyoir.
ANATOMIQUES. i8i
Toutes ces observations , qu’une expérience journalière confirme , démontrent , ce semble , que le foie a une action particulière , et qu’il l’exerce surtout dans le temps de la digestion.
Elles nous font aussi connoître qu’il y a des parties dépendantes , en quelque façon , du foie , puisque dès qu’il va mal elles s’en ressentent; ces parties sont dans le département du foie ^ après cela on peut assurer que ce gros viscère a en effet un département, et que nous en connoissons quelque chose.
§. CXXI. Examen de ce qui se passe dans la rate.
Quel que soit le principal usage de la rate , nous allons démontrer qu’elle a une action particulière , et qu’elle l’exerce à des temps marqués , et qu’enfin elle a un département fort étendu.
Employons les remarques de M. Duvernoy, et celles de M. Lieutaud que nous avons confirmées en partie : la rate est de différente couleur et de différente grosseur dans les chiens, quand on les ouvre lorsque la digestion se fait ou lorsqu’elle est faite ; si l’estomac est plein , la rate est rapetissée , blanche et plus dure ; au contraire , elle est beaucoup plus mollasse , plus rougeâtre et plus grosse lorsque l’estomac n’est pas plein 3 on ne sauroit nier ces observations.
Nous ne croyons pourtant pas , comme on l’a cru , que la diminution de volume dans la rate vienne de la compression faite par le ventricule ; il paroît qu’il n’est point d’état dans lequel la rate ne soit plus dure que le ventricule ; quand il n’y auroit pas bien des raisons que nous ne détaillerons pas ici, cette seule remarque suffit pour prouver que la rate n’est jamais resserrée par l’effort du ventricule.
Qu’arrive-t-il donc? Le voici comme on le trouve dans Cliilijic. hist. Dissert. (§. vii);^ l’estomac reçoit du sang beaucoup plus aisément lorsqu’il est plein que lorsqu’il est vide; la circulation se fait mieux dans ce viscère lorsqu’il est distendu que lorsqu’il est vide; or comme la rate et le ventricule ont des artères d’un meme tronc , il s’ensuit que le sang allant plus aisément à l’estomac , la rate en recevra moins.
Il faut ajouter encore que la rate se serre ou se contracte par ell e~mérae , car le défaut de sang ne la durciroit point; elle a son action particulière , et cette action qui diminue le volume de ce viscère fait que le sang va en plus grande quantité à l’estomac , au pancréas, comme nous le disions ailleurs (§. lxxx) , et apparemment au foie lui-même ; et c’est précisément lorsque la sécrétion doit augmenter dans tous ces viscères.
La rate pourroit donc être regardée comme un organe qui , lorsqu’il se remplit , diminue la quantité des liqueurs dans les autres viscères , et qui , lorsqu’il se resserre ou qu’il se vide, augmente cette quantité; et 011 pourroit dans ce sens-là regarder la rate à certains égards comme une sorte de réservoir, ce qu’on a déjà remarqué ; ce n’est pourtant pas à dire que ce soit là l’unique et le principal usage de ce viscère.
Quoi qu’il en soit; raction de la raie se démontre encore mieux,
iSa RECHERCHES
par ce qu’on aperçoit sur les malades; ceux qui ont ries tumeurs et des suppuracions dans ce viscère ont au côté gauclie les memes incommodités qui se trouvent du côté droit lorsque le foie est malade des secousses, des trémoussemens , des enflures, etc.
jNoiis avons vu un homme qui avoit une tumeur squirrheuse à la rate, et qui ordinairement vers les huit ou neuf heures du •matin avoit le pied gauche presque absolument engourdi, et la joue du même côîé froide comme du marbre , tandis que la droite étoit fort chaude.
On ne finiroit point s’il falloit parler des douleurs de têfe , des fluxions à l’œil gauche , des douleurs à l’oreille de ce côté , des crampes , «et de tant d’autres phénomènes qu’on observe sur le côté gauche de ceux qui ont la rate prise.
Voilà donc encore un viscère comme glanduleux qui a son action et son département , et qui fait sa fonction de temps en temps.
