CHAPITRE XXVL
Du pouls d’irritation compliqué o^ec les poids critiques dans les
maladies chronicp’æs .
Ex observant avec attention la marclie des maladies clir.oniques , on y découvre , de meme à peu près que dans les mafadies aiguës , trois états remarquables , sur lesquels il convient de ,• e régler pour établir et coi‘duire la méthode de traitement.
La seule différence qu’il y ait à considérer ici entre les maladies chroniques et les aiguës , c’est que celles-ci parcourent leurs temps plus promptement que les autres* ce qui n’empêche pas que , dans le fond , les aiguës ainsi que les chroniques ne consistent originairement dans un désordre des sécrétions et des exct élions^ c’est ce qui fait que ces maladies ont toujours des terminaisons ainsi que des accidens fort ressemblons.
Les derniers temps des maladies chroniques font sensiblement connoître leur rapport ou leur ressemblance avec les maladies aiguës : on a déjà observé qu’une maladie chronique devient ordinairement aiguë à proportion qu’elle se dispose à Sa terminaison ; Hippocrate dit qu en traitant une maladie chronique , il faut premièrement la changer en maladie aiguë (i).
Or, les maladies chroniques ayant des révolutions qui préparent et déterminent leurs crises et leurs terminaisons , on doit y trouver aussi les divers changemens du pouls qui précèdent et accompagnent ces crises.
La santé parfaite n’est qu’un être purement idéal. Personne Jie peut se flatter de n avoir pas quelque partie foible (2). INotrc vie n’est qu’un tissu d’incommodités , une maladie continuelle , qui ne cesse de faire des progrès.
Nous vivons avec cette foiblesse naturelle de quelques organes* et ce qui doit paroître singulier, c’est que c’est sur cette foiblesse même qu’est fondée la santé propre à chaque Individu : c’est d’elle que dépendent les différens tempéramens , qui ne viennent tous que de la différence de l’action des organes (3) : ce sont là des sources de la vie, de la santé , des maladies et de la mort.
On observe dans tous les âges des maladies qui ne viennent que de la suite des effets produits par ce désaccord presque naturel des organes.
La nature et l’art ne parviennent à vaincre les maladies qu’autant qu’ils rétablissent Tordre d’action naturelle à chaque sujet, ou bien qu’ils opèrent des changemens sur lesquels s’établit une autre sorte de santé différente de la première , et qui dans les suites sert souvent de base à une autre maladie aiguë ou chronique.
Les guérisons de la première espèce sont des guérisons parfaites : elles sont très-rares dans les maladies graves et complP
(1) Hipp. des Lieux dans l’homme , chap. IIL
(2) Celse , chap. HT.
(3) Recherches sur les glandes.
cjLiées ^ la résolution complète d’une petite inflammation , ou le parfait rétablissement d’une partie enflammée dans son état naturel , est peut-être impossible ; la terminaison la plus favorable de ces maladies graves et compliquées n’est qu’une guérison de la seconde espèce.
C’est de ces crises imparfaites que dépendent la plupart des maladies chroniques qui parcourent leurs temps plus ou moins promptement , selon la nature , le lieu et le degré du changement intervenu dans l’ordre de la santé primitive ; il arrive pourtant quelquefois qu’une maladie aigue considérable paroît se terminer si favorablement , que le malade se trouve ensuite plus fort , plus actif qu’il ne l’étoit auparavant ; ce qui prouve que le changement opéré par cette crise a adouci ou augmenté le ressort de quelque organe qui faisoit la cause du désordre naturel.
Mais il ne faut pas toujours regarder comme une terminaison favorable des convalescences suivies d’une augmentation considérable d’embonpoint , qui , dans le fond , est plus souvent un nouvel état de maladie que l’effet d’une meilleure santé.
Quant au temps que les maladies chroniques peuvent mettre à passer par leurs divers périodes , il est quelquefois si long , qu’Hippocrate prétend en avoir vu qui duroieni six ans ^ d’autres dont le cours naturel étoit de six mois , et d’autres qui parcouroient leurs temps en deux ans (i). « Plusieurs maladies, dit-il ,
^ 5> sont jugées dans les enfans le quarantième jour, d’autres le » septième mois , les autres dans sept ans (2) : il y a des maladies » qui se jugent les unes par les jours , les autres par les mois , » les autres par les quarantaines de jours , et d’autres par les an- » nées ou par une année (3) ».
Arétée a parlé des maladies chroniques dans lesquelles les révolutions ou les changemens sont pareils à ceux d'une maladie aiguë (4). Baillou demandoit s’il n’y avoit pas des maladies qui durent sept ans ^ et d’autres qui durent une année entière (5). Les crises sont dites quelquefois se faire par mois et par années (6).
Les observations suivantes feront la preuve de tout ce qu’on vient d’exposer; savoir, que dans la marche de la plupart des maladies chroniques il y a , comme dans les aiguës , des révolutions , des temps très-importans à remarquer; que ces maladies chroniques ne se terminent presque jamais qu’en devenant aiguës ; et enfin , que les changemens du pouls annoncent et suivent les révolutions de ces maladies.
