‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 75 sur 96 · CHAPITRE XXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIL

De la complication du pouls ^/’irritation «vec les pouls critiques,

Mans les maladies aigues qui ont une mauvaise terminaison.

Ox a déjà dit (i) que la complication du pouls à' irritation avec le pouls critique ) n’entraîne que peu d’accidens fâcheux, dans les maladies qui ne sont point de mauvaise espèce. Rien ne s’oppose invinciblement, dans ces maladies, au développement du pouls, et aux excrétions critiques. On verra par les observations qui vont être rapportées , combien cette complication est plus à craindre dans des maladies graves par elles-mêmes.

En examinant de près la nature et les causes de pareilles maladies, on a lieu de présumer qu’elles sont ordinairement d’un fond de maladie chronique , et d’une maladie aiguë entee , pour ainsi dire , sur ce fond de maladie chronique.

D’ailleurs , les divers tempéramens n’étant produits que par les dispositions particulières des organes , et par les divers rapports d’action qui résultent de ces dispositions , ils peuvent la plupart être regardés comme une espèce de maladie habituelle , surtout en y joignant les effets des excès dans lesquels les hommes ne tombent que trop souvent.

Il est même très-probable que la plupart des passions et des goûts , principalement celui qui porte à un mauvais régime qu’on suit , et qu’on croit devoir suivre , ont leur première cause dans un désordre de constitution. Ce désordre fait ses progrès sourdement , et forme un établissement de maladie, qu’il seroit quelquefois dangereux de vouloir entièrement détruire.

Des personnes ainsi disposées ne sauroient avoir des maladies qui parcourent leur temps comme elles le font dans des corps habituellement sains. II faut , à plus forte raison ,, en dire autant des malades qui ont des obstructions , des ulcères internes ou externes, des rhumatismes habituels, des maux de tête anciens, l’asthme , la colique , la goutte , des palpitations , des dispositions dartreuses, ou qui ont déjà essuyé des maladies qui ont laissé des impressions dans quelque vhcère.

On peut encore rapporter ici des phénomènes qu’il n’est pas rare d’observer , au sujet des règles dans les filles qui ne les ont point encore eues , et dans les femmes qui cessent de les avoir. Les règles viennent avec assez de facilité dans les filles bien constituées , et cessent en leur temps , avec peu d’incommodités j elles ne se déterminent que difïicilement dans les tilles qui ont la poitrine affectée , ou qui ont quelque mauvaise disposition dans les (i) Voyez chap. XXV.

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viscères du bas-ventre. Les causes qui s’opposent à cette première révolution , et qui se trouvent souvent persister jusqu’à l’entière cessation des règles, jettent quelquefois ces personnes, en l’une et l’autre de ces circonstances , dans des maladies aiguës trèsdangereuses.

Les maladies compliquées , dont il sera question dans les observations suivantes , feront voir comment il en résulte des complications de différentes espèces de pouls, selon la nature, la marche et les événemens de ces maladies.

Ohs. CXL. Un homme âgé de cinquante ans, €|ui s’étoit longtemps livré à toutes sortes d’excès , avoit à l’une des jambes un petit ulcère, qtii se rouvroit et se fermoit de temps en temps. Il loi survint une fièvre continue avec des redoublemens , point de coîé et crachement de sang. Cette maladie dura pendant près de quarante jours. Le pouls qui demeura convulsif -peiiàoint presque toute la maladie , fut intermittent depuis le troisième jour jusque vers le quatorze : on fit plusieurs saignées du bras , et on employa plusieurs légers purgatifs qui n’eurent que peu d’effet.

Il survint au quatorze un dévoiement spontané et de matières bilieuses ,• il y eut en même temps des crachats comme purulens , qui furent annoncés, ainsi que le dévoiement, par le pouls qui leur est propre ^ ce pouls fut toujours compliqué avec une irritation considérable ) cependant le malade reprit des forces peu à peu, il ne lui resta qu’un léger embarras à la poitrine^ l’ulcère de la jambe ne se rouvrit point.

Cet embarras de la poitrine devenu habituel , et la sécheresse constante de l’ulcère de la jambe , étoient une preuve que la maladie n’avoit pas été complètement jugée.

Le malade fut attaqué , cinq ans après , d’une pareille maladie , avec cette différence que le pouls fut toujours , dans cette dernière , vif, serré , convulsif : il se développa de temps en temps , mais non pas d’une manière constante^ tantôt il paroissoit pectoral , et tantôt intestinal. Plusieurs saignées et plusieurs purgatifs employés conformément aux indications qu’on avoit pu saisir , n’eurent aucun effet heureux. Le malade mourut au quatorze , sans qu’on eut jamais trouvé dans le pouls aucun signe de crise favorable.