Ce n’est pas ici le lieu d’examiner d’où viennent ces communications ou ces rapports d’une partie à l’autre , et comment les secousses et les trémoussemens s’étendent en partant du viscère affecté comme d’un centre.
Il suffit que ce que nous avançons soit fondé sur des observations incontestables , et que ceux qui voient des malades avec quelque attention , ne sauroient nier • l’examen d’un malade seul en apprendra autant que toutes les descriptions que les anciens nous ont laissées sur ces sortes de phénomènes qu’ils ont aperçus et peints , ou détaillés à leur ordinaire.
Remarquons aussi que nous ne sommes pas obligés d’expliquer les variations qui peuvent survenir dans ces cas-là. ün praticien pourroit faire bien des objections qui mèncroient fort loin * il suffit encore un coup, pour l’usage que nous prétendons faire des obser» valions dont je parle , qu’elles soient bien constatées en général.
CXXn, Examen de ce qui se passe dans V estomac et dans
quelques autres viscères.
La faim et ses svmptômes , les tiraillemens qu’on sent vers l’estomac , des défaillances et des sensations qu’on ne peut point exprimer , et qu’on sent évidemment vers la région du ventricule , tout cela ne vient-il point de l’action de ce viscère? IN’agit-il pas, ne se roule-t-il pas , pour ainsi dire , sur la masse alimentaire , dans le temps de la digestion ?
Ceux qui sont à même de vomir , ne sentent-ils pas cette action ? Tout le monde en conviendra aisément • il y a long-temps qu’on a fait attention à ces mouvernens. Les praticiens trouvent chaque ■jour des occasions de se convaincre combien les secousses de l’estomac s’étendent jusqu’aux autres parties. Ou observe des points de côté violens , des difficultés de respirer , des convulsions , et tant d’autres symptômes qui proviennent évidemment de l’action plus ou moins violente de l’estomac. Toutes les parties sont , pour ainsi dire , du département de ce viscère.
IS;’est-cc pas un malheur pour l’art que l’on soit encore à sou-
ANATOMIQUES. i83
haîter un traité fait exprès pour discrèler une infinité de cas ([lû reviennent chaque jour I Les théoriciens scholasliqnes seroient bien étonnés si quelque bon médecin clinique vouloit se donner les peines nécessaires pour traiter cfes matières I
Le duodénum fait sentir certaines douleurs qu’on appelle douleurs des reins , pendant les frissons de la fièvre , et lorsque ces parties sont en convulsioTi. Hoffmann Fa bien observé , et il ne faut pas douter que les irritations de cet intestin ne se communiquent au foie , à la rate et au pancréas ces corps glanduleux sont du département du duodénum.
Les observateurs avoueront aussi sans peine que le reste du canal intestinal a son. action particulière y on sait combien les secousses irrégulières de ce canal ont d’empire sur les différentes parties du coi-^s '♦ il paroît qu’elles agissent ordinairement beaucoup plus sur les parties inférieures que sur les supérieures.
Les reins, qu’on ne sent pas ordinairement, se font bien sentir dans ceux qui sont sujets à des coliques néphrétiques ) on sent des tiraillemens à la cuisse voisine , et jusques à l’épaule du meme côté , des douleurs aux lombes , et les convulsions s’étendent quelquefois jusqu’au diaphragme.
Il est bon de remarquer à ce sujet qu’il y a des gens qui ont un calcul au rein , et qui ne souffrent que par paroxysmes ; ces paroxysmes , quoiqu’ils soient quelquefois irréguliers , prouvent que Faction du rein ne laisse pas d’avoir certaines périodes y cela se prouve aussi par l’autorité de ces observateurs , qui ont prétendu que les hommes ont un flux d’urine extraordinaire environ chaque mois.
Les médecins qui , ^ient tous les jours sur les malades les symptômes dont nous parlons, conviendront de la vérité de ce que nous avançons. Du reste , répétons-le encore , nous n’entrerons pas îàdessus dans un certain détail , nous ne suivrons point un ordre fixe pour examiner les dépendances des parties , et nous ne parlerons point du mécanisme de ces dépendances^ tout cela seroit hors de notre sujet.