Obs. CXiKIX. Une fille pulmonique à l’âge de quarante-six ans , a été sujette , dès son enfance , à des toux opiniâtres et à des saignemens de nez ^ les règles, qui ont paru assez exactement,
(1) Hipp. de Affect, inter, cap. LU.
(2) Idem, Livre de l’enfantement des sept mois.
(3) Idem , Apbor. 28 , sect. 3.
(4) Arétée , des Maladies longues , liv. IV, cbap. IIÎ.
(5) Bâillon , Consult. 106.
(6) Dulaurens , des Crises. Thés, des eaux d’Aquitaine , sur tout ce qui est contenu dans ce cîiapitre
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ont toujours dégagé la poitrine sans empêcher cependant des rhumes frëquens , des extinctions de Voix , et de légères incommodités ) suivies de dévoiement et de sueurs ^ dès que les règles ont diminué, la poitrine s’est prise de plus en plus, jusqu’à ce que les crachats aient été bien purulens , et la pulmonie au dernier degré.
Il paroît qne le dérangement naturel ou presque naturel de la poitrine, a été un obstacle continuel à la santé, pendant tout le cours de la vie , et que les embarras qui fomentofent ce dérangement ont toujours augmenté.
Obs. CXXX. Une vieille fille avoit une tumeur cancéreuse à la mamelle droite : elle assure que dès sa jeunesse il arrivoit à cette mamelle , dans toutes les révolutions des règles, des changemens plus notables qu’à la mamelle gauche j peu à peu la mamelle s’est engorgée, et lorsque les règles ont été au temps de finir, cette tumeur est venue à suppuration , et il s’est établi une fièvre lente.
La foiblesse ou la disposition particulière de cette mamelle droite, en a occasionné la tumeur, qui a parcouru son temps insensiblement^
Obs. CXXXI. Un homme eut une attaque d’apoplexie à l’âge de soixante ans. Il avoit été pendant sa jeunesse sujet à de trèsviolens maux de tête , à des maux de gorge , à des saignemens de nez , à des toux fréquentes. Il fut sujet ensuite à des coliques violentes ) ensuite à un flux hémorrhoidal , et à des douleurs vagues aux reins et aux bras. Le flux hémorrhoidal diminua et vint à cesser entièrement dans les dernières années de sa vie. Le malade se plaignoit , quelque temps avant son attaque, d’un engourdissement de tout le corps , et principalement de la tête.
Quoique cet homme parut très-bien constitué, il avoit cependant , depuis son enfance , une incommodité habituelle , qui l’a conduit par degrés à l’apoplexie.
Obs. CXXXII. Un homme qui est pulmonique à l’âge de trente» cinq ans , avoit eu dans sa jeunesse la jaunisse. Il fut ensuite sujet à des douleurs rhumatismales aux bras et aux jambes , et à des rhumatismes fréquens. Il parut vers l’âge de dix-huit ans une dartre considérable au visage * cette dartre fut traitée ainsi que les autres incommodités ^ elle disparut. Le malade paroissoit se bien porter 3 il eut des accès de fièvre tierce, qui durèrent plusieurs mois , et qui revinrent à plusieurs reprises , dans l’espace de trois ans ^ la fièvre devint quotidienne , et dans la suite elle fut continue ; la poitrine se prit , et le malade devint phthisique.
Cette observation présente un tissu , ou une suite d’incommodités , qui n’ont été probablement que les effets de l’ancien foyer de la principale maladie.
Obs. CXXXIIÏ. Un homme âgé de cinquante-cinq ans devient hydropique. Il a été pendant sa jeunesse sujet à la jaunisse , à de fréquens saignemens de nez , à des fièvres intermittentes et à de mauvaises digestions. Les urines varioient souvent , étant tantôt crues, et abondantes , tantôt rouges , briquetées et en petite quantité. Quelques années avant l’hydropisie , le malade fut attaqué d’une disposition inflammatoire au foie , avec fièvre considérable j
et il traîna jusqu^au temps de l’hydropisie une convalescence fort imparfaite.
Les anciens n’auroient pas manqué d’accuser , en pareil cas ,
V intempérie naturelle du foie , qui n’a cessé de faire des progrès pendant le cours de la vie.
Obs. CXXXIP^. Il n’est pas rare de voir des asthmes se préparer depuis long-temps , et finir après une longue durée par des hydropL sies de poitrine; des maladies cutanées opiniâtres produire enfiîi des ulcères au poumon ; de vieilles pertes blanches , suivies d’hv* dropisies ou de phthisie ; la goutte et le rhumatisme finir par des engorgemens de la poitrine , ou des viscères du bas-ventre.
Ces faits , et tant d’autres de cette espèce qu’on pourroit alléguer , prouvent qu’il y a beaucoup de maladies chroniques principalement produites par une mauvaise constitution naturelle , ou accidentelle de quelques organes , qui rend très-graves des causes assez légères par elles-mêmes , et peu nuisibles en effet , avec une meilleure constitution.
