CXXVII. Si ce que nous avoirs dit des glandes peut avoir
quelque application dont nous ii avons pas parlé jusqu ici.
Nous nous sommes assez expliqués sur ce qui nous paroît constituer la santé ^ elle dépend des liaisons , de Fordre et des rapports des organes , et de leurs actions^ bien des maladies ne sont, sur ce pied-îà , qu’un renversement de cette harmonie , uii bouleyersement des fonctions , une perte d’équilibration, , etc. Ces notions générales sont vraies et avouées de tout le monde.
Mais ne pourroit-on pas , dans telle ou telle maladie , trouver quel est l’organe qui pèche , celui qui bouleverse tous les mouve-® mens , et comment il agit pour cela ? Voilà ce qui n’est pas aisé , parce qu’on s’en est tenu jusqu’ici à des idées trop générales • les accès de certaines maladies , et leurs retours périodiques, ne dépendroient-ils pas de l’ordre des fonctions des organes? Supposé que tel orgaue agisse tous les jours, et à telle heure, ne pourroiton pas soupçonner qu’il concourt à produire les phénomènes qu’on observeroit dans ce même quart-d’heure y et s’il y avoit des organes dont les actions se rencontrassent de deux en deux ou de trois en trois jours, ne pourroit-on pas aussi établir les mêmes soupçons, et éclaircir ce dont on a tant parlé, les crises et les jours critiques , ce qu’il y a d’imaginaire et de réel sur ces matières , etc. ?
11 faut l’avouer, ce qu’on a dit jusqu’ici sur les redoublemens dans les fièvres continues, sur les accès dans les intermittentes , sur les retours périodiques de certaines douleurs goutteuses et rhumatismales, ne paroît pas assez bien établi pour qu’on puisse y compter comme sur des principes certains y et pourquoi blâmeroiton un médecin qui chercheroit des routes qui pourroient conduire à quelque découverte ?
N’oublions pas de remarquer que , comme de grands praticiens l’ont déjà observé , chaque âge a ses maladies particulières ^ celles de la tête sont très-communes dans la jeunesse^ celles de la poitrine ])aroissent ensuite, et puis celles du bas-ventre et celles des extrémités y on ne peut pas nier qu’il n’y ait là-dedans quelque chose de vrai y toutes ces vicissitudes ne dépendent-elles pas de celles qui arrivent à Faction des organes? et ne peut- on pas dire que si chaque âge a ses maladies particulières , chaque âge a aussi ses organes favoris ?
Si chaque âge a ses organes , chaque sujet , presque , a les siens; et en les réduisant à certaines classes, on trouveroit peut-être ce qu’on cherche tant sur les tempéramens : tel reste toute sa vie sujet aux dépendances de tel organe , s’il est permis de s’exprimer ainsi, un autre dépend des influences de, tout autre partie; dans celui-ci le cerveau agit plus , proportionnellement , que l’estomac , et dans un autre c’est le contraire; ici c’est le foie; là lesreins et les parties de la génération ; là la peau , les organes musculaires ou les membraneux, etc.
Toutes ces combinaisons , qui existent en effet, étant réduites à des classes distinctes , on çonnoîtroit , ce semble , les tempéramens ;
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et sans s’arrêter à des généralités , qui ne sont que trop vagues, on avanceroit dans des coniioissances importantes.
On sait que la matrice et les mamelles ont des temps marqués pour agir, et qu’il est des âges où ces parties sont dans les femmes comme des membres inutiles , qui vivent à peine, sans faire aucune de leurs fonctions particulières ^ ces organes ne sont pas réveillés dans l’enfance , et ils se reposent dans la vieillesse^ ils ont leur temps pour croître, et si on soulFre que nous le disions, pour Jleiirir et pour se flétrir.
Il en est à peu près de même des parties génitales de l’homme ÿ un enfant est semblable à un eunuque y un vieillard n’a de plus que les changemens que l’action des testicules a faits en lui , pendant l’âge de virilité^ or, tout le monde connoît ces changemens; il n’y a qu’à comparer un enfant eunuque avec un autre qui ne l’est point; ils sont presque égaux jusqu’à l’âge de puberté; ils changent alors; ils deviennent différens , et ils ne se retrouvent plus semblables, au moins à peu de chose près, que dans l’âge décrépit.