Il faut avouer que cette partie a été fort négligée , de sorte qu’on ne peut pas encore travailler bien ulilement sur cette matière 3 nous en avons dit autant qu’il en faut pour ce qui nous concerne.
§. CXXIII. Autres remarques sur le département des glandes et
sur leur action périodique.
Il s’agit d’appliquer aux glandes tout ce que nous venons de dire des viscères dont nous avons parlé 3 le parallèle entre la rate , le foie et les glandes , est bien aisé à . établir , puisque ces organes ne sont eux-mêmes , à p^’oprement parler , que des, glandes. Il n’y a point de raison qui puisse empêcher de fonder aussi notre opinion sur ce qui se passe dans l’estomac et les intestins 3 ce sont toujours des réservoirs en jeu , et qui ont une action particulière pour se vider ou pour faire une excrétion à peu près comme les glandes.
Or en faisant voir ce que nous entendons par le département d’une glande j pourquoi répéter si souvent bien des choses que
hecherches
nous avons exposëes ailleurs ? le lecteur peut se les rappeler , et faire quelque attention à ce que nous avons nommé l’action des parotides , celle des testicules , etc. Chacun peut faire les réflexions nécessaires là-dessus.
Nous n’avancerons point que nous croyons connoître l’étendue du département de chaque glande , quoique nous concevions qu’elle en a un en effet 3 mais il faut espérer que si l’on fait des observations sur cette matière , on viendra enfin à avoir quelque chose de fixe et de déterminé.
L’action périodique des glandes paroît assez prouvée , au moins en gros, par ce que nous avons détaillé jusqu’ici 5 mais il reste bien des points à éclaircir sur cette matiexs. Il faudrait savoir : 1°. combien de temps chaque glande est en action ^ 2®. à quelle heure , à peu près , elle commence à agir pendant le jour naturel ^ 3°. quelles sont les glandes congénères ou qui peuvent agir, et agissent en effet en meme temps ^ 4°* quelles sont au contraire celles qui ne peuvent pas agir ensemble , soit qu’elles se suspendent mutuellement , soit qu’elles ne doivent jamais agir en meme temps ^ 5°. quelles sont celles qui peuvent réparer l’action de quelqu’une qui n’agit point , s’il y en a qui soient faites pour suppléer en quelque façon à d’autres , etc.
Il n’est pas douteux que toutes ces questions , et bien d’autres qu’on pourroit faire , n’éclaircissent beaucoup les connoissances de l’économie animale , s’il étoit possible de les approfondir comme il faut.
Nous avouerons qu’il nous est impossible de bien expliquer tout cela * voici seulement ce que nous pouvons dire à ce sujet : supposons qu’ après une diète de deux jours ou environ , un sujet le mieux constitué et le plus réglé qu’il se pourra , ait dormi pendant huit à dix heures 3 le sommeil tranquille et parfait a suspendu toute excrétion, toute action des glandes^ faisons aussi abstraction des changemens qui arrivent 23ar les passions. Le sujet dont il s’agit est un de ces paysans sobres et réglés qui ne sont occupés que du travail présent , ou si l’on veut c’est un enfant.
Ce sujet se lève le matin ; il s’étend , et réveille , pour ainsi dire , tous ses membres ; après quelques mouvemens , son appétit commence à se faire sentir, et, comme nous l’observions ( §. lxxiii ) , ses parotides entrent en action^ elles font leur fonction jusqu’à ce que l’estomac soit assez plein • elles se reposent alors , ou elles ne font qu’autant de sécrétion qu’il faut pour humecter la bouche et le gosier.
Mais l’estomac commence à redoubler son action à son tour; il est occupé à broyer les alimeiîs , et bientôt après , les sucs qu’il envoie au duodénum irritant cet intestin, le]ÿancréas ( §. lxxxi), le foie (§. cxx) et la rate (§, cxxi) entrent ’èp jeu; ces trois viscères agissent avec l’estomac et le duodénum ; ils ont leurs nerfs et leurs vaisseaux des memes troncs , et apparemment ils sont en action jusqu’à ce que l’estomac et le duodénum soient vides.