Obs. CXLI. Un jeune homme d’une forte constitution , mais un peu mélancolique, étoit sujet depuis sa tendre jeunesse à des maux de tête assez vifs , et à des symptômes qui accompagnent ordinairement le flux hémorrhoïdal ^ il eut la fièvre continue accompagnée d’un violent mal à la tête 5 le pouls devint sur la fin txes-rebondissant et nasal y il survint un saignement de nez abondant, et des excrétions muqueuses du nez et de la gorge , qui terminèrent la maladie : cinq saignées, trois du bras , deux du pied , l’émétique, et quatre purgatifs légers qui avoîent précédé cette hémorrhagie critique , n’avoient produit aucun effet remarquable sur le pouls ^ il demeura constamment un peu convulsifs cette opiniâtreté étoit vraisemblablement la suite de la cause qui produisoitles maux de tête auxquels le malade étoit depuis long-temps

sujet ‘ les efforts critiques de cette maladie ne purent détruire entièrement cette cause.

En effet, un an après , et à peu près dans la même saison , ce jeune homme eut une maladie assez semblable à la première : lo pouls fut toujours v/y', petit ^fréquent , non critique , il ne changea presque point^ à peine parut-il quelques légers rebondissemens ; tous les différens remèdes qui furent employés ne produisirent Jamais dans le pouls aucun développement sensible ^ les urines furent, dans tout le courant de la maladie, ou abondantes et limpides, ou rouges sans sédiment, et en petite quantité^ les évacuations ne furent presque jamais que séreuses j la tête se prit vers le quatorzième jour 5 le malade resta deux ou trois jours dans une sorte de léthargie , après laquelle il fut paralytique du coté droit : enfin il mourut dans les convulsions , le pouls demeu-? Tant toujours dans le même état à! irritation y plus du coté droit que du gauche.

Obs, CXLII. Une jeune fille avoit à Toreille droite une espèce de suintement qui augmentoit à la moindre incommodité : elle eut une fièvre continue pour laquelle elle fut saignée quatre fois du bras , purgée trois fois , et qui se termina par un dépôt à cette même oreille • le pouls se développa , mais il conserva toujours la Toideur propre au pouls de suppuration (i).

Trois ans après , cette jeune fille fut mariée 5 elle eut à la suite de sa première couche une fièvre qui eut pour principal accident un violent mal à la tête; à mesure que la douleur diminuoit par les remèdes qui furent employés , le suintement de Toreille augmenta ; il survint ensuite un assoupissement léthargique, et la malade périt peu de temps après dans des convulsions ; le pouls étant toujours resté tres-vif» irrégulier y convulsif , non critique ^ peu développé , et seulement dans de courts intervalles.

Les maladies qui font le sujet des trois observations précédentes étoient compliquées avec d’anciennes mauvaises dispositions qui ne pouvoient manquer de former un obstacle considérable à la liberté des mouvemens critiques,

Obs. CXLÎII. Fièvre continue dans un homme de constitution robuste, accablé d’un violent chagrin, et réduit à une très-mauvaise nourriture pendant un temps considérable. Le pouls est vif peiity serré } il paroît quelques intermittences au second jour s au troisième le malade vomit naturellement , et ce vomissement est suivi de quelques évacuations simplement stercorales. Cinq saignées et l’usage des apozèmes laxatifs ne développent point le pouls jusqu’au sixième ; il paroît alors se relever un peu : au septième le ventre est bouffi et tendu , le pouls devient flasque y et il semble vide ^ on fit encore deux saignées, et on donna beaucoup de potion huileuse , ce qui n’empêcha pas le ventre de devenir plus tendu et beaucoup plus douloureux; le pouls se resserra de nouveau , avec une augmentation de tension et de gonflement du

(1) V oyez le cfiapitre XXIK.

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ventre^ au neuvième le pouls fut plus plus fréquent, plus

serré J et le malade mourut ce jour-là.

Voilà un exemple d’un pouls qui resta toujours concentré , non critique , malgré quelques changemens qui paroissent annoncer une excrétion intestinale. Il est probable que par l’impression du chagrin et les effets de la mauvaise nourriture , les organes ne se sont point trouvés en état d’entrer dans une action convenable pour s’opposer au progrès de la maladie.

