‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 44 sur 96 · LV- Ett supposant avec Boerliaave que la eoction simple ou · texte numérisé non relu

LV- Ett supposant avec Boerliaave que la eoction simple ou

Hon parfaite , différente de la coction parfaite (car il faut eu faire de deux espèces pour sauver la contradiction) • en supposant , dis-je que cette coction est , comme il l’avance (§. 927) , Vétat dans lequel la matière crue est changée de façon quelle soit peu éloignée de V état de santé ^ on ne voit guère comment cette coction peut être suivie de la crise. En effet , Boerhaave prétend (§. 982) que la cause du moiwement critique est la vie restante , vita superstes , irritée par la matière morbifique douée de différentes qualités. Mais comilient la matière cuite , si elle est peu éloignée de V état de santé , peut-elle irriter la vie et causer une révolution subite ? Comment est-elle douée de différentes qualités., prœdita variis conditionibus , si elle est peu éloignée de l’état de santé ?

LVI. D’ailleurs Boerhaave assure (§. 941) que \ évacuation cri-^ tique qui arrive à un jour critique , est bonne ^ que la doctrine d’Hippocrate (§. 942, Haller, Comm.) sur les jours indices , le cjiiatre indice du sept , le cinq du neuf, ne trompe pas lorsqu’on livre la nature à elle-même ; nœc non fallunt quamdiu naturæ inorbum committis , neque te immisces curationi. Il ajoute (§. 941? Hall.) que la crise qui se fait en Norwege est differente de celle qui se fait en Grèce , et que celle qui se fait dans une femme diffère de celle qui se fait dans un homme. 11 dit (§. 1 178), après avoir fait un détail des remèdes correctifs , des acrimonies acide , alkaline , muriatique , huileuse , aromatique , bilieuse , exuste , putride, rance , acrimonia aromatica , exusta , etc. que celui qui entend bien , recte intellexit , tout ce qu il vient de dire , et qui a lu avec soin les ouvrages d' Hippocrate et les beaux commentaires de Galien , Galeni in ilia eruditas curas , connoitra certainement , profecto, les remèdes propres à faire digérer , gouverner la coction et la crise des maladies ^ ad excitandam , promovendam , gubernandam , ahsolvendam coctioneui et crisiniv

LVII. 11 suit de ces passages et de ceux que nous avons remarqués ci-dessus , ainsi que de plusieurs autres que je passe sous silence , que Boerhaave ne rejetoit pas la doctrine des crises , mais qu’il n’étoit pas bien décidé sur ces matières , ou du moins qu’il est difficile de pénétrer le plan qu’il s’étoit formé à cet égard. En effet, s’il est vrai que l’évacuation critique qui arrive à un jour critique , est bonne , il y a donc des jours critiques ; mais quels sont-ils ? c’est ce que Boerhaave ne décide point assez précisément. S’il est vrai que la doctrine des jours indices ne trompe point , tandis qu’on livre la maladie à la nature , en quoi cette vérité est-elle utile à savoir? et jusqu’à quel point faut-il livrer la nature à elle-même, et ne pas se mêler de la cure , se immiscere curationi? Voilà un point d’autant plus embarrassant, que Boerhaave lui-même suppose que quelquefois (§. 940) le médecin jion. auscultât naturæ neque cri sim expeciat, ne se prête pas aux mouvernens de la nature , et n’attend pas la crise. Il est donc des cas où il est permis de s’opposer à la nature , et de ne pas attendre

les crises , expectare crisiin : mais quels sont-ils ? c’est ce que Boerhaave ne dit point , et ce qu’il falloit dire.

LVHT. Outre cela, si un médecin qui entend bien , recte Intellexit , les préceptes que Boerhaave donne sur les acrimonies ^ si un médecin , dis-je , qui sait manier comme il faut les médicamens opposés aux acrimonies , dont Boerhaave fait autant de spécifiques , connoît certainement, profecto , la façon de faire, de diriger et de gouverner la crise et la coction , à quoi bon les attendre de la nature ? Comment cette action ptriimlante des spécifiques s’accorde -t- elle avec les jours critiques? Pourquoi s’en tenir, comme Boerhaave le fait (§. 1210, Haller), à la loi d’Hippocrate, fpii7)etat piirgare in statu cru dit ati s ^ qui défend de purger pendant que les humeurs sont crues , et qui ordonne d’attendre la coction? Pourquoi ne pas la faire , cette coction , avec les spécifiques ? et s’ils réussissent , ou si on croit qu’ils peuvent réussir ^ quelle nécessité y a-t-il de s’en tenir à des lois anciennes? Pourquoi ne pas se décider contre elles comme les chimistes? Enfin , Boerhaave a bien dit que la crise est différente en Grèce et eu Norwège ^ mais on ne sait point si cette différence regarde la nature de la crise , ou l’organe par lequel elle se fait , ou bien les jours auxquels elle arrive ÿ et cela n’est pas mieux décidé au §. 941 ? dans lequel Boerhaave prétend que la crise est différente dans les différens climats , crisis varia est ratione regionis ^ de manière qu’il paroît avoir à peine touché à l’opinion de ceux dont nous parlons ci-dessus , et qui prétendent que les crises ne se font point aux memes jours en Grèce et dans ce pays-ci.

LIX. En un mot^ il me semble qu’il est assez difficile , quelque parti qu’on |)renne , de s’appuyer du sentiment de Boerhaave. Il a écrit des généralités; ses propositions ne paroissent pas assez circonscrites. Il n’a pas bien exactement fixé sa façon de penser; tantôt il semble vouloir concilier les modernes et les anciens , le plus souvent il donne la préférence à ces derniers; mais, encore une fois , tout ce qu’il avance n’est ni assez clair ^ ni assez déterminé, surtout pour les commençans. Il est fâcheux que le savant M. Haller n’ait pas jugé qu’il fut convenable de toucher à toutes ces questions essentielles , et les seules peut-être qui soient vraiment intéressantes. Lorsque Boerhaave parle des crises , qu’il donne des lois à ce sujet , qu’il projDOse des choses qu’il appelle ( §. 94 1> etc.) recepta , reçues, axiomata , des axiomes, M. Haller garde le silence sur ces lois , sur les sources oh son maître les a puisées , sur leur vérité et leur authenticité ; il ne cite pas même les ouvrages d’Hippocrate et de Galien , dans lesquels Boerhaave a pris presque tout ce qu’il avance de positif. Chacun peut , il est vrai , s’orienter sur ces matières par lui-même ; mais lorsqu’il s’agit de la manière dont Boerhaave assure que ce qu’il dit est reçu , et qu’il en fait des axiomes , chose fort importante pour l’histoire de la médecine que M. Haller a tant à cœur , n’est-il pas surprenant qu’il ne nous ap2:)renne point dans quel endroit ces axiomes étoient reçus, lorsque Boerhaave composoit

son ouvrage (en 1709 et 1710), et de quel œil les partisans de Silvius Deleboe' , qui étoient les domiiiaiis à Le^œle , regardoient ces axiomes? S’il s’agit d’un petit muscle, d’une figure anatomique, d’une discussion curt^use, M. LIaller ne s’épargne point ^ il cite des auteurs avec une abondance qui fait honneur à son érudition • il fait mille pénibles recherches; il instruit son lecteur en le conduisant dans tous les coins de sa bibliothèque; et lorsqu’il s’agit des matières de pathologie , il n’a rien à dire , rien à citer. Un médecin , par exemple Van-Swieten , que les praticiens peuvent à bon droit appeler V enfant légitime ou le fis auié de Boerliaave aiiroit fait précisément le contraire.

LX. Si on consulte Boerhaave dans se« Aphorismes , il veut que dans l’angine inflammatoire {Aph> 809) on ait recours « à de » promptes saignées , et si abondantes , que la débilité , la pâleur » et l’affaissement des vaisseaux s’ensuivent » , cita , magna , repetita missio sanguinis , quoiisque ut débilitas palor , vasoriiin t'tyllapsus y et tout de suite à de forts purgatifs , « valida alvi sub~

diictio , per pitvganiiaore haiista ^'> y sans oublier les fumigations humides, vapore hiimido , molli, tepido , assidue hausto. Boerîiaave prétend que dans la péripneumonie inflammatoire et récente ( Aph. 854) 5 “ il recourir à de promptes saignées » , citain largam missionem sanguinis , ut diluentibus spatium concedatur , pour faire place aux délayans. Il donne les memes préceptes pour l’inflammation des intestins , pour la pleurésie , etc. ; mais s’il faut suivre ces règles , il n’est plus question de choisir des jours déterminés , il n’y a pas même lieu d’attendre la coction et la crise sans les déranger. Il est vrai que Boerhaave présente les mêmes maladies sous d’autres points de vue ; mais 011 ne trouvera jamais une conformité parfaite entre le traitement qu’il prescrit, et la doctrine des jours critiques reçue chez les anciens ; et il déraeure incontestable que , comme nous l’avons dit , le système de Boerhaave est indéterminé , et qu’au reste il a du rapport avec ce que Baglivi , Stahl , Hofmann et bien d’autres pratiquoient avant lui. L’illustre Van-Swieten est plus précis et plus décidé que son maître ; il s’explique au sujet des crises , à l’occasion d’un ouvrage de M. ÎShhell , dont je parlerai plus bas , et il le fait d’une manière qui annonce le praticien expérimenté, l’homme qui a vu et vérifié ce qu’il a lu. Il est à souhaiter que ce médecin puisse communiquer un jour les observations nombreuses dont il parle , et dans lesquelles il s’est convaincu de la vérité du fond de la doctrine des anciens. Il n’est pas douteux enfin que les modernes, qui ont joint la pratique aux principes de l’école de Boerhaave , parmi lesquels il faut placer quelques Anglois de réputation , tels que M. Huxham , ne fussent très-portés à admettre la doctrine des crises j le docteur Martine mérite d’être inis dans cette dernière classe.