Les observations suivantes serviront à prouver que les maladies chroniques se changent presque toujours en maladies aiguës vers leurs derniers temps.
Obs. CXXXF^. Ancien rhumatisme sans fièvre apparente , dans un jeune homme assez robuste , et d’un tempérament sec. Les eaux minérales de Bareges ^ prises en bain et en boisson, augmentent prodigieusement les douleurs ; la fièvre est évidente vers le sixième jour ; on suspend l’usage des eaux ; la fièvre dure jusque vers le quatorze ; d’abondantes évacuations par les sueurs , par le ventre et par les urines , qui se succèdent ensuite , terminent la maladie aiguë. Le pouls, qui a d’abord été fiévreux , vif et Tioii critique , est devenu excréteur, et a annoncé toutes ces évacuations. Depuis ce temps , le malade s’est trouvé bien guéri de son rhumatisme.
Obs. CXXXT^I. Plusieurs mélancoliques fort éprouvés des accidens ordinaires à leur état , se mettent à l’usage des eaux minérales ^ dites eaux chaudes • le pouls , habituellement variable , irrégulier , plus ou moins serré , se développe sensiblement , et devient vif, fréquent , et prend des caractères particuliers, selon la disposition des sujets. Les uns ont des hémorrhagies du nez ; la fièvre augmente dans d’autres, de manière à exiger quelques saignées ; il y en a enfin qui ont une espèce de fièvre putride qui , au moyen des remèdes appropriés , se termine par de copieuses évacuations et des sueurs abondantes ; tous ces malades se trouvent ensuite très-bien guéris , et plusieurs nqois après ils disent n’avoir éprouvé aucune des fâcheuses incommodités dont ils étoient si fort tourmentés auparavant.
Il paroît évidemment que dans ces cas-Ià , l’art , suivant le précepte d’Hippocrate , fait d’une maladie habituelle et chronique , une maladie aiguë et bien critique. C’est ce qui donne occasion i de soupçonner que les maladies chroniques qu’on croit terminées i après des traitemeus qui ne sont dans le fond que palliatifs , et )
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qui n’èxcitent pas une crise convenable , ne sont pas toujours bien guérieSi, Telle est la terminaison de plusieurs des maladies pour lesquelles ôn a, par exemple, employé le lait pour toute nourriture, ou qui n’ont été traitées quWec des remèdes caïmans. ]Ne doit- on pas mettre dans cette classe la plupart des maladies aiguës , traitées par de fréquentes saignées , des lavages et des adouclssans ?
Venons aux observations qui prouvent que les changemens du pouls suivent exactement les temps et les espèces de révolutions qu’on observe dans les maladies chroniques,
Obs. CXXXVII. On trouve le pouls dur , irrégulier, déréglé , peu constant, dans toutes les filles qui ont les pâles couleurs. Les que les règles viennent à se bien déterminer , le pouls se ^/eVeloppe , devient plus fort , et il prend le caractère propre aux évacuations critiques de la matrice ^ il ne se trouve plus ensuite dans la petitesse et le resserrement propres à Fétat des pâles couleurs.
On observe de pareils changemens dans l’état du pouls des mélancoliques j qui ont une disposition au flux hérnorrhoïdal. Quel» que temps avant que ce flux soit disposé à se déterminer, le pouls est à peu près comme dans les pâles couleurs j il se développe et il acquiert de la force , quand le flux hérnorrhoïdal est bien déterminé.
Il est prouvé par plusieurs des observations déjà rapportées , que les personnes sujettes à des sueurs ou à des dévoiemens habituels, entretenus par une mauvaise disposition chronique , ont j lorsque ces crises veulent se déterminer , le pouls propre à chacune de ces excrétions.
Obs. CXXXV III. Point de côté habituel , crachats fort suspects , dans une fille qui a essuyé il y a trois mois une fluxion de poitrine. Le pouls esty^^n/e , vif.^ sec, irrégulier ; des apozèmes adoucissans et des eaux minérales sulfureuses augmentent le mouvement du pouls ; elles le développent , et le rendent plus souple et plus plein ^ il devient ensuite décisivement pectoral i les crachats sont abondans et de meilleure espèce ; peu à peu la poitrine se dégage, et le pouls redevient 5owy!?/e et assez égal: quelques jours après il devient inférieur, et annonce les règles qui n^avoient pâs paru depuis trois mois j elles viennent en effet assez abondamment , et la maladie est heureusement terminée,
Obs. CXXXIX. Migraine périodique invétérée dans un sujet maigre et sec : le pouls est toujaurs fort convulsif au commencement du paroxysme 5 il se développe un peu vers le deuxième jour , il devient dur, tendu , inégal, un peu brusque ^ le malade vomit abondamment , et il arrive souvent que ce vomissement est suivi de grouillemens et de quelques légères douleurs de colique, dans lesquels le pouls devient intestinal ^ bientôt après il y a de copieuses évacuations bilieuses.
Mais malgré ces évacuations , et vraisemblablement à cause de la disposition habituelle , le pouls reste , dans les intervalles des paroxysmes , un peu dur , sérié ^ presque convulsif ce qui prouve