RECHERCHES SUR LES GRISES
ces praticiens, et fissent un recueil exact de leurs différentes manœuvres , ainsi que les poètes et les historiens le faisoient autrefois des belles actions des héros.
CXIV. Quant aux médecins qui sont faits pour enseigner dans les écoles , ils ne sont que trop souvent obligés de s’attacher à un système qui leur vaut toute leur considération. C’est de cette sorte de médecins , très-respectables et très-utiles sans doute , qu’on peut dire avec Hippocrate : Unusquisque suce orationi tcstimonia et
conjecturas acldit vinciUjue hic , modo ille , modo iste , cui
potissimum lingua volubilis ad populum conti gerit : a Chacun
» cherche à s’appuyer de conjectures et d’autorités l’un ter-
» rasse aujourd’hui son adversaire , et il vient à^n être terrassé à » son tour j le plus fort est communément celui dont le peuple » trouve la langue la mieux pendue ». Ce sont les malheurs de Fétat de professeur, qui a bien des avantages d’ailleurs.
CXV. En un mot , il est nécessaire , pour terminer la question des crises y ou pour l’éclaircir, d’être libre , et initié dans cette sorte de médecine philosophique ou transcendante , à laquelle il îî’est peut-être pas bon que tous les médecins populaires , je veux dire cliniques , s’attachent. En effet, on pourroit demander si ces médecins populaires ne sont pas faits la plupart pour copier seulement, ou pour imiter les grands maîtres de l’art. N’y auroitil pas à craindre que ces esprits copistes ou imitateurs , qui sont peut-être les plus sages et les meilleurs pour la pratique journalière de la médecine , ne tombassent dans le pyrrhonisme , si ou leur laissoit prendre un certain essor?
CXVI. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’on doit chercher parmi eux ce que j’appellerois les témoins des faits particuliers en médecine • et il semble qu’il convienne qu’ils soient assujettis à des règles déterminées , tant pour leur propre tranquillité que pour la sûreté des malades : Sint in memoria tibi morborum curationes et horiun modi , et quomodo in singulis se habeant ^ hoc enim prineipium est in medicina , et medium et finis : u Le commen- » cernent , le milieu et la fin de la médecine sont de bien savoir » le traitement des maladies , et leur histoire ». Voilà ce qu’Hippocrate exigeoit de ses disciples. De decenti ornât. Voilà ce qui regarde les médecins ordinaires , voués à des travaux qui intéressent journellement la société , et dont les services sont d’autant plus précieux , qu’ils sont plus réitérés , et qu’ils ne peuvent souffrir aucune sorte de distraction de la part du praticien.
CXVIÎ. Il y a des questions qui sont réservées pour les législateurs de V art ^ telle est la doctrine des crises. J’appelle un législateur de V art le médecin philosophe qui a commencé par être lémoin , qui de praticien est devenu grand observateur, et qui, franchissant les bornes ordinaires , s’est élevé au-dessus même de son état. Ouvrez les fastes de la médecine^ comptez ses législa-^ leurs! fd Paris, en 1753. )