LXI. Chirac , un des réformateurs ou des fondateurs de la médecine française , qui se donne lui-même pour disciple de Barbeyrac et des autres médecins de Montpellier, quitta cette fameuse école où il avoit déjà formé bien des élèves , et où i! ayoit soutenu

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pendant dix-Iinit ou vingt ans ( en s’en rapportant à un passage d’un de ses ouvrages que je citerai dans un moment) , desoj^inions erronées qui l’égaroient ; il vint prendre à Paris des connoissances qui j sont aujourd’hui les fondemens de la médecine ordinaire ; de sorte qu’on ne sauroit bien décider si le système de Chirac est né à Montpellier ou à Paris , et s’il n’appartient pas par préférence à la médecine de la capitale , où Chirac trouva plus d’une occasion de s’instruire , et de revenir de ses opinions erronées de Montpellier : d’ailleurs , la célébrité de son système est due aux médecins de la faculté de Paris. Quoi qu’il en soit , les idées simples et lumineuses que Chirac nous a transmises , sont devenues des lois sous lesquelles la plupart des médecins françois ont plié. On y a pris les maladies dans leurs causes évidentes ^ on a combattu les idées des anciens et celles des chimistes • on a formé une médecine toute nouvelle , à laquelle la nature a pour ainsi dire obéi , et qu’on a bien fait de comparer au Cartésianisme dans la physique.

LXIT. La retenue et les préjugés des anciens , qui n’osoient rien remuer dans certains jours , ont été singulièrement combattus par Chirac. Il a employé les purgatifs , les émétiques et les saignées dans tous les temps de la maladie où les symptômes ont paru l’exiger ; enfin il a bouleversé et détruit la médecine ancienne : il n’en rgste aucune trace dans l’esprit de ses disciples , trop généralement connus et trop illustres pour qu’il soit nécessaire de s’arrêter à les nommer. Ils ont peut-être été eux-mêmes plus loin que leur maître , et ils ont rendu la médecine en apparence si claire , si à portée de tout le monde , que si par hasard on venoit à découvrir qu’elle n’a point acquis entre leurs mains autant de sûreté que de brillant et de simplicité , on ne sauroit s’empêcher de regretter des opinions qui semblent bien établies, et de faire des efforts pour détruire tout ce qu’on pourroit leur opposer.

LXIII. Voici quelques propositions tirées du Chiracisine , qui feront mieux juger que je ne pourrois le faire du genre de cette médecine. Hippocrate et Galien , dit Chirac ( Traité des fièvres malig. et aut. ) , ne doivent pas avoir plus de privilège quAris-^ tote ; ils nétoient que des emjjiriques , qui dans une profonde obscurité ne clierchoient qu à tâtons / ils ne peuvent être regardés par des esprits éclairés , que comme des maréchaux ferrans qui ont reçu les uns des autres quelques traditions incertaines .... Quand même ils n aur oient jamais existé , et que tous leurs successeurs n auroient jamais écrit y nous pourrions déduire deé principes que fose me flatter qu on trouvera dans mon ouvrage y tout ce qui a été observé par les anciens et par les modernes — Hes chimistes y pleins de présomption y ' n ont fait qu’imaginer, .. Heur audace n a produit qu’un exemple contagieux pour plusieurs médecins / ils m’ont égaré moi-même pendant plus de dix-huit ou vùigt ans y par des opinions erronées que j’ai eu bien de la peine à effacer de mon esprit. C’est en suivant les mêmes principes , que M. Fizes s’explique ainsi dans son traité des fièvres ( Tract, de fehrib. ) : « La fièvre est une maladie directement op-

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» posée au principe vital » : Principio vitali directe opposiius. , . Sic, ajoule-t-il , naturam erranlem dirigimiis , et collahentem sustinemus , non otiosi crisiimi spectatores : « C’est ainsi que nous >' dirigeons la nature qui s’égare , et que nous la relevons dans ses » chutes , sans attendre négligemment les crises. »

LXIV. Je choisis ces propositions comme les plus éloignées de Vexpecta des Stahliens , et du natura vergit des anciens : on pourroit peut-être les trouver trop fortes^ mais ce n’est ni par des injures , ni par des épigrammes qu’il faut les combattre. Le fait est de savoir si elles sont vraies, si en effet le médecin peut retourner, modifier et diriger les mouvemens du corps vivant^ si on peut s’opposer à des dépôts d’humeurs , emporter des arrêts , replier des courans d’oscillations , et purger , saigner et faire suer , ainsi que Chirac le prétend , dans tous les temps , sans craindre les déraiigemens qui faisoient tant de peur aux anciens. Après tout , ce sont là des choses de fait. Le Chiracisine n’est fondé que sur un nombre infini d’expériences , qui se renouvellent chaque jour dans tout le royaume : est-on en droit de présumer que cette méthode , si elle étoit pernicieuse, fut suivie journellement par tant de grands praliciens , et suivie de propos délibéré , avec connoissance de cause , par des gens qu’on ne sauroit soupçonner de ne pas savoir tout ce que les anciens ont dit , tout ce que leur sagesse , leur timidité ou leur inexpérience leur avoient si vivement persuadé ? Nous purgeons saltein alternis , au moins de deux en deux jours , dit souvent M. Fizes; notre méthode n’effarouche que ceux qui ne voient que des livres et non des malades , qui œgrotos non vident: nous saignons toutes les fois que la vivacité et la roideur du pouls l’exigent , à la fin des maladies comme au commencement. Comment se persuaderoit-on que des gens qui parlent ainsi , se trompent , ou qu’ils veulent tromper les autres ? C’est ce qui s’appelle être décidé , et avoir un système positif, fixe , déterminé.

LXV. Ce n’est pas à dire qu’il ne reste bien des ressources aux défenseurs du système des anciens ; Chirac lui-même , qui le croiroit ? a fait des observations qui paroissent favorables à ce système. Quelques malades (c’est Chirac qui parle) n écliappoient que par des sueurs critiques qui arrivaient le septième jour, le onzième et le quatorzième..... Ceux en qui les bubons ou les parotides parurent le quatrième , le cinquième ou le sixième, périrent tous ; il n échappa que ceux en qui les bubons parurent le sep^

tième ou le neuvième Il p en avait qui mouraient avant le

quatrième et au septième , au neuvième , au onzième^. — Les purgatifs n agissent jamais pour vider absolument , qu après sept, quatorze ou vingt-un jours , quoiqu’il soit dangereux de

ne pas purger les malades avant ce temps-là La résolution

et la séparation des humeurs n’ arrivent qu après le septième , le quatorzième et le vingt-iinième ^ mais on peut tou jours purger en attendant Les fèvres inflammatoires ne se terminent heureusement qu’à certains jours fixes , comme le septième , le quatorzième et vingt-iinième On reviendra au sept, aux

délajans ; c est un jour respectable , et ijui demande une sus-pension des grands remedes : le temps de la digestion des lui-rneurs , ou celui de la résolution est de cinq jours y de sept, de onze et de quatorze , ou bien de dix-huit et de vingt-un, et cela

plus communément qu au six . au neuf, au douze , au quinze

Le premier terme critique des inflammations est le septième / et lorsqu elles ne peuvent y arriver, elles s’arrêtent au deuxième et au troisième. Habemus confdentem reum , diront les sectateurs de l’antiquité j en faut-il davantage pour faire sentir la certitude , l’invariabilité et la nécessité de la doctrine des anciens? Le septième, le quatorzième, le vingt-unième , sont ordinairement heureux, de l’aveu de Chirac ^ le sixième l’est moins que le septième ^ le onzième et le quatorzième le suivent de près : n’estce pas là précisément ce que Galien et Hippocrate ont enseigné ?

LXVÎ. A quoi se réduisent donc les efforts et les projets des médecins actifs qui prétendent diriger la nature, puisqu’ils sont obligés de recourir au compte des jours? La ressource qu’ils veulent se ménager par la liberté où ils disent qu’ils sont de manier et d’appliquer la saignée et les purgatifs , ne vaut pas , à beaucoup près , ce qu’ils imaginent. En effet, la multitude des saignées auxquelles bien des médecins semblent borner tous les secours de l’art , n’est pas bien parlante en faveur de la médecine active : on réitère souvent ce secours ou cet adminicule , il est vrai ^ mais les anciens tiroient plus de sang dans une seule saignée , qu’on n’en tire aujourd’hui en six : on les traite de timides , ils étoient plus entreprenans que les modernes j car quel peut être l’effet de quelques onces de sang qu’on fait tirer par jour? La plupart de ces évacuations sont souvent comme non avenues , et heureusement elles ne sont qu’inutiles ; elles n’empêchent pas le cours des maladies.

LXVH. Les médecins qui saignent fréquemment et peu à la fois , attendent des crises sans le savoir , et voilà à quoi tous leurs efforts se bornent : heureux encore de ne rien déranger! ce qui arrive dans quelques maladies , comme on veut bien l’accorder. Mais il est aussi des maladies dans lesquelles le nombre des saignées n’est point indifférent J et on nie hautement à leurs partisans qu’ils viennent à bout cle ces maladies aussi aisément qu’on pourroit le penser , en s’en rapportant à ce qu’ils avancent j il suffit , pour s’en convaincre , d’opposer les modernes à eux-mêmes ) ils sont partagés. Ceux qui , se laissant emporter à la théorie des prétendues inflammations , ne veulent jamais qu’évacuer le sang , et qui sont sectateurs de Chirac , dont ils mêlent la pratique à la théorie légère et spécieuse de Hecquet ; ces médecins , dis-je , sont directement opposés à d’autres sectateurs du même Chirac , qui sont plus attachés à la purgation qu’à la saignée. C’est là aujourd’hui un des grands sujets de dispute entre les praticiens; les uns ont recours à la saignée plus souvent que Chirac même , et les autres prétendent que les purgations fréquentes sont très-préférables aux saignées : il y a même des gens qui croient que c’est ici

une dispute entre les médecins de Paris et ceux de Montpellier* les premiers dit-on , saignent sorfvent et purgent peu ^ ceux de Montpellier purgent beaucoup , et ne saignent presque pas. Quoi qu’il en soit , dira le partisan des anciens ou le pyrrhonien , voilà les médecins actifs divisés entre eux sur la manière d’agir, avant d’avoir bien démontré qu’on doit agir en effet.