Il n’est personne qui ne soit persuadé de toutes ces vérités ; bien des gens en trouveront peut-être le détail ennuyeux ; mais il paroît qu’on ne doit jamais les perdre de vue; on ne les applique que rarement, et en passant, à l’économie animale et à l’histoire des maladies ; on n’y fait pas communément l’attention qu’il faudroit ; rien n’est pourtant à négliger sur une matière aussi intéressante. {J^oyezDe morb^ œtat. de 3tahl , et son Casuale.)
§. CXXVIII. U action de la matrice.
Presque tout ce que nous avons dit jusqu’ici sur les glandes peut s’appliquer à la matrice; et quelques remarques sur ce qui regarde proprement ce viscère , éclairciront les glandes.
Il est évident que la matrice a une action qui lui est particulière ; il n’y a , pour s’en convaincre , qu’à faire une fort légère attention à la façon dont elle concourt à la génération et à l’accouchement ; elle se ferme, se dilate et se contourne à propos; ses trompes ont un mouvement fort particulier lorsqu’elles vont saisir l’ovaire; toutes ces actions, sans lesquelles la matrice vit ou existe fort bien dans les jeunes et les vieilles personnes du sexe , dépendent d’une sorte de mouvement surajouté à la vie , mouvement qui a quelque rapport avec celui qui fait l’excrétion et la sécrétion des glandes.
La comparaison entre les glandes et la matrice est plus frappante dans ce qui concerne les règles; on sait tout ce qu’on a avancé jusqu’ici sur ce qu’on a appelé pléthore générale et par-^ ticidiere y et toutes les disputes qui divisent encore les physiologistes sur cette matière; il seroit fort inutile d’exposer toutes ces disputes, de tâcher de dissiper le malentendu qu’il paroît y avoir, et de démontrer qu’on s’est peut-être engagé sur cette matière dans des questions qui semblent inutiles; il suffit d’exposer simplement les choses comme il semble qu’on pourroit les concevoir.
beaucoup ce qui regarde
ANATOMIQUES. ■ ï^î
La matrice et le vagin font une excrétion de sang aussi pur, pour l’ordinaire, que celui qui roule dans les vaisseaux* cette excrétion vient tous les mois ou environ • elle commence vers l’âge de douze à quinze ans , elle finit vers celui de quarante k cinquante, et elle est suspendue ordinairement dans la grossesse, dans rallaiienient , et dans certaines maladies qui occasionnent aussi des pertes tant ronges que blanches , etc.
L’excrétion de la matrice se fait tout comme celle de toutes les autres glandes que nous avons appelées actives 5 l’organe se reveille et erigitiir , et par les replis qu’il fait sur lui-méme , il appelle le sang et il le rejette au dehors par la meme mécanique que nous avons exposée ailleurs.
L’excrétion se fait pour l’ordinaire tous les mois , peut-être même les efforts pour l’excrétion se font-ils dans les femmes ma-* Jades , et même dans celles qui sont enceintes , comme dans toutes les autres y ainsi l’excrétion de la salive se fait toutes les fois que l’appétit se réveille, etc. , en un mot chaque organe agit à son tour ; celui de la matrice ne vient que de mois en mois : pourquoi? c’est ce que nous ignorons, et qu’il s’agit de chercher, comme nous l’avons dît plus haut; on éclaircira cette question à proportion qu’on fera des découvertes sur les retours périodiques de l’action des glandes.
Nous pourrions avoir recours aux pléthores et aux amas de sang qu’on suppose se faire dans le tissu de la matrice ; mais voici ce qu’on diroit peut-être là-dessus : demander si lorsque les règles coulent ou doivent couler il y a pléthore générale , ne seroit-ce pas demander si lorsque la salive doit être séparée il y a aussi pléthore générale ? La différence ne paroît pas bien sensible , et si des gens sans préjugés examinent comme il faut cette comparaison , ils verront combien on est fondé sur ce qu’on nomme pléthore générale , contre laquelle nous ne répéterons pas les argumens qu’on lui oppose ordinairement.