C’est actuellement aux intestins greles à agir; ils exciteront les gros et le jeu des vaisseaux lactés, qui en se remplissant mettront
ANATOMIQUES. i85
le mesentère en action , jusqu’à ce que tout le chyle soit absorbé y et qu’il ait passé par le réservoir de pecquet et le canal toracbique , qui ont aussi , sans doute , leur action particulière. S’il y a quelque portion du chyle qui soit absorbée par les racines de la veine-porte, ie foie ne sera-t-il pas irrité de nouveau 1 n’aura-t-il pas une action particulière différente de celle qui fait la sécrétion de ce viscère ?
L’abord du chyle dans le cœur et les poumons doit exciter les vaisseaux et les forces de la circulation* après un certain temps les reins et la peau viendront à évacuer les excrémens des digestions , etc.
Ce que la vessie , le rectum et les autres réservoirs reçoivent en dépôt , sortira lorsque ces réservoirs seront excités par certaines causes , etc. Dans quelle classe mettrons-nous l’action des mamelles , celle de la matrice, et celle des parties génitales?
Tel paroît être à peu près l’arrangement et le rapport de ces actions , autant au moins qu’on peut l’apercevoir dans l’état de santé parfaite. Toutes ces digestions, qui peuvent se réduire à des sécrétions et à des excrétions , semblent se faire à peu près en six ou huit heures , dont la plus grande partie est employée à la digestion dans l’estomac et le duodénum , et aux élaborations du chyle dans les vaisseaux sanguins.
Il n’est pas douteux que les passions , les mouvemens qu’on se donne , ou le défaut de mouvement, les habitudes qu’on a prises, les incommodités qu’on peut avoir , les repas qu’on réitère trop fréquemment, le sommeil qu’on néglige ou auquel on s’abandonne, les diliérens alimens dont on se nourrit, enfin la difïérence des tempéramens , celle des saisons , et les cbangemens de l’air n’occa” siounent bien des rariations dans l’ordre dont nous venons de parler.
Il y a beaucoup de combinaisons qui sont possibles , et qui existent en effet dans les différens sujets. Il n’y a point de ces tetnpéramens ad lihellam ou parfaitement uniformes et qui aillent toujours du même train , comme disoient les anciens.
Il n’est pourtant pas inutile de saisir ainsi les choses dépouillées de tous les accidens particulieVs , et en suivant le cours ordinaire et la règle la plus naturelle : cela peut avoir bien des usages en médecine.
Il faut d’ailleurs tâcher de faire là-dessus de nouvelles découvertes. Ce qui suit indiquera qu’on peut avoir quelque chose de certain , et que tous ces mouvemens de sécrétion et de digestion , ces rapports, etc. ne sont pas aussi irréguliers qu’on pourroit bien le croire.
§. CXXIV. Observations qni font présumer cpi on peut trouver
les dijjérens rapports des actions des glandes et des autres
parties.
læs monastères, les campagnes, et les villes même, nous fournissent des exemples de ces sortes de gens réglés , dont toutes les fonctions sont arrangées de la manière la plus régulière. Ils mangent tous les jo^irs à la même heure 3 ils se lèvent j ils se couchent à des heures
i86 RECHERCHES
marquées ^ l’appétit leur vient à des temps fixes ; ils se réveilleril et ils s’endorment à des heures précises : et ce qu’il y a de plus remarquable , c’est que s’ils viennent à laisser passer le moment marqué pour quelqu’une de leurs fonctions , ils se trouvent dérangés jusqu’à ce qu’ils soient remis à leur train ordinaire.
Tout le monde éprouve que l’heure du repas approchant l’appétit augmenté , et que si on la laisse passer sans manger , l’appétit disparoît de liii-méme , pour ne revenir que quelques heures ai^rës. Ce n’est pas ici le lieu de chercher la raison de ce phénomène , ni d’examiner si ce qu’on en a dit est fondé. Il sufiit qu’il soit lui-méme une preuve de ce que nous avançons sur le temps marqué pour l’action de certaines parties.