LXVIII. D’ailleurs, ajouteront-ils, prenez garde que la plupart des médecins purgeurs , qui prétendent guérir et emporter leurs maladies avec les cathartiques, profitent, comme les médecins saigneurs , de quelques mouvemens légers auxquels la nature a eut bien se prêter : quoique occupés au fond à conduire la maladie principale à sa fin* , ils attendent les crises sans s’en douter , comme les médecins qui font des saignées peu copieuses et réitérées : ils purgent ordinairement avec de la casse et des tamarins • ils ont recours à des la\"emens pour aAmir deux ou trois selles, qui ne sont somment que le produit de la médecine elle-même. Quels purgatifs I quelle activité que celle de ces drogues! En un mot il est très-rare qu’elles fassent un effet de purgation bien marqué : on peut les prendre sur le pied de très-légers laxatifs ou de lavages^ et c’est à ce titre qu’heureusement ils ne dérangent pas toujours le cours de la maladie. Ainsi , que ceux qui y ont recours aA^^ec beaucoup de confiance , cessent de nous vanter leur efficacité;

LXIX. Il est A'rai qu’il y a quelques médecins qui semblent regarder comme des remèdes de peu de conséquence les lavages , les apozèmes , les sirops, et toutes les sortes de tisanes légèrement aiguisées, qu’on emploie communément, sous prétexte qu’il faut toujours tâcher d’avoir quelque éA'^acuation sans trop irriter. Les médecins vraiment purgeurs, et en cela fidèles sectateurs des anciens , emploient comme eux les remèdes à forte dose y mais ils ménagent leurs coups , ils attendent le moment favorable pour placer leurs purgatifs , c’est-à-dire , qu’ils purgent au commencement d’une maladie , ou lorsque la coction est faite , à peu près comme les anciens eux-mêmes ; et ceux qui les verront pratiquer auront lieu d’observer que s’ils manquent l’occasion faAmrable , et surtout s’ils purgent violemment lorsque la nature a affecté quelque organe particulier pour évacuer la matière morbifique cuite , ils occasionnent de très-grands raA^ages ^ c’est ce qui fait qu’ils deAuennent d’eux-mêmes très-réservés , et que peu s’en faut qu’ils ne comptent les jours ainsi que les anciens.

LXX. Les mêmes sectateurs des anciens diront encore que quelques prétentions que puissent avoir les médecins modernes non expe dateurs , quoiqu’ils avancent que leurs principes sont nonseulement appuyés de l’expérience , mais encense évidens par euxmêmes , il seroit aisé de leur faire voir qu’il en est peu qui puissent «être regardés autrement que comme des hypothèses ingénieuses, ou plutôt hardies, qui , en réduisant toute la médecine à quelques possibilités et à des raisonnemens vagues , n’en ont fait que des systèmes purement rationnels très-variables^ ou- AU'ant ainsi dans ^in art sacré , dont l’expérience seule apprend

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les clétoiirs, mie carrière qu’on parcourt trop facilement lorsqu’on se livre au désordre de l’imagination.

LXXI. Prenons pour exemple quelques-uns des principes des disciples de Chirac j principes déjà adoptés par Freind dans ses commentaires sur les épidémies , et qui ont , à dire vrai , quelque chose de spécieux et de séduisant. Veulent-ils prouver qu’il faut saigner dans les maladies aiguës? voici comment ils raisonnent : La nature , disenl-ils , livrée à elle-même , procure des hémorrhagies du nez et des autres parties; il suit de là qu’il est essentiel de faire des saignées artificielles pour suppléer aux saignées naturelles ; mais on ne prend pas garde que la nature suit des lois particulières dans ses évacuations; qu’elle choisit des temps marqués pour agir; qu’elle affecte de faire ces évacuations par des organes ou des parties déterminées. Comment s’est-on convaincu que l’art peut à son gré changer le lieu , le temps et l’ordre d’une évacuation ? En raisonnant sur ce principe , il n’y auroit qu’à saigner une femme qui est au point d’avoir ses règles, pour suppléer à cette évacuation ; il n’y auroit qu’à saigner une femme qui doit avoir ses vidanges , dans la même vue ; enfin il n’y auroit qu’à saigner un homme qui a des hémorrhoïdes. Mais l’expérience et les épreuves trop réitérées que la liberté ou plutôt la licence de raisonner et d’agir ainsi ^ font naître , prouvent assez combien ces sortes d’assertions sont peu fondées, et combien Bouillet, qui étoit fort attaché aux principes de Chirac , a eu tort de se persuader qu’elles avoient les qualités nécessaires à des axiomes ou à des pos-^ iiilatum de mathématiques.

LXXII. Il seroit aisé de faire les mêmes remarques sur la plupart des propositions qui en ont imposé à beaucoup de modernes; mais il suffit de dire en un mot qu’une hémorrhagie ou tout autre évacuation critique ou même symptomatique , ménagée par la nature , a des effets bien différens de ceux qu’elle produit lorsqu’elle est due à l’art. Quelques gouttes de sang qui se videront par les narines, par l’une des deux par préférence; quelques crachats , trois ou quatre croûtes sur les lèvres , très-peu de sédiment dans les urines ; ces évacuations , qui semblent de peu de conséquence, feront beaucou23 d’effet, et auront un succès fort heureux lorsque la nature les aura préparées, comme elle sait le faire ; et des livres de sang répandues, des seaux de tisane rendus par les urines, des évaciiations réitérées par les selles , que l’art s’efforcera de procurer, ne changeront pas la marche d’une maladie , ou si elles font quelque changement , ce sera de la masquer ou de l’empirer.

LXXIII. Ne nous égarons pas nous-mêmes dans le labyrinthe des raisonnemens. Je ne fais , comme on voit , qu’ébaucher trèslégèrement celte matière, que l’observation seule peut* éclaircir et décider, et qu’il^est dangereux de prétendre examiner autrement que par la comjjaraison des faits bien constatés. Je ne puis oublier ce qu’a dit sur une matière à peu près semblable un auteur moderne; c’est M. de Bordeu père , docleur de Montpellier,

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et célèbre médecin de Pau en Béarn. Il est fort partisan des remèdes actifs, même dans les maladies chroniques du poumon^ et il paroît avoir abandonné le système de Chirac , quant à la façon d’appliquer la théorie et le raisonnement physique à la médecine. Ln théoricien (dit-il dans son excellente Dissertation sur les eaux minérales du Béarn), un théoricien ne prouveroit-il pas, ne déniontreroit-il pas au besoin que des émétiques et des purgatifs doivent nécessairement augmenter les embarras du poumon dans toutes les péripneumonie s , effaroucher V inflammation , et procurer la gangrené ? Qui pourrait résister aux raisonnemens puisés dans la théorie sur cette matière? Mais il est sûr que , quelque spécieux qu ils paraissent , ils sont démentis par la pratique. En un mot , il faut convenir qu’on s’égare presque nécessairement lorsqu’on se livre sans réserve au raisonnement en médecine. La dispute entre les anciens et les modernes , dont je viens de dire quelque chose , ne peut et ne doit être vidée que par l’observation.

LXXIV. Or si, comme je l’ai remarqué ci-dessus, le chiracisme ou la médecine active est le système généralement reçu aujourd’hui , surtout en France , il y a aussi des praticiens respectables des pays étrangers, tels que M. Tronchin , médecin célèbre à Amsterdam , qui sont expectateurs et qui ménagent les crises dans les maladies aiguës; ainsi la doctrine des anciens est, pour ainsi dire , prête à reparoître en Europe. Attachons-nous uniquement à ce qui regarde la France. Nous devons à l’attention et au goût de M. Lavirotte, médecin de Montpellier et de Paris, la connoissance d’une découverte fort remarquable , publiée en anglois par M. Nihell , au sujet des observations sur les crises , faites principalement par le docteur don Soîano , médecin espagnol. Je ne parlerai pas ici de ces observations , mais seulement d’une dissertation que M. Nihell a faite sur la nature des crises, sur l’attention des anciens et la négligence des modernes au sujet des crises ^ c’est le quatrième chapitre de son ouvrage , qui a paru en françois sous le titre éi Observations nouvelles et extraordinaires sur la prédiction des crises par le pouls , année 1748.

LXXV. M. Nihell avance d’abord qu’on n a jamais démontré publiquement la fausseté des observations des anciens sur les crises , ni justifé le peu de cas qu on en fait aujoiird’ hui , et cela est vrai ; mais il est aisé de répondre à M. Nihell qu’il s’agit de démontrer la vérité , et surtout l’utilité des observations des anciens , et non point de dire qu’on n’en a pas prouvé la fausseté. îl a lui-même senti la difficulté qu’il y avoit de- le faire; car il commence par prévenir son lecteur qu’il est éloigné de ses livres : mais ce ne sont pas les livres qui nous manquent à cet égard , ce sont les faits évidens et bien discutés.

LXX\I. Il se réduit ensuite à avancer, 1°. que les jours septénaires et demi-septénaires sont particulièrement consacrés aux révolutions critiques , sans exclusion des autres jours ^

2”. que les crises peuvent être prédites par les signes que les anciens ont donnés pour cela. La première proposition de M. Nihelî est contenue , en termes au moins équivalons , dans ce que nous avons rapporté de Chirac et dans plusieurs autres^ ainsi elle apprend seulement que M. Nihell est de cet avis , et on peut la regarder comme la principale question. Quant à ce que M. Nihelî ajoute , que les crises peuvent être prédites parles signes que les anciens ont donnés pour cela , il l’avance, mais il ne le prouve pas. D’ailleurs il ne suffit pas que les crises puissent être j^rédites ; il faudroit , pour poursuivre les anticritiques dans leurs derniers retranchemens , prouver que les crises doivent être attendues.