Quant à la pléthore particulière ^ ou l’amas de sang qu’on suppose se faire clans le tissu de la matrice seulement, qui contient apparemment dans cette opinion tout le sang qu’une femme perd à chaque fois qu’elle a ses règles ; quant à cette pléthore particulière enfin , ne î’a-t-on pas supposée simplement pour n’avoir pas remarqué c[ue le sang vient en quantité dans un organe lorsque cet organe est lui-même disposé pour cela?
Le sang vient en quantité vers les parotides lorsqu’elles agissent, et Cj[ue la salive coule : ne riroit-on pas d’un homme qui diroit que la salive coule de la parotide , parce qu’elle s’y est ramassée en dépôt , parce qu’elle a fait une pléthore particulière à la glande ? l’application ne peut-elle pas se faire ?
La matrice ne commence à exercer ses fonctions que vers l’âge de douze à quinze ans, et elle finit vers celui de C[uarante; elle a cela de commun avec les mamelles dans les femmes , et avec les testicules dans l’homme ; n’y a-t-il pas des organes tels cpie le ihimus et les glandes surrénales qui , en s’en rapportant à ce qu’on dit communément, n’exercent leur action que pendant la
«^9^ RECHEr.GHES
jeunesse? pourquoi n’j en auroit-il pas pour agir clans un âge? plus avancé?
La suspension des règles doit s’explic|uer comme celle de tout autre excrétion • un dévoiement bien déterminé suspend l’action <Ie la peau et celle des glandes salivaires * les sueurs et la salivation suspendent les évacutions intestinales^ chacune de ces évacuations est suspendue dans des maladies particulières^ ainsi des évacuations trop fortes et des irritations irrégulières suspendent les règles • une saignée faite , par exemple , dans le temps de la digestion ne la suspendroit-elle pas dans bien des sujets, tout comme une saignée faite lorscju’une femme a ses règles ou lorsqu’elle doit les avoir dans peu les suspend quelquefois?
Peut-on ne pas comparer les pertes de la matrice , tant les blanches c|ue les rouges , à une espèce de dévoiement semblable à celui qui arrive aux glandes intestinales , à la salivation , et aux sueurs trop abondantes et continuelles?
En un mot, l’excrétion du sang menstruel se fait comme toutes les autres ^ si la matrice ne s’acquitte pas de sa fonction , il arrivera quelquefois cjue cpielque autre organe le fera pour elle ; ainsi on voit des filles réglées par la bouche , par les extrémités , etc.
Il faut remarquer que ce phénomène singulier n’arrive que rarement , et seulement dans les filles dont les autres excrétions ,iie réparent pas celle de la matrice , et dont les parties ne se bouffis sent pas aisément.
Nous faisons cette remarque parce qu’on pourroit dire que cette observation démontre la pléthore dont on diroit que nous avons paru douter ^ nous avouerons qu’il nous paroît que cette observation ne démontre pas l’existence de la pléthore , et qu’il semble d’ailleurs qu’on ait un peu trop donné à cette cause , ou à la pléthore, qui peut avoir sa part dans l’action de la matrice, mais que nous ne regardons pas comme la principale cause.
Car, enfin, nous serions portés à croire que les crevasses qui surviennent à d’autres parties que la matrice , et qui servent ^ émonctoires au sang menstruel , dépendent autant de l’action irrégulière de la matrice que de la quantité du sang à laquelle on les attribue communément • ainsi certains ictères supposent une action du foie 5 cet organe fait la sécrétion de la bile, mais il ne la dirige pas vers les conduits excrétoires ) ainsi l’on voit des femmes qui à la suite des couches ont leurs urines laiteuses , tandis que les mamelles ont assez d’action pour sécerner le lait, quoiqu’elles n’en aient point assez pour le porter au mamelon • enfin , l’urine abonde beaucoup plus d’humeurs lorsqu’il y a un obstacle qui n’en empêche que l’excrétion.