Obs. CXLJJ^. Fièvre continue de mauvaise espèce dans un malade fort adonné au vin et aux liqueurs spiritueuses. Le pouls reste toujours serré, vif, tendu, conmlsif quoiqu’il y ait de temps en temps quelques légers changemens qui paroissent annoncer le saignement de nez et le dévoiement j mais le rebondissement n’est jamais complet^ le pouls intestinal est toujours, lorsqu’il paroît , joint au convulsif ^ enfin les évacuations arrivent; mais elles ne sont ni de bonne qualité , ni abondantes ; le malade meurt au quarante-unième jour. On avoit fait de fréquentes saignées; on avoit employé en leur temps beaucoup de purgatifs et d’apozèmes laxatifs ; on avoit enfin appliqué des vésicatoires aux jambes.

Obs. CXLJ^. Fluxion de poitrine dans un malade d’assez foible complexion. Il avoit depuis près de quinze jours un dévoiement considérable , et une douleur sourde dans l’hypocondre droit. li survient un violent frisson qu’on prend ici pour le commencement de la maladie ; la toux est fréquente , la douleur de l’hypocondre plus vive, le pouls est petit, serré, un peu irrégulier : du deuxième au quatrième, le dévoiement est moindre, la toux moins fréquente , mais la douleur de l’hypocondre se répand sur la région épigastrique ; le pouls est moins vif, moins serré : du quatrième au septième , le pouls se développe un peu , et est obscurément pectoral un peu plus de crachats mousseux et san-

guinolens ; le ventre coule moins , quoique le malade soit purgé : du septième au neuvième , le pouls est plus tendu, plus serré; le ventre se ^gonfle et se tend , et les évacuations cessent : du neuvième an^clouzième, le pouls est rebondissant, mais avec une constriction inQ.Ycpiée : du douzième au dix-huitième, le pouls est /?ecîoraf et les crachats sont gras et assez cuits : vers le dix-huitième il sort assez de sang du nez : vers le vingt-unième, le pouls paroît dans Vétat naturel , semblable au pouls d’un abcès (i); le ventre devient plus tendu jusque vers le trentième ; alors il survient une enflure considérable dans tout l’hypocondre droit, et en même temps à la joue et au pied du même côté; le pouls est petit, serré , nTégulier , et devient un peu pectoral, surtout du côté affecté î vers le trente-cinquième , le malade crache beaucoup de pus.

Ce malade fut saigné onze fois , purgé neuf, et fit un grand, usage de look avec du kermès : le pouls ne se développa jamais parfaitement. Il paroît que l’embarras au foie ou à ses appartenances , indiqué par la douleur de l’hypocondre et le deVoiement ,

(r) chfîp. XXIX.

etoit le principal nojau de la maladie , il formoit un obstacle constant à la liberté des mouvemens du pouls.

Obs. CXLJ^I. Fluxion de poitrine , à la fin de laquelle les crachats ont été purulens dans une femme maigre et foible : il reste une toux presque habituelle et une fièvre lente , légère , avec des redoublemens suivis de sueurs nocturnes : cette femme devient grosse dans ce temps-là^ les accidens furent tellement suspendus, que la malade parut se porter assez bien jusqu’à la fin de la gros^ sesse. La fièvre se déclara par un frisson considérable dès le second jour de l’accouchement, le pouls fut serré , vif, convulsif ^ on fit d’abord deux saignées du pied , qui ne changèrent presque rien dans l’état de la fièvre ni du pouls : il n’y eut presque point de vidanges; vers le sixième, le pouls parut devenir un peu pectoral , et il y eut quelque difficulté dans la respiration sans que les mamelles fussent engorgées ; c’est ce qui fit faire plusieurs saignées du bras, dans l’intervalle desquelles on plaça du kermès et des potions huileuses, le tout avec peu de succès. Enfin la malade cracha tout d’un coup une grande abondance de pus , et demeura pulmonique.

L’événement de cette grossesse et de cette maladie présente une idée de la cause et du mécanisme de la suppuration , un peu différente de celle que fournit la théorie ordinaire : lorsque la malade devint grosse , l’un ou l’autre de ses poumons étoit dans un état, de suppuration ; cette suppuration fut suspendue par l’état de gros^

. gesse; c’est ce qui pourroit faire présumer que le mécanisme de la suppuration dépend moins du mouvement propre de la partie abcedée , que d’une espèce de spasme qui agit, si on peut le dire , avec une sorte de vive convergence sur l’endroit dans lequel s’éta- - blit une suppuration,

La grossesse a pu faire ici une diversion à la suppuration de la poitrine, ou la suspendre; la mauvaise disposition de la poitrine qui a persisté malgré cette diversion, a du, après l’accouchement, tourner de son côté la plus grande partie de l’action qui devoit déterminer les suites favorables des couches : c’est pour cette raison que la matière des vidanges s’est jetée sur la poitrine,

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