LXXVII. Il est évident , dit M. Nihell , que les objections tirées des differentes façons de compter les jours des fièvres aiguës sont nulles et de nulle valeur, puisque les différences ne sont pas positivement prouvées dans les faits particuliers rapportés en faveur des anciennes observations sur les crises. M. Nihell ne s’est pas rappelé qu’Hippocrate se contredit, comme je î’ai dit ci-dessus, et qu’on l’a vivement attaqué en faisant voir îe peu de rapport qu’avoient ses propres observations dans les épidémies avec son système des jours critiques et celui de Galien.

LXXVIII. M. Nihell observe ensuite que de quarante-huit histoires de maladies dont Forestus fait mention , les trois quarts furent accompagnées de crises ^ cinq arrivèrent au .quatrième jour, et des cinq malades trois moururent y vingt-deux , dont trois malades moururent , furent terminées au septième, et to.’<.es les autres se terminèrent heureusement ; sept au quatorzième , deux au onzième, une au dix-septième, et une au vingt-unième ^ ce qui est en effet très-favorable au système des anciens, auquel Forestus étoit attaché.

LXXIX. M. Nihell , après avoir fait quelques remarques qui ne sont pas tout-à-fait concluantes contre la méthode des modernes, rappelle un fait arrivé à Galien , qui s’opposa à une saignée ordonnée par ses confrères , prévoyant une hémorrhagie critique du nez qui arriva en effet. M. Nihell a peine à croire qu il j eût aucun médecin moderne qui eût voulu être à la place de Galien ; mais on poui^roit lui demander s’il auroit lui-même voulu être à la place du malade , et s’il voudroit encore , dans ce moment-ci , risquer pareille aventure, sachant la vérité du pronostic de Galien et de ceux de Solano même. Pitcarn n’auroit pas manqué de faire cette demande , lui qui avançoit sans façon qu’il y auroit peu de médecins qui voulussent risquer leur bien en faveur de leurs opinions particulières.

LXXX. M, Nihell continue ses remarques contre les modernes ; elles peuvent se réduire la plupart à des reproches ou à des raisonnemens , tels que ceux que j’ai observé ci-dessus devoir être évités sur cette matière. 11 s’appuie de ce qu’Albertinus a fait insérer dans les Mémoires de l’Académie de Bologne , au sujet de l’aciion du quinquina , qu’il dit ne pas empêcher qu’il iFar-

rive des évacuations critiques dans les fièvres d’accès* ce qui ne paroît pas directement opposé au système des modernes sur les crises. Car enfin ^ si les remèdes n’empêchent pas les crises., il est inutile de s’élever contre leur usage , surtout s’ils sont utiles ou nécessaires d’ailleurs, ne fût-ce que comme le quinquina, qu’il faut donner dans de certaines fièvres pour arrêter ou modérer les accès, à moins' qu’on ne veuille exposer les malades à un danger évident, disent bien des praticiens.

LXXXI. Enfin M. INihell finit en remarquant fort judicieusement, que toutes les disputes entre les anciens et les modernes se réduisent à des faits de part et d’autre. Il avance que Vobser-^ uation des crises -né est aucunement opposée à une vigoureuse mé~ tliode de pratiquer } ce qui ne paroît pas bien conséquent à tout ce qu’il a voulu établir contre X activité de la médecine des modernes. Il fait encore quelques autres remarques dans lesquelles je ne le suivrai point. Il seroit à souhaiter que ce médecin eût continué ses recherches , qui ne pouvoient manquer d’être utiles, étant faites avec la précaution qu’il a prise dans l’examen des observations de Solano. Je do-is ajouter, par rapport à ce dernier médecin , qu’il est très-décidé en faveur des crises et des jours critiques , et qu’il a même fait des remarques importantes à cet égard 5 mais l’intérêt qu’il avoit à faire valoir ses signes particuliers pourroit bien affoiblir son témoignage^ et dans ce cas-lâ M. Nihell , qui a fait un voyage en Espagne pour consulter Solano , doit être regardé comme son disciple , et non point comme un juge dans toutes ces disputes. Je parlerai plus bas des caractères nécessaires à un juge de ces matières ) ils me paroissent bien différens de ceux d’un simple témoin.

LXXXII. Il y a encore des auteurs plus modernes que M. Nihelî qui semblent annoncer quelque chose de nouveau sur toutes ces importantes questions , et qui font présumer que la médecine françoise pourroit bien changer de face, ou du moins n’être pas aussi uniforme qu’elle l’est , sur le peu de cas qu’on paroît faire de la doctrine des crises. L’un de ces auteurs est celui du Spécimen novi Medicinæ Conspectus , lyûi. C’est ainsi qu’il s’explique : Omni s motus febrilis , quia tendit ad super andum morbosum obicem, criticus censendus est, vel tendens ad crises: « Tout mouvement fébrile doit être regardé comme critique , ou » tendant à procurer des crises , parce qu’il tend à la destruc- » tion de l’arrêt qui cause ou qui fait la maladie ». Crisium tj-piis , ajoute le même auteur, dierumque criticorum , quorum ab Hippocrate traditus ordo , non tam facile quam plerique clamant clinici , venœ sectionibus et medicamentis patitur immutari seu accelcrari. « Il n’est pas aussi aisé que la plupart des mé- » decins le pensent , de changer ou d’accélérer l’ordre des jours » critiques établi par Hippocrate » . Ce qui fait assez voir que cet excellent observateur très-connu , quoiqu’il ne se nomme pas dans son ouvrage , n’est pas éloigné de l’opinion des anciens sur les epises , et qui doit le faire regarder en France corame un des

jjremiers qui aient 1:rouvé à redire à la méthode des modernes,

LXXXni. M. Quesnay, médecin consultant du roi , considéré la nature des crises avec une très-grande sagacité (dans son lYailé des Fie^res, lyoS). îl paroît avoir profondément réiléclii sur cette matière importante • et tout ce qu’il dit à cet égard mé- \ rite d’étre lu avec beaucoup d’attention. Il y a en général trois sortes de jours critiques : les jours indicatifs , les jours confirntatifs , et les décisifs. Les jours indicatifs sont ceux qui annoncent la crise par les premières marques de coction , comme le quatrième, le onzième, le dix-septième, etc. Les jours confirmatifs sont ceux où on observe les signes qui assurent du progrès de la coction • tels sont les jours de redoublement qui arrivent entre les jours indicatifs et les jours décisifs. Ces derniers sont ceux auxquels la crise arrive, comme le septième, le quatorzième et le vingt-unième. Les jours décisifs sont assujettis à une période de sept jours ^ et si la maladie dure plusieurs septénaires , il n’y a que le dernier qui soit regardé comme critique. Ce temps de crise avance plus ou m@ins , selon que les redoublemens sont plus ou moins vifs ^ et pour que la cris'e soit bien régulière, elle ne doit arriver que les jours impairs j mais pour ne pas s’y tromper, il faut suivre l’énumération des jours mêmes du septénaire critique , et lion pas simplement celle des jours de la maladie : car l’exacerbation du jour critique décisif, qui arrive le quatorzième jour de la maladie , se trouveroit , selon cette dernière énumération, dans un jour pair 3 mais selon celle du septénaire critique, elle se trouve dans un jour impair, parce qu’en quatorze jours il y a deux septénaires • et le dernier , qui est le septénaire critique, ne commence qu’à la fin du premier, c’est-à-dire au huitième jour. Ainsi la dernière exacerbation de ce second septénaire se trouve dans le septième jour, et par conséquent dans un jour impair. Ces deux premiers septénaires sont ceux que les anciens nommoient disjoints ^ ils appelaient les autres conjoints , parce que le dernier jour du troisième septénaire , par exemple , étoit en même temps le premier jour du quatrième, et ainsi de suite y en sorte qu’ils comptoient six septénaires dans l’espace de quarante jours naturels : mais dans ces quarante jours il y a vingt jours de rémission et vingt-un jours de redoublement, et par conséquent quarante-un jours de la maladie. C’est en partant de là que' l’auteur établit que le jour de maladie doit être à peu près de vingt-trois heures , ou vingt-deux heures cinquante-une minutes^ le quarténaire, de trois jours naturels et huit heures^ le septénaire , de six jours et seize heures , etc.

LXXXIV. M. Quesnay observe ici que cette supputation des anciens est défectueuse , en ce qu’ils paroissent avoir eu plus d’égard aux rapports numériques des jours des maladies , qu’à l’ordre périodique des redoublemens , qui cependant règle celui des jours critiques. Par leur division , il se trouve quatre redoublemens dans les deux premiers septénaires , tandis qu’il n’y en a /que trois daîis les autres. L’auteujr donne ici une manière de compter fort ingé-

SUR LES CRISES. sSp

r.ieuse , par laquelle on allie Tordre et le nombre des redoublemens avec les révolutions septénaires , et cela en faisant toujours commencer et finir chaque septénaire par un jour de redoublement, car les. jours de rémission doivent être réputés nuis. Ainsi, par exemple , on laissera le huitième jour comme un jour inter-septénaire , et on fera commencer le second septénaire au neuvième jour et finir au quinzième 3 et ce dernier sera le premier jour du troisième septénaire ^ et ainsi de suite. Par ce moyen, il se trouvera six septénaires en quarante jours naturels, et dans chacun quatie redoublemens ; car si le second septénaire étoit le critique , la dernière exacerbation seroit celle du quinzième de la maladie 3 ou s’il y a d’autre septénaire , ce quinzième jour sera aussi le premier jour , et le premiér redoublement du troisième septénaire : il est vrai cependant que c’est en faire un double emploi. Quoi qu’il en soit , l’auteur a construit suivant cette idée une table fort curieuse , où , en supposant les jours de maladie de vingt-trois heures , on voit les six septénaires compris en quarante jours naturels 3 espace qui est le terme des maladies aiguës et des maladies critiques régulières.