Nous aurions bien des observalions de pratique à rapporter sur les différens organes , mais en voici deux qui regardent uniqueinent la matrice. Une fille étoit réglée par un ulcère qu’elle avoit au pied : lorscjue le sang devoit sortir , €|u’arrivoit~il ? Cette fille s^entoit des douleurs aux lombes , des langueurs d’estomac , des maux de tête; sa physionomie changeoit; toutes ses veines grosis-
soient^ sa jambe s’engourdissoit , et l’ulcère s’ouvroit; eu un mot cette fille avoit la plupart des symptômes qui précèdent l’écoulement du sang par la matrice.
Or il semble qu’on doive attribuer tous ces symptômes à l’action de la matrice , car pour les attribuer à la pléthore , il faudroit qu’ils se montrassent dans toute plénitude des vaisseaux , ce qu’on n’observe pas. Un praticien distinguera ordinairement , avec assez de facilité , les signes d’une simple pléthore ou d’une raréfaction du sang , ou , pour mieux dire , des dispositions auxquelles on a donné ces dénominations , des symptômes qui annoncent les règles (i). , . . , . , ' .
Une autre fille étoit sujette à des convulsions étonnantes et qui redoubloient surtout lorsqu’elle devoit avoir ses règles , qui venoient en effet par les voies ordinaires après bien des travaux - sa matrice devint dure , squirrheuse et insensible. Toutes ses incommodités cessèrent.
Concluons de ces deux observations auxquelles on en joindra aisément d’autres : 1°. que les incommodités que souffrent les femmes aux approches de leurs règles , viennent de l’action et de la sensibilité de la matrice y 2°. que l’écoulement des règles par des voies extraordinaires , suppose que la matrice n’a pas perdu toute son action • elle n’est pas disposée à laisser passer le sang des règles , mais elle n’est pas insensible ^ car 3®. si elle l’étoit absolument , toutes les secousses qu’elle cause cesseroient j il y auroit un calme, comme dans les filles bien jeunes.
Nous n’irons pas plus loin sur une matière que nous ne pouvons traiter qu’en passant , et qui nous meneroit fort loin s’il falloit appliquer à la matrice tout ce que nous avons dit des autres glandes. Ceux qui seront curieux d’examiner un peu cette question , verront par eux-mêmes que tous les phénomènes peuvent s’expliquer aisément par le système dont il est question - d’ailleurs nous ne donnons ces présomptions que pour ce qu’elles valent , et il s’en faut de beaucoup que nous les croyons préférables aux idées ordinaires dont nous nous écartons le moins qu’il est possible.
(i) N. B. Lorsque je parle de l’action de la matrice, comme de celle de tout antre partie , j’ai toujours égard à ce que j’ai remarqué plus haut ( §. csin) an sujet de cctie espèce d’organe central qui part du has-ventre, et qui a certains rapports avec toutes les autres parties ; ainsi la tête doit être regardée comme uu centre d’où partent le mouvement et le sentiment. La poitrine est uu autre centre qui envoie le sang aux plus petits vaisseaux ; et peut-être y a-t-il encore un troisième centre , qui est le bas-ventre , d’où part une sorte d’action nécessaire à tous les organes ; il seroit aisé , en suivant cette idée , de concevoir , par exemple ,, comment la matrice peut agir sur des parties, comme les extrémités; car il faudroit dire que cette action ne se communique qu’au moyen de l’organe qui part du bas-ventre , etc. Il est vrai que l’existence de cet organe n’est pas encore assez connue , et qu’il y a bien des recherches à faire là-dessus ; il faut espérer que tout cela s’éclaircira dans la suite ; je renvoie encore le lecteur à Van Helmont jus Dmimvirat. 11 jugera aisément combien les médecins ont eu tort de s’arrêter si tôt sur ces matières ; je ne parle pas des idées que Van Helmont a publiées srir son archée; mais je parle des observations éparses qui se trouvent uniquemeîK dans j son ouvrage ; combien n’est il pas aisé de les lier aux remarques journalières des 1 praticiens! Combien l’anatomie ne peut-elle pas en profiter! Il y a de bons ! 4)bservateurs qui travaillent actuellement sur cette matière.
i;)4 RECHERCHES
L’action de la matrice se démontré aisément par des donîeurs ^ des trancîiées , des lassitudes et des tirai! lemens que la plupart des ülles sentent aux ajjproclies de leurs règles ^ il y en a qui sont sujettes à bien d’autres accidens qui indiquent la même action.
