PRÉLIMINAIRE
observations neuves sur le pouls ; il en a rendu compte dans un ouvrage qui a pour titre , Lapis Lydius ApoUiiiis. Cet ouvrage tomba entre les mains de M.'Nihell, médecin irlandois , établi à Cadix (i); il le trouva si obscur, qu’il prit le parti d’aller à Jntequera , pour demander à l’auteur les éclaircissemens dont il avoit besoin. Solano le rendit plusieurs fois témoin de la justesse des prédictions faites suivant ses principes; depuis ce temps-là il est souvent arrivé à M. Nihell de faire d’heureuses applications de ces règles; c’est ce dont il rend compte dans un recueil d’observations qu’il a publié sur ce sujet, et qu’il a dédié au docteur Mead, célèbre médecin de Londres.
Ce recueil contient les principales observations de Solano, celles de douze médecins espagnols, faites d’après les principes de cet observateur; ensuite les observations propres à l’auteur, auxquelles il a joint beaucoup d’excellentes remarques sur le parti qu’on peut tirer de cette découverte.
M. Lavirotte , médecin des facultés de Paris et de Montpellier, a donné, en 174^^? une traduction de l’ouvrage de M. Nihell , avec une préface dans lac[uelle il fait très-bien sentir l’importance de la matière traitée dans cet ouvrage (2).
M. Senac, premier médecin du roi, dont les lumières ainsi que son zèle pour les progrès de l’art sont généralement connus par ses succès et par ses excellens ouvrages, fut bientôt frappé de l’utilité des observations de Solano; et pour les vérifier, «il fit mettre, étant à Bruxelles, plu- » sieurs soldats malades dans une salle particulière de Fhô-
pital : il observa toujours le pouls rebondissant annoncer « îe hémorrhagies ; il vit aussi que le flux de ventre étoit » prévu très-souvent par le pouls intermittent ; il a trouvé w qu’il étoit beaucoup plus difficile de distinguer le pouls » ùiciduus , et par là de prédire la sueur (3) ».
M. Van Swieten dit, en parlant des observations de Solano et de M. Nihell, «que ce sujet est si important, qu’il mérite » l’attention de tous ceux qui s’appliquent à la médecine ».
Enfin , M. Noortwyk a cru devoir traduire en latin l’ouvrage de M. Nihell (4); il y a ajouté une préface dans laquelle il se déclare en faveur des règles de Solano , et il rapporte une observation singulière au sujet du pouls qui annonce la sueur (5).
(1) En 1743.
(2) Observations nouvelles et extraoi’dinaires sur la prédiction des crises, etc. par Z). Francisco Solano de Laques , enricbies de plusieurs cas nouveaux , par M, Nihell. M. D. A Paris , cbez, Debure laîné, i 748.
(3) Dissertation sur les crises. A Paris, chez Prauit fils, 1^5'X.
(4) En 1746.
(5) Voyez le chapitre XVIII du pouls de la sueur.
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DISCOURS
L’auteur de ces Recherches ue doit ses premières idées sur ce sujet, qu’à la manière dont il fut plusieurs fois frappé de quelques modifications du pouls cpui lui paroissoient singulières : cependant il n’osoit encore les regarder que comme des mouvemens bizarres et presque de nulle conséquence ; ce ne fut qu’après avoir vu la traduction de M. Lavirotte , qu’il comprit l’importance de ses premières observations, et qu’il s’attacha sérieusement à les suivre, soit dans les hôpitaux, soit dans le cours de sa pratique journalière.
«Dans Tannée 1707, lorsque Solaiio , alors étudiant en w médecine, suivoit en pratique Joseph Pablo , professeur et «vice -doyen de l’université de Grenade, dans Thôpital » Royal , celui de Saint-Jean de Dieu et du Refuge, il obw serva souvent le pouls rebondissant; il demanda la raison de ce qu’il signifioit à Pablo; celui-ci, qui étoit un homme » d’un tempérament très-violent, lui dit de ne pas faire w attention à de telles bagatelles, qui ne provenoient que des » vapeurs hiligineuses ; heureusement Solano ne se rebuta V point (1) ».
Si Pablo avoit répondu, comme pourroient faire les modernes , que ces variations bizarres du pouls n’étoienî que des irrégularités de peu d’importance , fort communes à certains états d’irritation ou de spasme , il eût donné une explication moins ridicule : mais il n’en auroit pas moins substitué des idées vagues aux nouvelles observations qiTii s’agissoit de faire sur un fait qui méritoit d’être approfondi. Cet exemple peut être présenté en manière d’apologue à ceux qui seroient tentés d’être aussi prompts dans leurs décisions sur cette matière, que le fnt Joseph Pablo.
Tous les médecins savent que Galien a donné un système très-étendu sur le pouls : il en est peu qui ne regardent ce système comme entièrement détruit par les idées des modernes : il est en effet tombé dans Toubli.
Line chose néanmoins fort importante à remarquer, c’est que , parmi toutes les espèces de pouls décrites par Galien , on trouve la description d’une espèce particulière , qui annonce la sueur ; cette espèce a résisté à toutes les critiques; elle a été, depuis Galien , admise par tous les praticiens: ii’aurait-on pas dû présumer que , puisque la sueur est annoncée par une espèce particulière de pouls, toutes les excrétions peuvent et doivent de même être précédées d’un pouls qui leur est propre ?