IjXXXV. Il ne regarde pas les jours critiques comme des jours de combat entre la nature et la maladie, suivant l’idée des anciens 3 mais il croit que c’est la fièvre elle-même qui , si elle est simple , opère par son mécanisme la guérison de la maladie : si au contraire elle est troublée et dérangée par des accidens étrangers d’une certaine violence , on n’aperçoit rien dans les jours de redoublement qui puisse faire prédire la mort, que le progrès de ces épiphénomènes dangereux , et le défaut des signes de coction. Il examine ensuite les différentes crises y en particulier les principaux signes qui les annoncent , et les voies par lesquelles elles se font. Il définit la crise en général , le produit de la dernière exacerbation de la fièvre , par laquelle la cause de la maladie est incorporée dans l’humeur purulente , et chassée avec celle-ci hors des voies de la circulation par les excrétoires du corps. . . . C’est là le jugement porté par l’auteur du Journal des sa<eans ( juillet 1753 ) , sur ce que M. Quesnay avance au sujet des crises.

LXXXVI. L’académie de Dijon avoit proposé pour le prix de Tannée lybi , ài examiner si les jours critiques sont les mêmes en nos climats , qu ils étaient dans ceux où Hippocrate les a observés, et quels égards on doit y avoir dans la pratique. L’académie a couronné la dissertation de M. Aymen , docteur en médecine. Cette dissertation vient d’être rendue publique. Je ne saurois m’empêcher d’en dire ici quelque chose , et je ne manquerai pas de parler de celle de M. Normand , médecin de Dole , qui avoit été adressée à la même académie , qui a vu le jour par hasard, M. Aymen prétend que dans nos climats les jours critiques sont les mêmes que dans ceux où Hippocrate les a observés que tous les jours de la maladie sont clécrétoires ou critiques^ que ces jours critiques existent réellement , mais^qu ils ne sont pas bor-^ nés au nombre septénaire ou quarténaire ; quih arrivent aussi

a/jo RECHERCHES

les autres jours ^ cjue la combinaison , le rang des jours décrétoires prouvent la superstition des anciens y et que cette doctrine est fondée sur les observations d’ Hippocrate, j’emploie les propres expressions de M. Aymen. Telle est son opinion sur la première partie de la question proposée , qui est celle sur laquelle il s’est le plus étendu. Il établit son sentiment, en faisant l’énumération d’une grande quantité d’observations répandues dans les difïérens auteurs. Il commence par le premier jour , il finit par le vingtième y et il prouve par des faits , qu’il y a eu des crises dans tous ces jours ^ le premier , le second , le troisième , le quatrième , le cinquième, etc. jusqu’au vingtième (et non le 21 ) ^ d’où M. Aymen conclut que les crises arrivent dans tous les jours d’une maladie indifféremment. Cette conclusion paroît d’abord nécessaire et évidente y elle peut pourtant donner lieu à quelques considérations particulières , qui me paroissent mériter l’attention de l’auteur.

LXXXVH. I®. Les partisans de l’antiquité ne conviendront pas avec M. Aymen , qu’Hippocrate ait cru que les crises se font dans tous les jours d’une maladie indifféremment. Cette doctrine , dit-il , est la même que celle du célébré auteur des ^Coaques. Comment cela seroit-il possible , ptiisque Hippocrate paroît avoir établi dans les Aplior. 28 et 24 de la seconde section y Aplior. 36 et 82, sect. 4i lib. I des Epid. sect. Z) Coac. prœnot. prœsag. lib. 3 et ailleurs , qu’il y a des jours qui sont les uns plus remarquables et plus heureux que les autres? D’ailleurs , tous les commentateurs, les Grecs et les Arabes , qui ont travaillé après lui , se sont appuyé de sa décision là-dessus ; il est regardé comme le créateur des quarténaires et des septénaires , ainsi que de foute la doctrine que j’ai exposée ci-dessus : Septpnorum quartus est index ÿ alterius sep^ timanœ octavus principium y est autem et undecimus contemplabilis y ipse enim quartus est alterius sep timanœ y riirsus vcro et decimus-septimus contemplabili s , ipse siquidem quartus est et à quarto-decimo , septimus vero abundecimo , dit Hippocrate , Aphor. 14 sect. 2. Voilà les septénaires , les quarténaires , les indices , les jours vides et les critiques , établis dans un seul Aphorisme.

LXXXVIÎÎ. On evt donc très-formellement opposé à Hippocrate , lorsqu’on soutient que tous les jours sont indifférons pour les crises. Il est bien vrai qu’on peut prouver, par les observations répandues dans les différons écrits d’Hippocrate , qu’il est en contradiction avec lui-même , comme je l’ai remarqué au commencement de cet article y mais Galien , Dulaurens et tous les autres , tâchent de concilier ces contradictions , comme je l’ai aussi observé. Les adversaires d’Hippocrate s’en sont servi pour détruire son opinion» M. Aymen auroit donc pu raisonner ainsi : je prouve par les observations d’Hippocrate même , qu’il se fait des anses dans d’autres jours que les jours appelés critiques ^ je ne suis donc pas du sentiment d’Hippocrate. C’est , encore une fois , le raisonnement qu’ont fait les antagonistes de ce médecin grec. D’ailleurs tous les parti-

SUR LES CRISES. ^4i

sans des crises , et notamment Galien , de dieb. decret, cap. ij\ llb. I , ont avoué que les jours indices et les jours vides pouvoient juger quelquefois. C’est là encore une observation que j’ai faite plus haut , et que je devois à la bonne foi des anciens. Je n’eu connois point qui aient dit formellement que les crises nç poii'^ voient se faire que les jours qu ils ont désignés , pour me servir de l’expression de M. Àymen (pag. 82) , c’est-à-dire les jours vraiment critiques. Il s’agit de savoir s’il n’y a pas des jours qui jugent plus parfaitement , plus heureusement et plus communément c|ue d’autres. La nature a plutôt choisi le septième qiiun autre nombre (dit Dulaurens, trad. de Gelée) , pour ce que Dieu le père et créateur de toutes choses , lui a imposé cette loi : car il a sanctifié le 7® jour ; il Va recommandé aux eîifans d’Israël, comme le plus célèbre de tous , et s’est voulu reposer en icelui de ses ceuvres , après aK^oir parachevé la création : et partant la nature particulière , comme chambrière et imitatrice de V universelle ,

fait en chaque septième jour des crises parfaites Les crises

se font aussi quelquefois aux jours intercalaires.

LXXXIX. 2*^. M. Aymen dit lui-même cpi Hippocrate observa le premier les crises , ou le changement subit de la maladie qui suit V évacuation ( ce qui est fort douteux , pour le dire en passant ^ comme on peut s’en convaincre dans le commentaire d’Hecquet sur les Aphorismes). M. Aymen ajoute cpL Hippocrate vit que ce changement arrivait plus souvent certains jours que d’autres , qu’il nomma ces jours critiques ou décrétoires (pag. 24) > que les crises arrivent plutôt certains jours que d’autres. Il convient (pag. 28) que les maladies finissent le plus souvent les jours qui ont été remarqués ^ que quelques affections ont leur temps limité (pag. 40 ? dans notre partie du monde les maladies aiguës finissent le plus souvent les jours que les médecins ont notés (pag. 108); que plusieurs maladies sont terminées le même jour, c’est-à-dire dans Un espace réglé ^ que les maladies sont terminées d’une ou d’autre façon, plus souvent certains jours que d’autres. Il y a donc des jours critiques marqués i tous les jours ne sont donc pas critiques indilféremment ^ ils n’ont pas. là même force , la même vertu ; ou , s’ils sont critiques , ce n’est que par accident , comme disoient les anciens. L’observation des jours n’est donc point une observation inutile et superstitieuse ^ diroient les amateurs de la vieille médecine.

XC. 3®. Ils pourroient encore dire , en Usant l’ouvrage de M. Aymen , que puisqu’il donne un moyen certain dé déterminer le jour critique , qui est dé faire attention aux jours indicatifs , et qu’il soutient, sur la parole de Solano, qu’il cite, que tous les jours, quels qu’ils soient pour le quantième , dans lesquels on aperçoit les signes indicatifs d’une crise décisive ^ doivent être tenus comme le quatrième jour avant la crise à venir : les partisans des anciens pourroient , dis-je , avancer qu’il faut qu’il y ait quelque différence entre le jour indicatif et l’indiqué ou le critique, et plus encore entre ces deux jours et les intermédiaires

iG

IIECHERCHES

que Galien auroit appelés vides. Or , si plusieurs observations ont démontré que le quatrième jour, par exemple, est souvent indicatif du septième , et le onzième du quatorzième , etc. (ce que les anciens prétendent , ainsi que Solano , que M. Aymen ne peut pas récuser) , il est essentiel de se le tenir pour dit dans le traitement des maladies y d’où il suit qu’il y a une différence marquée entre les jours. C’est sur ces différences que sont fondées les règles d’Hippocrate et de Galien. Il est bon de remarquer que M. Aymen est beaucoup plus opposé à ces règles , par exemple , que Chirac , comme on peut le voir dans ce que nous avons rapporté ci-dessus de ce dernier : ainsi Chirac , qui déchire les anciens par ses épigrammes , est plus conforme au fond à leur manière de penser, que M. Aymen , qui ne cesse d’en faire l’éloge.