On l’aperçoit surtout dans les femmes qu’on nomme vaporeuses ou qui sont sujettes à la passion liystérique j elles sentent quelquefois la matrice se remuer. Ce viscère est en convulsion , et il communique son action tantôt à une partie , tantôt à une autre.
Des observations faciles à faire démontrent qu’il n’est , pour ainsi dire , point de partie qui ne soit du département de la matrice. On sait comment le gosier se prend dans certaines vaporeuses j combien elles sont sujettes aux palpitations , aux convulsions du diaphragme, et à des étranglemens vers la région épigastrique^ comment leurs extrémités deviennent paralytiques et attaquées de convulsion. Ceux qui voient des malades ont chaque jour lieu d’apercevoir tous ces phénomènes singuliers , sur lesquels les physiologistes ont soin de passer bien légèrement.
De toutes les parties qui sont du département de la matrice*, les mamelles sont celles qui paraissent dépendre le plus de ce viscère ÿ elles se gonflent , et elles agissent lorsque la matrice agit. Il y a des femmes qui , lorsqu’elles doivent avoir leurs règles , sentent des tiraillemens fort vifs aux mamelles y ces tiraillemens se démontrent plus évidemment dans les femmes en couche, et enfin on sait que lorsque les mamelles sont irritées , la matrice s’en ressent tout de suite.
Nous finirons ce paragraphe par une réflexion sur les vaisseaux de la matrice ^ on sait qu’elle en a en assez grande abondance ; toute glande en a aussi beaucoup. Nous demanderons , à ce sujet , s’il y a dans la matrice , dans chaque glande , et même dans chaque muscle , des vaisseaux j)our la vie et pour la nourriture de ces organes , et d’autres pour leurs fonctions particulières , à peu près comme dans le poumon , et s’il seroit possible d’éclaircir ce fait.
Peut-être y a-t-il , surtout dans la matrice , des vaisseaux qui ne se dilatent qu’au besoin • peut-être tous ces vaisseaux sont-ils disposés de façon qu’il peuvent , sans se gêner, laisser passer plus de sang dans certains cas que dans d’autres. Toutes ces questions , et bien d’autres semblables, mériteroient l’attention des anatomistes médecins. Il faudroit aussi examiner si le sang qui sort de la matrice dans le temps des règles ne vient pas des veines de ce viscère , autant ou plus que de ses artères , et si le transport de ce sang se fait suivant les lois de la circulation ordinaire.
§. CXXIX. Remarques sur V inflammation.
Ce que nous avons dit de l’action particulière des organes , peut éclaircir ce qui se passe dans l’inllanimation il semble que lorsqu’une partie s’enflamme , elle devienne un organe particulier qui a son action , sa circulation et toutes ses fonctions indépendantes , à certains égards, de ce qu’elle reçoit de la circulation générale.
Pcut~êqrQ même ce qu’on a appelé l’arrêt ou l’cngorgemenl du
ÀNATOMÎQÜES.
mmg , et qu’on a regardé comme la cause de l’indammaîioîî , n’cst-il que Feffet d’une disposition particulière qui arrive à une partie , dont les nerfs ont une certaine action, un peu violente et qui est , à proprement parler , la cause de rinllammation.
Si chaque tronc de vaisseau sanguin est entouré de nerfs , comme nous l’avons supposé ( §. civ) , et que ces nerfs viennent à être irrités , ils pousseront le sang en plus grande quantité, et avec beaucoup plus de force vers les ramihcations des vaisseaux , comme cela arrive dans les glandes , où les humeurs se portent en plus grande quantité et avec plus de force pendant l’action de la sécrétion.
