‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 72 sur 96 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Du pouls <?’irritation compliqué a^ec le pouls critique dans les maladies aiguës qui ont une heureuse terminaison.

Quelque exactes que puissent être les descriptions générales et particulières des changemens qui arrivent au, pouls dans les ma-

ladies , il seroit difficile de bien évaluer ces cliangemens par rapport à la pratique de l’art, si les descriptions sur lesquelles on se règle ne pouvoient être rapportées au mécanisme et à la marche des maladies.

Or, pour bien établir ce rapport, il n’y a pas de plus sur moyen considérer l’état de maladie dans sa plus grande sim-

n’approche plus d’un état de maladie dans un corps sain que les phénomènes des excrétions et des sécrétions qui se font avec quelque difficulté : on y aperçoit d’abord un effort général du corps , et en particulier celui des organes sécrétoires et excrétoires , surtout dans le temps où ils ont quelque peine à s’acquitter^ de leurs fonctions. ^ '

Il est certain que les sécrétions ne se feroient point , si les humeurs n’étoient préparées peu à peu j c’est-à-dire , si l’action générale du corps ne leur donnoit d’abord une modification particulière , que l’action des organes sécrétoires doit ensuite perfectionner.

L’effort général de la nature quiopère la préparation des humeurs, cet effort qui redouble encore lorsque la préparation est faite , et ensuite l’action particulière des organes excrétoires et sécrétoires , sont donc trois conditions nécessaires à toute excrétion et sécrétion (i).

C’est dans le travail de la digestion que ces trois temps se manifestent assez sensiblement. On y distingue le premier effort de l’estomac sur les aliliiens , la révolution générale du corps qui vient à l’appui de cet effort , et le temps de la fin de la digestion ,, où l’action qui a été concentrée dans l’estomac vient à se répandre successivement dans les différentes parties. Ces phénomènes ne ressemblent pas trop imparfaitement à un léger accès de fièvre.

La plupart des incommodités , dont la principale cause ne consiste souvent que dans des sécrétions et des excrétions pénibles , peuvent de même être regardées comme l’esquisse d’un paroxysme de fièvre. Ces digestions pénibles , ces excrétions forcées, ont leur marche , leur temps , leurs symptômes , qui se retrouvent d’une manière plus sensible dans une fièvre déclarée et simple.

Aussi toute maladie , si simple qu’elle puisse être , ne se fait-elle d’abord remarquer que par un état d’irritation , de spasme , d’accablement dont le corps se trouve saisi. Cette révolution a sa crue , sa gradation jusqu’à l’établissement complet de la maladie.. Alors commence une autre révolution , qui n’est que la détermination des forces , ou le mécanisme qui sert à préparer la crise ^ celte révolution dure jusqu’à un troisième temps , qui est celui où, les couloirs étant bien disposés et les humeurs bjen préparées , il se fait un dernier effort qui détermine les excrétions et finit la maladie.

Il y a donc trois temps à considérer dans toutes les maladies. Le premier qui n’est , pour ainsi dire , que l’appareil de tous les: symptômes essentiels , dans lequel les forces du corps se rassemblent et se concentrent. Le’’ deuxième temps est celui dans lequel les-.

(i) Vojez Kecberclies anatomiqnes sur la position des glandes, etc.

que a€ plicité.

Rien

forces concentrées viennent à se développer , et où les humeurs reçoivent les préparations nécessaires pour devenir propres à être séparées dans leurs couloirs ; ce second temps est ordinairement accompagné de quelques cliangemens remarquables dans les organes par lesquels la crise doit se faire. Le troisième temps est celui dans lequel la crise étant bien disposée , les excrétions se déterminent avec facilité , ce qui finit la maladie. C’est en ce sens-là sans doute , qu’on peut dire avec Hippocrate , que toutes les maladies ont une même forme , ou une même marche générale (f).

Toute fièvre , considérée dans ses périodes , paroît donc composée de trois fièvres particulières , celle à’ irritation , celle de coction y et celle éé excrétion. Ces trois états sont très-distincts dans les maladies .simples ; ils sont plus ou moins longs et se confondent différemment dans les maladies graves et compliquées : de là résultent des symptômes proportionnés à la nature et au degré de la maladie , qu’il est toujours essentiel de comj)arer avec l’état du j)ouls , pour pouvoir juger des mouvemens favorables ou contraires aux crises.

Ces trois états , ces trois fièvres , ces trois temps des maladies , peuvent être substitués à ce que les anciens ont désigné par le commencement , V augmentation y V état et le déclin de la maladie (2).