XCÎ. 4°- Qnant à la manière dont M. Aymen prétend prouver son opinion , on ne peut s’empêcher d’être surpi^ qu’après avoir avancé (pag. 107) que les crises sont indiquées quatre jours a<^ant quelles arrivent, et que les signes de coction précèdent toujours le jugement; il s’efforce d’établir, par des faits pris dans les différens auteurs , que le premier jour , le deux et le trois , sont décrétoires : car enfin , ou ces jours ne sont pas décrétoires, ou la crise n’est pas indiquée quatre jours avant qu’elle arrive , ou bien les signes de coction ne précèdent pas toujours le jugement. D’ailleurs, les observations que M. Aymen rapporte pour prouver que le premier jour est décrétoire , sont-elles bien concluantes? Hippocrate , dit-il , a vu des fièvt es éphémères ^ ces fièvres sontelles définitivement jugées dès le premier jour, comme Hofmanii le prétend ? M. Aymen ajoute que dans la conslitution de Thasos, certains malades qui paroissoient guéris le six , reiom.boie.nt, et que le premier jour de la rechute éioit distinctif : n’-est-il pas évident que ces maladies étoient jugées au sept ou au neuf, et non point au premier jour? La rechute arrivoit , parce que les maladies n’étoient pas jugées; parce que le six, auquel elles changeoient, n’est pas un bon jour ; la rechute suppose que la maladie a toujours duré;, et qu’elle n’étoit pas terminée, t/72 Gascon, ajoute encore AI. Aymen , eut , sur la fin d'une maladie , une catalepsie qui V enleva en vingt-^quatre heures : cette catalepsie arrivée à la fin d’une maladie, étoit la crise àe cette maladie; la catalepsie étoit pertui'batio critica. Tout le monde est convenu que le redoublement qui précède la crise est extraordinaire. M. Aymen fait bien de passer sous silence des apoplexies qui enlèvent les malades en peu d’heures ; et il trouvera bien des médecins qui prétendront que les fièvres malignes dont il parle , et qui ont été terminées en vingt-quatre heures , ne sauroient être regardées comme des maladies d’un jour; elles se préparoient ou parcou*roient leur temps depuis bien des jours ; elles étoient insensibles , mais elles n’en existoient pas moins : d’ailleurs , les anciens et les modernes conviennent , ainsi que Baglivi l’a dit expressément , qu’il y a des fièvres malignes qui ne suivent pas les règles ordinaires.

XCÏÏ. Tout lecteur peut aisément appliquer ces réflexions à ce que M. Aymen dit du deuxième jour , du troisième , et de bien d'autres 3 et il n’est pas diflicile d’apercevoir qu’il a eu plus de peine à trouver des exemples de crises arrivées aux jours vides , qu’aux jours vraiment critiques. Ainsi , quoique M, Aymen présente le sept, le quatorze, le vingt et le neuf, avec les autres jours , et qu’il les fasse , pour ainsi dire , passer dans la foule , ils méritent pourtant d’être distingués par la grande quantité de§ crises observées dans ces jours-là précisément. Je n’en apporterai ici d’autre j)reuve que celle qu’on peut tirer des observations de Forestus , que M. Aymen rapporte d’après M. Nihell , mais dont il ne fait pas le même usage que le médecin anglois. De quarante-huit malades y dit-il (pag. 1 13), de Jievre putride , ardente , maligne , dont Forestus rapporte les observations dans son second livre, dix-neuf ont été jugés heureusement par des Jlux critiques. M. Aymen auroit pu achever la remarque de M. Niheli , et ajouter que, de ces quarante-huit malades, cinq furent jugés au quatre, vingt-deux au sept, sept au quatorze , deux au onze , un au dix-sept , et un au vingt-un • et cette observation auroit démontré la différence des jours : car , si de quarante-huit maladies les trois quarts finissent aux jours critiques , ces joiirs-îà ne sauroient être confondus avec les autres y et si , parmi ces jours critiques , il y en a c[ui , de trente maladies ,,en jugent vingt-deux , d’autres sept , comme le sept et le quatorze l’ont fait dans les observations dont il s’agit , il n’est pas douteux que ce sept et ce quatorze ne méritent une sorte de préférence sur tous les autres jours. En voilà assez , ce me semble , pour justifier le calcul des anciens. Et au reste , je suis fort éloigné de penser cjue tout ce c[ue je viens de rapporter doive diminuer en rien la gloire de M. Aymen. Sa Dissertation est des plus savantes , et les connoisseurs la trouvent très-sagement ordonnée. Le public me paroît souscrire en tout à la décision de l’académie de Dijon. Il est aisé d’apercevoir que M. Aymen est assez fort pour résister à une sorte de critique , dictée par l’estime la moins équivoque , ou plutôt à l’invitation qu’on lui fait de continuer ses travaux sur cette importante matière ) et surtout de joindre ses observations particulières aux lumières que son érudition lui fournira. Les amateurs de l’art doivent être bien aises qu’il se trouve parmi nous des gens propres à le cultiver sérieusement^ M. Aymen paroît être du nombre de ces derniers.

XCIII. J’ai dit que je ne manquerois pas de parler de la Dis*« sertation de M. Normand, médecin de Dole, qui s’est placé lutmême à côté de M. Aymen. Mais ce n’est point à moi à prendre garde aux motifs qui l’ont porté à faire imprimer son ouvrage | chacun peut voir dans sa préface le détail de ses raisons , sur lesquelles le journaliste de Trévoux s’est expliqué assez clairement, t M. Normand avoit quelques doutes qui ne lui restent apparemment plus depuis la publicité de la dissertation de M. Aymen. Je " n’ai qu’un mot à dire sur la raison qu’il a eue d’écrire sa disser^

îation en latin : c’est, dit-il après Baglivi , de peur d’instruire les cuisinières, et de leur ajîpreridre à disputer avec les médecins ; Lingua vernacula docere mulierculas e culina , cum ipsis eticun mediciïiœ principibus arroganter dispulare. Ces précautions pourront paroître usées et peu nécessaires aujourd’hui. Celse auroit ri sans doute de ceux qui lui auroient dit qu’il falloit traiter la médecine en grec dans le sein de Rome.

XCIV. Quoi qu’il en soit , la Dissertation de M. Normand , qui est un petit m-4°* de 19 pages, en comptant la préface, est, comme on voit , en latin ^ et on pourroit la regarder, pour m’exprimer dans la langue favorite de l’auteur, veluti elenchum aliqiiot medicince principum sententiariim. : en effet , l’auteur parcourt les médecins grecs , arabes et latins ^ il en donne une liste , et il prouve qu’ils étoient la plupart attachés au système des crises , ce dont je crois que personne n’a jamais douté. M. Normand pa~ roît fort occupé à la lecture des anciens ^ c’est pourquoi sans doute il s’arrête , parmi les modernes , à M. Méad et au docteur Bark : de sorte qu’on ne sait pas si les Van-Swieten , les Solano , les Nihell , et bien d’autres, sont encore parvenus jusqu’à Dole.

XCV. Au reste , M. Normand cite beaucoup d’auteurs y son ouvrage n’est qu’une chaîne de passages et d’autorités. Une partie, de la dissertation d’Hofmann , de fatG Medico et Phj'sico , dans laquelle ce médecin rapporte tout ce que l’on' a dit des septénaires, fait le premier chapitre de la dissertation de M. Normand. L’auteur termine ce premier chapitre en citant contre Thémison , disciple d’Asclépiade , et par conséquent fort opposé aux crises , ce vers de Juvénal :

Quot Thémison cegros autumno occident uno f

Bien des gens pourront penser que cette réflexion n’est pas plus concluante contre Thémison que tous les traits de Molière contre les médecins françois^ il faut la regarder comme la plaisanterie de ce roi d’Angleterre , qui prétendoit que son médecin lui avoifc tué plus de soldats que les ennemis. Ce sont là de ces bons mots dont on ne peut jamais se servir sérieusement contre quelqu’un qu’on veut combattre; ils font honneur à ceux auxquels on les oppose ; et on pourroit présumer par le vers seul de Juvénal que Thémison fut un médecin des plus célèbres.

XCVÎ. Le deuxième chapitre de la Dissertation de M. Normand fait , à proprement parler, le corps de l’ouvrage ; on y trouve la plus pure doctrine des anciens : l’auteur n’y a rien changé. Le troisième chapitre contient des réflexions fort judicieuses sur l’importance des crises et des jours critiques , et sur les différentes voies par lesquelles les crises se font; il remarque que les jours critiques sont rarement de vingt-quatre heures précises , adæcpiate. Enfin, personne ne disconviendra jamais que cet ouvrage ne puisse être de quelque utilité pour ceux qui travailleroTit dans la suite sur les crises. Il est fâcheux que l’auteur se soit uniqne- «leiit livré à l’autorité des anciens, et qu’il n’ait pas rapporté'

fjuelqnes“unes de ses observations particulières , qui n’auroient eertainement pas déparé sa dissertation.

XCVII. On doit se rappeler- que j’ai avancé ci-dessus qu’il y avoit toujours eu dans la faculté de Paris des médecins attachés aux dogmes de Baillou , de Houllier, de Duret et de Fernel , qui ont renouvelé dans cette fameuse école les opinions des anciens. Je tire mes preuves tant des différons ouvrages qui sont entre les mains de tout le monde , que du recueil des Thèses , dont M. Baron , doyen de la faculté , vient de faire imprimer le catalogue î ce catalogue fait connoître parfaitement la manière de penser des médecins et les progrès de leurs opinions. C’est une espèce de chronologie aussi intéressante pour l’histoire de la médecine que pour celle de l’esprit humain ^ on y découvre les vues précieuses de nos prédécesseurs et les traces des efforts qu’ils ont faits pour perfectionner notre art et toutes ses branches : c’est là la source pure des différens systèmes ; ils s’y présentent tels qu’ils furent dans leur naissance. Semblable aux anciens temples dans lesquels on consacroit les observations et les découvertes en médecine , la faculté de Paris conserve le dépôt sacré que ses illustres membres lui ont confié } et il seroit à souhaiter que toutes celles de l’Europe l’imitassent à cet égard.

XGATTÎ. Or, parmi les thèses trop peu connues qu’on a soutenues à la faculté, et qui ont quelque rapport au système des crises , j’en choisis une qui est antérieure à tous les ouvrages des modernes dont je viens de parler, et dans laquelle on trouve la doctrine des crises exposée avec beaucoup de précision et de clarté. Cette thèse a pour titre : An a recta crisium doctrina et ohseivatiojie medicina certior ? Savoir si la saine doctrine des crises et leurs observations rendent la médecine jvlus certaine? année 1741* Elle a été soutenue sous la jarésidenee de M. Murry, qui en est Fauteur, et on voit qu’elle a beaucoup de rapport avec le programme de l’Académie de Dijon.