Si on convenoit qu’il y a dans chaque partie des vaisseaux qui ùe reçoivent pas toutes les humeurs qu’ils peuvent contenir , c’està-dire que ces mêmes vaisseaux , plus ou moins dilatés , recevront des parties du sang fort différentes | on pourroit soupçonner que l’inflammation a son siège dans ces vaisseaux ^ qui sont si serrés dans l’état naturel , qu’ils ne reçoivent que de la lymphe , quoique cependant ils aient autant de capacité qu’il en faut pour devenir^ pour ainsi dire , vaisseaux sanguins au besoin ^ par exemple dans l’état d’inflammation.
Faudroit-il , cela étant , disputer pour savoir si les vaisseaux qui se remplissent dans l’inflammation sont sanguins ou lymphatiques ? Cette question , qui paroît avoir commencé à Montpellier , et appartenir à MM. \ieussens et Chirac (i) , et qui s’est tant répandue , ne deviendroit-eîle pas désormais inutile?
Les vaisseaux dont il est question ont la propriété d’être sanguins et lymphatiques^ ils ne contiennent ordinairement que la lymphe ^ parce qu’ils se resserrent autant qu’il le faut pour cela j les nerfs qui les accompagnent sont-ils irrités d’une certaine façon? Ces vaisseaux se dilatent et se redressent^ ils deviennent plus ou inoios droits , de tortueux qu’ils étoient , eriguntur , et cette sorte d’érection ou de dilatation violente, fait que le sang aborde en plus grande quantité , étant vivement poussé par l’action des nerfs qui sont au tronc elii vaisseau principal de la partie.
Ceci est bien différent de ce qu’on avance communément; on • regarde la tumeur comme l’effet de l’abord du sang , et peut-être j au contraire , la tumeur ou la disposition boiijjie de la partie , faitelle venir le sang en quantité et avec beaucoup de mouvement.
(i) Voyet ce qn’a dit là-dessws l’illustre M. Fizes ; il paroit que cette qnestioa est en effet née à Montpellier; c’est aussi dans la même faculté qu'ou commencé à drtuter de cette théorie. Voyez là-dessus une thèse de M. Sauvages; ce savant professeur a attaqué la théorie ordinaire , on celle de Eoerhaave, ou celle dont il est question ici ; il y a apparence que MM. Vieussens et Chirac , qui étoient d’ailleurs si peu d’accord , et qui s’étoient pourtant réunis pour poser les fondemens de la théorie ordinaire, n’auront plus autant de sectateurs qu’ils en ont eu. Au reste , il y a bien des gens à Montpellier qui prétendent que M. Vieussens a démontré, ou qn’il dit avoir démontré les artères lymphatiques; tous les médecins de Cette école ne sont pas là-dessus du sentiment que M. Ferrein et M. Combalusier ont embrassé au sujet de la décotiverle des artères lymphatiques; il y en a même qui ne font pas grand cas de toutes ces questions, et qui ne eonviennent pas que la médecine ait retiré de grands avantages de tout ce qu’on a dit là-dessus; mais appel!era-t on de la décision de M. Feirein et de M. Corahaîusier , lorsqu’ils auront étendu leur système ? Que n’est on pas en droit d'al tendre de CCS deux docteurs de Montpellier , dont ie méiite est si connu ?
igi3 RECHERCHES
Contentons-nous de rapporter une observation qui peut confir-imer cette présomption ♦ une tumeur , quelle que soit sa grosscEir sur le vivant , est affaissée après la mort; tout le monde peut faire cette remarque , et elle prouve que le gonflement de cette partie dépend d’une cause bien différente de la présence de l’humeur qu’elle contient; car, enfin , cette humeur s’est-elle évacuée? On peut l’avancer , mais il n’y a qu’à faire des incisions sur cette partie qui s’est enflammée sur le vivant ; on la trouve gorgée et pleine de sang ; elle en contient beaucoup plus que les parties voisines , et cependant elle est au même niveau. Trouvera-t-on la raison de ce phénomène , à moins qu’on ne dise que ce qui fait le gonflement est principalement Y érétisme ou la tension particulière des vaisseaux et des nerfs de la partie ?