Les changemens qui arrivent au pouls , sjiivent exactement ces trois temps ou ces trois états dans les maladies bénignes : le pouls est d’abord , c’est-à-dire pendant la fièvre àdrritation , vif , serré , convulsif y non critique j il se dilate il se développe sensiblement , il devient plus plein , plus fort ^ plus libre dans le second période de la maladie. Lorsque, dans le dernier période, l’excrétion est prête à se faire , et qu’elle se détermine en effet , le pouls prend le caractère propre aux évacuations qui doivent arriver , c’est-à-dire qu’il est pectoral si les crachats terminent la maladie , intestinal si elle est finie par les évacuations du ventre , etc.

Mais , dira-t-on , comment concevoir le mécanisme qui établit tous ces rapports entre le mouvement du pouls , le caractère et les temps des maladies , si on ne peut se former aucune idée de la cause qui occasionne ces changemens dans l’action du cœur , et dans celle des artères ? A quoi il est aisé de répondre que ce n’est point ici le lieu de placer des exiDÜcations. On ne manque pourtant pas de principes propres à rendre raison de tous ces phénomènes inexplicables par la théorie la plus reçue. L’exposition de ces principes se trouve dans un ouvrage récemment publié , dont il ne seroit pas facile de faire la critique f 3). Cette réflexion peut suffire à des observateurs bien intentionnés ) elle doit écarter des oppositions fondées sur des préjugés théoriques , quels qu’ils puissent être.

Comme la plupart des observations précédentes peuvent se rapporter par plusieurs endroits à l’objet de ce chapitre , on se contentera d’en placer ici deux , qui paroissent présenter suffisamment

I (i) ïTipp. Traité des vents , chap. TI.

(2) Voyez Thés, des eaux d’Aquitaine.

(3) Institutiones medicæ ex novo Med, coTa.spectu.

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ridée du pouls in'itaîion joint à des pouls critiques , dans des maladies considérables , cjui ont ordinairement une heureuse terminaison.

Obs. CXXJ^II. Fièvre putride dans une jeune fille qui n’a point eu ses règles depuis deux mois ^ le pouls dès le troisième jour est rebondissant et convulsif , bien marqué , malgré trois saignées du bras; il y a un saignement de nez au sixième jour, ce qui détermine à faire deux saignées du pied. Le pouls devient intestinal vers le septième , mais en conservant toujours un éXoLldiiiTitation ; on prit le parti de donner des apozèmes rafraîchissans et légèrement laxatifs; ils ne firent d’abord qu’exciter le vomissement, bientôt ils passèrent mieux , et il y eut vers le neuvième d’assez copieuses év^acuations ; elles durèrent jusqu’au onzième , que le pouls redevint un peu dilaté , brusque , rebondissant , irrégulier ; les règles reparurent ; peu de temps après le pouls devint souple et bien développé; vers le quinzième, où les règles finirent, il devint pectoral bien déclaré. On donna en ce temps-là un léger purgatif, qui déconcerta la marche du pouls , et (|ui n’eut presque point d’effet. Le pouls se rétablit vers le vingt-unième ; il y eut une expectoration pendant laquelle on trouva toujours un fond dé irritation avec les redoubleinens du pouls pectoral ; la maladie se termina fort lentement , ce qui probablement ne seroit pas arrivé sans le purgatif placé au moment dans lequel la crise alloit se déterminer.

Obs. CXXXIII . Fluxion de poitrine dans un jeune homme maigre et sec; il est saigné cinq fois du second au septième jour; le pouls, qui a été convulsif les trois premiers jours , se développe un peu au quatrième ; il est pectoral y mais avec une tension et une roideur considérable de l’artère; les crachats qui viennent difficilement sont sanguinolens et écumeux; du cinq au septième jour, le pouls devient inégal ^ intermittent, mais toujours serré. On purgea le malade au huitième; il y eut des évacuations assez abondantes, mais peu bilieuses; le neuvième on donna du kermès et des apozèmes appropriés , qui ne furent suivis d’aucun effet remarquable ; le pouls devient pectoral au dixième , mais il est très-peu développé ; les crachats sont un peu cuits et viennent moins difficilement (on continuoit l’usage du kermès et des apozèmes) ; le onzième le malade eut un redoublement considérable , qui commença par de longs frissonnemens ; à la fin de ce redoublement , le pouls demeura et développé , il devint pectoral

décidé , et en même temps trës-ondulent : le malade , qui usoit toujours du kermès et des apozèmes , cracha et sua abondamment les jours suivans. Il fut purgé le dix-huitième jour, et il entra en coîwalescence vers le vingt-unième.

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