, Galien , en faisant son Traité du pouls , raisonna beaucoup plus qu’il n’avoit observé : il comprit pourtant que les différentes espèces de pouls dévoient être distribuées
(â) Obic-iva! ious uouveîies et extraordinaires , etc.
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en plusieurs classes ; mais il y avoit de la difficulté à les caractériser, à les rendre reconnoissables , et encore à les exprimer d’une manière assez intelligible ; il prit le parti de désigner ces diverses espèces de pouls par leurs rapports avec des choses qu’il regarda comme bien connues; il prétendit avoir trouvé des pouls qui ressembloient à la marche des fourmis, il les appela formicans ; d’autres, qui alloient en diminuant comme la queue d’un rat ; il les nomma mîures ; et il appela , d après Héropbile ^ pouls caprizans ^ ceux qu’il crut représenter les sauts d’une chèvre.
Les Chinois, qui passent pour être fort experts dans la connoissance du pouls , et qui se sont de tout temps fort occupés de cette partie de la médecine, ont pris le même parti que Galien à l’égard de celle nouienclature ÿ il se peut même que les anciens médecins égyptiens avoient jeté les premiers fondemens des idées communes à Galien et aux Chinois : quoi qu’il en soit, ces derniers ont parlé d’un pouls roulant ^ de celui qui va comme une grenouille ^ de celui qui ressemble 2^\\ frétillement dhui poisson^ d’un autre qui a du rapport au bouillonnement cÜ une marmite, et d’un autre qui ressemble au bec dhine poule (i).
CAst contre la nomenclature de Galien adoptée par les vieilles écoles, que les modernes ont principalement écrit; il n’étoit pas difficile de jeter un ridicule sur tous les points de comparaison adoptés par Galien : aussi les pouls formicans, les miures , les caprizans, et tous les autres de cette espèce, ont-ils été entièrement bannis, ^
Les modernes s’en sont tenus à des divisions et à des dénominations plus simples, même en apparence plus significatives : on a divisé les pouls en forts et foibles , fréquens et lents , grands et petits , durs et mous , ete. Ces dénominations étoient aussi employées par Galien.
Mais il est facile d’apercevoir que cette nomenclature, adoptée par les modernes, a presque autant de défauts que celle qu’ils ont rejetée, parce que, dans le fait, ces dénominations n’expriment rien d’assez précis ; il n’est pas possible de déterminer à quel signe on doit juger dans les maladies que le pouls est , par exemple , dur ou mou, grand ou petit ; sa petitesse et sa grandeur , sa mollesse et sa durete étant, dans l’état de santé, à des degrés fort différons, suivant les diverses constitutions des corps. Ce jugement suppose donc une comparaison à faire entre le pouls, qui , par sa nature, est censé être dur ou mou, grand ou petit, et
(i) Vid. Joh. Conr. Barchusen de Medicinœ origin. et progress. dissert, de Chinens, Ùdedicina. Vid. etiam Cloïcr Medulla Medicin. etç.
DISCOURS
celui qui , au moment qu’on l’examine , se trouve avoir quelqu’une de ces qualités; la première espèce, savoir, le pouls naturel , manque à l’observateur , au moment dans lequel il tâte le pouls qu’il doit juger : d’ailleurs, il n’arrive que trop souvent qu’un pouls qui est trouvé grand ou dur par un médecin , paroîtra petit ou mou à un autre : ainsi ces définitions ou ces dénominations ne peuvent rien exprimer d’assez positif.
Pour éviter de tomber dans l’écueil auquel Galien et les modernes ont échoué par rapport à la nomenclature des diverses modifications du pouls, on n’a ici employé, pour en déterminer les espèces principales , que des divisions et des dénominations claires et simples.
On a observé qu’un pouls d’une espèce particulière annoncoit une évacuation du côté de la tête ; on a nommé ce pouls capital : lorsque l’évacuation dev.oit se faire par les organes excrétoires de la poitrine, on l’a nommé pectoral; et on l’a appelé intestinal ou Dentral lorsqu’elle se préparoit par les viscères du bas-ventre.
Quant aux caractères distinctifs de chaque espèce de pouls , on les a déterminés de manière qu’un observateur peut distinguer le pouls pectoral ^ le capital, V intestinal, etc. sans être obligé de faire aucune comparaison avec des choses inconnues ou éloignées.
U égalité et F inégalité des pulsations, F égalité et F inégalité des espaces qui se trouvent entre elles , modifications fort aisées à reconnoître , sont les sources de la plupart des caractères et des dénominations des principales espèces de pouls décrites dans cet ouvrage; cette manière de caractériser les espèces de pouls a donc plusieurs avantages sensibles sur celle de Galien et des modernes.
Les dénominations ou les mots de, pectoral , capital et intestinal, sont tirés de l’anatomie ; ce sont des expressions reçues et employées journellement en médecine : on dit l’artère capitale , gutturale, nasale, intestinale; on distingue des remèdes pectoraux , stomachiques , céphaliques ; ainsi ces dénominations, appliquées aux modifications du pouls, n’oni rien qui doive surprendre ; elles doivent même paroître d’autant plus appropriées, qu’elles indiquent la marche de la nature dans chaque espèce de pouls.
On ne se portera peut-être pas jusqu’à dire ou penser que cette nomenclature ait été employée pour déguiser ou rapporter en des termes et sous d’autres dénominations particulières , ce qui dans le fond se trouve dans d’autres ouvrages; quoi qu’il en arrive, nous assurons d’avance, quen*