Ce n’est pas ici le lieu d’étendre cette théorie ; il suffit de faire remarquer qu’une partie enflammée fait , en quelque façon , corps à part, au moins dans certain temps. Elle a une sorte d’action surajoutée à celle qui fait la vie ; elle fait un cercle à part , en suivant les expressions dont nous nous sommes servi (§. cxxv), et enfin ce qui se passe dans cette partie , ressemble à ce qui se passe dans les glandes et dans les autres organes vers lesquels le sang est dirigé , et où il fait des espèces de torrens que les praticiens ont appelés rapttis.
On pourroit, en parlant de ces raptiis , prouver encore ce que nous avons avancé au sujet de V action particulière d’une partie , et faire voir combien on fait communément peu d’attention à cette sorte de phénomène, qu’on ne semble pas expliquer, non plus que ce qui regarde certaines dérivations et révEilsions , et les évacuations des humeurs par des organes particuliers , en suivant ce que les scholastiques disent de la circulation ; mais tout cela nous écarteroit de notre sujet principal.
§. CXXX. Si on ne peut pas découvrir comment se font les actions particulières des glandes ; leurs retours périodiques , et ce que nous avons dit de leur sensation , etc.
On voit aisément que tous ces phénomènes dépendent des changemens qui arrivent aux nerfs ; mais lorsqu’on veut pénétrer plus avant, et découvrir quels sont ces changemens des nerfs, on se trouve arrêté , et peut-être est-il inutile de faire des tentatives sur cette matière.
Il semble cependant qu’il soit bon de ne pas se décourager , et de faire toujours de nouvelles expériences ; c’est le moyen de jDarvenir à quelqne connoissance solide. Ne convient-on pas aujourd’hui que les hypothèses elles-mêmes bien entendues ont leur utilité? elles exercent l’esprit, et mettent à même de faire des recherches qu’on n’auroit jamais entreprises.
On sait combien les physiologistes ont fait de tentatives pour découvrir le mécanisme de l’action du genre nerveux; on s’est réduit à s’en tenir à l’existence d’un fluide subtil auquel on a fait jouer autant de rôles qu’à la matière éthérée ; ne s’est-on pas arrêté
trop tôt? Ne falloit-il pas multiplier les expériences beaucoup plus qu’on ne l’a fait?
On en a fait à Montpellier une infinité sur cette matière , et certainement elles nous ont un peu avancé , en nous désabusant du système de Willis , qui est encore dominant dans bien des endroits j Willis ou les willisiens avoient pensé que le cervelet étoit plus dur que le cerveau , et qu’il donnoit naissance aux nerfs vitaux ; de là sont venues bien des hypothèses sur le mouvement du cœur , sur le sommeil et sur bien des maladies, qu’on a regardées comme des xnaladies de la tête.
M. Lamure , docteur de Montpellier , fit en 1741 expérience que voici : il laissa tomber une balle sur le cerveau et sur le cervelet d’un même sujet, et de la même hauteur, et il s’aperçut que la balle entroit beaucoup plus aisément dans le cervelet que dans le cerveau * il conclut de là que l’opinion commune étoit fausse dans cette partie , et dans ce qui s’en suivoil^ on a souvent refait ces expériences, et notamment en 1746 et 1747; peut en voir le résultat dans l’histoire de l’Assemblée publique de la Société royale, année 1747-
Nous ne croyons pas que le cerveau soit plus dur que le cervelet dans tous les sujets 3 Gaspard Bauhin et quelques autres anciens ont avancé que cela étoit constant ^ Bartholin et quelques autres ne trouvoient point de différence dans la consistance de ces deux parties^ nous en avons trouvé souvent 3 le cervelet se trouve quelquefois plus mou , et quelquefois plus dur que le cerveau • nous avons même trouvé un lobe du cerveau qui n’étoit ni enflammé ni corrompu , plus dur ou plus mou que son voisin j enfin nous avons trouvé bien des différences dans la consistance de ces parties , suivant que Içs sujets sur lesquels nous faisions nos épreuves avoîent élé plus ou moins malades, etc. y peut-être même ces parties varient-elles suivant les tempéramens et suivant les passions, autant que suivant l’âge.