Combien de gens ne trouve-t-on pas qui suent tous les matins à la même heure ? H y en a qui s’éveillent constamment et à des heures marquées , pour certaines excrétions que d’autres font chaque jour au moment marqué pour cela. Nous avons un ami qui n’a d’autre horloge pour la nuit que sa poitrine. Il crache chaque matin vers les quatre heures , après avoir toussé pendant deux ou trois minutes : cela ne manque que lorsqu’il se dérange dans sa façon de vivre. On voit des gens qui vomissent des glaires tous les matins à peu. près à la même heure, etc.
Nous pourrions parler de bien des hémorrhagies périodiques par le nez, par le fondement, et par d’autres parties. Hildan a vu un malade qui rendoit chaque matin , vers les neuf ou dix heures, une assez grande quantité de sang par le nombril. On trouve souvent des jeunes gens qui ont des hémorrhagies du nez tous les matins pendant un certain têmps. On sait comment les choses se passent dans les hémorrhoïdes , et dans les règles des femmes , etc.
Comme nous n’avons pas résolu de nous étendre sur cette matière , nous passerons sous silence bien d’autres observations qu’on trouve dans les auteurs, et qu’on peut faire sur les malades et sur les personnes en santé.
Il semble que nous en avons dit autant qu’il en faut pour prouver au moins qu’il est vraisemblable que chaque glande , et même chaque partie , a son département et une action particulière qu’elle exerce à des temps marqués. Nous ne prétendons pas pénétrer plus avant pour le présent.
CXXV. Façon de concevoir V action de toutes les parties j leurs départemens , et leurs mouveniens périodiques.
La plupart des physiologistes ne 'traitent la circulation qu’en gros 'j ils ne remarquent pas qu’elle peut être fort dilférente dans, les gros vaisseaux et dans les plus petits. Chaque partie ne peutelle pas même avoir sa circulation particulière , qui peut augmenter ou diminuer, sans que la circulation générale s’en ressente 1
Il y a apparence que les circulations sont plus ou moins pronipla.s , suivant les différens ordres des vaisseaux, et suivant l’action, et l’usage des parties. Toutes ces vérités peuvent être regardées comme des corollaires de ce que nous avons avancé jusqu’ici.
îl y a donc UT>e circulation générale , et Bien des circulations particulières. Ce sont, si nous osons le dire, comme àe petits cercles qui viennent aboutir à un plus grand. Nous avons accoutumé de nous servir de cette dénomination de cercle , pour exprimer qu’une partie , quoiqu’elle reçoive le sang au moyen de îa circulation générale ^ ou qui se fait dans les plus gros vaisseaux , a pourtant une circulation particulière, suivant qu’elle est en action ou qu’elle n’y est point : les autres parties qui se ressentent de cette action , sont du département de son cerele , etc.
Ainsi la moindre partie peut être regardée comme faisant , pour ainsi dire , corps à part. Elle agit , il est vrai , au moyen de la circulation générale, mais elle est aussi distincte que le système des vaisseaux sanguins l’est du système des vaisseaux cliileux, et que la circulation du poumon et celle du foie le sont de celle qui se fait dans les gros vaisseaux ordinaires.
Pourrions-nous nous servir d’une comparaison qui, toute grossière qu’elle est, peut avoir ses usages? Nous comparons le corps vivant , pour bien sentir l’action particulière 'de chaque partie , à un essaim d’abeilles qui se ramassent en pelotons , et qui se suspendent à un arbre en manière de grappe ^ on n’a pas trouvé mauvais qu’un célèbre ancien ait dit d’un des viscères du bas-ventre , qu’il étoit animal in animali ; chaque partie est, pour ainsi dire, non pas sans doute un animal , mais une espèce de machine k part qui concourt , à sa façon , à la vie générale du corps.
Ainsi, pour suivre la comparaison de la grappe d’abeilles, elle est un tout collé à une branche d’arbre , par l’action de bien des abeilles qui doivent agir ensemble pour se bien tenir ; il y en a qui sont attachées aux premières, et ainsi de suite ^ toutes concourrent à former un corps assez solide , et chacune cependant a son action particulière à part une seule qui Auendra à céder ou à agir trop vigoureusement , dérangera toute la masse d’un côté z lorsqu’elles conspireront toutes à se serrer , à s’embrasser mutuellement, et dans l’ordre et les proportions requises , elles composeront un tout qui subsistera jusqu’à ce qu’elles se dérangent.