XCIX. M. Murry, après avoir fait quelques réflexions sur l’importance de la doctrine des crises et sur la manière dont elle a été arretée , et , pour ainsi dire , ensevelie par les différens systèmes, en fait une exposition tirée d’Hippocrate et de Galien. Il insiste beaucoup, après Prosper Martianns et Petrus Castellus , sur la nécessité qu’il y a de ne point compter scrupuleusement les jours naturels dans les maladies ^ il fait voir qu’il s’en faut tenir aux redoublemens, et qu’en suivant exactement leur marche, on trouve son compte dans le calcul des anciens : ce qui fournit en effet de très-grands éclaircissemens , et qui est conforme à l’avis de Celse , qui étoit ennemi déclaré des jours critiques. D’ailleurs la thèse dont il est question est pleine de préceptes sages et de réflexions très-sensées. En un mot, on doit la regarder comme un abrégé parfait de tout ce que les anciens ont dit de mieux sur cette matière , et on y trouve bien des remarques qui sont propres à l’auteur.

C. Cette thèse j qui rnanqiioit à M. Normand , a beaucoup servi

à M. Aymen , qui a eu la précaution de la citer. Il en a tiré notamment trois remarques particulières. En premier lieu , une observation rare , faite par M. Murry, et conforme en tout à la loi d’Hippocrate ; cette loi est conçue en ces termes : In fehrihus ardentibus oculorum distorsio , aut cœcitas , aut testium tumores , aut mammarum elevatio febrem ardentem solvit : « La « fièvre ardente peut se terminer par le dérangement du corps î) des yeux , par la perte de la vue , par une tumeur aux testi- » cilles, ou par l’élévation des mamelles >». L’auteur de la thèse a précisément vu le cas de la tumeur aux testicules et de la perte de la vue , et il a cité Hippocrate , dont il a eu le plaisir de confronter la décision avec sa propre observation. La deuxième remarque que M. Aymen a pu extraire de la thèse dont il est question , regarde le docteur Clifton Wintrigham, qui a observé pendant seize ans les maladies des habitans d’Yorck et le changement des saisons ) qui a découvert que les maladies suivoient exactement les mouvemens de la liqueur du baromètre , et qui s’est convaincu que ces maladies étoient semblables à celles de la Grèce. Enfin , la troisième observation est une idée très-lumineuse de M. Duverney, médecin de la faculté de Paris^ qui soutint dans une thèse, en 1719, qu^’d y avoit beaucoup d’analogie entre la théorie des crises et celle des périodes des maladies ; magnam cum. periodis ajjfinitatem habet crisiiim theoria ^ si enim stati sunt morboriim decursus , cur non et soliitiones ? Ce sont autant de matériaux pour l’éclaircissement de la doctrine des crises.

CT. Il y auroit bien des réflexions à faire sur tous les ouvrages dont je viens de parler • je les réduis à trois principales, i®. On ne peut qu’admirer la sagesse de tous ces auteurs modernes, qui se contentent d’admettre la doctrine des crises comme un tissu de phénomènes démontrés par l’observation • ils ne rappellent qu’avec une sorte d’indignation les explications que les anciens ont voulu donner de ces phénomènes j ils regardent ces explications prétendues comme des romans , ou plutôt comme des rêveries , qui sont autant de taches faites à la pure doctrine d’Hippocrate. Ils ne sont pourtant pas bien d’accord sur l’usage qu’on peut faire de la théorie et des systèmes des nouvelles écoles pour l’explication des crises et pour en découvrir les causes : V ero consentaneiim. non censui s’écrie M. Normand, propositumprohare ex physicis vel hypotheiicis ratiociniis , ut plurimum in- •constantibus et incertis , ut magis inulto pompant redoleant.

«c Chaque auteur, dit M. Aymen , a bâti selon son idée une hy- 5> pothèse , et donné un nom ridicule à la cause des crises; » et il avance bientôt après , que la cause des crises est simiDle , et qu’elle se présente naturellement. Ce qu’il y a de vrai, c’est qu’on est trop avancé aujourd’hui dans la physique du corps humain pour qu’on ne puisse pas tenter au moins de déterminer si les crises sont possibles , et tâcher de chercher une explication de leur mécanisme. Je ne doute pas que ces efforts ne fissent un bien

considérable au fond de la doctrine des crises , et qu’elle ne reçut un nouvel éclat si on la présentoit de manière à satisfaire l’imagination des physiciens. Il faut l’avouer, les faits épars et isolés n’ont jamais autant de grâce , surtout pour quiconque n’est pas en droit de douter, que lorsqu’ils sont liés les uns aux autres par un système, quel qu’il puisse être. Les systèmes sont la pâture de l’imagination, et l’imagination est toujours de la partie dans les progrès de l’esprit j elle peint les objets de l’entendement , elle classé ceux de la mémoire. Synesius et Plotin appeloient la nature magicienne (Gelée, trad. de Dulaurens) : cette dénomination conviendroit mieux à l’imagination. Voilà la grande magicienne qui dirige les têtes les moins ordinaires comme les plus communes 3 le nombre des élus qui lui résistent est infiniment petit , il faut qu’il le soit.

CIL M’est-il permis, cela étant, et pour ne rien négliger de ce qui peut servir à bâtir un système , de rappeler ici ce que j’ai placé dans mes Recherches anatomiques sur les glandes ? Supposé ^ ai-je dit , §. 127, que tel organe agisse tous les jours dans le corps , c* est-à-dire , qu il exerce sa fonction à telle heure précisément y ne pourroit-on pas soupçonner qu’il concourt à produire les phénomènes qu on observeroit dans ce même temps ^ et s’il J'" a des organes dont les actions ou les fonctions se rencontrent de deux en deux y ou de trois en trois Jours , ne pourroit-on pas aussi établir les mêmes soupçons , éclaircir par là bien des phénomènes dont on a tant parlé y les crises et les jours critiques y et distinguer ce qu’il y a d’ imaginaire et de réel sur ces matières ? Ce sont là des problèmes que je me suis proposés, et dont j’attendrai la résolution de la part de quelque grand physiologiste et médecin qui les trouvera dignes de son attention , jusqu’à ce que je sois en droit de proposer mes idées. Je ne puis m’empêcher de parler d’une prétention d’Hippocrate , qui me paroît fort importante : il dit ( de Morb. y lib. que la coction parfaite des alimens se fait ordinairement en trois jours; et que Ta nature suivant les mêmes lois dans les maladies que dans l’état de santé , les redoublemens doivent ordinairement être plus forts aux jours impairs. M. Murry tire un gratid parti de cette remarque, qui mérite d’être encore examinée avec attention.

cm. Ma deuxième remarque roule sur le fameux passage de Celse , qui accusoit les anciens d’avoir été trompés par la phdosophie de Pythagore , et d’avoir fondé leur système des jours critiques sur les dogmes de cette école , dans laquelle les nombres , surtout les impairs, jouoient un très-grand rôle. Ce passage porte un coup mortel à ia doctrine des crises y il en sape les fondemens; aussi a-t-il été attaqué vivement par tous les sectateurs des crises y tant anciens qpe modernes. Genuina Hippocratis prœceptorum traditio y éit M. Murry, Cclso non innotuit y cui per iempus non vacabat y aut qiiem animus non stimulabat y ut medicinœ clinicœ navaret operam. Celsiis ait in præfatione y recentiores fateri Hippocratem opiime prœsagisse , quamvis in

curaiîonihus quædmn muta^erint ; « Celse n’a pas eu le temps de » s’instruire , surtout par la pratique , de la véritable doctrine » d’Hippocrafe ^ et il dit que les médecins de son temps avoiioient i> qu’Hippocrate étoit fort pour le pronostic. » Ainsi la plupart de tous ceux qui ont parlé de Celse Font accusé de n’étre pas praticien , et par conséquent d’étre hors d’état de rien statuer sur la matière des crises. Je me suis contenté ci-dessus de révoquer son témoignage particidier en doute, et il me semble que c’est tout ce qu’on peut faire de plus. En effet, quand je vois que Celse prétend , dans le même endroit où il réfute le système des anciens sur le nombre des jours , qu’il faut observer les redoublemens et non point les jours, ipsas accessiones intueri débet mediciis , cap. IV, lib. IH , et que tous les modernes sont obligés d’en revenir à cette façon de calculer, je ne puis m’empêcher d’en conclure qu’il falloit que Celse y eut regardé de bien près , ou du moins qu’il eût reçu des éclaircissemens de la part des médecins les mieux instruits. -

CIV. Après tout , si Celse n’a pas été praticien , il est naturel de présumer qu’il s’en est uniquement tenu à la pratique des fameux médecins de son temps ^ et ces médecins , disciples d’Asclépiade , ne peuvent pas être regardés comme n’ayant point vu de malades. Ajoutez à tout cela la bonne foi que Celse et ceux dont il expose le sentiment montrent à l’égard d’Hippocrate : Il savait, disent-ils, tres-hien former un pronostic^ mais jioiis avons changé quelque chose à sa façon de traiter les maladies ^ c’est-à-dire, que si Hippocrate avoit été à portée d’observer les maladies vénériennes , par exemple , il auroit très-bien su dire , après des épreuves réitérées , et en voyant un malade atteint de cette maladie : Dans tant de jours le palais sera carié , les os seront exostosés , les cheveux tomberont , et qu’Asclépiade auroit cherché un remède pour arrêter les progrès de la maladie. Lequel vaut le mieux? Il est donc important de ne pas se décider légèrement contre Celse ^ et, comme je l’ai déjà remarqué, c’est beaucoup faire que de rester dans le doute sur ses lumières particulières 'y mais il sera toujours vrai que les fameux praticiens de son temps étoient de l’avis qu’il expose.