Nous avons coutume de faire ces expériences en touchant simplement les parties avec les doigts; et pour qu’on ne nous accuse point de préjugé, nous faisons toucher les parties à des gens qui ne voient pas ce qu’ils touchent, et le résultat est ordinairement tel que nous l’avons rapporté.
Peut-on faire quelque application de ces observations? Voilà ce qui n’est pas de notre sujet pour le présent ; contentons-nous d’annoncer ce que nous avons trouvé par des expériences réitérées ; ceux qui en feront de nouvelles feront sans doute des découvertes sur cette matière. Voyez les Mémoires d’Edimbourg qui ont paru depuis que ce que nous avons dit s’est passé à Montpellier.
De pareilles expériences nous firent bientôt apercevoir les mauvais fondemens de la principale partie de l’opinion ordinaire , et elles nous mirent avec raison à même de douter de ce qu’on disoit sur l’origine des nerfs vitaux qu’on faisoit venir du cervelet ,’ tandis qu’on avançoit que les nerfs qui servent aux mouvemens volontaires viennent du ceryeau.
îg8 RECHERCHES
Bien (les grands hommes, et entre autres Freînd, avoient eu des doutes sur cette opinion ^ elle a^mit pourtant pris dans les ecoles , où on la suit encore ^ eriihesceremus ^ disons-nous ( 'Flies. de sens. 1^42.) sine anatoiniâ loqui ; la chose étoit évidente par elle-même ; Vieussens , M. Winslow et tous les auteurs exacts , nous fournirent des descriptions auxquelles nous crûmes devoir nous en tenir, quoiqu’elles ne soient pas conformes à celles de Willis. Le commentateur de Boerhaave exposa ses doutes la inême année.
Il paroît qu’il n’est plus possible aux wilîisiens de soutenir leur opinion • il faut pourtant avouer qu’il y a , pour l’ordinaire , beaucoup de différence entre ce qui reste de mouvement à un animal vivant lorsqu’on lui enlève le cerveau, et ce qui lui en reste lorsqu’on lui a oté le cervelet 3 dans le premier cas l’animal semble vivre et quelquefois sentir , et dans le second il paroît plus insensible. H y a des animaux qui , lorsqu’on leur enlève le cervelet , tombent comme frappés de la foudre ÿ il y en a aussi c!e plus vivaces qui résistent beaucoup plus. Il faut se souvenir, par rapport à ces phénomènes , qu’il est bien difficile d’enlever le cervelet à un animal vivant sans délabrer beaucoup la moelle allongée , au lieu qu’on la laisse plus aisément entière lorsqu’on enlève le cerveau.
Il est bien plus aisé de renverser un système que d’en établir lin autre sur cette matière; on aura de la peine à en substituer un autre aussi ingénieux que celui de Willis. On ne connoît pas bien encore l’origine des nerfs; on ne peut pas s’empêcher de convenir de cette vérité : les uns vont à une partie , les autres vont à une aiVtre , et ils ont différons usages , apparemment eu égard à leurs différentes dispositions.-
Peut-être ne diffèrent-ils que par leur volume, et êinVant qu’ils ont plus ou moins de tension et de longueur, et qu’ils sont diffé-v remment placés ; ce seroit peut-être de ces principes qu’on pourroit partir pour donner un système étendu sur l’action des nerfs et sur leurs usages.
Quelle attention ne faudroit-il pas faire encore à ces grands nerfs comme multiples qu’on appelle sympathiques, et qui font une classe à part avec leurs ganglions, qu’on a regardés, avec raison , comme de petits cerveaux , et qui sont peut-être les principaux acteurs dans les départemens des organes , et dans leurs actions périodiques , et qui enfin servent à expliquer des phénomènes dont nous avons parlé ailleurs (§. cxxix.), sur ce qui reg.arde l’action singulière du bas-ventre !
Nous permettra-t-on de dire comment nous concevons que les fonctions des nerfs peuvent se faire sans le secours des esprits animaux auxquels il ne nous est plus permis d’avoir recours