L’application est aisée 5 les organes du corps sont liés les uns avec les autres ^ iis ont chacun leur district et leur action • les rapports de ces actions , l’harmonie qui en résulte , font la santé. Si cette harmonie se dérange , soit qu’une partie se relâche , soit qu’une autre l’emporte sur celle qui lui sert d’antagoniste , si les actions sont renversées , si elles ne suivent pas l’ordre naturel , ces changemens constitueront des maladies plus ou moins graves,
CXXYL Comparaison des glandes avec V estomac.
Les Malpighiens ont déjà fait cette comparaison , mais c’éloit surtout pour expliquer la structure de la glande ^ nous l’avons faite ci-dessus ( §. ex ) , dans un autre sens , et il paroît qu’il est à propos de suivre un peu ce que cette comparaison peut faire penser sur les glandes.
En premier lieu , comme l’estomac a sa fonction et sa sensation particulière ^ chaque glande a aussi cos deux propriétés et elles
i88 RECHERCHES
s’exercent à peu près de la même façon dans les deux organes ; chacun travaille ce qu’il contient à sa façon • chacun s’en défait , et le reçoit à des heures marquées ÿ et enfin chacun a son mouvement particulier , bien distinct de celui qui le fait simplement vivre. Toutes ces vérités sont des suites de ce que nous avons déjà souvent répété.
Mais 2°. si une glande ressemble si bien à l’estomac dans l’état naturel , ne lui ressembleroit-elle pas aussi dans l’état contre nature? En un mot , les maladies ne sont-elles pas dans les glandes ce qu’elles sont dans l’esLomac ^ trop ou trop peu d’action , un resserrement , ou un relâciieinent , un reiwersement de mouvement , ou trop de précipitation dans le mouveinent ordinaire?
Le docteur Harris a dit que le diabètes étoit un dévoiement des reins ^ pourcjuoi ne pas en dire autant de toute sorte de glandes? et après tout quel ridicule y aiiroit-iî à dire qu’il arrive à certains vaisseaux du foie dans quelques ictères , ce qui arrive aux parois de l’estomac dans des évacuations forcées par la bouche? ]N’est-ce pas , dans l’un et dans l’autre cas , un renversement du mouvement péristaltique, un vrai vomissement? n’y a-t-il pas aussi des cas qu’on peut regarder comme une espèce de relâchement ou de dévoiement de certaines glandes , comme dans certaines sueurs longues, etc.?
Si on peut appliquer à tous les réservoirs du corps ce qui arrive à la vessie , pourquoi ne pas leur appliquer ce qui arrive à l’estomac? Cela revient au même; et en poussant la comparaison , il s’agiroit de savoir si les remèdes n’agissent pas dans les glandes tout comme dans l’estomac, en les remettant à leur ton ^ en les excitant ou en leur donnant des secousses contre nature ; bien des médicamens de ceux qu’on appelle altérons , seroient remis par-là dans la classe des évacuans.
Chacun pourra faire beaucou]) de remarques qui se présentent aisément , lorsqu’on considère les choses de cette façon ; et il semble que tout cela , bien entendu , pourra éclaircir des matières très-obscures pour bien des gens , et auxquelles bien d’autres n’ont n’ont jamais pensé.
Du reste, nous pourrions , s’il le falloit , appuyer ce que nous avançons par bien des autorités ; les anciens, surtout, nous fourniroient mille endroits , mille passages par lesquels il seroit aisé d’embellir ce que nous proposons , et où ils se sont expliqués en attribuant à chaque partie une action particulière, un mouvement, et même une vie ; ils disoient que les organes attiroient , retenoient y goûtoient y rejetoient y etc. différentes matières; il n’y a qu’à ouvrir quelqu’un de leurs livres , on se convaincra de la vérité de ce que nous disons , et on nous jiermettra de ne plus en parler jusqu’à ce qu’on ait établi quel est le fond qu’il y a à faire sur l’autorité ou le témoignage des anciens sur cette matièrCo