CV. Troisièmement enfin , quels que soient les travaux des modernes que nous venons de citer, quelle que soit leur exactitude, il ne faut pas penser que les anti-critiques demeurent sans aucune ressource j il leur reste toujours bien des raisons qui ont au moins l’air fort'spécieux , pour ne rien avancer de plus. En effet , dirontils , nous avouons qu’il arrive des crises dans les maladies , et qu’il y a des jours marqués pour les redoublemens ^ s’ensuit-il de là que cette doctrine puisse avoir quelque application dans la pratique ? C’est ici qu’il faut en appeler aux vrais praticiens , à ceux qui sont chargés du traitement des malades ; ils ont souvent éprouvé qu’il est pour l’ordinaire impossible de connoitre les premiers temps d’une maladie ; iis nous apprendront qu’ils sont appelés chaque jour pour calmer des vives douleurs, pour remédier

à (ües symptômes pressans • que les malades veulent être soulagés, et que les médecins leur devieurent inutiles s’ils prétendent attendre et compter les jours. La marche des crises sera , si l’on veut , aussi bien réglée et aussi bien connue que la circulation du sang ; en quoi ces connoissances peuvent-elles être utiles? Qui oseroit se proposer d’en faire usage? Il peut être aussi certain qu’il y a des crises , comme il est certain qu’il se fait des cliangemens dans les urines; on saura l’histoire des crises, comme on sait celle de la transpiration : tout cela n’aboutit , après tout , qu’à quelques règles générales que tout’ le monde sait, et dont personne ne fait usage. ^

CVI. Cette doctrine des crises contient de petites vérités de détail qui ne peuvent frapper que ceux qui ne coimoissent pas les maladies par eux-mêmes , et qui cherchent à se faire des règles qui suppléent à leurs lumières. Attendre les crises , compter les redoublemens d’une maladie , c’est vouloir connoître les vices des humeurs par le microscope , le degré de fièvre à la faveur d’un thermomètre , ou au moyen d’un piilsiloge ou d’un pendule à pouls, machine puérile, dont l’application seroit encore plus jDuérile , et que les praticiens regarderont toujours comme un ornement gothique , qui ne peut qu’être rebuté par les vrais artistes. Cette précision peut amuser, mais elle n’instruit pas; elle a l’air de la science, mais elle n’en a pas l’utilité : ce n’est point j)ar des calculs scrupuleux qu’on apprend à juger d’une maladie et à faire usage des remèdes; on devient, en calculant, timide, temporiseur, indéterminé , et par conséquent moins utile à la société : la nature a ses lois , mais on ne les compte pas , on ne sauroit les classer.

CVIÎ. Le véritable médecin , diront encore les anti-critiques , est l’homme de génie qui porte un coup d’œil ferme et décidé sur une maladie; la nature et le grand usage l’ont rendu dé concert propre à se laisser emporter par cette sorte d’enthousiasme si peu connu des théoriciens : il juge des temps d’une maladie , pour ainsi dire, sans s’en apercevoir; il peut avoir appris tout ce que la théorie enseigne, mais il n’en fait point usage , il l’oublie , et il se détermine par l’habitude et comme malgré lui; tel est le praticien. Que la maladie soit organique ou humorale, qu’elle soit un effort salutaire de la nature ou un bouleversement de ses ïiîouvemens , que la crise se prépare ou qu’elle se fasse , que le redoublement soit pair ou impair, l’état présent décide le véritable connoîsseur; les symptômes le déterminent à se presser ou à attendre : il vous dira ce malade est mal , et vous devez l’en croire; celui-ci ne risque rien^ et l’événement justifiera pour l’ordinaire son pronostic : si vous lui demandez des raisons, il n’en sauroit donner dans bien des occasions ; c’est demander à un peintre pourquoi ce tableau est dans la belle nature , et à un musicien les raisons de tous ces accords mélodieux qui enchantent l’oreille.

CYIIL Le praticien qui cherche des raisons peut s’égarer, parce

qu’alors son génie ne le guide pliisj les expressions doivent lui manquer, parce que le sentiment ne s’exprime pasj l’ensemble des symplômes l’a frappé sans qu’il puisse vous dire comment; apprenez à voir, s’écrie-t-il, veni et vide. Le goût, le talent et l’expérience font le praticien ; le goût et le talent ne s’acquièrent pas ; l’habitude et l’expérience peuvent y suppléer jusqu’à un certain point : l’habitude apprend à connoître les maladies et à, en juger, comme elle apprend à connoître les physionomies et les couleurs : les règles , quelles qu’elles soient , restent toujours dans l’espace immense des généralités; et ces généralités , qui peuvent peut-être être utiles à celui qui apprend l’art , sont entièrement très-inutiles pour celui qui l’exerce actuellement; elles n’enseignent rien de déterminé, rien de réel, rien d’usuel j inescunt , non pascurit.

CIX. On voit par tout ce que je viens de détailler sur les crises , sur les jours critiques, et sur la manière dont chaque parti soutient son opinion dans cette sorte de controverse , combien elle est importante et épineuse. Je finirai cet article en exhortant tous les médecins qui sont sincèrement attachés aux progrès de l’art, à ne pas négliger les occasions et les moyens d’éclaircir toutes ces questions : il s’agit de savoir et de décider par l’observation s’il y a des crises dans les maladies , si elles ont des jours déterminés , ou s’il y a des jours vraiment critiques , et d’autres qui ne le sont pas ; si , supposé qu’il y ait des crises , il faut les ménager et les attendre; si les remèdes dérangent les crises, et comment et jusqu’à quel point ; s’ils les retardent ou s’ils les accélèrent , et quels sont les remèdes les plus propres à produire ces effets^ s’il y en a; s’il y a dans les maladies des jours marqués pour appliquer les remèdes , et d’autres dans lesquels on ne doit rien remuer, nih.il inovendiim si, et en quel sens, et jusqu’à quel point il est utile ou nécessaire de regarder une maladie comme l’effort salutaire de la nature de la machine , ou comme aussi opposé à la vie et à la nature qu’à la santé ; si la sûreté du pronostic d’un médecin qui saiiroit prévoir les crises est d’une utilité réelle; si un praticien sage et expérimenté qui ne connoît pas la doctrine des crises ne sera pas porté , en suivant les symptômes; à agir comme s’il savoit l’histoire des crises ; s’il est indifférent d’attendre les crises ou de ne pas les attendre; enfin , si un médecin expectateur ne seroit point aussi sujet à se tromper qu’un médecin actif ou qui se presse un peu.

ex. J’ai dit qu’il faudroit décider tous les problèmes que je viens de proposer par l’observation , ce qui exclut d’abord les idées purement hypothétiques , qui ne sauroient avoir lieu dans des matières de fait : non point qu’il faille renoncer à toute sorte de systèmè pour expliquer les crises ÿ on peut s’en permettre quelqu’un pour lier les faits et les observations; ceux qui pourront s’en passer sauront le mettre à part; mais il en faut au commun des hommes , comme je l’ai remarqué ci-dessus. Le point principal' seroit crue les observations fussent bien faites et bien constatées.

SUR LES CRISES. 25i

Je n’entrerai pas là-dessus dans un détail inutile et déplacé; jor^/ dirai seulement que j’appellerois une observation constatée, c’està-dire , celle sur laquelle on pourroit compter , une observation faite depuis long-temps , rédigée sans aucune vue particulière , pour ou contre quelque opinion , et présentée , avant de la mettre en usage , à quelque Faculté ou à quelque Académie.

CXI. Il seroit bon qu’on exigeât des preuves d’observation , et que chaque observateur eut ses journaux à pouvoir communiquer -à tout le monde : ces sortes de précautions sont nécessaires , parce qu’on se trompe souvent soi-méme ; on adopte une opinion quelquefois par hasard; on se rappelle vaguement tout ce qu’on a vu de favorable à cette opinion ; mais pour le reste , on l’oublie insensiblement. L’observateur, ou celui qui pourroit fournir des observations bien faites , ne seroit point , à ce compte , celui qui se contenteroit de dire , jfhzf vu, fai fait, fai observé; formules avilies aujourd’hui par le grand nombre àé aveugles de naissance qui les emploient. Il faudroit que l’observateur pût prouver ce qu’il avance par des pièces justificatives , et qu’il démontrât qu’ü a vu et su voir en tel temps ; ce seroit le seul moyen de convaincre les pyrrhoniens , qui n’ont que trop le droit de vous dire , eu avez-vous vu ? comment avez-vous vu ? et qui plus est encore , de quel droit avez-vous vu? de quel droit croyez-vous avoir vu? qui vous a dit que vous avez vu ? I

CXVII. Au reste , quels talens ne devroit pas avoir un bon observateur? Il ne s’agit point ici seulement d’être entraîné , pour ainsi dire, passivement , comme le praticien , et de recevoir un rayon de cette vive lumière qui accompagne le vrai , et qui force au consentement ; il faut revenir de cet état passif, et peindre exactement l’effet qu’il a produit; c’est-à-dire , exprimer clairement ce qu’on a aperçu dans cette sorte dé extase , et l’exprimer par des traits réfléchis et combinés de manière qu’ils puissent éclairer le lecteur comme la nature le feroit. Tel est l’objet de l’observateur , tel est le talent rare qu’il doit posséder ; talent bien différent de celui du simple praticien , qui n’a que des idées passagères qu’il ne peut pas rendre , et qui se renouvellent au besoin , mais que le besoin seul fait reparoître , et non la réflexion.

CXIII. Il est donc évident que Texamen de la doctrine des cjûses regarde plus particulièrement les médecins au-dessus du commun; ceux qui se contenteroient de suivre leurs idées,) leurs systèmes , et non la nature , ne pourroient que former d’inutiles ou de dangereux romans , fort éloignés du but qu’on doit se proposer. Les observateurs même qui se réduisent à ramasser des faits , sans avoir assez de génie pour distinguer les bons et les mauvais , et pour les lier les uns aux autres , n’en approcheroient pas de plus près. Enfin , les praticiens les plus répandus n’ont pas assez de temps à eux ; et il est rare , outre ce que nous en avons dit ci-dessus , qu’ils puissent être atteints , lorsque leur réputation est déjà établie , de la passion de faire des réformes générales dans l’art. Il faudroit que des observateurs suivissent exactement

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